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La spiritualité et le travail sur soi sont une de mes préoccupationsJe présente ici ma lecture du « Baiser de Dieu » inspiré du livre de Annick de Souzenelle.

 

Cette page est développée dans mes articles  sous le libellé: le baiser de dieu.

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Synthèse de ma lecture: « Le baiser de Dieu. »

 

 

I) Présentation.

 

  Blogs:   Matière=Energie=Information.     Annick de Souzenelle     

 

 

 Au long de décennies passées à interroger le texte biblique et les mystères de sa langue, Annick de Souzenelle a construit une lecture originale et vivante de la tradition hébraïque.

 

 

arbre de la connaisssance

 

 

 

 

Tout se fonde, dans le travail d’Annick de Souzenelle, sur une lecture pas à pas du texte hébraïque de la Genèse, à travers ses non-dits, ses allusions que seul peut comprendre celui ou celle qui a répudié les promesses illusoires de la traduction : les deux tomes volumineux d’Alliance de feu, réédités récemment, sont le fruit de ce patient cheminement

 


 Ici, je reproduis un texte de Annick de Souzenelle où elle s’exprime sur son livre.



Le souffle de l’hébreu

 


Au long de décennies passées à interroger le texte biblique et les mystères de sa langue, Annick de Souzenelle a construit une lecture originale et vivante de la tradition hébraïque.

Tout se fonde, dans le travail d’Annick de Souzenelle, sur une lecture pas à pas du texte hébraïque de la Genèse, à travers ses non-dits, ses allusions que seul peut comprendre celui ou celle qui a répudié les promesses illusoires de la traduction : les deux tomes volumineux d’Alliance de feu, réédités récemment, sont le fruit de ce patient cheminement.

Partant d’une intuition profonde de la spiritualité chrétienne originelle, Annick de Souzenelle dégage ce patrimoine universel de sa gangue moralisatrice pour en restituer la vitalité enthousiasmante.

Mettant à portée de tout un chacun la richesse infinie du texte sacré, elle nous donne ainsi à contempler l’amour divin derrière ces mots qu’un « exil existentiel » nous fait parfois lire comme terribles.

Cette démarche, ces « trouvailles » ont réconcilié un large public avec la fréquentation du patrimoine biblique qui, qu’on le veuille ou non, demeure l’un des piliers de la civilisation occidentale : elle en a également débattu passionnément avec Frédéric Lenoir dans L’Alliance oubliée

De la matière de ses commentaires, elle extrait aujourd’hui la quintessence du « message» qu’elle décline selon des thématiques intemporelles : l’exil de Dieu, la liberté, la connaissance, le désir, le mal et la mort, et la renaissance.

 

Présentation par Annick de Souzenelle.


 

 

 

AUTANT DE SUJETS QUI SONT AU CŒUR DE TOUT SAVOIR SPIRITUEL AUTHENTIQUE.

 


« Le baiser de Dieu : Ou l’Alliance retrouvée » sera considéré par certains comme un ouvrage de maturité, où les intuitions essentielles se conjoignent, sans esprit de système mais avec une belle harmonie.

« La Torah est un baiser de Dieu ! », proclame-t-elle : par une attention amoureuse à la richesse du verbe hébraïque, elle en restitue tout le souffle.

 

Le baiser de Dieu ou l’Alliance retrouvée

 

 



 




– INTRODUCTION –

 

La Torah est un baiser de Dieu !
De Dieu « Moïse la reçut bouche à bouche », Verbe à verbe ; elle est le Verbe.

Les « petites lettres d’en bas » qui écrivent le Livre sont lourdes des « grandes lettres d’en haut », leur source, mais aussi leur devenir si nous savons les recon­duire à l’origine.
Car c’est à l’Homme qu’il revient d’œuvrer à ces noces que le baiser promettait.
Chaque lettre danse le Verbe qu’elle est ; chaque mot chante le message qu’il délivre si nous nous offrons à lui.

Cette appréhension de la Torah nous est bien étran­gère, à nous Occidentaux, qui scrutons les textes en manipulant des mots figés comme objets de discours ; entre nos mains, ils deviennent des outils de pensée alors qu’ils en sont les maîtres.
En vérité, le mot vient vers nous, comme une icône ; il scrute nos coeurs et les appelle à l’ouverture sur un univers infini.
De cet uni­vers les lettres sont les vibrations, car l’intériorité de l’Homme et la Torah sont sculptées du même ciseau, celui de la voix divine que « voyaient » les Hébreux au pied du Sinaï lorsque Dieu parlait à Moïse.

La Torah n’est écrite que de consonnes, le Verbe ; leur musique est une voyellisation non écrite, un souf­fle, l’Esprit.
L’Esprit est une onde qui voyage à l’in­fini, qu’on ne peut saisir, mais qui saisit les lettres dans une ronde ; et la ronde nous encercle à son tour et fait valser toutes nos certitudes ; elle fait se retour­ner, s’éloigner puis se rassembler les mots qui, sou­dain, prennent une couleur, un sens, mais un sens toujours ouvert sur d’autres horizons.

L’hébreu, plus que toute langue, est propre à chan­ter les récits mythiques qui rendent compte de l’inté­riorité de l’Homme.
Cette intériorité resterait muette si le mythe ne l’exprimait pas.

« Muet » et « mythe » sont liés par la racine de base mu qui rend compte de l’indicible, du mystère.
Der­rière les mots du mythe, en quelque sorte, l’essentiel se tait mais s’inscrit dans un présent rigoureux.
Le mythe se sert des matériaux de langage de l’Homme extérieur pour parler de l’Homme intérieur.
Mais si nos yeux d’Homme en exil de lui-même figent ces matériaux dans leur seule dimension horizontale, il est bien cer­tain qu’ils ne rendront aucunement compte de leurs messages.

C’est ainsi que le mot Bereshit qui ouvre la Torah et dont la Tradition juive assure qu’il la contient tout entière, ce mot est massacré et la Torah l’est aussi s’il est traduit par « au commencement » ; ce « commen­cement », je l’ai souvent dit mais tiens à le répéter, introduit les temps historiques, nos temps d’exil, il y a des milliards d’années, et il nous concerne alors bien peu !
Si nous le traduisons par « dans le Principe », ce Principe est présent en nous ; il est le Noyau fonda­teur de l’être de l’Adam — l’humanité ; nous sommes alors saisis par ce Principe dans notre être le plus pro­fond, dans notre « chair », Bassar, que « Dieu scelle dans les profondeurs de l’autre côté de l’Adam », son côté encore inaccompli, notre côté encore inconnu.

Bassar, que l’on peut aussi traduire par « dans le prince », contracte en un ballet nouveau le mot Bereshit, «dans le Principe» ; prononcé Bosser, il est alors le verbe « informer » : ce Noyau fondateur est Semence de notre être.
Semence qui contient la totale information de notre devenir.
Comme le gland conduit au chêne, ce Bereshit nous conduit à la totalité de nous-mêmes, dont nous n’avons encore aucune idée !
Mais, si nous savons l’entendre, notre véritable His­toire commence : celle qui court en amont de l’exil et qui reste d’une brûlante actualité ; bien que brisée par l’Homme coupé de sa Source, elle continue en effet d’être tissée par les mains divines en sous-jacence de notre malheureuse histoire ; car, du même fil écarlate qui tissait l’histoire d’Israël, l’oeuvre divino-humaine se poursuit.

Cela veut dire que cette « malheureuse histoire » de l’Homme extérieur a aussi sa dimension mythique, et qu’il est de première importance d’apprendre enfin à lire les événements de notre vie personnelle ou collec­tive sur un autre registre que celui de l’existentiel ; l’his­toire devient alors signifiante de l’évolution de l’Homme intérieur à partir de sa Semence : histoire dra­matique lorsque cette Semence est stérilisée et sa dyna­mique stoppée, figée, oubliée au cœur de l’Homme, mais histoire qui peut être somptueuse une fois rac­cordée à sa Source d’où s’accomplira le devenir de l’Homme.
Ces deux thèmes font l’objet de ce livre.

Je suis frappée, par exemple, par le problème capital que posent aujourd’hui pour les pays d’Occident l’im­migration des peuples étrangers et leur intégration à ces « terres d’accueil ».
Nous verrons, au cours de cet ouvrage, que cette question objective l’incapacité que nous avons à intégrer en chacun de nous l’«étranger».

Sur un plan biologique, cet étranger est le « non-soi » (microbe, virus, champignon, etc.).
Nous en avons une peur si obsessionnelle que nous nous en protégeons en multipliant les mesures d’asepsie et de stérilisation qui à la limite sont la mort.
Quant à notre médecine, elle ne sait « traiter » cet étranger organique qu’en le tuant par voie extérieure et en détruisant bien souvent avec lui le milieu environnant, au lieu de renforcer le système immunitaire qui, lui, se chargerait d’intégrer au « soi » le « non-soi » ; le « soi » est en effet capable de se reconnaî­tre porteur du « non-soi» et donc de pouvoir l’assimiler.

Sur un plan sociopolitique, cet étranger est l’homme d’une autre culture, voire d’un autre peuple, et il inspire à certains une peur tout aussi intense.
Nous utilisons à son propos un double langage : celui des discours de surface qui se veulent accueillants au nom de la démocratie ; celui des lois, parfois inhumai­nes, souvent contradictoires, prouvant notre désarroi et notre ignorance de ce que l’humanité est une, et que l’autre est en chacun de nous.
Nous verrons ainsi que le mot hébreu R’a, traduit habituellement par le « mal », alors qu’il est l’« inaccompli », l’inconscient, s’il est prononcé Ré’a est le « prochain ».
«Aime ton prochain parce qu’il est toi-même, comme étant toi-même », pourrions-nous entendre.
Ne devrions-nous pas alors renforcer notre « pouvoir immunitaire » en apprenant à aimer…

Ces deux états de fait, qui relèvent à mon avis d’une même cause, n’introduisent en rien dans mon esprit une confusion entre leurs parties homologues, à savoir le non-soi en microbiologie et l’étranger dans le regis­tre politique ; mais tous deux ont pour similitude leurs rapports respectifs l’un au corps biologique, l’autre au corps social.

D’autre part, si nous nous penchons sur un mythe, le mythe biblique de Noé par exemple, il nous donne à voir que l’humanité, le collectif en situation d’exil, se débat et se noie dans ce que symbolise le Déluge — inconscience, violences, destructions, tragédies…, qui stérilisent la Semence et mènent l’Homme à la mort.
Au cœur de ce drame, le patriarche Noé, homme juste, entend la voix divine et s’extrait du Déluge, que nous verrons être pour lui « matrice d’eau » et non plus tom­beau, afin de construire son « arche », la Tébah en hébreu ; proche du nom de Thèbes, ville sainte chez les Grecs, la Tébah est le nouvel espace intérieur du patriarche, qui sera pour lui « matrice de feu » ; en elle il s’accomplira et deviendra le fruit promis de sa Semence, le fruit de l’Arbre de la Connaissance.
Ce fruit, symbolisé en ce mythe par celui de la vigne, fait de Noé un homme ivre et nu : ivresse, jubilation de la connaissance acquise par le travail accompli dans l’arche ; et nudité, dépouillement des savoirs que le monde lui a fait revêtir.
Il s’avance alors vers sa « ten­te », ‘Ohel en hébreu, où il rencontrera son ‘Elohim — sans doute symbolise-t-elle une ultime matrice, celle du « crâne ».
La dynamique de croissance de la Semence implique la présence de ces trois matrices en notre corps ; le chapitre final de ce livre le dira.

Dans la tente Noé, devenu Gloire d’Elohim, res­plendit et diffuse une lumière insoutenable aux yeux de ceux qui n’ont pas atteint à cette qualité d’être.
Deux de ses fils, Shem et Yaphet, le suivent ; ils mar­chent à reculons en revoilant leur père.
Mais Ham, le troisième fils, regarde à l’intérieur de la tente où Noé a pénétré ; il voit et, certain de ce qu’il a vu, il va le raconter à ses frères à l’extérieur.

Il y aura toujours dans le monde ces deux démar­ches de connaissance.
Celle de Ham, le voyeur, dont le nom signifie la « chaleur », la « puissance », et qui forge ses concepts, les érige en certitudes qui devien­nent idoles et objets de puissance ; son interprétation du mystère est pour lui vérité et celle-ci, ramenée au niveau des valeurs de l’exil, construit un dogmatisme stérilisant.
Celle de Shem, le « Nom », et de Yaphet, l’« étendue de beauté », qui, eux, savent qu’ils ne savent pas, est apophatique, car c’est par une voie négative — à reculons — qu’ils atteignent à une vérité dont ils savent qu’elle en cache une autre, plus proche de la vérité ultime, cachée, incluse dans le mystère de la tente ; aussi ils cherchent, interrogent, contemplent dans une quête amoureuse portée en eux-mêmes : ils se verticalisent.

Juifs et chrétiens sont un dans le Saint Nom, le Shem.
En lui leurs mystiques embrassent les différents niveaux du Réel dont je parlerai et qui, déployés à la verticale de l’être, sont « beauté », Yaphet— une beauté cachant l’autre, jusqu’à l’ultime splendeur qui les contient toutes.

Nos frères juifs sont gardiens de la Torah, le Verbe ; s’ils avaient reconnu le Christ, ils se seraient hellénisés et auraient perdu l’hébreu, la langue du Verbe.

Peut-être seraient-ils devenus des Ham.
Les chré­tiens ont reconnu le Verbe dans la Personne du Christ ; ils ont perdu l’hébreu.
Beaucoup sont deve­nus des Ham.

La Torah, en ce qui est compris d’elle, est objet d’exclusive propriété et devenue idole pour nombre de juifs.
Pour nombre de chrétiens, c’est la Personne historique du Christ qu’ils vivent ainsi, n’entendant pas ce à quoi elle les renvoie en eux-mêmes.

«Annick nous a volé la Torah», fut-il dit un jour à l’un de mes amis par un écrivain juif.
Et, plus tard, par une auditrice israélienne : «Annick, tu nous as volé notre langue !»
La « voleuse » ne fut pas moins surprise de lire tout récemment, dans un ouvrage écrit par un prêtre chrétien de haute fonction : « On nous demande aujourd’hui d’établir un dialogue (avec les autres traditions), mais comment agir sans faire de prosélytisme puisque nous avons la vérité ? »

Confiant à un journaliste chrétien cette anecdote et la profonde tristesse que j’en avais, cet homme, étonné de ma réaction et voulant sans doute justifier le prêtre, me dit :
« Mais, Annick, les chrétiens ont le Christ.
– Pardon, lui dis-je, ils ont le Christ ? »

Perplexe, le journaliste referma son cahier de notes et me quitta.

Le Christ et la Torah, réduits aux normes de l’avoir, sont livrés aux mains du séparateur, le dia­bolos, qui nous fait jouer les Ham en proie à des rap­ports de force si destructeurs.

Vécus au niveau de l’être par chacun des mystiques de ces deux traditions, le Christ et la Torah amène­ront juifs et chrétiens à plonger au cœur d’eux-mêmes où le Saint Nom les attend dans un espace infini où le temps n’est plus.
Un en « Je Suis », YHWH, ils savent, pour les premiers que la Torah se danse et se chante sur soixante-dix octaves dont chacune s’efface devant la plus grande profondeur de l’autre ; pour les seconds, que la Personne historique du Christ se retire pour que « l’Esprit-Saint vienne qui leur enseignera toute chose » et les introduira peu a peu dans les soixante-dix « vergers » du Pardès ; soixante-dix contractés en quatre niveaux selon les quatre lettres du Pardès, dont le dernier, le Sod, est le « secret ».
Dans le secret qui, au départ, est la Semence divine, un seul arbre grandit, dont le fruit est le Shem, YHWH.

Le Rabbi Dov Baer, un grand saint du XVIIIe siècle, hassid bien connu sous le nom du Maggid de Meze-ritz, dit ceci :
« Noé et les patriarches ont eu la révélation de la Torah dans son essence, dans sa nudité, sans la robe de la loi dans laquelle elle se présente et s’adapte au monde et qui, pour cette raison, la rend changeante et relative.
Au temps de Noé et des patriarches, l’essence de la Torah était encore toute nue ; elle n’était point encore habillée dans les vêtements du monde ; elle ne portait pas encore une robe de juge et n’était pas munie du bâton du gendarme.

Les lois de Moïse forment la gaine protectrice de la Torah dont la lumière originelle est trop forte pour le monde ; elle risque de l’aveugler et de le brûler.

Mais la Tradition nous apprend qu’aux temps messianiques, le Saint-Béni-Soit-Il sortira le Soleil de sa gaine, c’est-à-dire que la lumière de la Torah bril­lera de tout son éclat, qu’on pourra la percevoir dans son essence (…) sans revêtements pour le monde et la société, c’est-à-dire sans les lois de Moïse qui sont nécessaires actuellement car sans elles le monde ne pourrait supporter l’éclat naturel de la Torah, qui est trop fort pour la plupart des esprits.»

Mais les temps messianiques approchent.
Nous avons à les préparer, nous, juifs et chrétiens, ensemble, sans exclure bien sûr tous les amoureux de l’Innom­mable sur terre.
Aujourd’hui, les valeurs du monde montées sur le bateau des certitudes font naufrage, tandis que surgissent de nos profondeurs inaliénables celles de la Révélation.

Elles ont une saveur de sel, du sel dont le feu ne se dissout plus dans l’eau mais l’embrase ; il embrase l’eau de l’inconscience du monde et brûle ses vête­ments protecteurs.
Car le Verbe inclus dans la Torah est en train d’accomplir de son feu la dernière part de l’arc-en-ciel qui relie le ciel à la terre.
L’arc-en-ciel établi par Dieu avec Noé est signe de l’Alliance oubliée des hommes mais que Dieu, se sou­venant d’elle, confirme et rend tangible au cœur de leur exil.
Cet arc, comme le fil écarlate, trace l’his­toire des hommes dont nous semblons vivre aujour­d’hui la fin d’un temps ; nous vivons une dernière part du signe de l’Alliance avant que le signe s’efface devant l’Alliance recouvrée.

A cette étape actuelle du tracé, nos frères musul­mans ont eux aussi à intervenir, car de leur père fon­dateur, Ismaël, Dieu dit : « II sera tireur d’arc », Rovéh Qeshet, qualité dont use la ruse divine pour dire d’Ismaël qu’il sera Rov HaQeshet, « maître de l’arc (-en-ciel) », artisan majeur de son redressement en l’Alliance fondatrice.
Artisans de l’Alliance, nos frères musulmans nous obligent à nous réaffirmer, nous, juifs et chrétiens, face au vide de la modernité ; vide qui, s’il était vraiment vide, appellerait la grâce, mais il grouille d’idoles aliénantes !

En ce vide mutilé pénètre aujourd’hui le Saint Nom qui, de l’Epée à deux tranchants, de l’Epée flam­boyante qu’il est, tue les idoles et invite l’Homme à recouvrer ses normes premières.
Elle le conduit à se souvenir qu’il est le signifiant de Dieu par le Verbe, et que le mot est signifiant du Verbe.

« II est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu.
Car le mot c’est le Verbe, et le Verbe, c’est Dieu. »

Victor Hugo, Les Contemplations.

© Annick de Souzenelle

 

 

 

 

 

 

 

II) Ma lecture du livre « le Baiser de Dieu ».


 1)  Introduction.

 

          1-1) La Torah est un « Baiser de Dieu »! De Dieu « Moîse la reçut bouche à bouche », verbe à verbe, elle est le Verbe.

Cette appréhension de la Torah nous est bien étrangère à nous, étrangers Occidentaux, qui scrutons les textes en manipulant les mots comme objets de discours. En vérité, le mot vient vers nous, comme une icône; il scrute nos coeurs et les appelle à l’ouverture sur un univers infini. De ce univers les lettres sont les vibrations, car l’intériorité de l’homme et la Torah sont sculptés du même niveau, celui de la voie divine que votaient « les Hébreux » au pied du Sinaî lorsque Dieu parlait à Moïse. La Torah n’est écrite que de consonnes, le Verbe. Leur musique est une voyellisation non écrite, un souffle, l’esprit. L’esprit est une onde qui voyage à l’infini, qu’on ne peut saisir, la ronde des libertés qui fait valser toutes nos certitudes. L’Hébreu, plus que toute autre langue, est propre à chanter les récits mythiques qui rendent compte de l’intériorité de l’homme.

Muet et mythe sont liés par la racine mu qui rend comte de l’indicible, du mystère, où l’essentiel se tait, mais s’inscrit des un présent rigoureux. C’est ainsi que le mot Bereshit ouvre la Thorah, dont la traduction assure qui la contient toute entière. Il est traduit par « au commencement » mais ce terme introduit nos temps historiques, nos temps d’exil (il y a 14,7 milliards d’années?) et il nous concerne alors bien peu. On peut traduire aussi Bereshit par « dans le principe », celui-ci est présent en nous. Il est le noyau fondamental, l’être de l’Adam, notre humanité, notre noyau le plus profond, notre « chair ». C’est le « Bassar » que Dieu scelle dans les profondeurs de l’autre côté de l’Adam, côté encore inaccompli, encore inconnu (le côté non conscient?). Prononcé Basser, il est le verbe informer, noyau fondateur, semence de notre être, qui contient la totalité de l’information de notre devenir, comme le gland conduit au chêne. Mais si nous savons l’entendre, notre véritable histoire commence, celle qui court en amont de l’exil; bien que brisée par l’homme coupé de sa source, elle continue d’être tissée par des mains divines sous-jacentes à notre malheureuse histoire, du même fil écarlate qui tissait l’histoire d’Israel,  oeuvre divino-humaine qui se poursuit.

Cette malheureuse histoire de l’homme extérieur a aussi la dimension mythique qu’il nous faut apprendre pour lire les évènements de notre vie personnelle ou collective sur un autre registre que celui de l’existentiel. L’histoire devient alors signifiante de l’évolution de l’homme intérieur à partir de sa semence. Elle est dramatique lorsqu’elle est stérilisée et sa dynamique stoppée, figée, oubliée au coeur de l’homme. Mais elle est somptueuse une fois raccordée à sa source d’où s’accomplira le devenir de l’homme.

On le voit bien dans l’incapacité de l’Occident à intégrer en chacun de nous l’étranger. Cet étranger est le non-soi, le microbe, le virus…Et nous en avons une peur si obsessionnelle que nous nous en protégeons par des mesures d’asepsie et de stérilisation qui à la limite sont la mort. Notre médecine ne sait le traiter qu’en le tuant par la voie extérieure et en détruisant avec lui le milieu environnant au lieu de renforcer le système immunitaire qui se chargerait d’intégrer au « soi » le « non-soi » en l’assimilant.Cet étranger est aussi l’homme d’une autre culture, d’un autre peuple. Les discours de surface se veulent accueillants au nom de la démocratie, discours des lois parfois inhumaines et contradictoires qui prouve notre désarroi et notre ignorance. Ignorance de ce que l’humanité est une, que l’autre est en chacun d’entre nous.

Le mot Ra traduit par « le mal », alors qu’il est l’inaccompli, l’inconscient s’il est prononcé « Ré », est le prochain.

Aime ton prochain parce qu’il est toi-même devrions nous entendre et renforcer notre pouvoir immunitaire en apprenant à aimer. Il n’y a pas confusion entre non soi et l’étranger dans le registre politique, tous deux ont pour similitude leurs rapports respectifs au corps biologique et au corps social.

D’autre part, dans le mythe, la tente de Noé, devenue gloire d’Elohim, resplendit et diffuse une lumière insoutenable aux yeux de ceux qui n’ont pas atteint cette qualité d’être. Deux de ses fils, Shemet Yaphet le suivent en marchant à reculons en revoilant leur père. Mais Ham, regarde à l’intérieur de le tente et , certain de ce qu’il a vu, va le raconter à ses deux frères à l’extérieur. Il y aura toujours dans le monde ces deux démarches de connaissance.

Celle de Ham, voyeur dont le nom signifie chaleur et puissance, qui forge les concepts et les érige en certitudes qui deviendront idoles et objets de puissance. Son interprétation du mystère est pour lui vérité, qui , ramenée aux valeurs de l’exil  construit un dogmatisme stérilisant.

Il y a celle de Shem, le Nom, et celle de Yaphet, étendue de beauté pour ceux qui savent quils ne savent pas. Elle est apophatique, car c’est par une voie négative, à reculons, qu’ils atteignent une vérité cachée, plus proche de la vérité ultime, cachée, incluse dans le mystère de la tente. Aussi ils cherchent, interrogent dans une quête amoureuse portée en eux-mêmes, ils se verticalisent. Dans le Saint Nom, le Shem, juifs et chrétiens sont un. En lui, leurs mystiques embrassent les différents niveaux du réel qui, déployés à la verticale de l’Etre, sont beauté, Yaphet et, une beauté cachant l’autre, jusqu’à l’ultime splendeur qui les contient toutes.

Les juifs sont les gardiens de le Torah, le verbe. S’ils avaient connu le Christ, ils se seraient Hellénisé et auraient perdu l’Hébreu, la langue du Verbe. Peut être seraient-ils devenus des Ham? Les Chrétiens ont reconnu le Verbe dans la Personne du Christ. Ils ont perdu l’Hébreu, beaucoup sont devenus des Ham. La Torah, en ce qui est compris d’elle, est objet d’exclusive; elle est devenue idole pour nombre de juifs. Pour ce qui est nombre de chrétiens, c’est la personne historique du Christ qu’ils vivent ainsi, n’entendant pas ce à quoi elle les renvoie en eux-mêmes.

Ainsi, le Christ et la Torah, réduits aux normes de l’avoir, sont livrés aux mains du Séparateur, le Diabolos, qui nous fait jouer les Ham en proie à des rapports de force si destructeurs. Vécus au niveau de l’être par chacun des mystiques de ces deux traditions, le Christ et la Torah amèneront juifs et chrétiens à plonger au coeur d’eux mêmes, où la Saint Nom les attend dans un espace infini où le temps n’est plus. Un en  YHWH, « je suis », ils savent , pour les premiers, que la Torah se chante et se danse sur 70 octaves dont chacune s’efface devant la plus grande profondeur de l’autre et pour les seconds, que le Christ historique se retire pour que l’Esprit vienne leur enseigner toutes choses et les introduire peu à peu dans les 70 vergers du Paradis. 70, contractés en 4 niveaux selon les 4 lettres du Pardès dont le dernier, le Sod est le secret. Le Secret qui, au départ, est la semence divine, un seul arbre qui grandit et dont le fruit est le Shen, YHWH.

Mais les temps messianiques approchent. Nous avons à les préparer, juifs et chrétiens ensemble, sans exclure tous les amoureux de l’innommable sur terre. Aujourd’hui, les valeurs du monde, montées sur le bateau des certitudes, font naufrage, tandis que surgissent de nos profondeurs inaliénables celles de la Révélation. Elles ont une saveur de sel dont le feu ne se dissout pas dans l’eau, mais l’embrase. Il embrase l’eau de l’inconscient du monde et brûle ses vêtements protecteurs. Car le Verbe inclus dans la Torah, est en train d’accomplir de son feu la dernière part de l’arc en ciel qui relie le ciel à la terre. L’arc en ciel établi par Dieu avec Noé, et signe de l’Alliance oubliée des hommes, mais que Dieu, se souvenant d’elle, confirme et rend tangible au coeur de leur exil. Cet arc comme le fil écarlate, trace l’histoire de hommes dont nous semblons vivre aujourd’hui la fin d’un temps.Nous vivons une dernière part du signe de l’Alliance avant que le signe ne s’efface devant une Alliance retrouvée.

Artisans de l’Alliance, il nous faut nous réaffirmer, juifs , chrétiens et musulmans, face au vide de la modernité; vide qui, s’il était vraiment vide, appellerait la grâce, mais il y grouille d’idoles aliénantes. En ce vide mutilé pénètre aujourd’hui le Saint Nom qui, de l’épée à deux tranchants, de l’épée flamboyante qu’il est, tue les idoles et invite l’homme à recouvrer ses normes premières.

« Elle le conduit à se souvenir qu’il est le signifiant de Dieu par le Verbe et que le mot est le signifiant du Verbe. Il est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu. Car le mot c’est le Verbe et le verbe c’est Dieu » (V. Hugo -les contemplations).

 

1-2) l’exil de Dieu

Autrefois, les puissances célestes ont été longtemps adorées.

Aujourdh’ui, l’idôlatrie collective la plus aliénante est portée aux sciences. bien que la physique quantique ait fait éclater les limites de le vérité, les scientifiques continuent de jouer les Icare et n’apportent rien en ce qui concerne le sens de la vie, qui, supérieure dans ses fondements religieux ne peut plus fournir de base à l’éducation et à la cohésion sociale (dans cette vision « matérialiste« ), d’où une errance où on se réfugie, soit dans un intégrisme religieux réducteur et mortifère, soit dans un « humanisme »  à l’horizontale illusoire quant à l’essentiel.

La plupart des scientifiques, héritiers de l’ivresse de leurs prédécesseurs d’avoir tant libéré l’homme dans sa vie quotidienne, ont la certitude de pouvoir libérer l’homme totalement. Pour Berdaîev, si l’ancienne culture mettait en péril le corps humain qu’elle négligeait, la civilisation technique mécaniste est avant tout fatale à l’âme. Ces coups à l’encontre de son âme sont redoutables et Malraux a lancé son cri d’alarme: « Nous sommes la première civilisation qui n’a plus le sens du sacré jusque là insufflé par les Eglises dont les fidèles attendaient les interventions magiques d’un Dieu tout-puissant. A quoi bon s’en encomber puisque la technique résoud tous nos problèmes, allége notre vie et promet des jours meilleurs pour assouvir nos besoins et leur expression sans limite? ». Parallèlement l’Occident a relégué Dieu à une transcendance inaccessible extérieur à l’homme, un « cosmos », qui a maintenant déserté même les Eglises. Les images qu’on se fait de lui le rendent étranger à la vie

Le mythe biblique annonce le rejet de Dieu par l’homme.

Les mythes ont traversé le temps, habillés en fables, mais ils se dépouillent aujourd’hui de leur vêtement et sollicitent de nous un regard neuf. Dans le récit biblique, le mythe de l’exil concerne l’Adam. L’Adam est vous et moi, l’humanité que les premiers chapitres de la Genèse ont révélé être aimé de Dieu, et appelé à croître jusqu’à sa déification, pour être épousé de lui. Ayant consommé le fruit tendu de l’extérieur par le serpent Satan, avant de l’avoir fait murir à l’intérieur de lui, l’Adam se croit devenu ce que lui promettait sa déification. Dès lors il n’a plus de regard pour l’autre côté de lui, sa ‘Isha lourde des énergies qu’en elle il devait épouser pour les transmettre en information, faire croître l’arbre de la connaîssance et en devenir le fruit. ‘Isha n’est ni Eve ni la femme par rapport à l’homme, mais le féminin de tout Adam, son côté encore voilé, peuplé d’énergies potentielles, l’inaccompli, l’inconscient. L’homme de l’exil s’est exclu de lui-même, devenu étranger à son ‘Isha, au Verbe divin qu’elle portait en noyau fondateur, convaincu d’être accompli, d’être un dieu. Il chosifie tout , et toute chosifiée engendre la peste dit la Bible.

De Cain, sa mère dit: « j’ai acquis un homme dans Quain », c’est à dire le yod, semence divine du Saint Nom.Yod-He-Wah-He est au coeur de Verbe Quanoh, acquérir, où le î est devenu o. Ainsi, il représente toute une génération de tueurs dont nous sommes encore, cer le Yod, usurpé à Dieu est l’épée du Saint Nom. Mais il l’a oublié et nous l’avons oublié. Or la loi est absolue, celui qui ne construit pas le Saint Nom en lui, en son épée intérieure, le construit dans une montée de sève de l’arbre de la connaîssance, celui-là tue avec l’épée à l’extérieur. Cette épée, liée au meurte est aussi un outil de conquêtes extérieures et permet d’aquérir force et intelligence prodigieuses: édification des villes et de toutes civilisations, conquête des royaumes, de l’espace aujourd’hui. Rien ne l’arrête, n’est-il pas un dieu!

Nous approchons de l’apogée de la souffrance, la peste ravage, toute chose est chosifiée, manipulée pour la rendre intégrable à une logique scientifique agnostique mutilante. Tel un vampire, le systéme économique politique aspire le sang de la terre dont l’écosystème est entré en phase terminale. Mais le Christ nous dit: j’ai vaincu le monde du royaume de Satan soumis au temps de l’exil, l’agonie est celle du monde, pas celle de la création qui ontologiquement n’appartient qu’à Dieu.

 

2) La genèse du désir.

 

         2-1) Préambule.

Tout n’est-il pas créé à partir de rien? De cette abscence qui fait manque au créé? de cet autre qui le cherche?

Ce tout autre que Dieu ne pouvait être autre sans que son anéantissement en lui, Dieu n’y dépose lui-même l’information nécessaire à ce qu’il devienne même. Entre cet autre, chargé de cette information et Dieu, est un intervalle, Rewah, qui n’est autre que Roudh, l’Esprit-Saint de Dieu. Son souffle, fait d’amour et de désir infini de Dieu à ce que l’autre devienne même, et désir infini de l’autre devenant même. Il faut rappeler qu’une Alliance d’amour est dans le Bereshit, le principe de l’oeuvre crée, le « au commencement ».

Le Cantique des Cantiques raconte l’union du « moi » avec dieu. Dans ce cas, féminin par rapport à Dieu, Salomon chantant cherche, en désirant, son bien-aimé. Mais pour l’Adam, le ciel reste muet. Soudain, voici qu’une vapeur sortie des profondeurs de sa ‘Adamah, le côté encore inconnu de lui, vient arroser cette ‘Adamah toute entière. La vapeur est eau et feu. Cela rappelle l’idéogramme chinois de l’énergie représentée pzar une vapeur se dégageant de l’eau d’un bol de riz sur le feu. Ce pourrait être un grain de blé, le « Bar », qui partage son nom celui du Fils. Bar’eshit, un fils je pose, fils du « rien », énergie du créé, principe inséparable de l’Esprit. Ce fils germe est le feu divin fondateur de l’être. C’est lui qui émeut les eaux d’en-bas, eaux matricielles de l’Adamah lourdes de lui. Elles frémissent et s’expriment dans une vapeurde désir. Les eaux, celles d’en-haut, au coeur de Dieu, et celles d’en-bas, au coeur de l’Adam, séparées au deuxième jour de la genèse, se souviennent les unes des autres et ne cessent de se rechercher. La Shulamite (Salomon) désirant sa bien-aimée, attend que les eaux d’en-haut descendent dans son jardin pour pouvoir le cultiver.

Tout Adam, fait de ces deux désirs, est l’espace de rencontre entre deux amours, celui de l’Adam pour son Dieu, et celui de Dieu pour l’Adam.Cet espace est le jardin d’Eden, de jouissance. Mais Dieu ne s’impose pas. Le désir d’Adam est une vapeur, mais le désir de Dieu est un fleuve Un qui se partage en 4 têtes pour venir visiter l’Adam dans ses énergies  en lesquelles il est totalement présent. Mais il les distribue en 4 étapes selon ce que l’Adam peut supporter de lui sans être brûlé par son feu. (Je ne peux m’empécher de l’identifier aux 4 brisures de symétries de l’univers et à sa température qui baisse progessivement jusqu’à atteindre sa température actuelle).

 

          2-2) Le retournement de l’homme vers lui-même et vers son Dieu.

Le cinquième descendant des dieux meurtriers, Mehouyaêl (celui qui a oublié Dieu), lorsqu’il engendre Metoushoêl, son nom devient Mehiyaêl. Le yod s’introduit subrepticement, il n’est plus volé comme chez Quaîn. Cela signifie que si l’homme oublie Dieu, Dieu lui, n’oublie pas son épouse bien qu’adultère (elle s’est donnée au Satan). Dieu met une limite aux ravages du faux époux et s’insinue en elle pour l’amener à retrouver sa mémoire. Il s’agit de sa mémoire ontologique, celle de l’information engrangée dans la semence divine fondatrice et non de celle historique de surface. C’est aussi ce moment où Abraham reçut la visite de son Dieu ou bien celui de Jakob au moment de son songe, et celui où dans le buisson ardent, Dieu enjoint Moîse de retourner en Egypte pour sauver son peuple.

Où en sommes nous par rapport à ce mythe fondateur?

Au milieu de notre détresse, le yod ferait-il brèche dans l’humanité? Tout porte à l’affirmer. Le yod, le « je suis » dit le Christ, est l’éternité présente au coeur de l’instant et qui bouscule l’instant banalisé de l’exil. C’est le  « Avant qu’Abraham fut je suis », affirmant qu’il est le YHWH de premier Testament, la semence divine fondatrice de chaque être et dont on n’a vu que la personne historique jusqu’à aujourd’hui.

Tentant au mieux de l’imiter au lieu de le devenir, dans le paradigme d’une bonne morale le monde de l’exil au moins mal, on érige le Bien et le Mal en valeurs absolues au lieu d’entre dans la dynamique de l’accomplissement du yod.

Le Saint Nom est l’épée à double tranchant qui nous bouscule et nous vivifie.Mais elle est souffrance et plaies pour ceux qui n’ont pas conscience de l’enfantement qui se joue. Au fil de cette épée, les morales se sont effondrées. Le nouvel Orient référentiel se joue aujourd’hui autour des finances, jumelles des sciences et de la sexualité, dernier tabou de la morale. L’homme de l’exil est procréateur par le sexe avant de recouvrer sa nature première et de devenir créateur par le Verbe. Pourtant la sexualité peut être vecteur de jouissance ontologique et reconduire au jardin d’Eden, jardin de jouissance, elle porte le yod en son coeur. Freud, qui l’a désenclavée des interdits moraux, n’ pas su lui redonner son souffle divin, le yod. Elle a fusé de toutes parts sans loi, brisant tous les interdits qu’impose la justesse de l’icône en créant la « peste ». Aujourd’hui le yod commence à émerger du désenchantement et du délabrement de cet amour bafoué. Ce yod appelle et se donne à chercher hors des sentiers battus, des Eglises dont beaucoup ont perdu leur âme et le verbe. Mais l’individu ne connaît encore que l’individualisme réducteur, voire destructeur. Mais ce détachement du collectif générateur de responsabilité prépare l’individuation et le retournement vers les normes ontologiques en amont de l’exil.

 

          2-3) Principe du créé selon la Tradition.

Le principe, Bereshit, n’est pas un commencement historique, mais principe fondateur du créé, lourd d’une information concernant son devenir. Il se déploie dans la Torah comme il le devrait en nous s’il n’était pas ignoré. Lu Bareshit, « un fils je pose », il est le fils Bar, posé en fondement(‘Shet) posé par Dieu. Le ‘Shet devenant Shit, il pose en sa lettre médiane (e) le yod, semence de Dieu. Le mot semence (Zer’a) est l’étymologie du zéro (que les sciences font provenir, à tort du sift arabe), semence de toutes les mathématiques. Mais ce « rien » n’est pas rien. Il est le premier Nom divin révélé, ‘Ayin, qui se déploie en ‘Ayin Soph (rien qui se limite), puis en ‘Ayin Soph’or (rien qui se limite dans la lumière).

Mais dans son exil l’homme en bloque la dynamique.

 Ce que disent nos contemporains.

Moi: Cet orgasme divin serait-il le big bang? Et ce quelque chose générateur du big bang, l’instant zéro?

Voir aussi le dialogue entre Marcel Gauchet et Luc Ferry qui s’accordent pour dire que les morales laïque ne peuvent prendre en charge l’ensemble des expériences des individus et que le discours religieux appelle à un autre discours mais sans l’extrapoler aux sphères du divin.

 

          2-4) La liberté.

Lorsqu’au sixième jour de la genèse, après que le Dieu ‘Helohîm a fait les animaux de la terre, les vivants du sec et tous les vivants de la ‘Adamah (qui est pour l’Adam matrice d’eau qui lui donnera naissance sur le sec), ce que les Pères appellent un Conseil divin se réunit: « Faisons Adam à notre image, capable de notre ressemblance et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux, sur le bétail, sur tout (vivant) du sec et sur tout le rampant qui rampe sur le sec ». Ici, c’est le verbe faire qui est employé (‘assoh). Il est différent du verbe crée (bar’a). Ces deux verbes ont été amalgamés dans la septante (c’est païen). S’ensuivront des malentendus, y compris ceux des pères, de la part de ceux qui enseigneront « créé à la ressemblance de Dieu ». Littéralement, créer c’est poser dans le voir, poser dans l’altérité. Le verbe faire, ‘assoh, implique une dynamique qui conduira cet autre depuis l’ « image » jusqu’à la ressemblance afin que, venant du même, il soit épousé de Dieu. Le faire est l’oeuvre divino-humaine, oeuvre de l’amant et  et de l’aimée. L’Adam est tout entier féminin par rapport à Dieu dans une finalité nuptiale. ‘Assoh, le faire, est constitué de deux lettres dont l’une ‘ayin exprime la source de l’être ainsi que son exil et l’autre le shin, la puissance de l’amour. Cette lettre, aussi présente dans le mot bassah, la chair y est entourée de deux lettres qui forment le mot bar, le Fils.Cette chair qui contient toute l’information, est Fils et Esprit.

Revenant au verbe faire qui exprime une action divino-humaine, contrairement au verbe créer qui exprime une action divine seule, c’est qu’un Adam est inclus dans le sujet de ce « faisons », il est donc présent à ce conseil divin. Il ne sera appelé ‘Adam que dans son être créé, c’est à dire une fois qu’il sera séparé de Dieu.

dans notre situation d’exil, tout artiste sait que son oeuvre est en lui avant d’être exécutée. « David » était dans le marbre, s’ écrie Michel Ange.La présence de l’oeuvre au sein de l’artiste est déjà douée d’autonomie. Elle appartient à un réel latent au coeur de l’homme, mais si réel qu’une fois né, elle conduira son auteur à le percevoir et s’ouvrira à d’autres dimensions de vie. Mais en Dieu, cet réel est d’une telle présence que Dieu interpelle l’Adam dans une finalité amoureuse: « acceptes-tu d’être différencié de moi? Si tu l’acceptes c’est pour que je dresse avec toi une Alliance de feu, pour que tu croisse jusqu’à la ressemble à moi qui t’attends pour poser sur ta tête une couronne Royale nuptiale ». Au chapitre suivant, « Dieu créa l »Adam » veut dire que l’Adam a accepté et signé librement son engagement présidé par un amour où amour et liberté sont indissociables. En image et pour faire croître en lui le yod, semence divine qu’il est et devenir lumière, l’Adam doit entrer dans des limites successives, limites ontologiques libérantes.

C’est pourquoi  M. Boulgakov a pu écrire: « si l’homme est devenu homme-Dieu par destination, le Logos est Dieu-homme suréternel comme image première de la nature humaine ». Aussitôt créé et l’époux s’étant retiré de lui, l’Adam exprime son désir de Dieu. Alors il est placé dans le jardin d’Eden où Dieu fait s’écouler son propre désir de lui en fleuve de feu étincelant. Ce jardin où souffle l’esprit Saint, est une nouvelle dimension naturelle, espace de fécondité du chemin de ressemblance, traceur de la voie nuptiale et donateur de connaissance. Eden (la connaissance) possède trois lettres intimement liées au verbe connaître, Néd’e. Au dernier verset de ce chapitre 2, l’Adam et son ‘Isha, son féminin intérieur, sont dis nus c’est à dire connaissants du chemin qu’ils ont à parcourir. Ils le peuvent puisque le processus de différentiation en eux vient de s’accomplir. Indifférenciés avant le sixième jour, ils sont tous deux nus en ce deuxième jour, ils ne sont plus confondus, ce qui n’a rien à voir avec une honte.l’Adam peut donc se souvenir de son ‘Isha et l’épouser car c’est ainsi qu’il sera épousé de Dieu. Ainsi l’homme atteint progressivement de nouvelles structures, de nouvelles limites qui lui permettent de recevoir son Dieu sans être brûlé du feu de son amour et acquiert ainsi une plus grande connaissance.

Arrêtons nous à la notion de limite, car la liberté est obeîssance aux lois ontologiques qui structurent le créé. Révélées à Moîse, elles sont envolées dès que mises en contact avec un peuple régressé en situation d’exil et d’esclavage.Envolées ces lois, mais elles sont plus lourdes que la pierre car elles sont le verbe indestructible de Dieu. Il se cachera derrière un autre registre énonçant des lois adaptées à l’état d’un peuple, ces nouvelles lois seront en soi plus libérantes car l’amour Divin ne cesse d’appeler l’homme à sa libération,mais dans l’immédiat, elles seront contraignantes. L’homme en situation d’exil est comme un enfant qu’il convient de conduire étroitement.

Le peuple était entré en Egypte sous la direction de Jasoph (joseph). La racine de ce nom est soph, « la limite ». Ce peuple, libéré par Moîse après 430 ans de servitude, traverse le Yam So’ph, mer de la limite (le mer rouge). L’Egypte sera donc prison, voire tombeau pour les uns mais pour les autres, elle se fera matrice dans laquelle ils augmenteront, en nombre certes, mais aussi en ce qu’ici on appelle verticalisation de l’être. Cela rendra capable ce peuple d’assumer la liberté qu’il va devoir rencontrer. Il l’assumera mal, se retournera contre Moîse pour réintéger son état d’esclavage et retournera à l’idolâtrie du veau d’or. C’est le prototype de peuple qui a peur de la liberté et la refuse. Or la liberté se conquiert dans le domaine du « faire », elle implique une désécurisation radicale par rapport aux valeurs de l’exil, elle engage l’homme vers une nouvelle terre, une nouvelle dimension du réel dont les lois sont autres et les nouvelles valeurs restructurantes.

Moîse et achève son parcours dans la matrice du crâne avec Joseph d’Arimathie. Entre ces deux limites Soph, le Fils de l’Homme assume sa totale croissance. C’est être homme que d’accepter cette dynamique qui se vit par mutations successives: « De tous les arbres du jardin, parce que tu es mangeant, tu tu dois manger, mais de l’arbre de la connaissance, parce que tu es mutant tu ne dois pas manger car le jour où tu en mangeras, tu muteras ». Intégrer le fruit de l’arbre de la connaissance après s’être verticalisé, c’est muter dans une ultime réalisation, mais l’intégrer avant, c’est muter dans une régression ramenant à l’état du sixième jour où l’homme est créé mais non fait. Il est différencié de Dieu, mais pas de son autre côté et donc totalement inconscient. Pourtant c’est cette option totalement infantilisante qui a été notre choix. Berdaîev l’évoque en disant que l’homme a horreur de la liberté.

 

         2-5) La liberté en situation d’exil.

La situation d’exil est un mythe, elle est donc un présent. Nous sommes responsables de cette situation que nous normalisons. Le Satan, nouveau Principe, masque l’information et, violeur de la « chair Adamique », il pose entre l’homme et lui des objets d’une telle attraction qu’ils détournent le flèche de l’Eros, de la cible divine. Elle se decoche alors sans aucun discernement, l’oubli a évacué toute connaissance. L’homme a perdu mémoire de l’Alliance, mais Dieu ne l’a pas oubliée. Il frappe constamment à la porte sans la violer et l’appelle à la vie.mais sa bien-aimée est libre de se détourner de lui et de se donner à l’époux satanique alors que ce dernier l’aliène et l’amène à la mort puante du tombeau. Et alors la liberté pour l’homme de l’exil est ramenée à une liberté de choix, c’est à dire d’accueillir tous les objets de désir sans autre contrainte que celle se référant à ses très relatives valeurs. Il oppose loi et liberté, revendique ses droits avec colère et violence, ignorant ceux des autres. Les instances religieuses parlent de libre-arbitre. Mais l’arbitrage, privé de la connaissance se réfère aux seules valeurs morales, bien-mal, permis-défendu qui n’ont aucune valeur ontologique. Aujourd’hui, où le mal prend le masque du bien, qui peut valider le libre-arbitre?

L’arbre de la connaissance est celui de l’accompli et du non accompli des énergies potentielles qui ont pour vocation de construire le Fils intérieur. Son fruit est le totalement accompli, le « je suis », YHWH. Ces valeurs ontologiques sont inscrites dans le mystère de chaque personne, aucune institution ne peut y attenter. Du fond des prisons, l’homme peut être libre de cette liberté là, mais bien peu d’êtres la connaissent au-delà de leur moi-ego. Aliéné, l’homme de l’exil est esclave de ses troupeaux de l’âme devenus la proie de Satan. Ce sont eux cependant, qui président au mot Hopesh qui signifie la liberté. Le H signifie Heit (prononcé Haîot), les vivants, les énergies inaccomplies qui, à l’extérieur symbolisent les animaux. Ils ont une vie autonome et, non intégrés pour construire l’être et l’accompli, ils sont dans le meilleur des cas refoulés derrière les grilles des interdits moraux. Mais hors de ces éthiques ils déferlent dans les champs de l’exil, en violences dévastatrices.

 

          2-6) La liberté vécue en situation ontologique recouvrée.

Mais convoquées par Dieu, ces énergies font barrière à notre illusion de liberté, car la lettre Heit est une barrière entre deux champs dans le monde de l’exil, entre deux niveaux de conscience, soit deux niveaux d’information. Cette énergie travaillée et intégrée donnera son information et avec elle une énergie insoupçonnée auparavant.La barrière est la rencontre de l’homme avec le pôle féminin de son être, l’inaccompli, l’étranger, d’autant plus redoutable qu’il est doué d’une puissance supérieure à celle précédemment acquise. Il fait peur, on ignore encore que cet autre n’est pas autre et que de ce fait, il est assimilable. Car la Connaissance s’acquiert dans l’expérience de la lutte, de la danse avec cet autre pour son intégration, non pas contre lui, mais avec lui. Jaqob acquiert les ailes de l’ange, le petit poucet chausse les bottes de sept lieues après avoir vaincu l’ogre. C’est un autre espace temps où le vaincu a vaincu le dévoreur et intégré une part de son féminin intérieur (dans le conte, ce sont les sept petites filles qui promettaient la couronne d’or). Cela rappelle étrangement J. Attali dans « une brève histoire de l’avenir », qui parle des coeurs du monde marchand disparaissant les uns après les autres dans leur lutte contre leurs rivaux, pour laisser la place à un troisième coeur qui émerge alors comme par « enchantement ».

Mais alors le petit enfant s’adapte au monde et perd la résonnance qu’il avait avec les autres dimensions de son être. Il se range d’abord au niveau des valeurs morales, qui ne président pas à l’ontologie, mais qui peuvent leur donner ouverture. Cependant, les valeurs morales, érigées en absolu peuvent faire des ravages si elles ne président pas au recouvrement de l’ontologie, car elles confortent alors l’exil, « l’âme groupe » animale du collectif, l’égo individualiste et paradoxalement grégaire de chacun. Tous ceux qui en relèvent ont horreur de la vraie liberté et s’abandonnent sans discernement à tous leurs besoins de sécurisation y compris religieux.

C’est pourquoi les totalitarismes d’état ou d’Eglise ont toujours promis aux êtres des paradis enchanteurs d’un futur « grand soir » ici ou dans un monde post portem. Tous court-circuitent l’instant « je suis » et se chargent de la liberté de leurs « ouailles » en s’arrogeant de penser à leur place. L’état crée un « humanisme » que Bierdaîev dénonçait, un humanisme à l’horizontale, en confortant la chose « chosifiée » qu’est l’homme, sans tenir compte de sa vocation de verticalité dans le Verbe qu’il est en devenir’ en le manipulant donc.  Les Eglises, surtout en Occident, en enfermant les êtres dans un moralisme pieux et une autorité incontournable qui régit la foi et les moeurs, mettent de l’ordre dans le monde de l’exil, mais n’en font pas partie. Elles enseignent une lecture littérale des Ecritures et une interprétation des plus culpabilisantes, muselant ainsi le pouvoir de l’homme sur la femme avec le fameux pêché originel et un Dieu punisseur d’une faute imputée à la femme.

 

3) La connaissance.

C’est en mangeant le fruit de l’arbre de la connaissance que l’Adam biblique se détourne du jardin d’Eden et que nous vivons aujourd’hui dans ce tragique état d’exil. C’est un état en amont, état que nous ignorons et dont nous sommes ontologiquement constitués, qu’on trouve dans le deuxième chapitre de la genèse. Cela nous amène à vivre dans l’existentiel, hors de l’être, hors de notre véritable ontologie. Il ne s’agit pas d’un avant et d’un après selon temps historique, notre seul état d’exil, mais une sorte de superposition d’états (au sens de la physique quantique), qui inclue celui que nous vivons dans le collectif perceptible à tous et qui fait loi.

Les différents niveaux de réel, non perceptibles aujourd’hui (car refusés par la science), s’expriment dans les mythes de l’humanité, qui ne sont pas des fables.

 

             3-1) La connaissance acquise par voie intérieure.

Ainsi le réel ultime serait ce principe, « Bereshit », le Fils qui, présent dans la semence divine et symbolisé par la lettre yod, et qui, dans sa réalisation est le Saint Nom, YHWH, qui sera les fruit de l’arbre de la connaissance. Ce Un est programmé en nous par « Bassar », la chair, contraction de bereshit, qui contient toute l’information (basser) de son devenir.

Pour assumer l’homme, l’Adam a à vivre successivement les trois dimensions de la ‘Adamah, les trois matrices. Dans sa fonction matricielle, la ‘Adamah est encore le côté femelle de la dialectique ontologique mâle-femelle, c’est un trou, un abîme insondable dont l’Adam mâle doit se souvenir. Alors il retrouve son ontologie et dans les épousailles il recueille une somme de connaissances, un nouveau champ de conscience, une terre nouvelle et fructifiée. Et l’homme grandit en son pôle mâle qui participe de la lumière divine. Mais il faudra aller toujours plus loin, « le Fils de l’homme n’a pas où reposer la tête« .

Il faut savoir que la connaissance acquise n’est pas vérité. A partir des ténèbres, pôle féminin, en lumières successives, pôle mâle, le travail se fait dans une collaboration divino-humaine dans un amour infini. De personnelles que sont les énergies, elles touchent soudain au collectif. L’homme s’accomplit et tend à l’unité, à l’universel. En terre promise, le noyau de l’être libère l’énergie qu’il est et devient YHWH, l’ultime, réel et vérité. En expirant, Jésus dit « tout est accompli ». Tout est marqué de cette dialectique, jusqu’à chaque cellule: accompli, non encore accompli, de l’arbre de la connaissance qu’est l’homme. L’homme accompli est lumière; Noé sortant de l’Arche est ivre de cette connaissance acquise et il irradie le lumière qu’il est devenu. La mémoire liée à cette connaissance ne demande aucun effort. Ellle est « je connais! », par la vision, le toucher et tous les sens, elle est connaissance expérimentale. La jouissance est Eden (‘Nede: « nous connaissons! », elle est libérante et chaque étape s’ouvre sur une terre nouvelle. A chaque terre la sagesse pose ses lois et ses limites.

Si nous nous entêtons à lire la qualité de l’arbre de la connaissance comme étant celle du bien et du mal au lieu d’en entendre la dynamique ontologique qui relie l’accompli au non encore accompli, nous stagnons dans une morale qui stérilise le Fils de l’Homme. L’homme de l’exil ignore son intériorité et cette dynamique verticalisante et donne valeur absolue au bien et au mal que Dieu aurait placé en Eden, ombre portée de « l’accompli et du non accompli ».

 

           3-2) La connaissance acquise par voie extérieure.

En cette terre d’exil, seule la verticalisation corporelle différentie l’homme de animaux et développe en lui 3 cerveaux précursurs des 3 matrices. Mais au départ l’homme compense inconsciemment dans « l’avoir » les acquisitions stérilisées dans « l’être ». Les 3 composantes énergitiques de son nom, joiussance, possession et puissance s’exercent à « l’horizontale »: possession des biens du monde, conquête de l’identité individualiste, pouvoirs valorisants et sécurisants, pouvant aller de l’investissement juste et nécessaire jusqu’à des abus les plus tragiques. Une des qualités ontologiques est le noyau Divin, le « yod » semence du Fils de l’Homme, qui peut être investi dans un développement inouï de l’intelligence humaine cultivée dans les écoles… Elle est belle et juste mais peut déraper dans un passionnel sans limites.

Ici se placent quelques remarques sur le rituel de la circoncision. Dans des écrits, certains ont remarqué que l’intelligence (celle des grands penseurs comme Einstein) peut s’expliquer par des données physiologiques de la circoncision. Cette Alliance avec Dieu, « Brit milah » ou alliance de la parole remonte à Abram. Ce dernier ne devient Abraham et sa femme Sarah (auparavant saraî), que lorsque le Seigneur lève l ‘opprobre de stérilité qui pesait sur le couple. Le changement de nom est significatif et le yod final de Saraî éclate en deux Hé (5+5=10) qui se distribuent l’un dans le nom d’Abra(h)am, l’autre dans celui de Sara(h). Ces deux êtres s’unissant par la lettre waw, construisent le Saint Nom, YHWH (Yod, He, Waw, He). Il s’agit donc, en profondeur et sous le symbole d’une fécondité biologique, de la fécondité ontologique, spirituelle retrouvée. La coupure du prépuce, temps du rituel appelé ‘orlah symbolise le disparition des peaux (‘or de l’inconscient), pour que la lumière (‘or du conscient), c’est à dire le Verbe, vienne.

C’est Einstein qui en 1909, ouvre la première boite de Pandore (la boîte qui va faire se répandre tous les dons, alors qu’en même temps, son époux Prométhée rapporte le feu qu’il a volé à Héphaîstos). Depuis lors, feu et dons non acquis ravagent la terre. Nous connaissons la suite du mythe, l’humanité est en train de vivre la permière étape, ce qui permet d’augurer pour bientôt le retournement. Dans l’immédiat, il faut mettre en lumière le seul aspect qui permette non seulement de ne pas cultiver la terreur, mais de réenchanter la vie. Il y a donc à distinguer l’amour d’ordre divin, de la pulsion sexuelle qui sans cet amour est d’ordre animal, mais avec lui, est sacré.

La théorie quantique poursuit l’oeuvre révolutionnaire par rapport à la vision mécaniste de la matière. Jusque là, tous les chercheurs pensaient pouvoir reconstituer un objet à partir de ses constituants mais la réalité quantique se révèle autrement complexe. Elle introduit les trois notions masse, vitesse, position d’un objet quantique, dans une relation telle que l’objet est indéfinissable d’où le principe d’incertitude de Heisenberg.  Rechercher la brique toute première dans l’infiniment petit amène les physiciens à à trouver une dualité entre particules élémentaires et la fonction d’onde, c’est à dire entre le corpusculaire et l’ondulatoire. Ainsi définie, la fonction d’onde est non localisée et étendue à tout l’espace, mais de quel espace s’agit-il? Force est de constater que notre monde n’est que la représentation d’un autre « monde(?) » ce qui amène Bernard d’Espagnat à parler de « réel voilé ». Nous ne voyons que la représentation que nous donnons de la réalité des choses. Leur fonction passe par le filtre de la conscience de l’observateur, et l’observateur est à son tour observé et devenu objet de connaissance (sciences humaines). Ignorant les outils dont il peut disposer pour connaître, il devra d’abord les acquérir pour aller vers la brique première. Celle-ci est l’Esprit et le Fils en l’homme. Ces réalités ont une profondeur qui résonne à tous les niveaux de ce « réel voilé ». C’est ce que la Bible nous invite à vivre en épousant l’Autre à côté de nous.

Le big-bang révèle l’instant singulier du commencement du temps où l’univers est réduit à un point infiniment petit et où certains (les frères Bogdanov par exemple)  considèrent que tout est codé et porteur de toute l’information. A ce stade de la compréhension, seul la langage mathémarique peut prendre le relais de celui de l’observation physique devenu inadéquat pour exprimer ce qui est ressenti comme imaginaire pour certains, mais qui, pour les mystiques est expérience vécue d’une autre dimension du réel. Ce langage permet de postuler l’existence d’un plan de réalité se situant hors des limites de l’univers relativiste d’Einstein et donc au-delà de la vitesse de la lumière. Dans cet espace, passé et futur se confondent en un présent continu. Le « je suis » ne serai-il pas le réel ultime qui attend en haut de « l’échelle de Jacob ». Ne proposerait-il pas à l’homme cette vision des étapes des différents niveaux du réel contenus en lui jusqu’au réel communément observable que nous vivons en exilés de nous-même donc exilés de lui.

Le substantif Hébreu R’a, traduit par « le mal », est l’inaccompli, l’inconscient. Mais s’il est prononcé Réa il est le prochain. En chacun de nous, en l’autre côté de nous, il est l’inconscient, qu’habitent ces différents niveaux du réel, qu’habitent toutes les étoiles, toutes les galaxies, tous les mondes, tous les êtres. Aime ton prochain parce qu’il est toi-même pourrait-on dire. La loi ontologique du Talmud s’éclaire à cette lumière. Elle set non pas celle qui s’est enveloppée du manteau juridique de l’exil, mais la loi selon laquelle ce que je fais à l’Autre, en boomerang m’est fait, car nous sommes Uns. Si l’homme verse la sang d’un autre, son propre sang sera exigé car il est l’image de Dieu.

Lorsque nous prenons connaissance de quelque chose ou de quelqu’un, cet objet de connaissance ne nous est pas étranger. Entre le connaissant et le connu est un lien invisible qui infléchit forcément les données de la connaissance vers la réalité que s’en fait le connaissant.Quelque soit le temps écoulé lorsque deux objets quantiques sont séparés, quelque soit l’espace qui les sépare,si distingués soient-ils les uns des autres, ils sont lourds de la même information et ne sont pas réellement séparés.   C’est ce qu’expriment la non séparabilité et la non localité quantiques.

Ce n’est pas la connaissance acquise de l’intérieur qui est bonne et celle à laquelle ouvrent les écoles qui est mauvaise, nous ne sommes pas dans les catégories bien-mal, les critères de l’exil sont dépassés. C’est l’effondrement du juste par rapport au côté coeur extérieur qui est dramatique. « La Adamah est maudite par rapport à toi » dit Dieu dans la Genèse après qu’Adam et Eve eurent goûté au fruit de la connaissance. Ce qui est dramatique, c’est que le texte est présenté de façon à ce que la malédiction semble provenir de Dieu alors que c’est un « mal » « dit ». La voie du retournement est: « tu mangeras le pain à la sueur de tes narines jusqu’à ce que tu retournes vers la « Adamah dont tu t’es séparé. Il nous faut retourner vers la ‘Adamah de notre être et gravir les échelons de la « connaissance intérieure » qui apportera la Sagesse à notre dangereux savoir. Aujourd’hui le désir de connaître le monde est débordé par le désir de l’exploiter (voir le texte « du Monde » de mars 1988 signé par de hautes personnalités dans le livre en page 67): la recherche est orientée par les choix économiques, sociaux, sanitaires ou militaires.

 

4) Sagesse, intelligence et tiers caché.

 

4-1) Présentation

Ce n’est pas vers les autres par la voie extérieure que l’homme va vers l’Universel, Il alimente alors sa bonne conscience et son narcissisme, il n’acquiert aucune conscience vraie, aucun surcroît de connaissance. L’élan vers les autres doit être la conséquence de son élan vers lui-même et pour lequel il ne peut faire l’économie des enfers mais certes pas les enfers dans lesquels s’engouffrent nos enfants à l’esprit cadenassé avec la drogue dans les espaces grimaçants et meurtriers des ténèbres du réel. C’est la matrice de feu en laquelle il intègre sa poussière d’énergies et le fait devenir connaissance donc sagesse.

« Mais d’où vient la sagesse d’où vient-elle? et l’intelligence d’où vient-elle » s’écrie Job? ». En Hébreu, Méayin (= d’où vient-elle) peut être aussi traduit par « de rien ». Sagesse et intelligence sont aussi dans le rien, le zéro (zer’a ) semence fondatrice et principe du créé. Le rien (« ayin) se limite dans la lumière (« ayinsoph’or »), la source. La physique quantique bien que la lumière ne peut être perçue qu’à travers deux formes antinomiques, onde et particule, en fait toutes deux reliées à un tiers caché inconnu. N’est pas « l’esprit Saint qui souffle là où il veut et tu entends sa voix mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va »?

Dans cette tradirion chrétienne la représentation de la lumière aurait(?) pour archétype le Verbe que nous retrouvons dans Bassar, la chair, principe de tout être. De plus, ce que nous appelons la particule prend la forme d’onde quand elle n’est pas observée et, dès qu’il y a observation, on retrouve la particule.Et Jésus dit: « Il est bon que je m’en aille sinon l’Esprit Saint ne viendra pas à vous, mais si je m’en vais, l’Esprit que le Père enverra en mon Nom vous enseignera toutes choses ».

Père Fils et Esprit sont Un dans l’Incréé. Tiers caché (Pére), Fils et Esprit sont Un dans l’homme. Tiers caché, particule et onde sont Un dans la lumière du créé.

 

          4-2) Sagesse, intelligence et tiers caché.

Une béance, un vide, une absence, rien! Expir.Tout n’est-il pas créé à partir de rien? de cette absence qui fait manque au cééà cet tout autre qui le cherche? expir. « Cet tout autre que Dieu » en pourrait être autre sans que dans son anéantissement en lui, Dieu n’y dépose l’information nécessaire à ce qu’il devienne même. Entre lui et Dieu, est un intervalle Rewah  qui n’est autre que Rouah, l’Esprit-Saint de Dieu, sonsouffle fait d’Amour et de Désir. Le (Nesheq) baiser est fait de la racine (Shouq) le verbe désirer, mais aussi arroser. Quelle pluie le désir arrache-t-il donc aux êtres dans l’intervalle qui les unit et les sépare? Et quels sont les êtres en ce « chant des chants »? Scruter ces deux questions c’est aller vers l’objet de nôtre quête, le désir.

Le Cantique des Cantiques attribué au Roi Salomon, raconte certainement l’union du Roi avec son Dieu. Et dans ce cas, féminin par rapport Dieu, Salomon est la Shulamite (forme féminine de Salomon), chantant, cherchant et désirant son Bien-Aimé. Et tel est l’Adam de la genèse, c’est à dire de toute l’humanité, féminine par rapport à Dieu. Les eaux, celles d’en-haut au coeur de Dieu, et celles d’en bas, au coeur de l’Adam, séparées au deuxième jour de la genèse, se souviennent les une des autres et ne cessent de se rechercher; elles ont soif les unes des autres; elles ne respirent qu’ensemble. Tout Adam, fait de ces deux désirs, est espace de rencontre de deux amours, celui de l’Adam pour son Dieu auquel répond celui de Dieu pour l’Adam. Cet espace est le jardin d’Eden, de « jouissance ». Mais Dieu ne s’impose pas, ne viole pas son oeuvre créée libre; il attend son jaillissement de désir pour y répondre. Et le Dieu de la genèse répond.

C’est en allant vers elle-même dans le désir plus profond encore de celui qui l’habite, que Shulamite découvrira un autre visage, une autre réalité d’elle et qu’elle lèvera le voile sur le verbe qu’elle doit devenir. Pour qu’elle atteigne cette autre dimension, le Bien-aimé se retire. Shabbat! L’éthymologie du mot désir (desiderare), « ne plus voir l’astre, n’exprime autre chose que le manque. Il n’y pas de plus grand amour que l’autre soit, pour que la Shulamite, le Roi Salomon, aille plus loin en lui-même et fasse oeuvre mâle en son propre féminin intérieur afin de retrouver l’astre. ‘Isha de Dieu, Salomon doit alors se retourner vers sa propre ‘Isha, se « souvenir » d’elle (le verbe ses souvenir, Zakor, constituant le pôle « mâle » de la dialectique mâle-femelle de l’Adam ontologique.

La suite du poème provoque des émotions fortes et vraies.

 « Sur ma couche pendant des nuits, j’ai cherché celui que mon coeur aime…

Les gardes, qui font le tour de la ville m’ont rencontrée. Ils m’ont frappée, ils m’ont  blessée, ils m’ont enlevé mon manteau; les gardes des murailles. »..

Les gardes sont les nouvelles énergie des eaux d’en-bas que rencontre tout être qui fait oeuvre mâle en lui-même. Ces énergies non encore intégrées, étrangères, sont redoutables.D’inaccomplies qu’elles étaient, épousées, ces énergies donnent leur information et l’accès à une terre nouvelle où l’être, entré dans un nouveau registre de lui-même, perçoit une autre dimension du réel; elles le mettent à nu pour qu’il soit revêtu d’une plus haute qualité de connaissance. Car aller vers soi, c’est aller vers Dieu qui est en soi!

« Seule la force de l’amour rend capable de muter…Ses lèvres sont des fièvres brûlantes, une flamme du Seigneur…

Vous êtes le le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde… »  nous dit le Christ.

« Retourne toi, retourne toi, Shulamite, retourne toi afin que nous te voyions! Que tes pieds sont beaux dans tes sandales fille de prince…Tes seins sont comme les petits d’une gazelle… ».

Mais ces chants ne concernent -ils pas aussi, tout simplement, la folle attirance de deux êtres qui signifierait la rencontre du Roi Salomon avec une femme de son entourage? C’est possible bien que de nombreux passages restent très obscurs à ce niveau de lecture. Rien ne nous empêche cependant d’appliquer ce modèle du désir à celui qui bouleverse l’homme et la femme en cette situation d’exil qui est la notre. D’autant que ce désir humain peut être le canal qui nous au désir inscrit si profondément en nous et dont la flèche a Dieu pour cible. Mais cet exil en lequel nous précipite notre naissance, à ce monde extérieur, exil de  nôtre intériorité, est si normalisé par le « collectif », qu’il faut un jour en sentir le « non-sens », pour nous conduire à un retournement vers nous-même.

Les textes sacrés seuls portent la mémoire de l’ontologique et peuvent nous éveiller et nous guérir de notre surdité, comme pour la « Shulamite »: retoune toi, retourne toi (conversion) Schulamite. Nos amours humaines chargées d’os peuvent lever notre surdité, car les puissances de l’Eros plongent leurs racines dans l’ontologique. Seule la pulsion sexuelle appartient au registre de l’exil. Mais lorsque l’homme de l’exil reste exclu de lui, il reste aussi exclu de l’autre et n’a qu’illusion d’amour. Les amants exigent  alors un objet absolu, objet de leur quête inconsciente que nul des deux ne peut donner. Nul des deux, mais que l’intervalle entre eux (Rewah) peut secrètement habiter, en ombre portée de la relation à Dieu, il reste Rouah’ l’esprit. Ainsi le troisième terme de leur amour n’est pas l’enfant si aimé soit-il, car la procréation est du registre de l’exil, mais l’Esprit qui tisse leur histoire muette. Quelque soit l’étreinte du roi Salomon avec son Dieu, celle de ses amours avec une femme nommée Shulamite, toutes deux prennent source à l’Orient de l’être en son principe fondateur, qui est aussi terre promise. Il y a une seule source, corde vibrante dont l’homme en situation d’exil ignore tout des noeuds et des ventres, d’où la béance où s’engouffrent les amants. Ils pressentent qu’un autre corps en eux serait capable de prendre le relais, mais non sans mourir à celui-là. Mais lequel? Le temps s’anéantit, d’infinis espaces surgissent qui rendent transparents l’un à l’autre ces deux être défaillants, grandis l’un par l’autre, comme si le transport amoureux les transportait en amont de leur exil. Il n’y a plus ni peur, ni tourments, ni soupirs mais la vie éternelle. Quel frein mettre à ce torrent de feu sans risquer le refoulement destructeur? Lorsque le cataclysme se déclenche, des reins se détache une avalanche qui descend avec fureur, ravageant tout sur son passage. Seul un diamant peut entamer un diamant! Seul l’amour peut saisir l’amour et le saler alors d’un autre feu! C’est parce qu’il est sauvage que ce feu est sacré. Le sacré tient l’archaîsme le plus pur, l’Eros céleste ne se reconquiert que par la circoncision du Verbe. Et conduire le sexe au Verbe dans une verticalisation du désir, tel est l’anoblissement de l’Eros, Alliance de la circoncision, mais aussi Alliance de la Parole. La chasteté est la plus haute expression du désir, non pas celle qui est imposée de l’extérieur, mais celle qui est conquise de l’intérieur.Si les amants ne répondent pas à la verticalisation pour puiser dans les nappes profondes et se laisser jaillir dans une autre lumière, combien leur relation peut être possessive, voire fusionnelle! Aucun espace entre eux ne permet au souffle de les conduire vers eux-mêmes. Ces êtres, esclaves des exigences des corps et d’une psyché encore infantile ne savent combien leur sera difficile la rencontre obligatoire avec eux-mêmes au coeur de leur vie, vers 50 ans.La transformation biologique de chacun répond à un appel impératif de l’être à la spiritualisation. Le rôle de l’hypophyse diminue et fait place au rôle de l’épiphyse, riche en mélanine. Le rythme solaire remplace le rythme lunaire, l’épiphyse est la glande de spiritualisation.

 

5) Le mal, la souffrance et la mort.

 

        5-1) Le mal

« Oser appréhender le grand mystère du mal, c’est reconnaître notre désarroi » (Paul Ricoeur).

          5-1-1) La tradition chrétienne des Pères de l’Eglise est déconcertante. Au douzième siècle, Maxime le Confesseur l’inscrit dans une dichotomie qu’i identifie à celle du spirituel-matériel. Spirituellement,la création visible est l’arbre de la connaissance du Bien et dans son aspect matériel, c’est celui de la connaissance du mal. Ailleurs, il identifie le corps humain à cet aspect matériel et en fait un élément du mal, mais il ajoute: « le mal est tantôt du bien, tantôt du mal et il en est de même pour le bien. Il semble se contredire quand il affirme que le mal n’a pas d’existence propre et n’en n’aura jamais (il n’est ni…, ni …). En hébreu, « la traduction officiellement donnée au mot ‘Ra dans le corpus Tob wa-R’a du bien et du mal est une grave erreur ». En faisant germer cet arbre au coeur du jardin d’Eden, Dieu aurait-il fait germer le mal au milieu de la jouissance?.

Or tout nous le dit, le théâtre est grandiose, La moindre fleur dans son élégance et l’arabesque unique de sa géométrie, dans le mystère chromatique de sa couleur et de son parfum,dans ses vertus souvent guérissantes et son offrande muette, dont on sait que tout cela ne fait qu’un, la fleur affirme en cette unité une parfaite finalité née des noces secrètes du ciel et de la terre. et cela est vrai en toutes choses jusqu’à la plus somptueuse des étoiles, toutes obéissent à un rythme cosmique, à une pulsion de vie, celle-là même qui court dans les membres de l’homme, qui le fait croître et devrait le conduire au couronnement royal auquel il est promis. La création est grandiose et le mal n’y a pas de place. L’arbre de la connaissance est celui de l’accompli et du non encore accompli du Fils de l’Homme dont le germe fonde le créé. En ce qui est accompli du Nom, l’homme participe de la lumière Divine et pour ce qui n’est pas encore accompli, il est dans les ténèbres.

Mais les ténèbres ne sont pas le mal. Elles sont faites d’énergies potentielles appellées à donner leur information et à construire l’arbre de la connaissance qu’est l’homme et dont le fruit sera le Nom, participant de YHWH, « je suis ».

La source du mal est dans le « faire ». Ce n’est pas dans le créé, le Divin, mais dans le « faire » de son devenir. c’est dans le regard non voyant de l’homme, dans son coeur détourné par la coupure d’avec lui-même, rendu sourd à l’information fondatrice contenue dans sa chair.

Le mythe de l’exil fait l’objet du chapître 3 de la genèse. Après que l’Adam, différencie de son ‘Isha a été instruit du travail qu’il a à accomplir, lui et son ‘Isha sont tous deux nus, connaissant du chemin, donc ils peuvent l’accomplir, ils ne sont plus confondus. Il vient de vivre l’extase de ce découverte, une expérience de lumière et maintenant il est appelé à descendre dans ses ténèbres, dans son inaccompli, trou infiniment profond où il retrouve son ‘Isha, celle qui se prépare à devenir son époux, ‘Ish. Ces multiples aspects du féminin de tout être humain , jouent en dialectique, car le créé est dualité en deux pôles opposés; les cieux (Shamaîm) représentant la part féminine du créé et la part mâle étant la terre (Erets). Cette dualité s »est aussi exprimée par l’ humide (les eaux du Déluge) et le sec (la terre). Les eaux constituent la ‘Adamah matricielle où, par étapes s’opère la gestation du Fils.On peut voir ici le duel des « deux Noms » et nous sommes à tenir ensemble dans le Créé les deux termes d’une contradiction qui n’est dépassée que dans l’Incréé. Dans le Créé qu’il fonde, il est l’autre avec les antagonies de la dualité, il est l’épée à double tranchant qui tue et vivifie, mais c’est le même en amont. Le quatrième jour, Dieu dit: « Que soit une rupture dans les Shamaîn pour séparer le jour et la nuit et que les deux (de la rupture)  soient les signes pour les temps (de témoignage), et pour (la lumière) des jours et qu’ils servent de luminaires… ». Il y  une confusion entre les mots « rupture » et « luminaire », tous les deux prononcés ‘Morot, mais pourtant légèrement différents, ce qui amène le traducteur à ne parler que des « lumanitaires » et à effacer l’acte séparateur de Dieu au niveau des Shamaim. Et Elohim fait des deux de la rupture les grands; le luminaire « le grand » pour présider au jour ,et le luminaire « le petit » pour présider à la nuit, et les étoiles.Cette dualité au coeur du Saint Nom annoncée dans le créé par le mot Shamaîm ne s’effectue et ne prend sens que dans « le faire »:  Dieu fait les deux grands de la rupture.

 

 

          Le Satan adversaire.

L’un des Séraphins est le Satan, intimement lié au tranchant de l’épée ontologiquement destructeur. Par contre, le tranchant lié à la Lumière introduit l’homme à sa marche vers l’Unité. Le tranchant ténèbres pénètre le multiple en lequel YHWH se donne en serviteur et ce serviteur est le Satan, ce qui signifie l’Adversaire. Il n’est pas l’Ennemi, sa fonction ontologique est de de se tenir sur l’autre versant de l’homme, l’Adam, et de lui présenter les énergies encore inaccomplies par lui et lui demander de les reconnaître, les nommer, les travailler travailler et en libérer leur information-lumière. Il est appelé à jouer avec la Saint Nom en son tranchant nocturne dans une intelligence commune quant à la part divino-humaine, voire une complicité  comme le livre de Job le laisse entendre.

 

 

 Le Satan Ennemi.

Mais il semble que le Satan n’exerce pas de façon juste la tâche qui lui revient. De même que la lune n’éclaire nos nuits que de la lumière qu’elle reçoit du soleil, de même le Séraphin ne rayonne que de la splendeur du Saint Nom. Il reçoit de Lui les ordres et les limites dans lesquels ils doivent être exécutés eu égard aux lois ontologiques dont il pernd connaissance. Cest pourquoi le mot ‘Arom, traduit par nu, lorsqu’il qualifie l’Adam et par rusé lorsqu’il qualifie le Satan-Serpent, signifie essentiellement « la connaissance du chemin de l’Adam et le savoir-faire pour l’accomplir » que partagent l’Adam et le Satan.

Comme dans les arts martiaux, les adversaires s’affrontent sans être ennemis, et tout se joue selon selon une stratégie de déstabilisation réciproque pour faire jaillir de chacun une force et une connaissance insoupçonnées de lui. Le jeu entre l’homme et le Satan exige de leur rapport une grande justesse et une extrême vigilance. Chacun, dans cette dynamique doit y avoir sa juste place. Cette juste place, que nous pouvons appeler le Bien exprime une justesse d’orde ontologique infiniment supérieure au bien du registre moral.

A ce niveau du « faire » ontologique, on peut introduire aussi la notion de mal dans la perspective d’une brisure de cette justesse, dont le mal tel que nous le connaissons serait la conséquence?). Ici je trouve encore la notion de brisure de symétrie et je suis ramené à la physique avec la brisure de symétrie qui a amené aux 4 forces fondamentales de l’univers.

Ainsi, sur le chemin de vie que rythment les mutations de l’homme, les trois personnes sont en présence: Le Saint Nom et Satan d’une part, et d’autre part l’homme. Tout porte à croire que le Satan est saisi d’une jalousie tragique envers YHWH, il veut briller de sa propre lumière et ruse de tout son savoir-faire afin de devenir le maître. Ainsi Satan s’adresse à ‘Isha, cette part nocturne, inconsciente, la plus fragile de l’être que l’Adam devait garder et cultiver. Éblouie, ‘Isha s’extasie. Le fruit est bon à manger (désir de jouissance), désirable pour la vue, (désir de possession) et précieux pour réussir (désir de puissance). Alors l’Adam se nourrit d’une illusoire divinité (c’est à dire l’envers d’une eucharistie). Il se croît totalement accompli et n’a plus de regard pour son inaccompli (« Isha), je suis YHWH pense t-il. L’homme qui mange le fruit de l’arbre de la connaissance avant de l’être devenue par la voie de ses mutations mute en régression, comme Dieu l’avait prévenu.

 

          5-1-2 La ruse de Dieu.

Le mal prend racine dans le « faire » et non dans le créé a-on dit. D’abord dans la part divine du faire en la personne de Satan jaloux de Dieu, puis de l’homme; la chute des mondes angéliques aurait précédé celle de l’homme, dit la Tradition qui insiste sur la liberté redoutable de ce tout ce qui a vie. Ensuite dans la part humaine du « faire » en la personne de l’Adam, ébloui à son tour par le fruit que lui tend son ‘Isha, sa part féminine. Il oublie la garde qu’il devait exercer envers son épouse (En effet, nous ne regardons pas notre inconscient); il raye d’un coup la mémoire des lois qui devaient présider au chemin de conquête du fruit (légereté, paresse, séduction). La liberté de ces êtres étant absolue, les conséquenses sont là, tragiques. Mais, les aimant et leur pardonnant, Dieu leur expose le possible recouvrement ontologique, mais il est impuissant à en changer le cours tant que le retournement ne vient pas d’eux, et d’abord de l’Adam, dernier acteur décisif de l’effondrement et tout premier reconstructeur possible de l’édifice ontologique.

Il est impuissant, mais plus rusé que le ruseur et pusque c’est à l’homme de reconstruire, Dieu se fait homme afin que l’homme puisse retrouver son souvenir Divin. Il s’incarne en l’AdamIl s’incarne en l’Adam afin de rencontere le Satan au cours des mutations, et le vaincre. En fait; les deux ruses coexistent. Celle de Satan inaugure les temps historiques de l’exil, et celle de Dieu est du registre de l’éternité, elle habite tous les instants

de notre histoire dès le commencement de l’exil, même si historiquement, la rencontre YHWH-Satan se joue au cours des temps.

 

          5-1-3) Le retournement.

Le mot Teshoubah, traduit par pénitence, est plus qu’un regret. C’est une mutation telle que, l’oeil ontologiquement ouvert, l’homme voit avec une conscience neuve. Il ne sera pas compris par ceux qui restent en exil. Jugé et rejeté par ceux qu’il déstabilise, l’homme qui se « retourne » est seul. Il est seul d’une solitude insupportable s’il n’est pas solidement ancré en son propre et vrai soleil, son Nom secret, désormais vivant, car « Bar Abbas », le fils du Père est libéré. L’éthique de cet état ne peut plus référer aux valeurs de bien-mal, permis-défendu. Elle est fondée sur l’être, lancé dans la dynamique de l’image à la ressemblance, sur l’obéissance au Dieu secret de l’être, obeissance qui ne fait qu’un avec la liberté de la personne.Retourné vers lui-même, l’homme se voit inaccompli et descend vers ses cieux intérieurs (Shamaim). En ce mouvement, il est la véritable humilité qui conduit l’être à fuir le réactionnel, à se responsabiliser et à assumer la matrice de feu. Il puise sa force dans la qualité d’amour qui grandit au fur et à mesure de ses mutations, amour pour son Dieu, inséparable de celui qui le lie à son prochain. Le monde de l’exil enseigne le respect des droits de l’homme, ce qui sous entend les devoirs de chacun envers l’autre, mais le paradigme fondamental de l’ontologique est l’amour. L’homme est vanité lorsqu’il n’a pas recouvré le jardin d’Eden

« Toi, dit le Christ, tu as fait ton devoir, tu es un serviteur inutile ».

 

           5-2) La souffrance.


La souffrance est inhumaine. Elle n’est que du registre de l’exil où l’homme, coupé de de son « Isha et donc de son Dieu, n’est plus un Adam verticalisé, mais un animal à quatre pattes, comme le décrit la Sphinge dans le mythe d’oedipe, figé dans son exil. Captif inconscient de Satan, il oublie les lois ontologiques, les transgresse et accuse le monde entier et Dieu lui-même de ce qu’elles se retournent contre lui. Il oublie l’unité entre les êtres dans le grand ‘Adam, tous se vivent alors en rapports de force et s’entretuent. Exploitant l’avoir, il détruit l’être. Le corps biologique, informé en chacun de ses organes de sa finalité divine, mais vécu dans un compte à rebours, est la proie des maladies. Cette liste tragique qu’on peut poursuivre, constitue « les plaies d’Egypte ».  Les dix épreuves expriment l’état intérieur de l’humanité. Elles sont vécues comme telles par les Hébreux, mais sans aucune ouverture de la conscience par les Egyptiens, comme tant d’êtres aujourd’hui, qui vivent épreuves et cataclysmes dans le non-sens et la révolte (Ils disent: s’il y avait un Dieu, ça n’existerait pas).

La dixième plaie, si cruelle, mais qui s’impose aujourd’hui à notre conscience implique profondément notre responsabilité. En cette dixième plaie, le nombre dix, lié à la lettre yod, nous conduit à la personne du Fils. En cette épreuve, le destructeur, Mashehit,descend en Egypte. Ce nom dérive de Shahot, détruire et exterminer, il est aussi la forme du mot Massiah, le Messie. Parce que l’Egyptien n’a pas mis au monde un Fils intérieur, son fils extérieur meurt. Il n’est pas entré dans une dimension d’homme, confondu avec le monde animal,

il détermine la mort des premiers nés des animaux. La loi est inexorable, elle est ontologique. Elle joue dramatiquement aujourdh’hui. Nos enfants meurent de ce que nous ne mettons au monde le Fils Divin que nous portons en germe et qui, abandonné, meurt.

Mais lorsque l’homme tel l’Hébreu des écritures est entré dans le flux de son accomplissement,alors son fils est épargné. Passer au-dessus, épargner est le verbe Passoah qui donne Passah, la Pâque. De leur côté les Egyptiens sont sacrifiés; quand le sacré ne se fait pas sur la Autels intérieurs, il se joue au-dehors, là où se dressent les autels des lits d’hôpitaux, des champs de bataille, des lieux d’attentats et des enfers plus tragiques encore…ceux qui meurent là faisant le sacré, entrent dans une indiscutable sainteté, ouverture, non dans l’horizontalité d’un temps historique, mais dans la verticalité de l’Histoire tissée du fil écarlate. Ce qui ne se construit pas l’épée, tue par l’épée. Tel est le jugement.

Il y a une grande distinction entre l’épreuve et la souffrance. L’épreuve est ontologique en son origine, elle est le face à face nécessaire de l’homme avec ses troupeaux de l’âme dont la force est parfois terrifiante. La lutte est redoutable. En situation d’exil, elle se joue contre l’Aversaire regardé comme ennemi, et l’énergie est refoulée derrière la grille des interdits dans le meilleur des cas. La souffrance est grande et la lutte épuise, l’adversaire dévore le lutteur dans la plupart des cas. Dans le retournement ontologique, l’homme danse avec l’énergie et, avec le concours de Dieu, il en intègre la force et reçoit l’information.

Dieu appelle vers une nouvelle lumière celui qui souffre et l’invite à construire un « arbre ». Si l’homme l’entend, la souffrance le reconduit à l’épreuve salvatrice; elle est sacralisée et d’elle peut jaillir une force insoupçonnée. Car, faire le sacré, c’est dans la dimension ontologique, faire croître le Fils, donc muter. C’est, de la part de l’homme, rejoindre le tissage que Dieu accomplit à partir de l’information et de la semence qui donnera son fruit, tissage inexorable de l’Histoire du fil écarlate de l’Amour. L’homme a toujours su qu’un Fils devait mourir, mais, incapable d’entendre qu’il s’agissait d’un Fils intérieur, il dressait des autels au-dehors et sacrifiait rituellement des enfants afin d’obtenir la clémence des dieux. Le peuple d’Israêl fut le premier à rompre avec cette funeste tradition après qu’Abraham eut sacrifié un bélier à la place d’Issac où Dieu dit « je hais vos sacrifices ».

Pourtant, le levain est là, le Christ se fait Agneau de Dieu et ressuscite…2000ans après, les autels les plus sauvages se dressent aprtout dans le monde, sans que le monde en déchiffre le sens. La souffrance est là, tragique, Mehouyael, l’oublié de Dieu est bien présent et Metoushoêl, celui qui demande la mort, l’est aussi. Ne plus être, pour tant d’êtres qui n’ont pas commencé d’être, c’est ce cri, cette demande d’être que Dieu entend. Un Lemek, celui qui se retourne, est en train de se lever. L’épée descend dans notre Egypte actuelle, la Pâque des nations est proche.

 

         5-3) La mort.


Avec la mystique juive, contemplons l’une des lumières qui éclairent le nom d’Adam. Adam est Elohim (la lettre aleph) dans le sang, et la présence divine dans le sang (dam) fait battre le coeur de l’homme. La vérité est celle que Dieu fait battre dans le coeur d’un mort, un coeur subtil, peut-être le centre du corps-énergie que décrit la médecine chinoise? Selon ces traditions, le mort n’est pas mort. Pour l’Hébreu, la vérité se définit par ce à quoi on accédé en mourant à une dimension de vie pour entrer dans une autre, plus subtile, mais non moins réelle, jusqu’au réel ultime de dieu. La racine Hébraique de Mout (traduit généralement par le verbe mourir) en y attachant le sens courant de fin de vie avec son cortège de hideurs, a une toute autre signification. Si nous lui gardions ce sens, de nombreux versets biblique nous feraient frémir (« précieuse est aux yeux du Seigneur est la mort de ses « miséricordieux« ). Nous avons à recouvrer notre regard ontologique pour lire en cette racine celle du verbe muter. Il implique la mort, mais celle-ci n’est que la première phase d’une dynamique de vie dont la deuxième est ressusciter, naître à un autre niveau d’être.

Concernant l’arbre de la connaissance, Dieu dit: Dans le jour où tu mangeras de lui, parce que tu es mutant, tu mutera; ». Ce fruit Divin ne peut être assimilé que par celui qui, ayant assimilé les mutations sera devenu feu, sinon et pour ne pas être brûlé, il mutera en régression ce qui est protection et non punition. Le Dieu Biblique n’est ni dictateur ni punisseur, il est un amoureux éclairant l’homme dans la connaissance des lois dans le respect desquelles sa liberté s’accomplira. Participant de cette régression, nous projetons sur Dieu le juridisme de nos lois de l’exil et nous le revêtons d’un autoritarisme où la mort devient un châtiment, une plaie noire. Le regard que nous portons sur elle en est faussé. Régressé au même rang que les animaux de la terre, Adam est revêtu d’une peau animale. Son corps biologique le protège d’un corps énergétique qu’il ne peut plus assumer et le fait participer du cosmos extérieur dans lequel il est projeté, voire exilé! Parlant de ceux qui se donnent la mort, un écrivain chrétien a écrit: « Trois facteurs souvent entremêlés me semblent expliquer l’intrusion en eux des ténèbres: l’absence de sens, la pulsion de mort et le narcissisme ». Notre situation d’exil qui fait de nous des divorcés de la vie, explique cette infirmité que nous avons à vivre:

          – L’absurdité apparente de l’existence venant de la surdité acquise dans l’oubli du Verbe fondateur de l »être.

          – Le repli sur un ego solitaire, individualiste, autant idolâtré que détesté.

          – Les désécurisations forcées auxquelles aujourd’hui aucun abandon conscient ne préside, aucune certitude de resécurisation conquise sous d’autres lois ne vient donner sens.

          – L’absence totale de fil conducteur tissant une cohérence sociale et reconduisant à un Orient.

Tout cela fait du maître de ce monde un tueur. Nous n’avons pas à juger, seulement un effroi sacré, et la compassion, la prière pour ce monde, pour qui la vie est si banalisée que la mort et la meurtre le sont aussi.

Dans le mystère si poignant de la mort, le mythe du Déluge et la description des morts qui en est faite que ce cataclysme déchaîne est très éclairante et pourtant aucun exégète n’en parle. Un nouveau verbe hébreu en parle, le verbe Gawo’a qu’on peut traduire ici par rendre le souffle, c’est à dire « rendre compte du souffle de vie qui est donné à l’homme », de la qualité d’âme vivante qu’il a reçue de Dieu pour accomplir son potentiel d’énergies. Les trois patriarches d’Israêl « rendent le souffle » et mutent ». Cette étape de vie, au moment de la mort, est présente dans toutes les traditions. Le Shalom, la « paix » a pour finalité payer sa dette. Le Christ dit aux siens:  » je vous enlève la paix, je vous donne ma paix ». « Toute chair rend le souffle. tout ce qui est esprit, souffle de vie dans ses narines, et tout ce qui est « dans l’Epée » mute. » Mais on peut penser que celui qui ne peut répondre des talents qui lui ont été confiés, de la gloire de Dieu qu’il avait à devenir, bref de son entrée dans la dynamique de l’Epée, celui-là ne mute pas, il est mort avant de mourir. Que devient-il? Le texte ne le dit pas. Peut-être est-il envoyé dans les ténèbres extérieures, là où il ya des pleurs et des grincements de dents (est-ce là le Shéol?). Mais ceux-là qui se dressent au-dessus de la ‘Adamah, ceux-là sont « subtilisés ». Le verbe Qoum, se dresser est aussi ressusciter. Le verbe Mahoh (subtiliser) est lui, de la famille de Moah, la moelle. Osseuse ou épinière, elles sont toutes deux unies dans la même fonction énergétique; elles font partie de ce qu’on trouve dans la tradition chinoise, les « entrailles merveilleuses ». « Subtiliser » est donc beaucoup fort qu' »effacer », car s’il y a effacement, il y a aussi passage à un autre niveau d’être, dans le sens d’une séparation entre le subtil et l’épais. Ces êtres ressuscités qui dans le Déluge sont « subtilisés » semblent aller constituer dans l’au-delà, l’épaisseur du tissage écarlate d’une humanité accomplie. Le texte se termine par le sort de ceux qui, avec Noé dans l’arche, loin de périr dans le Déluge (matrice d’eau) rendent compte de leur souffle afin que l’Epée les vivifie et qu’au-delà de l’épreuve de la matrice de feu symbolisée par l’arche, ils poursuivent leur chemin…

Ce texte hébreu resserre en nous l’exigence d’une juste lecture de la mort. La vérité (‘Emet) est Dieu présent et agissant avec l’homme dans ses mutations. En elles Dieu fait battre le coeur profond de l’humanité. Cependant, combien il est difficile de quitter ce monde pour celui que l’autre monde appelle; quitter l’être cher pour ceux qui restent. Combien les attachements obligent les une et les autres à « s’arracher à sa peau », cette tunique animale tissée de toutes les fibres des amours humaines! Mais interrogeons nous: ne sommes-nous pas des tueurs, souvent les auteurs inconscients de nos meurtres à l’instar de Quaîn? Les villes que l’homme a construit, les civilisations qu’il édifie, si admirables soient-elles, les systèmes philosophiques érigés en certitude auxquels il oblige, les découvertes scientifiques dont il ne contrôle plus les applications, l’ensemble de ses oeuvres mues par l’orgueil insensé qui préside à son illusion d’être devenu Dieu, tout est source de mort. Il reste les beautés grandioses du travail de l’homme, mais le bilan est lourd: que de disparition brutale d’êtres jeunes, d’enfants! que de tortures et peurs laminant le dos! que d’êtres livrés à la cruauté de l’autre diabolisé! …Que de souffrances et comme notre monde est douloureux et pourtant comme il est difficile de le quitter!

C’est un paradoxe absolu que l’affrontement de nos deux natures en chacun de nous: l’Homme animal a si peur de l’autre, l’Homme ontologique présent en lui, dont il a la nostalgie et qu’en même temps il redoute! Qui sait aujourd’hui que dans sa liberté fondamentale, l’Homme a choisi l’éloignement de Dieu et donc l’ignorance, la souffrance et la mort? Sa relation magique au Dieu tout extérieur à lui qu’il s’invente tout-puissant pour le convoquer à l’obligation de l’arracher à son drame, cette relation illusoire est en train de s’effondrer. Mais s’effondre avec elle toute relation et…l’Homme rejette Dieu.


6) Les trois matrices.

 

L’exil qui revêt l’Adam de son corps biologique en rend l’accès de plus en plus plus difficile mais toujours possible, car cette tunique de peau est protection et non châtiment. Elle est le vêtement informé d’une substance énergétique somptueusement tissée des fibres de la finalité de l’Adam. Cette substance dessine des matrices en lesquelles vont se jouer les gestations qu’implique cette finalité dans la dynamique du « faire » en ce grand corps Adamique appelé à mettre au monde le Fils, YHWH. Chaque porte ouverte sur un « palais » élargira sa conscience, agrandira l’espace, raccourcira le temps jusqu’à l’Ultime où, l’espace devenant infini, le temps s’annule en l’éternité, l’Homme est « je suis », YHWH.

Le corps dessine trois matrices (trois champs de cinabre pour les Chinois). Pour d’autres traditions ces espaces de mutation sont la matrice d’eau au creux du ventre, la matrice de feu au niveau de la poitrine, et matrice du crâne. Hommes et femmes, tous des ‘Adam, tous voués à ce même enfantement, nous portons en nous cette promesse de vie et les lieux secrets de son élaboration.

 

6-1) La matrice d’eau.

En elle, l’homme est confondu dans sa situation de régression au sixième jour de la Genèse, jour où il est « créé », mais non encore « soufflé dans ses narines » et devenu « âme vivante » pour entrer dans la dynamique du « faire ». Confondu avec cette matrice, la Adamah, il ne la connait pas et ne peut la cultiver. En ce sens elle est appelée « eau », symbôle de ce qui échappe. L’homme y est balloté au gré de la mouvance de tous ceux qui habitent la ‘Adamah, de tous ses vivants devenus propriété de Satan. Désorienté et détourné de l’Epoux Divin, il est la proie de son nouveau maître.

Mais Dieu veille et rappelle à lui sa bien-aimée. L’errance dans l’exil de Dieu reste habité par une présence au coeur de l’absence sans laquelle l’homme ne jouirait pas de la vie physiologique. Le fleuve divin qui naît dans la matrice du crâne et s »éteint dans la moelle épinière (dans le phrat) est une source où il vient reprendre vie plus souvent qu’il ne pense, particulièrement pendant la nuit (leilhah), qui est descente vers le yah et information. Celle-ci est donnée de façon privilégiée pendant le sommeil paradoxal où s’inscrit la fonction du rêve. Mémorisés, les rêves deviennent des outils précieux pour travailler un commencent du « faire ». Privé de cette fonction du rêve, l’homme meurt, mais informé pendant son sommeil, il continue de vivre, d’une forme animale peut-être, mais il thésaurise ces données salvatrices. L’intuition et l’inspiration créatrice naissent sans doute de cette même source de sagesse cachée et connaissance secrétes reçues avant l’heure de leur acquisition dans la matrice de feu.

Ce cheminement secret est celui du labyrinthe des mythes, il exprime les fonctions d’assimilation et d’élimination. Cette étape est à respecter, tout en étant accompagnée (chez l’adolesent notamment) par une vigilance parentale consciente. Malheureusement le monde parental est lui-même dans une errance aveugle. Il a éliminé les mythes fondateure de notre civilisation, les rituels donateurs de structure et les rites de passage donnant force à l’intégration des énergies potentielles. Elles se retournent alors en violences destructrices. C’est ce que révèle le mythe où Thésée, saborde ce passage essentiel du labyrinthe. Après qu’il a tué le minotaure, son face à face non intégré aboutit à une perpétuelle errance.

En revanche, l’homme qui assure le labyrinthe contacte ce qu’en termes chrétiens on nomme le noyau de son Etre, le Saint Nom qu’il est en devenir. Il entre dans son identité nouvelle, celle de sa personne, et le conduit à accomplirsa mission. Cet homme prend du recul par rapport à l’insignifiance de sa vie et part à la recherche de lui-même: « Va vers toi » entend Adam, » voici moi avec toi » dit YHWH » à Jacob, « je te ferai retourner vers la « Adamah », « je suis qui je suis en devenir » dit Dieu à Moîse dans le buisson ardent, en l’enjoignant de revenir en Egypte pour sauver son peuple qui y était esclave. L’homme devient prophète, voyant un autre au-dedans de lui, il voit l’autre au-dehors. Il entre en vraie relation avec lui-même, avec le cosmos et dans la connaissance des lois qui président à toute relation, il assume l’exil, mais n’en n’est plus le jouet. Mais cet homme, nourri d’une première lumière, celle qu’il vient d’intégrer, retourne alors vers de plus grandes ténèbres.

          

           6-2) La matrice de feu. 


Il nous faut redescendre, car « qui est celui qui est monté si ce n’est celui qui est descendu » dit Jésus à Nicomède. que Dieu convoque « en un lieu pour que le sec apparaisse », en un lieu Un. En cet espace, la ‘Adamah dans sa fonction matricielle laisse la place à  » ‘Isha », la feu, qui s’offre à une fondamentale vocation nuptiale, celle de l’Adam avec son autre côté, avec « l’aide » que Dieu place en face à face par rapport à lui. ‘Isha est toujours la ‘Adamah mais ici, la mère laisse la place à l’épouse, car l’Homme doit épouser sa mère!

Ceci n’est pas compris par Nicomède ni par tous les Docteurs de la Loi aujourd’hui (dit A. de Souzenelle).

Ce mariage est si grand que c’est dans la mesure où l’homme, devenant ‘Ish l’assume et que celui, plus grand encore, qui l’unira à Dieu pourra être accompli. La matrice est visitée, en cette étape par le Guihon, fleuve Un du désir de Dieu envers son ‘Isha, l’humanité et chaque être humain dans sa Personne. Ce Guilhon est couramment appelé la Gehenne, matrice qui flambe du feu de l’amour divin. Elle est l’espace des enfers où l’homme entre en face à face avec ses démons, mais seulement pour lutter avec eux afin d’en intégrer les énergies. Il s’agit de noces où l’homme doit se laisser devenir feu par l’amour de Dieu. Il y est fondu, battu, martelé,  libéré de ses scories de plomb. Il devient beauté d’or pur, mais aussi connaissance et sagesse. Les énergies épousées donnent leur information. La matrice de feu introduit l’homme dans une dimension royale, il descend pour cela dans les entrailles de son intériorité, autant de fois que nécessaire afin que « tout soit accompli ». Lorsque Jésus dit ces mots sur la Croix, il meurt en son corps « chosique’, mais il a assumé maintes croix invisibles dans chacune de ses rencontres avec les démons de l’humanité.

Après avoir assumé la matrice d’eau au cours de son baptême dans le Jourdain, il fut envoyé dans le désert par l’Esprit Saint pour y rencontrer Satan. Il y jêune pendant quarante jours et rencontre l’Aversaire qui le soumet à trois épreuves décrites dans la mythe concernant le permier Adam. Mais, contrairement à l’Adam biblique, Jésus (le deuxième Adam) ne fléchit pas devant Satan et ne lui donne aucun pouvoir. L’Esprit Saint l’introduit alors dans la matrice de feu. Il se mesure à tous les démons de l’humanité, celui qui se tapit derrière toutes les maladies et le paralyse, la cécité, la surdité, l’orgueil qui brûle la peau des lépreux, l’adultère, la prostitution…C’est parce que Jésus les « épouse  » que les maladies sont guéries.

Le réalisme de la divino-humanité de Jésus est là. Son humanité, tout en participant à notre réel d’exilés, et en assumant la tragédie, relève du réel ontologique. Nous ne voyons de la vie que la coque des choses et leur apparence, mais Jésus vit au coeur des choses un autre espace-temps réel resté muet. L’heure vient alors pour le Sauveur d’assumer la mâtrice du crâne.

 

        6-3) La matrice du crâne.

 

Le Golgotha est le crâne. Libération de l’exil et de tous les exilés est cet espace du crâne, Orient de l’être et sanctuaire d’une dernière matrice. En elle, le Christ accomplit historiquement et dans les limites du temps de l’exil, ce qui est de toute éternité, puisqu’il est Dieu. Il reconduit l’Adam au coeur du jardin d’Eden dans le souffle de l’épée.

 L’Adam est Bar-Abbas, le « fils », Bar, du « Père ». Il gémissait au fond de sa prison, menottes cadenassées et fers aux pieds lorsque la voix du peuple, inspirée de Dieu s’écrie: « libérez Barrabas« ! « Que ferai-je donc du Christ »? demande alors Pilate. « Qu’il soit crucifié! » hurle le peuple inconscient…

Bien avant l’historicité de cet évênement, les mythes de tous les peuples le célèbrent. ‘Pessah, libération du Fils, mémoire d’un futur historique, mais en réalité participation  à un présent lourd d’éternité. De même s’ouvre le crâne qui donne naissance au Tao. En Grèce, le dieu du ciel épouse Métis, la Sgesse, et de cette union est conçue « celle que porte le dieu derrière son front » et lorsque au bout de neuf mois commencent les douleurs de l’enfantement, Zeus fait appeler Héphaîstos le divin forgeron qui, d’un coup de hache, fend en deux le crâne céleste d’où jaillit Pallas Athéna, casquée d’or. Notre tradition nomme les enveloppes des méninges pie-mère (de pie, pieuse) et dure-mère.

Mais que vit le Christ dans cette matrice?…En cette matrice, ce ne sont plus les démons de l’humanité, serviteurs du Satan, que le Christ rencontre et épouse, mais le Satan lui-même, le Séraphin brûlant. Au Golgotha, dans cette matrice du crâne, YHWH, semence de l’Isha rencontre la Satan et lui écrase la tête, non pas celle de sa fonction ontologique nécessaire au chemin de l’homme, mais celle de sa fonction diabolique usurpée. à Dieu. Jésus ne prend pas notre place, mais nous ouvre le chemin. Cependant nous sommes pas prêts, ce n’est pas dans notre corps d’exil qu’il nous sera donné d’assumer cette ultime étape. Tout sera accompli dans cette matrice de feu où la tunique de peau disparait.L’histoire s’achève (mais ne commence-t-elle pas?) lorsque dans la profondeur pourpre de la matrice du crâne, Jésus, le SeigneurYHWH, s’unit au Séraphin, au « brûlant » qu’il s’était donné pour serviteur et Adversaire de l’Homme dans le Créé, au maître de l’inaccompli.

« Adonaî Elohenou ‘Adonaï’ Ehad, Le Seigneur notre Dieu est Un. »


 « Le Christ est ressuscité. »

 

 

 

 

3 réflexions au sujet de « conscience-spiritualité »

    • Ses écrits m’aident (avec d’autres), à mieux me situer dans la problématique des évènements d’actualité où je sens monter une non compréhension réelle des phénomènes, l’emprise de l’avoir et et l’ego et dans les contradictions des progrès constants de l’absurde.

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