article 5) Perdons-nous connaissance?  CHAPITRE 3 -CHAPITRE 4 -CHAPITRE 5


article 5) Perdons-nous connaissance?  

Ma lecture du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache: CHAPITRE 3 – Neurorésistances CHAPITRE 4 – Darwino-résistances CHAPITRE 5 – L’information et la connaissance confondues

J’écris mon blog pour partager ma soif de connaissances, mes réflexions et mes passions et mes lectures. Dans ces articles, je voudrais partager « ma lecture » du livre de Lionel Naccache  « Perdons-nous connaissance?« . Ecrire ce que je retiens de mes lectures me permet de réfléchir à la compréhension que j’en ai. je mets entre guillemets les passages qui me semblent importants ou qui me frappent. Et par dessus tout je fais des recherches sur internet pour compléter ma lecture avec le maximum de liens que je souhaite responsables, qui permettent aux lecteurs d’approfondir la connaissance du sujet.   

https://www.lateledelilou.com/jocelinmorisson/Internet-peut-il-etre-conscient-Ou-le-materialisme-jusqu-a-l-absurde_a9.htmlInternet peut-il être conscient ? Ou le matérialisme jusqu’à l’absurde

« L’ouvrage passionnant de Lionel Naccache pourrait bien atteindre son objectif et devenir le « manifeste de la connaissance » du 21ème siècle. Un siècle où il va falloir réveiller un peu ces neurones qui se laissent bercer par la houle de l’information. Pour bâtir la société de la connaissance, il va falloir se jeter à l’eau. Ce qui revient à apprendre à nager. Et même plus. Cette eau doit nous pénétrer et nous transformer. A chaque nouvelle connaissance, nous ne sommes plus les mêmes. De quoi frémir de plaisir mais aussi de crainte ».

 Je continue de livrer dans cet article « ma lecture » du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache: c’est-à-dire perdons-nous le sens de ce qu’est la connaissance alors que nous nous autoproclamons  » société de la connaissance « ? Aujourd’hui, la connaissance ne fait plus peur à personne, alors que depuis trois mille ans notre culture occidentale n’a cessé de la décrire comme vitale et dangereuse. Oui, dangereuse, qui s’en sou-vient encore? Cette rupture avec notre héritage constitue-t-elle un progrès ou une régression, une chute ou une ascension? La Mythologie et la Neurologie, sources de « connaissance de la connaissance », nous offriront de précieuses clés pour résoudre ce paradoxe inédit dans l’histoire de la pensée ». 

     Définitions

Intuitif

L’intuition peut être sensible ou intellectuelle : simple réceptivité de ce qui nous est donné par les sens, ou vision directe de l’esprit.

La connaissance intuitive désigne une forme de connaissance immédiate, qui ne passe pas par le langage, la conceptualisation.

Elle est singulière.

« L’intuition est ce qui devient conscience de façon immédiate. » Hegel

Discursif

La connaissance discursive passe par l’intermédiaire du langage, des concepts. Elle est générale.]

Article 4; Perdons-nous connaissance? Troisième partie (chapitres 1 et 2)

1) Résumé de mes articles précédents en préambule: Pourquoi cette question « Perdons-nos connaissance? » alors que nous avons cette merveilleuse faculté qui nous semble aller de soi, la capacité de connaître ce que nous ne connaissions pas encore à l’instant qui précédait. Notre société s’autoproclame en effet « société de la connaissance » comme elle ne l’avait jamais fait auparavant. Et pourtant, depuis les origines de notre culture, la connaissance est représentée comme un danger, un « poison vital ». Elle serait porteuse d’un certain danger existentiel qui a imprégné notre culture depuis plus de 3 000 ans jusqu’à l’époque moderne avec le siècle des Lumières que Bertrand Vergely a appelées « obscures Lumières« , et dont j’ai présenté ma lecture dans l’article de mon blog. Ce danger multi-millénaire s’est exprimé dans trois grands mythes qui ont façonné notre civilisation. 

Un rapide résumé de mes précédents articles:

Dans l’article 1, nous avons vu: Chapitre 11-1) Adam et Ève face à l’arbre de la connaissance. 1-2) Le tragique destin d’Icare1-3) L’allégorie de la caverne de Platon. 1-4) La figure de Faust.

Chapitre 2: 2-1) La connaissance menace Athènes l’éternelle2-1-1) I comme Icare: la leçon est que connaître sans limites est une démesure  condamnable et dangereuse. Cette menace ainsi stigmatisée semble engager l’individu dans son rapport personnel et solitaire avec la connaissance. 2-1-2) L’homme qui en savait trop avec l’allégorie du mythe de la caverne. Pour Platon et Socrate, l’homme de connaissance serait l’inévitable victime de la violence du groupe qui l’entoure. Icare nous montrait les risques du rapport de l’individu face à la connaissance. Ici, Platon nous indique que l’homme qui connaît est également vécu comme une menace par ses congénères et que cette menace conduit à la disparition inéluctable de celui qui connaît, incapable de transmettre son savoir. Cela conduit à la préservation de l’ignorance, le fondement et la garantie de d’une certaine forme de paix ou de confort social. 

2-2) La connaissance menace Jérusalem: 2-2-1) Du paradis perdu au Pardes retrouvé. Le Pardès (Kabbale) « est un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. 2-2-2) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance 2-2-3) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance suite: le cas de rabbi Akiva -La connaissance? Une vraie boucherie! 

Avec mon mon article 2 nous avons vu comment après la Grèce et Jérusalem, la connaissance menace outre-Rhin avec Johann Georg Sabellicus Alias Docteur FaustC’est probablement le pont le plus précieux qui nous permet d’établir une continuité directe entre les considérations plus antiques que nous avons examinées sur le pouvoir mortifère de la connaissance et notre époque actuelle. Dans la version moderne, Thomas Mann, l’une des figures les plus éminentes de la littérature européenne de la première moitié du xxe siècle, qui est considéré comme un grand écrivain moderne de la décadence, nous présente le Doktor Faustus (Adrian Leverkhün), dont l’existence sera marquée par l’audace (Khün en allemand) et qui, comme Nietzsche, braverait la folie. A la fin du récit, il est victime de son propre désenchantement. Il est victime de sa croyance en un ordre caché de la musique et de la connaissance, qui vont le conduire à la plus horrible des découvertes: le néant, l’absence de signification du monde et de nous-mêmes. « Lorsque son neveu adoré, l’adorable Nepomuk, « dernier amour de sa vie », meurt d’une méningite cérébro-spinale foudroyante dans d’horribles souffrances, Leverkhün atteint l’étape ultime de son voyage. Le monde est un non-sens. Tel est l’ultime cadeau de la connaissance. Il peut alors mourir dément, atteint de paralysie générale… »

J »ai terminé et conclu « ma lecture » de cette première partie du livre (que j’ai exprimée dans ces articles 1 et 2) par le chapitre 2 de l’article 2 : « Des mythes à la réalité ou l’art de la mauvaise solution ».

-Dans l’antiquité le cloisonnement était « la mauvaise solution » antique au problème de la connaissance.

Au moyen-âge, l’Europe a fait un autre choix. Sa « mauvaise solution » fut celle d’un obscurantisme religieux fondé sur la peur, peur de la mort et de l’enfer, la dichotomie bien-mal et sur le mécanisme de rédemption par la soumission à un discours religieux qui a stérilisé la pensée pour les masses incultes. 

La révolution des Lumières s’oppose à l’obscurantisme médiéval (« ? ») et aboutit à la tentative de débarrasser la connaissance des barrières que les périodes précédentes avaient avaient érigées. 

-Finalement, mythes et réalité, même combat, même message?: pendant plus de 3000 ans, la connaissance a été vécue comme un poison vital mais, désormais nulle menace à connaître ne semble plus habiter les discours dominants de nos sociétés, la connaissance ne poserait plus aucun problème au contraire? Vraiment?

-Ou bien… Il faudrait plutôt considérer l’autre hypothèse: la connaissance aurait conservé l’essentiel de ses menaces. Elle serait toujours mortifère, pour l’individu, pour le groupe social et pour le couple. Si tel est le cas, il faudrait alors expliquer pourquoi notre discours actuel ne contient aucun signal d’alarme ni aune zone d’ombre. Serions-nous capables de nous autoproclamer « sociétés de la connaissance » sans nous mettre en garde contre ses effets nocifs? Ce serait sans aucun doute tenir un discours « bonasse » inspiré de la méthode Coué, sans nous rendre compte de son inadéquation au réel de son caractère profondément erroné.

-Alors, comment procéder pour avancer? 

mon article 3 a été axé sur La dimension fabulatrice de notre activité mentale. Pour prendre conscience de cette couche de fiction, une première voie peut nous y aider, la réflexion philosophique. Cette voie est empruntée par les courants de la phénoménologie, avec par exemple la conscience selon Husserl ou LévinasUne seconde voie est celle de la neuropsychologie. Dans « le nouvel inconscient« , Lionel Naccache « nous invite […] à une nouvelle odyssée, placée sous les auspices des neurosciences de l’esprit. Nancy Huston évoque aussi la dimension « fabulatrice » de notre activité mentaleL’étude des malades neurologiques a joué a révélé la description des sanyètes qui dévoilent et mettent en évidence les fictions-interprétations-croyances qui sont beaucoup plus difficiles à déceler chez des individus qui n’ont pas ces lésions cérébrales. Ces exemples tirés de la clinique permettent de proposer une définition de l’acte de connaissance. Cet acte met en scène trois unités: le sujet X tel qu’il était et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y, cet objet Y tel qu’il existe dans le monde extérieur au sujet et enfin le sujet X’, le sujet tel qu’il est devenu après avoir assimilé l’objet Y. Au chapitre 2 de l’article 3Lionel Naccache écrit que nous interprétons et nous croyons, donc « nous sommes ». Mais quel lien cela a t-il avec le « perdons-nous connaissance », le sujet de départ du livre? En philosophie, « la connaissance est l’état de celui qui connaît ou sait quelque chose. Elle implique le sujet, rouage essentiel de la condition humaine auquel ce détour neurologique permet d’accéder. Nous sommes des êtres pétris de fictions et de croyances. Dès que nous prenons conscience d’une information, que nous faisons connaissance avec elle en prenant connaissance d’elle, nous l’interprétons et l’incorporons dans des constructions fictionnelles. C’est la couche des représentations évoquée par Kant et Husserl. Donc toute réflexion sur la connaissance et sur le sujet qui en est l’acteur, doit prendre en compte cette dimension de la fiction dans laquelle s’enracine notre subjectivité. Pas de connaissance sans sujet, donc sans système de fictions-interprétations-croyances!

     [http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/logphil/reperes/intuitif.htm:

     Définitions

Intuitif L’intuition peut être sensible ou intellectuelle : simple réceptivité de ce qui nous est donné par les sens, ou vision directe de l’esprit.

La connaissance intuitive désigne une forme de connaissance immédiate, qui ne passe pas par le langage, la conceptualisation.

Elle est singulière.

« L’intuition est ce qui devient conscience de façon immédiate. » Hegel

Discursif La connaissance discursive passe par l’intermédiaire du langage, des concepts. Elle est générale.]

Dans l’article 4, nous avons évoqué la société de la connaissance et le paradoxe de ses brûlures. Alors que l’actualité en ce début 2019 pose de plus en plus de questionnements, notre rapport actuel à la connaissance constitue encore une énigme, car, si la connaissance constitue un danger existentiel constitutif de son essence, pourquoi et comment sommes-nous devenus les premières générations de l’histoire de a culture occidentale à ne plus prendre conscience de la menace que représente la connaissance, alors que l’avenir de l’humanité semble menacé? Pourquoi et comment cette composante qui était présente à nos côtés depuis les récits bibliques et mythologiques antiques a t-elle disparu de notre discours contemporain? Sommes-nous devenus aveugles et insensibles? C’est que les « mauvaises solutions » imaginées au fil des siècles, que nous avons évoquées, ont perdu leur attrait et leur puissance, et sont aujourd’hui explicitement condamnées par les sociétés occidentales, même si certaines resurgissent trop souvent. Nous avons vu que c’étaient le cloisonnement de la connaissance, l’obscurantisme religieux, la censure politique ou la manipulation idéologique des esprits. Et maintenant nous faisons l’apologie de la connaissance comme jamais nulle société humaine ne semble l’avoir fait! Existerait-il une « mauvaise solution » contemporaine ainsi qu’un lien entre toutes ces « mauvaises solutions »? 

Nous vivons en effet un malaise inédit dans l’histoire de notre culture occidental qui se manifeste par par un paradoxe entre d’une part un discours apologétique et univoque sur la connaissance (« nous sommes une société de la connaissance !« ) et d’autre part, la constatation que partout la connaissance continue de nous infliger les multiples brûlures dans chacun de ses champs d’action (brûlures de la connaissance amoureuse, familiale ou médicale, de la connaissance sociale ou médiatique et encore et toujours, brûlures de la connaissance scientifique qui continue à déstabiliser nombre de croyances individuelles et collectives très profondes). Nous verrons dans un prochain article que nous sommes plutôt dans une société de l’information. Mais la question reste posée: Société de la connaissance ou société de l’information ?

Nous avons longuement examiné le paradoxe et les brûlures de la transparence. Pourtant, à l’heure de la prétendue parfaite transparence, il n’est pas difficile de constater que l’accès à certaines informations dites « sensibles » demeure extrêmement problématique, ceci en parfaite contradiction avec le discours de façade des institutions qui ne cessent pas de condamner toute forme de censure et de louer les bienfaits de la transparence absolue.  Une forme d’occultation vise également à une autre fonction: la préservation du confort de nos croyances; c’est à dire ne pas informer les sujets que nous sommes de la réalité tout en prétendant le faire, ce qui permet de demeurer entourés de nos fictions familières. Mais de plus en plus, la violence est exposée et décortiquée de façon exhibitionniste dans les média et nous sommes soumis  des flots d’anxiété de confusion  et d’interrogation (qui confinent souvent à la psychose) dans les informations en temps réel au plus près de ce qui est présenté comme la réalité et la vérité, même si ce n’est pas dans ces actions seules que les situations peuvent être expliquées et comprises. L’information devient de plus en plus manipulée par l’utilisation de l’émotion qui occulte souvent le sens critique, le discernement et l’analyse. On est alors confronté à l’ineptie d’un discours décomplexé, béat ou cynique à propos de l’évidence et de l’innocuité prétendue de la « transparence » dans nos sociétés. En fait, de nombreuses personnes sont acculées à une contrainte formelle aussi aliénante, aveugle et étouffante que celle de la bourgeoisie du XIXè siècle. Leur projet de la transparence n’est pas une libération de la puissance d’agir et d’être chère à Spinoza nous précise Lionel Naccache.  

Ainsi, cette « société de la connaissance« , pierre angulaire de la « société du savoir », expression adoptée par Abdul Waheed Khan (Sous-Directeur général pour la communication et l’information de l’UNESCO de 2001 à 2010) qui est plutôt une société de l’information, car elle occulte trop le sujet au profit de l’objet observé, n’est encore pas au bout de ses peines. Pour beaucoup, l’éveil est sans doute encore loin. Les Lumières ont peut-être enterré trop vite les 3000 ans de culture occidentale pour lesquelles la connaissance est représentée comme un danger, un « poison vital » et qui serait porteuse d’un certain danger existentiel.

2) Neuro-résistances.

Après avoir examiné les brûlures de la transparence, en suivant une progression depuis les connaissances relatives à la sphère de l’intimité jusqu’à celles qui renvoient aux entités collectives et sociales, revenons maintenant au centre de tous ces cercles concentriques, c’est à dire au sujet lui-même. L’hypothèse qui sous-tendue est que le « danger » de la connaissance repose in fine sur les risques existentiels inhérents à la transformation du sujet qui accompagne l’expérience de connaissance et en particulier sur le gain de lucidité sur soi-même qui peut anéantir certaines des fictions identitaires du sujet. Ici, Lionel Naccache se pose la question: « que se passe-t-il lorsque l’objet Y de la connaissance n’est autre que X lui-même? C’est un cas singulier du modèle que qui a été présenté dans l’article 3: 3-1) « l‘acte de connaître met en scène trois entités: -le sujet X tel qu’il existait et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y -L’objet Y qui est le support de cet acte de connaissance. -Le sujet X’ qui est le sujet ayant absorbé l’objet Y, c’est à dire le sujet ayant mis à jour ses représentations mentales à la lumière des nouvelles connaissances acquises »)
La transformation du sujet X en X’; sujet modifié, affecte l’objet Y auquel il s’identifie alors. Cette réflexion est née d’une une interrogation que Lionel Naccache a publié dans un essai sur la conscience et l’inconscient où la conception générale de la conscience était fondée sur la faculté mentale de développée dans les chapitres consacrés aux neurosciences-fictions: « le fait d’être conscient s’accompagne d’une propension irrépressible à à se raconter des histoires, à fabriquer des fictions, auxquelles nous croyons ». Vraies ou fausses, ces fictions sont des fictions, des interprétations et des croyances. Nous donnons ainsi, par elles, un sens à nos existences, et ce sens, pour fictif qu’il soit, s’inscrit dans notre réalité mentale. 

Le projet a pris forme dans un article écrit en 2007, publié par Marcel Gauchet dans la revue « le Débat » en nov-dec 2008: http://le-debat.gallimard.fr/articles/2008-5-neuro-resistances/ (Neuro-résistances Une déshumanisation de l’esprit ?) par Lionel Naccache. Les neurosciences de l’esprit élaborent un programme original d’exploration des mécanismes cérébraux et des fondements psychologiques qui gouvernent les aspects les plus intimes de notre vie mentale. Ce champ de connaissance qui vise l’un des derniers bastions d’opacité de notre époque avide de transparence connaît une prodigieuse accélération de productivité depuis une vingtaine (…)). La connaissance de soi, le décryptage de notre subjectivité à la lumière du discours objectivant des neuro-sciences de l’esprit ne va pas de soi et peut poser problème. Quelles sont les origines de cette « neuro-résistance » aux multiples visages? A quelles menaces profondes tente-elle de faire rempart? Cette question est autrement plus gigantesque que les dangers de  « la connaissance » dont il est question depuis le début dans les articles. Pourquoi et comment résistons nous aux neuro-sciences ? 

Deux menaces, qui alimentent une neuro-résistance, sont associées aux neuro-sciences de l’esprit: la menace d’une dérive vers un nouveau scientisme et celle d’une déshumanisation des sujets qui seraient transformés en objets pour la techno-science moderne. Mais, au-delà de ces deux critiques, un troisième motif de neuro-résistance, irréductible aux deux premiers, apparaît à travers des argumentations verrouillées d’avance à toute possibilité de discussion. C’est ainsi que certains « néo-dualistes » proclament que notre subjectivité n’a rien à faire avec l’activité de notre cerveau ou bien défendent l’idée définitive que nous ne serons jamais capables de décoder notre subjectivité dans la lecture de l’activité cérébrale en faisant appel par exemple au concept d’incertitude de Gödel ou au principe d’incertitude quantique de Heisenberg. Ces réactions sont souvent très radicales, voire agressives. Selon Lionel Naccache elles peuvent des « réactions-écrans » similaires à aux « souvenirs-écrans » postulés par Freud et qui reposent sur un leitmotiv universel et intemporel de notre condition humaine: la connaissance envisagée comme la cause d’une disparition certaine. Les menaces ne sont jamais aussi fortes que lorsque l’objet de la connaissance n’est autre que nous-mêmes, notre identité et le fonctionnement de notre esprit. Autrefois les obstacles dressés contre une exploration de l’esprit étaient les obscurantismes religieux ou diverses formes de dualisme. La psychanalyse  déterministe de Freud, qui avait exploré notre psychisme et lutté contre certaines résistances, peut être réinvestie, mais par les tenants de cette résistance cette fois, qui proclament un dogmatisme nouveau contre l’exploration du psychisme. Ces injonctions au respect inviolable de l’opacité qui recouvre la vie de notre esprit a semble t-il, une signification ultime: « la frayeur terrifiante de ne plus trouver de refuge dans nos fictions conscientes, source de notre liberté. Prendre le risque de mettre à jour la nature fictionnelle de nos propres représentations, ne revient-il pas à s’acheminer docilement vers une forme d’annihilation psychique et de suicide? « . Nietzsche écrivait dans La Naissance de la tragédie: « La connaissance tue l’action; pour agir, il faut être enveloppé du voile de l’illusion.[…] ce n’est pas la réflexion, non, c’est la connaissance vraie, la vue exacte de l’effroyable réalité qui l’emporte sur tous les motifs d’action […]. A présent, aucune consolation n’agit plus, le désir s’élance au-delà d’un monde d’après la mort, au-delà des dieux eux-mêmes; ce qu’on nie, c’est l’existence elle-même et le brillant reflet qui en subsiste dans la personne des dieux ou dans l’immortalité de l’au-delà. Conscient de cette vérité une fois aperçue, l’homme ne voit plus partout que l’horreur ou l’absurdité de l’être […].

Alors, comment répondre à cette source profonde de neuro-résistance? Par la littérature et la culture dans lesquelles on peut trouver un univers des représentations du monde et de nous-mêmes. Ces représentations peuvent nous permettre de continuer avec nos fictions, tout en ne les prenant pas pour ce qu’elles ne sont pas: des paroles « absolument » exactes. Car dans ce cas, elles interdisent le jeu social et la liberté  de penser. Car si ce que je crois et pense est nécessairement exact, il n’y a pas de place pour d’autres idées, ni pour d’autres individus porteurs de pensées contradictoires. Je peux donc savoir que ce que je pense est à la fois fictionnel et vital pour moi, mais sans que cela remette en cause qui je suis et qui sont les autres, c’est à dire comment le désir de connaissance, qui peut effrayer par son pouvoir mortifère, peut aussi faire jaillir une source précieuse de liberté mentale et sociale. L’apologie de la connaissance peut-elle faire l’économie de cette lucidité sur les menaces qui l’accompagnent avec au bout de cette étape la possibilité de s’en affranchir? 
3) Darwino-résistances.

Il existe d’autres formes de résistance, des réactions protectionnistes au discours scientifique dont l’une des plus puissantes est la darwino-résistance. Là où les « neuro-résistances » étaient centrées sur la question de l’identité du sujet, la « darwino-résistance » vise l’origine et le sens profond du vivant ainsi que la signification de l’Univers dans son intégralité. Il est question des données de la biologie et particulièrement des développements de la théorie de l’évolution  naturelle des espèces, c’est à dire du darwinisme et du darwinisme contemporain. La révolution darwinienne, sans doute la plus déstabilisante (« Freud estimait que trois grandes blessures narcissiques avaient été successivement infligées à l’humanité, respectivement par Copernic, par Darwin et par lui-même »), postule que l’évolution des espèces vivantes n’est régie par nul plan visionnaire, par aucun projet téléologique, par aucune intention. Elle est explicable à la seule lumière des mécanismes de sélection qui guident, de façon aveugle et non supervisée, l’adaptation et les modifications des organismes vivants et des constituants innés du déterminisme génétique des individus. « Le hasard et la nécessité » (immortalisé par Jacques Monod), remplacent une vision multi-millénaire de gloses mystiques et théologiques. C’est le vivant et sa logique que le divin ignore et qui ignore le divin. Ce n’est pas l’histoire de l’onde dévastatrice des théories, qui sont géniales, de Lamark et Darwin et de cette construction intellectuelle (voir Gould), dont on va parler maintenant, mais des conceptions qui dominaient la plupart des esprit avant cette découverte. Elles étaient de nature créationniste et partageaient l’idée générale d’une création de l’Univers par un être intelligent. Les grandes religions monothéistes sont par essence (?créationnistes, c’est à dire qu’elles pensent le monde en se le représentant comme étant le fruit d’une création divine, d’un projet guidé par une intention signifiante et transcendante. On retiendra seulement ici que la clé de voûte de ces systèmes de croyance est que l’Univers a un sens, que ce sens soit accessible ou non à l’intelligence du croyant. L’Univers se voit attribuer une signification à travers sa création intentionnelle par Dieu. La découverte de Darwin a profondément modifié ou orienté ces modèles au prix de transformations souvent longues et douloureuses. Des révolutions conceptuelles ont permis aux Églises de se rapprocher de leur vocation véritable, proposer une lecture du sens de l’existence humaine, sans pour autant nourrir d’ambition scientifique ou historique. Il semble que cette conception (profondément ancrée dans le judaïsme talmudique) d’un discours religieux éthique et non scientifique soit approchée et partagée par de nombreux clergés dont le catholicisme romain. C’est ainsi que Vatican II a initié de nouveaux rapports entre la science et la théologie avec Jean XXIII et avec aussi la « trace » du futur Benoît XVI. Même si certains ont vu « un anti-esprit du Concile Vatican II« , de nombreux ecclésiastiques ont défendu l’idée que la théologie n’a nulle vocation à contredire les théories scientifiquement établies, ni à se contorsionner pour chercher la moindre compatibilité entre leurs discours et celui de la science moderne. Jean-Paul II a rappelé en 1996, devant l’Académie pontificale des sciences, que « dans son encyclique « Humani Generis » (1950), mon prédécesseur Pie XII avait déjà affirmé qu’il n’y avait pas opposition entre l’évolution et la doctrine de la foi sur l’homme et sur sa vocation, à condition de ne pas perdre de vue quelques points fermes« ; ainsi, « l‘évolution est plus qu’une hypothèse« . Cette évolution des idées semble également exister dans la théologie musulmane, par exemple dans L’Islam expliqué par Malek Cheleb. Ce dernier illustre l’émergence d’une pensée religieuse musulmane conciliée avec la modernité. Dans une interwiew le 9 fev 2007 par Henri Tincq dans le monde il déclarait: « L’islam n’a pas à avoir peur du darwinisme« . Ainsi, Galilée aurait pu, s’il vivait encore, se réjouir en constatant le développement d’une certaine forme de sagesse religieuse aujourd’hui partagée par de nombreux clergés. 

Alors que sont les darwino-résistances?

Faisant suite au créationnisme déjà en vigueur à l’époque de Darwin, un puissant mouvement néo-créationniste, issu de cercles protestants fondamentalistes nord-américains explique que « certaines observations de l’Univers et du monde sont mieux expliquées par une cause intelligente que par des processus aléatoires tels que la sélection naturelle« . Reprenant le bâton des ecclésiastiques du temps de Galilée, ils pensent détenir une théorie alternative qui rendrait compte des données empiriques sans violer une lecture soi-disant littérale de la Bible (la Terre a 5769 ans, les dinosaures étaient contemporains des humains etc). Les adeptes de ce courant de pensée le décrivent comme « Intelligent Design ou Dessein Intelligent« . Certains sont réunis dans une think tank (groupe de réflexion, laboratoire d’idées…) dont le nom est un symbole: le Discovery Institute LA STRATÉGIE DE WEDGE (CENTRE POUR LE RENOUVELLEMENT DE LA SCIENCE ET DE LA CULTURE)ou encore en.pdf. Lionel Naccache explique que ce n’est pas par la recherche désintéressée d’une vérité qui resterait à découvrir et à penser que les adeptes sont mus, mais par une logique dont la violence consiste à inscrire la « vérité » à laquelle on croit déjà; c’est à dire sa « vérité », dans le langage d’un discours vierge de toute croyance. Fiction aveugle à elle-même qui redoute et déteste l’imaginaire! Et ce n’est sans doute pas un hasard si dans le Washington post du 3 août 2005, on voit G. W Bush mettre sur le même plan la théorie de l’évolution et le discours de l’Intelligent Design et prône son enseignement à l’école, au titre de l’ouverture culturelle. De même, dans USA Today du 21 août 2008, Sarah Palin, alors candidate au poste de la vice-présidence des USA, donc potentiellement présidentiable,  affirmait: « La théorie de l’Intelligent Design est plausible et crédible selon moi; et elle devrait être enseignée. » 

-Cette forme de « darwino-résistance » concerne déjà des millions de personnes et d’esprits. Le plan de propagande et de prosélytisme de ce courant, basé sur le modèle des stratégies marketing contemporaines est clairement exprimé dans la programme du Discovery Institute dont on trouvera un résumé ci-après:: 

« Objectifs directeurs

Vaincre le matérialisme scientifique et ses héritages destructeurs sur le plan moral, culturel et politique.

Remplacer les explications matérialistes par la compréhension théiste que la nature et les êtres humains sont créés par Dieu.

Objectifs sur 5 ans

Voir la théorie du design intelligent comme une alternative acceptée dans le domaine des sciences et de la recherche scientifique dans la perspective de la théorie du design.

Voir le début de l’influence de la théorie du design dans des domaines autres que les sciences naturelles.

Voir grand les nouveaux débats en matière d’éducation, les problèmes de la vie, la responsabilité juridique et personnelle mis au premier plan des priorités nationales.

Objectifs sur vingt ans

Voir la théorie du design intelligent comme la perspective dominante de la science.

Voir l’application de la théorie du design dans des domaines spécifiques, notamment la biologie moléculaire, la biochimie, la paléontologie, la physique et la cosmologie dans les sciences naturelles, la psychologie, l’éthique, la politique, la théologie et la philosophie dans les sciences humaines; voir son insinuation dans les beaux-arts.

Voir la théorie du design imprégner notre vie religieuse, culturelle, morale et politique. »

Conclusion: La darwino-résistance, c’est une nouvelle forme « du danger de la connaissance que nous rencontrons ici. On peut voir à nouveau que la diffusion et la vulgarisation, même intelligente, d’idées scientifiques susceptibles de faire naître un sentiment de doute ou d’instabilité dans certaines croyances existentielles (ici religieuses), continue à rencontrer dans notre « société de la connaissance » certaines résistances mentales d’une ampleur socioculturelle qui peut être immense. Tous ces phénomènes rencontrés depuis les brûlures de la transparence jusqu’aux neuro-résistances partagent un point commun: ils ne semblent pas relever uniquement d’un simple défaut d’éducation ou d’accès à la connaissance, c’est à dire d’un « inachèvement » qu’on peut penser transitoire de la société de la connaissance. Cette société est-elle vraiment fidèle à l’image que l’on se plait à entretenir?


4) L’information et la connaissance confondues. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Quo_vadis_%3F_(roman) QUO VADIS?


4-1) La connaissance et son malaise contemporain. 
Nous avons, avec Lionel Naccache, débusqué sous notre « société de la connaissance » autoproclamée, une société de l’information qui se prend à rêver d’être ce qu’elle n’est pas (encore?). Les brûlures de la transparence et les motifs de résistance à la connaissance nous ont permis de vérifier la pertinence du modèle théorique (X,X’,Y) [article 3: 3-1) « l‘acte de connaître met en scène trois entités: -le sujet X tel qu’il existait et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y -L’objet Y qui est le support de cet acte de connaissance. -Le sujet X’ qui est le sujet ayant absorbé l’objet Y, c’est à dire le sujet ayant mis à jour ses représentations mentales à la lumière des nouvelles connaissances acquises »],  en actualisant les menaces existentielles que la connaissance continue à faire peser sur les fictions-interprétations-croyances que nous sommes. Pour résoudre ce paradoxe, on peut maintenant faire l’hypothèse que nous sommes portés à confondre la connaissance avec l’information, aux dépend du sujet: nous réduisons l’expérience de la connaissance (qui présuppose le sujet et sa transformation) au seul objet informationnel Y qui devient alors la support de cette expérience « subjective ». La connaissance est alors réduite aux informations qui en sont l’objet et la transparence devient un objectif revendiqué, puis nécessaire, voir ultime. D’où la confusion entre société de la connaissance et société de l’information. Et cette confusion permet également de comprendre pourquoi nous ne faisons pas usage des « mauvaises solutions » des temps passés que nous avons évoquées dans l’article 2 au chapitre 2. Nous sommes obsédés par l’information et nous avons perdu la trace du sujet dans le schéma de la connaissance. Alors comment pourrions-nous nous inquiéter de ses brûlures et chercher à les prévenir? Mais ainsi que nous l’avons vu au chapitre 4 de l’article 4, les brûlures de la connaissance n’ont pas disparu, loin de là! Cela conduit à pouvoir saisir maintenant ce qui avait, dans ce même article, introduit le chapitre 2: Bienvenue dans la « société de la connaissance » (C’est ainsi que débute la troisième partie du livre de Lionel Naccache: MALAISE CONTEMPORAIN DANS LA CONNAISSANCE CHAPITRE PREMIER – Bienvenue dans la « société de la connaissance »). 

En confondant connaissance et information, nous avons inventé une « mauvaise solution » contemporaine. Rappelons que la mauvaise solution au problème de la connaissance a été successivement le cloisonnement (social) dans l’antiquité, puis l’obscurantisme religieux au moyen-âge avant que la révolution des Lumières s’oppose à cet obscurantisme. On croyait avoir résolu ce problème avec la Société de la connaissance, mais nous venons de voir nous avons inventé « un malaise contemporain » dû à notre apologie béate de la connaissance, qui n’est en réalité que l’apologie de l’information, déguisée en connaissance. En fait, contrairement aux sociétés qui nous ont précédé qui s’en prenaient directement à la connaissance, nous procédons à son élimination pure et simple, en s’imaginant prendre sa défense. On peut clamer « Vive la connaissance », on a enterré la place du sujet en vouant ainsi un tel culte à l’information! La connaissance n’a jamais été aussi en danger que depuis qu’elle est célébrée à l’unisson pour ce qu’elle n’est pas. Cette confusion ne relève pas de la mauvaise foi et c’est en toute innocence que que nous imaginons parler de la connaissance alors que nous parlons en fait de l’information. 

Cette notion de mauvaise solution n’est pas une vision paranoïaque ni une théorie du complot. Nous avons vu dans l’article 2 au chapitre 2, qu’à chaque époque, ces « mauvaises solutions », réactions de protection aux menaces de la connaissance « n’ont en fait pas été inventées par quelques individus qu’on pourrait qualifier de machiavéliques, capables d’imprimer des croyances à leurs civilisations, mais elles auraient plutôt émergé à partir d’un tissus socioculturel complexe. A chaque époque, nos prédécesseurs ont ainsi imaginé des barrières pour se protéger de l’expérience même de la connaissance« . Ce sont des constructions culturelles et sociétales façonnées par l’histoire des civilisations et la « mauvaise solution contemporaine » serait le fruit de notre histoire récente. 
Cette thèse de Lionel Naccache, que nous venons de voir, explique le pourquoi. Maintenant saurait-elle également expliquer le comment, c’est à dire les raisons pour lesquelles nous en serions arrivés à cette confusion? Serait-elle un accident de l’histoire de la pensée ou plutôt une étape prévisible, voire nécessaire et susceptible d’être dépassée? Quo Vadis? Vers où guider nos pas et avons-nous la possibilité de faire évoluer notre société de l’information vers une forme plus proche de ce que devrait être une authentique société de la connaissance? On peut identifier 4 facteurs qui ont pu favoriser cette assimilation de la connaissance à l’information et dont la victime est le sujet, qui vont être décrits ci-dessous.
4-2 Premier facteur: Au commencement étaient les Lumières.L’âge des Lumières fut le point de départ de cette quête pour l’accès à l’information. Le combat principal se livrait sur le décloisonnement radical des objets de la connaissance. Il fallait briser les barrières jalouses du savoir et offrir tous ces trésors à chaque citoyen depuis le Louvre transformé en musée permanent jusqu’à l’Encyclopédie; là se situait le combat. Face à l’immensité de la tâche et aux menaces proférées à son encontre, aurait-il été bienvenu de freiner les efforts des encyclopédistes et de les sensibiliser au fait que l’accès au savoir ne réglerait pas tout et que la connaissance demeurerait intrinsèquement menaçante? Toutefois, on peut s’interroger: à refuser de prendre en compte ces menaces, les Lumières n’ont-elles pas contribué (sans doute indirectement et involontairement), à l’explosion des horreurs idéologiques des siècles qui ont suivi, siècles aveuglés par un scientisme social et politique dont on connait à présent les aboutissements? C’est bien une thèse similaire à celle de Bertrand Vergely dans « Obscures lumières » (voir mon article sur Bertrand Vergely, le prologue). L’activisme intellectuel des Lumières, qui proclamaient l’innocuité de la connaissance et invitaient les hommes à en faire un usage illimité et généralisé, était en fait, involontairement(?), porteur d’une menace bien plus forte que les anciens discours dominateurs qui, eux, dévalorisaient la connaissance. On peut ici invoquer l’image métaphorique de la connaissance comme celle d’une étroite passerelle en bois suspendue au-dessus d’un profond précipice, protégée par deux petites cordes latérales en guise de rambarde. Les anciennes « mauvaises solutions » qui précédaient l’âge des Lumières auraient été comme un panneau d’interdiction disant: « Passerelle interdite! Danger de mort! Par contre les Lumières auraient retiré les rambardes élargi la passerelle en route large et fréquentée et préconisé des injonctions positives: « Passage fortement recommandé, dépourvu de tout danger! »  Aux quelques rares accidents sur une passerelle peu fréquentée jusqu’alors, protégée et déconseillée par de nombreux avertissements, auraient succédé d’innombrables chutes et accidents dans ce lieu bien plus fréquenté et moins bien protégé. Certes, en luttant contre l’obscurantisme, les Lumières sont parvenues à chasser des esprits de leurs contemporains cette peur de connaître. Mais la connaissance implique les esprits et les croyances subjectives des acteurs, ce qui aurait dû suggérer que cette connaissance ne se résume pas aux objets du savoir. Il ne suffit pas d’écrire l’Encyclopédie et de s’assurer de sa diffusion pour être certain de la progression de la connaissance. On peut penser que, vu la profondeur intellectuelle du mouvement, il s’agit d’avantage d’un excès d’optimisme que d’un oubli de la prise ne compte de la subjectivité. La mise à disposition de la connaissance suffira devaient-ils estimer. Cependant, selon Tzvetan Todorov, des penseurs comme Rousseau et Montesquieu avaient conscience des conséquences sociopolitiques possibles des Lumières: « Le bien et la mal coulent de la même source » écrivait Rousseau. Et selon Todorov, Rousseau répétait inlassablement: « Pour rendre l’humanité meilleure, il ne suffit pas de répandre les Lumières« .
Cette dure quête de l’accès aux objets de la connaissance se poursuit depuis lors avec des objectifs de plus en plus difficiles à atteindre (dont la généralisation de la scolarisation et la lutte contre l’analphabétisme). Victor Hugo avait raison de dire « Celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison« , mais l’accès aux objets de la connaissance n’est pas en soi un rempart contre la barbarie et l’horreur comme le montre l’histoire et l’évolution de la société et du monde. Pendant la seconde moitié du XXè siècle, ce combat pour l’accès aux informations s’est accentué avec la construction d’une civilisation aménagée pour la diffusion, la circulation, l’échange de l’information. On a assisté à la naissance de tous les outils de mass média, l’informatique, les micro-ordinateurs, la mise au point des supports numériques, la naissance des réseaux informatiques, celle des autoroutes de l’information puis la révolution d’internet… Là encore, nous sommes happés par la maîtrise et l’amélioration des objets de la connaissance (de l’information), au détriment du sujet qui est en proie au vertige de la mise à jour de son système de fictions-interprétations-croyances. Aujourd’hui, il nous faut réparer le déséquilibre, et aux côtés de la quête de l’information, il nous faut reprendre là où nous l’avions abandonnée la quête du sujet, c’est à dire la prise en compte des mécanismes de transformation de notre subjectivité qui sont à l’oeuvre dans la connaissance.
Ce sera sans doute une révolution plus délicate à conduire que la précédente, car il n’y a pas vraiment d’adversaire identifié comme l’était l’ancien régime, ni de recette connue, mais seulement une prise de conscience de ce qu’est l’essence véritable de la connaissance et ne pourra pas se limiter à la mise en pratique des paroles des Anciens dont nous avons relu les écrits et les récits. On devra la reconstruire sur l’ossature inédite de la société de l’information.
4-3) Deuxième facteur: La technique efface le sujet.

Nous avons vu (selon L. Naccache) que ce qui fonde la subjectivité du sujet; c’est le jeu de croyances, d’interprétations et de constructions fictives conscientes et qui le définissent comme un être à nul autre pareil. Le sujet est soumis à des forces dont certaines favorisent l’éclosion de notre subjectivité, comme la culture (qui nous aide à prendre conscience de la couche de subjectivité qui entoure chacune de nos pensées conscientes et de nos perceptions) et d’autres la font involuer (régresser). Pour Descartes, le sujet devient « Je pense donc je suis« . Le « Je » est une fiction chantée par les écrivains. Kant, lui, sait que l’on existe dans une vie de phénomènes, mais que la vie des noumènes (ou de la chose en soi) existe, mais nous n’y avons accès que par l’intermédiaire de la couche de la vie phénoménale [La chose en soi  est un concept kantien signifiant la réalité telle qu’elle pourrait être pensée indépendamment de toute expérience possible. Le monde de la chose en soi est autre par rapport à celui du phénomène ; il est au-delà de toute connaissance sensibleBien que proche du noumène, la chose en soi n’est pas à confondre avec celui-ci.] Magritte le signalait sous une forme imagée: « ceci n’est pas une pipe« . En effet, ce que je perçois comme une pipe est une représentation mentale de l’objet et on l’objet lui-même. Une représentation est un processus mental abstrait entaché de mes attentes, de mes reconstructions, de mes déformations, voire de mes fantasmes. Voilà le chemin vers la culture et aussi vers la tolérance lorsqu’on a conscience que les représentations ne sont pas le monde extérieur. Chacun a sa vision personnelle, différente de celle de l’autre, et la culture, c’est la conscience des représentations et de la subjectivité. Tout ce qui concourt à favoriser cette lucidité fait le jeu de la construction du sujet. 

Par contre, la technique ne fait pas cela, elle est trompeuse. Elle permet la transformation du monde et nous hypnotise par sa puissance et son efficacité. Heiddeger en 1954, dans « la question de la technique » y voyait un mode de révélation qui dévoilerait l’essence même de la nature. Philo Blog explique: « Pour Martin Heidegger, l’avènement de la technique constitue le phénomène central des temps modernes. L’hégémonie de la technique sur le monde moderne représente à ses yeux l’ultime manifestation de cette idéologie (la métaphysique du sujet) qui depuis Descartes entendait faire de l’homme « le maître et le possesseur de la nature » (Discours de la méthode, 6 ° partie p 21 à 27) ». Même si notre rapport à la technique est devenu familier car nous l’avons croyons-nous domestiquée, nous avons reçu en héritage ce rapport premier qui a gagné l’esprit de nos consciences collectives à travers des oeuvres comme Les Temps Modernes de Chaplin avec ses chaînes de montage diaboliques  ou le prophétique roman Métropolis le roman de Thea von Harbou dont est issu le film de Fritz Lang qui mettait en scène ces masses d’individus sacrifiés sur l’autel de Moloch, cette terrible et fascinante créature enfantée par la technique. C’est ainsi que L. Naccache a été poussé à analyser ce que ce rapport fondateur à la technique a imprimé à nos esprits afin de la « sommer à nous dire » ce qu’elle doit nous dire quant à la question de la subjectivité en se livrant à un exercice consistant à se sommer soi-même de se transformer le temps de l’exercice dans la peau et l’esprit d’un néo-heideggerien, victime provisoire du syndrome de Zelig (film de Woody Allen). Cette expérience de prise directe sur le réel (ici la technique, voir les pages 172 à 175 du livre)  court-circuite le sujet en effaçant ce qui le constitue comme être de croyances-interprétations-fictions. C’est une force de l’action directe sur le noumène, le réel au-delà de la connaissance sensible, qui renforce considérablement notre aveuglement à nos propres représentations en nous poussant à croire que nous sommes en prise directe avec les noumènes et qui détourne notre attention des phénomènes, la couche où se déroule notre existence. Arrachons-nous à cette vision où nous sommes happés par l’objet technique, construit par nos semblables et qui nous préexiste et un réel que nous imprimons grâce à la technique, qui accapare notre attention et sur lequel se joue notre existence. Regardons alors l’objet que nous voyons, puis fermons les yeux en l’imaginant. On peut alors faire connaissance avec notre fantaisie et notre imagination, et si c’est une fleur par exemple, avec notre capacité à le colorier et à le transformer en papillon ou un autre objet au gré de nos pensées. On peut ainsi commencer à sentir la force de notre vie mentale intérieure, de notre construction subjective du monde et de nous-mêmes. La technique nous pousse vers l’opposé en captivant notre attention sur la réalité extérieure (à ce que nous sommes), que nous percevons et transformons. Sa force d’attraction sans pareil ne nous laisse plus la liberté de fermer les yeux et de constater que « Je » existe encore, mais d’une autre manière. Elle rend le sujet négligent à ce qui précisément le constitue comme sujet singulier. Tout comme l’intense lumière du soleil nous aveugle nous aveugle et nous empêche de percevoir le rayonnement discret des étoiles du ciel, la puissance de la technique nous fait perdre conscience de ce qu’est une représentation, essence même de notre perception et de notre pensée. Elle nous absorbe et nous produit en nous une forme naïve, acculturée et pré-Kantiène. La puissance de la technique, dans le cas du barrage hydraulique cité par L. Naccaché, nous empêche de distinguer « ma » représentation de la centrale de celle des autres humains qui m’entourent et qui la contemplent avec moi. Nous ne croyons plus que nous vivons dans des univers de phénomènes, mais nous croyons vivre avec les noumènes. La technique accapare notre attention sur la transformation des objets XYY’ et non plus sur le sujet XX’Y. 

     4-4)Troisième facteur: Le progrès scientifique efface le sujet.

Malgré son humanisme et sa grande noblesse intellectuelle, lui aussi contribue à l’effacement du sujet du cadre de la connaissance. Cela se passe à travers un mécanisme en deux temps. D’abord, il faut reconnaître que les découvertes scientifiques ont été porteuses de révolutions culturelles et existentielles et de changements de paradigme au sens qu’en a donné Kuhn. Les conceptions du cosmos, du vivant, de l’homme en ont été révolutionnées et aujourd’hui, même le Vatican est à l’aise avec la conception héliocentrique du système solaire, ce qui témoigne du pouvoir de la science sur l’évolution des systèmes de fictions-interprétations-croyances des hommes. C’est en les contredisant et en les mettant à l’épreuve que les découvertes et le progrès scientifique nous aident à en prendre conscience et mieux les appréhender. Mais, associés à chaque découverte scientifique, il faut distinguer deux effets temporels successifs. 

Dans un premier temps, celui de son annonce, la découverte met à l’épreuve nos certitudes et ébranle nos intuitions et nos convictions. Elle peut avoir d’importantes répercussions sur nos interprétations du monde et sur nos fictions conscientes. Ce temps est un temps humaniste, temps de réflexion qui aide le sujet que nous sommes à se transformer et à évoluer. 

Le second temps, celui qui succède à l’assimilation de la découverte par les sociétés humaines, est bien plus long que le précédent. Les générations passent, la découverte a été parfaitement assimilée. Ces hommes et femmes sont toujours des humains en continuant à construire des leurs représentations fictives et leurs représentations du monde. Mais le champ qui entoure la découverte en question n’est plus investi par ces processus de fiction. La force de l’évidence scientifique, alors qu’il était dans le premier temps associé au phénomène que la découverte éclaire, assèche maintenant le potentiel de fictionnalisation. Si la question de la relation de la Terre au Soleil pouvait alimenter la réflexion et de riches fictions au XVIè siècle, quand des cosmologies fictives, des croyances religieuses ou des récits enflammés qui préexistaient à Galilée et à Képler; il n’en reste rien aujourd’hui. Nous ne pouvons quasiment plus déceler dans notre connaissance actuelle des traces de subjectivité ni une remise en cause de nos schémas de pensée. 

C’est ce deuxième temps du progrès scientifique, celui qui suit le bouleversement du système de croyances, qui participe au processus d’effacement du sujet dans la relation ternaire que nous avons vu à plusieurs reprises: « l‘acte de connaître met en scène trois entités: -le sujet X tel qu‘il existait et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y -L’objet Y qui est le support de cet acte de connaissance. -Le sujet X’ qui est le sujet ayant absorbé l’objet Y, c’est à dire le sujet ayant mis à jour ses représentations mentales à la lumière des nouvelles connaissances acquises ».  C’est un épiphénomène du progrès scientifique qui, en réalité, a des conséquences majeures. Dans ce deuxième temps, nous pouvons alors être conduits à assimiler; en toute sincérité, l’information à la connaissance. L’enrichissement extraordinaire des discours scientifiques au cours des deux derniers siècles a accéléré l’effacement du sujet et de sa subjectivité apparente du jeu de la connaissance. Sa part a fortement involué et devient très difficilement perceptible, ce qui favorise la généralisation abusive selon laquelle la connaissance se résumerait à un transfert d’information. Pourtant, peut-on imaginer que le sujet puisse s’absenter, qu’il puisse ne pas être présent, même tapi dans l’ombre, lors d’une expérience de connaissance? Cela ne conduirait-il pas à d’inextricables problèmes et erreurs en ne le prenant pas en compte dans notre conception de la connaissance? 

Ce questionnement avait déjà été appréhendé de manière visionnaire par Husserl, le père de la phénoménologie, vers la fin de son existence en rédigeant ce manuscrit au texte incroyablement provocateur: La Terre ne se meut pasCe n’était pas un obscurantiste délirant puisqu’il écrivait: « Nous, coperniciens, nous sommes des hommes des temps modernes« . Ce qui le turlupine, c’est que le projet d’une science physique et en réalité de « toute science objective » qui se passerait en dehors du sujet humain, celui qui, précisément, la pense. Dans ce texte souvent déroutant, Husserl se livre à différentes expériences de pensée et à imaginer des scénarios, dignes parfois d’un Jules Verne, scènes de mouvement relatif d’un observateur dans un wagon, identification d’un oiseau qui survole des paysages, imagination d’une vie humaine et animale sur la lune etc…Au crépuscule de son existence, le vieux juif, converti au protestantisme, fraîchement exclu par le régime nazi, ces lignes, qui ne seront publiées qu’à titre posthume, parlait-il de la manière de se représenter l’espace lorsqu’on a été chassé de l’espace dans lequel sa vie s’est écoulée, celui à partir duquel tout autre espace était imaginé, de son Pardès personnel auquel les molosses de l’obscurité des forces du mal lui avaient interdit l’accès? Quoi qu’il en soit, dans ce texte; Husserl s’échine à démontrer qu’il serait absurde de croire pouvoir penser la science en faisant abstraction de qui est au cœur de l’apodicité du sujet, c’est à dire en croyant échapper au socle fondamental sur lequel se construit toute possibilité de certitude et de signification pour un sujet. Robin guilloux nous confirme que dans le texte « La Terre ne se meut pas« , « Husserl y montre que l’expérience que nous avons du mouvement et du repos des corps quelconques suppose une Terre absolument immobile par rapport à laquelle mouvement et repos peuvent prendre sens. Bien évidemment, cette terre ne doit pas être comprise comme une planète réelle que l’on pourrait observer à la manière d’une étoile. A partir de là, Husserl s’efforce de construire un concept de l’espace qui ne soit pas celui de la géométrie et des sciences de la nature, mais plutôt celui de cet espace dans et par lequel nous faisons l’expérience de notre propre corps, espace qui est au fondement phénoménologique de la spatialité des sciences physiques« . Dans ce même blog on trouve le point de vue d’Etienne Klein: « Husserl n’y conteste nullement la valeur de vérité de la découverte de Copernic et Galillée : il demeure acquis que la Terre tourne autour du Soleil, qui lui-même tourne autour d’autre chose. Simplement, selon lui, la Terre n’est pas une planète comme une autre. Elle est le sol originaire et insubstituable de notre ancrage corporel : pour nous, elle n’est donc pas en mouvement. Selon Husserl, c’est l’oubli de cette relation primordial du corps au sol qui le soutient qui constitue la « faute originelle » de la modernité scientifique. Il montre que la distance théorique que nous prenons avec la Terre lorsque nous imaginons qu’elle est une planète comme une autre risque d’ébranler un enracinement premier. Par notre histoire et nos représentations, nous sommes fondamentalement des êtres géocentés. Notre pensée n’est pas une pensée hors sol »…

Ainsi, oublier ce qui est à la source du sujet lorsqu’il élabore des significations paraît une grossière erreur à Husserl. N’est-on pas proche du système de fictions-interprétations-croyances dont il est question chez L. Naccache? Husserl a précisé ses critiques à l’égard du discours scientifique à travers une magnifique déconstruction de la genèse historique et philosophique du discours de la causalité physico-mathématique. Il met au jour ce qu’il appelle « l’énigme de la subjectivité » dont il ne lui semble plus possible de faire l’économie (on est en 1935). Aujourd’hui cette énigme ne nous a toujours pas livré tous ses secrets… La forme dominante du discours scientifique « dur » contribue  » au processus d’effacement de la place des sujets humains dans la connaissance, alors qu’ils sont les créateurs et les destinataires de ce discours qu’on peut qualifier de merveilleux!

    4-5) Quatrième facteur: L’erreur de Pythagore.

Selon Lionel Naccache, ce quatrième facteur, qui rappelle Antonio Damasio et son « erreur de Descartes » ou La conscience est née des émotions, lui, s’enracine dans un idéalisme mathématique dont on trouve la plus ancienne forme chez Pythagore. la vérité mathématique préexisterait à nos propres cogitations donc a priori à système de fictions-interprétations-croyances. Cette vérité mathématique serait immuable et parfaite et l’unique relation que nous puissions nouer avec elle serait celle de ses déchiffreurs afin de la rendre intelligible à nos esprits. Elle ne relèverait pas de la création, mais de la découverte par la formulation de la démonstration. Pour les pythagoriciens, la propriété bien connue du triangle rectangle n’est pas une production de notre propre esprit, car celui-ci n’a fait qu’atteindre une réalité qui existait hors de lui. L. Naccache continue longuement sur ce thème et estime que la pensée de nombreux grands mathématiciens ou physiciens théoriciens relève en partie de la conception pythagoricienne selon laquelle nous serions les lecteurs d’un ordre et d’une esthétique transcendantale existant en dehors de nous, ordre qui serait structuré par ses propres significations. idée par un sen et un projet. Pythagore lui-même, Pytha-Gore, n’est-il pas l’homme dont le destin avait été prédit par la Pythie? Descartes lui-même écrivait dans « Règles pour la direction de l’esprit« , règle deuxième: « […] « Mais comme nous avons dit plus haut que, par­mi les sciences faites, il n’existe que l’arithmétique et la géométrie qui soient entièrement exemptes de fausseté ou d’incertitude […] ». Cette conception des mathématiques et de la physique s’est généralisée aussi vers les sciences physiques et la biologie. La découverte des lois de la physique est conçue comme la mise au jour de phénomènes qui nous préexistent depuis Kepler, Galilée, Newton, Einstein… La gravitation n’est pas une invention ou une création (de notre esprit), mais une force de la nature que nous découvrons grâce à nos efforts de déchiffrage. On comprend donc que selon ce schéma de pensée, l’expérience de la connaissance mathématique et scientifique est envisagée comme une histoire d’information et non de subjectivité. Ce qui opère, c’est avant tout un transfert d’information réussi. La réaction du sujet (le bouleversement éventuel de son système de fictions-interprétations-croyances et son passage de l’état X à l’état X’) n’est pas vraiment pertinente et surtout ne doit compromettre la qualité de l’information transmise. Cela revient à n’entretenir avec le partenaire sujet « S » qu’une relation « pédagogique » (on peut essayer de rendre les informations scientifiques plus facilement saisissables par « S »),  mais il est inutile de valoriser la fictionnalisation des « vérités mathématiques » telles « vivre et penser .avec le théorème de Pythagore »… Ainsi, selon la tradition pythagoricienne et ses développements contemporains, la connaissance est un mode de perception comme un autre, d’un donné qui est déjà là et qui existe en dehors du sujet qui cherche à le connaître. Cela concourt à désincarner encore davantage la connaissance et effacer le sujet. Connaître devient une histoire d’accès et de transfert d’information pour la techno-science contemporaine. 

Remarquons cependant que la techno-science contemporaine ne nous contraint pas à adopter la conception pythagoricienne, qui tirent la couverture vers la beauté abstraite des mathématiques et de l’Univers, « en nous soufflant dans le creux de l’oreille de ne pas trop faire attention au sujet qui contemple ces beautés. Ce sujet, qui a bien de la chance de pouvoir assister au spectacle qui ne se joue pas pour lui, est un point d’observation insignifiant entre les deux infinis de Pascal. On peut ouvrir les yeux et reprendre les réflexions là où les pythagoriciens ont conduit. La vérité mathématique se laisse contempler et c’est cet objet de connaissance que nous percevons et son existence est la plus certaine des perceptions. Les sciences cognitives nous apprennent que percevoir, c’est déjà construire une représentation, et lui attribuer, malgré nous, des significations, des interprétations et des croyances. Pourquoi les mathématiques échapperaient à la règle? Il est fort probable que nos représentations théorème de Pythagore soient affectées par notre statut de sujet. Il a fallu en effet attendre le XIXè siècle pour que Riemann et Lobatchevski inventent de nouvelles géométries, non euclidiennes, qui la remettent en cause. Ce sont alors des pans entiers de nos « croyances mathématiques » qui tombent alors de leur piédestal. Pour les pythagoriciens, ce qui compte, ce sont les vérités mathématiques et non les croyances que nous avons établies à leur sujet, croyances souvent contaminées par notre ignorance. (« Nul n’a jamais dit que la géométrie euclidienne résumait toutes les géométries possibles!« ). C’est vrai, mais la conséquences est que la connaissance des vérités mathématiques est une connaissance (presque) comme toutes les autres. Les sujets dont les mathématiciens) qui en font l’acquisition ne peuvent s’empêcher de se raconter des histoires à son sujet et… d’y croire. C’est souvent ce qui se passe pour les nouvelles « découvertes ». Pensons à la poésie de Robert Desnos: « Une fourmi de 18 m de hautça n’existe pas? Et pourquoi pas? ». Alors…une racine carrée d’un nombre négatif cça n’existe pas? Et pourquoi pas. C’est ainsi que naquirent les nombres imaginaires purs ou la théorie de la relativité (une masse qui varie selon la vitesse ça n’existe pas? Et pourquoi pas?). Et il en est ainsi de la théorie des cordes et autres modèles qui postulent l’existence de dimensions cachées de l’univers… 

Il est évident que les croyances et l’imagination des mathématiciens et des scientifiques jouent un rôle majeur dans la manière de se représenter les objets de connaissance et dans la production des »découvertes ». Mais ne s’agit-il pas de créations plutôt que de découvertes? En effet, ce que les mathématiciens et scientifiques découvrent n’est pas le « noumène mathématique », « physique » ou « biologique » lui-même, mais un modèle abstrait qui rend plus ou moins bien compte des manifestations des réalités, qui demeurent inconnues dans leur être propre (comme Kant pensait le noumène d’ailleurs). Si nous avions eu un accès direct et non phénoménal au théorème de Pythagore, il aurait dû être évident, dès l’antiquité, que ses conditions de validité sont limitées au plan euclidien, et que d’autres plans existent, ce qui n’a pas été le cas. Dans un autre domaine, newton n’a pas découvert la gravitation, il a formulé une théorie géniale de la gravitation, qui ne s’identifiait pas à l’essence de la gravitation. Einstein a formulé une nouvelle théorie qui rend mieux compte de certaines des propriétés de la gravitation. Cela n’est pas contesté par les scientifiques, mais nombre d’entre eux sont tout de même tentés de faire le « raccourci » en présentant les créations scientifiques comme des découvertes, c’est à dire les modèles et interprétations du réel comme la lecture directe et indiscutable du réel. Plus gênant, la société et le grand public conçoivent trop les scientifiques comme les porte-voix du réel plutôt que comme ceux qui en font l’exégèse et occultent la part du sujet dans l’élaboration de la connaissance. 

Une interprétation alternative! Si le scientifiques peuvent assez aisément reconnaître et ainsi échapper à cette « erreur de Pythagore » les mathématiciens peuvent avoir beaucoup de mal. Au-delà de notre imagination, de nos raisonnements bayesiens et de notre irrépressible tendance à interpréter et à croire que nous manipulons dans nos esprits, nous avons tout de même accès à des sortes de « noumènes » disent-ils, ceux des mathématiques. « Quand nous énonçons avec Peano la structure des entiers naturels, nous parvenons à toucher du doigt de l’esprit un objet mathématique et pas seulement sa représentation. Ou plutôt, la représentation que nous en donnons est absolument fidèle à l’objet représenté….Pour eux, la preuve magistrale est dans la démonstration, qui est vraie ou fausse. Si elle est vraie, elle s’impose à tous les esprits, au de-delà de leurs civilisations, de leurs époques et de leurs systèmes de fictions-interprétations-croyances. On touche alors des vérités puisqu’elles sont partagées par tous et retrouvées par chacun! 

En réalité,  dit l’interprétation alternative, plutôt que la découverte d’une réalité antérieure, universelle et formalisable, les mathématiques peuvent être envisagées comme la formulation explicite de notre capacité humaine à les penser ou, comme dirait Kant, les théorèmes, la logique et leur universalité pourrait n’être que l’énonciation des conditions nécessaires a priori de notre faculté à penser les concepts de nombres, d’espace ou d’ensemble.

C’est une conception opposée opposée à la conception externalisante pythagoricienne des mathématiques, conception naïve, certes convaincante. Cette alternative est elle, une conception internalisante, qui se rapproche du reste de notre activité mentale: en créant un discours sur les mathématiques, nous créons un discours sur la possibilité de faire des mathématiques. Les vérités y sont contraintes par l’architecture de notre esprit et par notre aptitude à représenter l’univers et les concepts. L’invariance  de ces vérités refléterait en partie celle de notre esprit. Des travaux récents sur les fondements psychologiques et cérébraux de notre intuition numérique et géométrique permettent maintenant de poser les fondements d’une internalisation des mathématiques, comme ceux de Stanislas Dehaene (voir ses cours) et Elizabeth Spelke, et que leeurs travaux à propos des indiens mundurukus qui n’ont pas de mots pour compter au-delà de 5, mais qui appréhendent le plus souvent les quantités par estimation, une évaluation approximative de la numérosité. Ces travaux contribuent à décrire nos aptitudes innées à créer et manipuler des objets mathématiques en dévoilant nos intuitions universelles sur lesquelles se sont construits les formalismes mathématiques tous la forme de théories abstraites explicites. 

Ainsi, même au cœur des mathématiques pures est tapi le sujet! Et rien n’impose de l’exclure, entendu comme système de fictions-interprétations-croyances de notre aventure techno-scientifique contemporaine. Encore faut-il, souligne L. Naccache, nous efforcer d’échapper à l’illusion à laquelle pythagore a succombé le premier. 

Mais, à mon avis, que sait-on de le pensée profonde de Pythagore? Je suis persuadé que si on peut le dire de ses successeurs jusqu’à tous ceux qui comme l’explique L. Naccache, occultent le sujet, j’imagine que Pythagore avait une notion du sujet autrement profonde, surtout si comme l’a expliqué Albert Slosman (hommage) dans « la grande hypothèse » il a aussi été grand prêtre en Egypte à Dendérah.

 >>article de mon blog: La grande hypothèse11 partie a) Ce que j’ai vu et compris    https://monblogdereflexions.blogspot.com/2011/04/la-grande-hypothese11-ce-que-jai-vu-et.html#.XQKwXLwzb4b


5) Epilogue (ma lecture).

C’est la confusion entre la connaissance et l’information qui est apparue finalement comme la source profonde du « malaise contemporain » dans lequel nous sommes plongés alors que les Lumières croyaient avoir libéré la connaissance. Les origines de cette confusion remontent pointent effet « vers le désir d’assurer la libre circulation de l’information dans une société qui, au sortir de la Renaissance, était encore aux prises avec les obscurantismes et le cloisonnement du savoir, puis bientôt avec les obstacles de la censure« . Maintenant et de plus en plus, est-ce le résultat d’une science devenue pure objectivité, numérique et soumise à l’internet, mais nous avons fini par oublier nos classiques, c’est à dire que la connaissance repose sur l’infirmation certes, mais elle ne s’y résume pas. La connaissance est une histoire de sujets, de « Je » qui, en vivant cette expérience (de connaissance)  quotidiennement, courent le risque de réviser leurs systèmes de fictions-interprétations-croyances du monde et d’eux-mêmes. Le meilleur de cette aventure de la connaissance, c’est le décryptage et la compréhension de la réalité de cet Univers auquel nous participons comme sujets avec l’adéquation de notre singularité avec la réalité qui nous englobe. C’est la libération des nombreuses formes des discours aliénants qui on habité et habitent encore l’Histoire, c’est aussi et surtout la prise de conscience de ce que signifie un sujet, un « Je » qui est la possibilité de se frotter à l’énigme de la subjectivité. Les objets de ce discours, que nul relativisme n’habite, objets scientifiques, artistiques, sociaux… ne sont pas interchangeables et ils sont précieux. Le pire, évoqué dans mes article 123, que chantaient les mythes et les textes des temps anciens, « mort, folie, hérésie », nous guettent toujours. L’essence de ce « poison vital » qu’est la connaissance peut être identifiée comme une confidence adressée aux sujet que nous sommes, les « Je » qui sont eu-mêmes les produits des systèmes de fictions-interprétations-croyances qui nous habitent (« Je » est une fiction, je suis une fiction). Survire ou périr, tel serait l’enjeu vital ou mortifère de cette singulière expérience? 

Un défi humaniste? Pour répondre à ces risques existentiels terrifiants, passés et présents, on peut continuer à être une fiction, mais une fiction lucide, qui comprend sa richesse et qui ne se prend plus pour quelque chose qu’elle n’est pas et qu’elle ne peut pas être. Ce serait accéder à la seule liberté qui est à sa portée et qui au fond, puise dans le rire de soi la possibilité de persévérer dans l’existence. Le « Je suis une fiction » ne se prendrait plus pour un caillou dont il est possible d’exprimer l’existence en termes de masse, de volume et de position. « Je » n’est pas un caillou, mais une fiction alimentée par l’expérience. Faire de notre vie le récit du sens, ou celui du néanttel est l’enjeu de la connaissance et aussi celui de la visite dans le Pardes que nous avons croisé dans mon article 1 au chapitre 2-2, la visite que chacun d’entre-nous devrait être libre et capable  de faire dans le paradis de la connaissance, ce que nous recommande L. Naccache: connaître et prendre le risque  de disparaître en faisant connaissance avec soi. On pourrait tenter de fuir cette épreuve redoutable et libératrice. Mais serait-ce réellement vivre que de vivre sans essayer de connaître? C’est ce dont parlent les tribulations mythiques des personnages du Néant der Tale dans la dernier partie du livre de L. Naccache pages 199 à 234.

Une bifurcation? Le malaise contemporain que nous vivons aujourd’hui est un moment crucial et inédit de notre relation à la connaissance. C’est un moment instable mais déterminant où tout n’est donc pas déterminé où nous n’avons pas encore perdu connaissance. Nous maîtrisons comme personne avant nous les outils de l’information; nous éprouvons, de même comme personne avant nous les brûlures de la connaissance, d’autant plus que nous n’avons pas cherché à nous en protéger malgré les avertissements. C’est ainsi que nous sommes arrivés à une bifurcation jamais encore rencontrée et nous devons faire un choix.

     -1) Nous pouvons résister à la connaissance, c’est à dire avancer sur la voie de la construction individuelle et collective de remparts à la connaissance et choisir d’utiliser ces outils de la société de la connaissance que nous avons su inventer pour construire l’enfer de la pensée sur Terre par exemple en choisissant des fondamentalismes et un culte de l’information vide de sujets, qui enterrerait notre subjectivité et l’espoir d’une connaissance lucide.Ce serait une « régression prékantienne » d’où sortirait intolérance et violence ou une normalisation de croyances délétère qui supprimerait aussi le sujet.

     -2) Nous pouvons au contraire tourner la tête vers un autre côté de la bifurcation. Ce sera nous lancer dans un autre sentier, inconnu et que L. Naccache nous dit prometteur. Serait-ce de transformer notre société de l’information actuelle, qui se dit, à tort, être une société de la connaissance? Ce serait peut-être faire advenir le rêve de ce qui n’est aujourd’hui qu’une construction onirique et faire le choix de la lucidité, de la liberté et du courage? Ce serait s’avancer vers ce qui pourrait aboutir à un néo-humanisme. L. Naccaché nous fournit des pistes de réflexion l’enseignement des grands principes des « neurosciences de la subjectivité »…et apprendre à connaître la « machine à fictions »  que nous sommes. 

Cependant, un problème subsiste, une minorité d’hommes et de femmes ont la possibilité de choisir cette aventure de la connaissance de la connaissance, donc de la connaissance de soi, minorité qui est demeurée très longtemps une collectivité quasi-exclusivement masculine! Aujourd’hui, bien plus d’individus, de tous sexes, ont accès aux outils de la connaissance, mais on a vu que bien peu ont accès à la connaissance de la connaissance, de la connaissance de soi, car l’objet de la connaissance,objectif de plus en plus quasi-exclusif  occulte dangereusement le sujet (de cette connaissance). Cela semble ainsi ne pas avoir modifié fondamentalement le cours des choses où, travers l’Histoire, cela n’a été toujours qu’une proportion d’individus restreints qui ont eu la possibilité de répondre à cet appel de ce qui fait sens, à cette convocation de la connaissance. C’étaient ceux qui avaient accès aux outils de la connaissance, qui avaient initiés à ses codes, ses langages, ses mémoires écrites et qui pouvaient en conséquence accéder à la culture. Il y a eu celles et ceux qui ont eu la possibilité de vivre une expérience fondatrice d’une relation maître-disciple, qui marque souvent la naissance du sujet à la connaissance, qui ne vivaient pas  sous le joug de sociétés qui diabolisaient les prétendus « excès de la connaissance » ou dans un univers censuré, exemptes de certaines sources importantes su savoir. Et encore dans notre univers de l’information, il y a celles et ceux qui ne portent d’œillères trop serrées, familiales, religieuses et plus récemment idéologiques…Toute cette histoire et ces exemples rappelés par L. Naccache, montrent « ce jeu de contraintes ne se résume pas à une problématique de classe sociale ou socio-culturelle.

Chaque époque est certes libre de choisir ses combats et ses engagements, les utopies qu’elle choisira de transformer en réalité mais il semble que la notre est peut maintenant accéder à une véritable société de la connaissance à condition de ne pas sombrer avant dans le chaos ou le néant. Pour cela, il faut avoir la lucidité de ne pas confondre la fin avec le moyen, l’outil (l’information) avec la connaissance. C’est la promesse, non d »un bonheur certain et aseptisé, d’un meilleur des mondes (que le monde actuel est quasiment devenu?), mais celle de la possibilité, réelle et librement consentie, de vivre les risques et les merveilles de la connaissance. La connaissance pour tous? Non, plutôt pour chacune et chacun! Enfin sortir de la caverne? 

https://www.institut-pandore.com/philosophie/caverne-platon/

La caverne étape 3 accès à la connaissance

https://www.revue3emillenaire.com/component/k2/item/260-connaissance-de-soi.html

liens:

Perdons-nous connaissance? société de la connaissance

http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/115/IMQ.pdf: Miora Mugur Schächter L’Infra mécanique quantique et examen critique du théorème de non localité de Bell

https://www.lepoint.fr/chroniques/et-si-darwin-s-etait-trompe-12-12-2011-1406407_2.php: Et si Darwin s’était trompé…Avec « Dépasser Darwin » (Plon), le grand chercheur Didier Raoult remet en question nos certitudes sur l’évolution. Entretien.

https://www.huffingtonpost.fr/bobby-azarian/neurosciences-la-nouvelle-theorie-de-la-conscience-est-empreinte-de-spiritualite_b_8212678.htmlNeurosciences: la nouvelle théorie de la conscience est empreinte de spiritualitéSCIENCE – Il semblerait que nous entrions dans une période inédite de l’histoire de l’Homme et de la science:  une époque où mesures empiriques et raisonnements déductifs peuvent nous fournir des informations d’ordre spirituel.

https://www.marcluyckx.be/accueilfr« Le changement de civilisation que nous sommes en train de vivre est rapide et profond, car la rationalité moderne, l’approche patriarcale, et le capitalisme industriel ne sont plus capables de formuler une réponse satisfaisante ni au problème de notre survie collective et de celle de l’environnement, ni aux problèmes sociaux et démographiques de notre monde en ce début de xxie siècle. » ses articles: https://www.marcluyckx.be/articles-zbilb

https://www.lateledelilou.com/jocelinmorisson/Internet-peut-il-etre-conscient-Ou-le-materialisme-jusqu-a-l-absurde_a9.html: Internet peut-il être conscient ? Ou le matérialisme jusqu’à l’absurde. Une récente théorie de la conscience retient l’attention parmi les neuroscientifiques. Elle est due à deux grandes figures des neurosciences et s’appelle la Théorie de l’Information Intégrée (TII). Né en Italie, Giulio Tononi est psychiatre et neuroscientifique à l’Université du Wisconsin, et Christof Koch est un neuroscientifique

http://emag.eps-ville-evrard.fr/n2/point-de-vue/dr-gabrielle-arena/internet-espace-d-opacite-ou-de-transparence/Internet espace d’opacité ou de transparence ?

http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1206: Notre identité propre – Un sujet en soi Les neurosciences, le Talmud et la subjectivité par Lionel Naccache

Jean Staune, à propos de la tentation de l’homme dieu de Bertrand Vergely

http://guykarl.canalblog.com/archives/2019/05/07/37317422.html#utm_medium=email&utm_source=notification&utm_campaign=guykarlLa prison du langage, sujet-objet

http://pierrecassounogues.com/: professeur au département de philosophie à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, mon travail concerne les relations entre Imaginaire et Raison, et le problème d’une expression philosophique, qui utilise la fiction pour fonder une perspective spéculative et se donner les moyens d’une critique du contemporain. Dans un livre à venir, syndromes technologiques, j’analyse la façon dont les technologies contemporaines transforment la subjectivité et ce que l’on peut appeler la sphère intérieure, l’expérience en première personne: ce que c’est que d’éprouver quelque chose. Mes publications.

http://www.philipmaulion.com/2018/09/qu-est-ce-que-la-realite-et-le-progres-scientifique.html: Qu’est-ce que la réalité et le progrès scientifique ?

https://www.futura-sciences.com/sciences/videos/monde-il-ecrit-langage-mathematique-6338/#xtor=EPR-55-%5BVIDEO%5D-20190605-%5BVIDEO-Le-monde-est-il-ecrit-en-langage-mathematique–%5D: La nature est un livre écrit en langage mathématique, dont les lettres sont des triangles, des cercles et d’autres figures géométriques, selon Galilée. Certes pratiques et efficaces pour expliquer les phénomènes, les maths ne sont cependant pas toutes puissantes.

article 4) Perdons-nous connaissance? Troisième partie chapitres 1 et 2


article 4) Perdons-nous connaissance?  

Ma lecture du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache:

troisième partie chapitres 1 et 2

bienvenue dans la « société de la connaissance


https://www.agoravox.tv/actualites/societe/article/comment-passer-de-l-information-a-24993

« L’ouvrage passionnant de Lionel Naccache pourrait bien atteindre son objectif et devenir le « manifeste de la connaissance » du 21ème siècle. Un siècle où il va falloir réveiller un peu ces neurones qui se laissent bercer par la houle de l’information. Pour bâtir la société de la connaissance, il va falloir se jeter à l’eau. Ce qui revient à apprendre à nager. Et même plus. Cette eau doit nous pénétrer et nous transformer. A chaque nouvelle connaissance, nous ne sommes plus les mêmes. De quoi frémir de plaisir mais aussi de crainte ».

http://www.centrebethanie.org/2016/09/l-arbre-de-la-connaissance.html

J’écris mon blog pour partager ma soif de connaissances, mes réflexions et mes passions et mes lectures. Dans ces articles, je voudrais partager « ma lecture » du livre de Lionel Naccache  « Perdons-nous connaissance?« . Ecrire ce que je retiens de mes lectures me permet de réfléchir à la compréhension que j’en ai. je mets entre guillemets les passages qui me semblent importants ou qui me frappent. Et par dessus tout je fais des recherches sur internet pour compléter ma lecture avec le maximum de liens que je souhaite responsables, qui permettent aux lecteurs d’approfondir la connaissance du sujet.   

 Je livre ici « ma lecture » du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache: c’est-à-dire perdons-nous le sens de ce qu’est la connaissance (philosophie) alors que nous nous autoproclamons  » société de la connaissance « ? Aujourd’hui, la connaissance ne fait plus peur à personne, alors que depuis trois mille ans notre culture occidentale n’a cessé de la décrire comme vitale et dangereuse. Oui, dangereuse, qui s’en sou-vient encore? Cette rupture avec notre héritage constitue-t-elle un progrès ou une régression, une chute ou une ascension? La Mythologie et la Neurologie, sources de « connaissance de la connaissance », nous offriront de précieuses clés pour résoudre ce paradoxe inédit dans l’histoire de la pensée ». 

1) Préambule: Pourquoi cette question « Perdons-nos connaissance? » alors que nous avons cette merveilleuse faculté qui nous semble aller de soi, la capacité de connaître ce que nous ne connaissions pas encore à l’instant qui précédait. Notre société s’autoproclame en effet « société de la connaissance » comme elle ne l’avait jamais fait auparavant. Et pourtant, depuis les origines de notre culture, la connaissance est représentée comme un danger, un « poison vital ». Elle serait porteuse d’un certain danger existentiel qui a imprégné notre culture depuis plus de 3 000 ans jusqu’à l’époque moderne avec le siècle des Lumières que Bertrand Vergely a appelées « obscures Lumières« , et dont j’ai présenté ma lecture dans l’article de mon blog. Ce danger multi-millénaire s’est exprimé dans trois grands mythes qui ont façonné notre civilisation. 

Un rapide résumé de mes précédents articles:

Dans l’article 1, nous avons vu: Chapitre 11-1) Adam et Ève face à l’arbre de la connaissance. 1-2) Le tragique destin d’Icare1-3) L’allégorie de la caverne de Platon. 1-4) La figure de Faust.

Chapitre 2: 2-1) La connaissance menace Athènes l’éternelle2-1-1) I comme Icareretenons que Icare vient de nous enseigner que connaître sans limites est une démesure  condamnable et dangereuse. Cette menace ainsi stigmatisée semble engager l’individu dans son rapport personnel et solitaire avec la connaissance. 2-1-2) L’homme qui en savait trop. Pour Platon et Socrate, l’homme de connaissance serait l’inévitable victime de la violence du groupe qui l’entoure. Icare nous montrait les risques du rapport de l’individu face à la connaissance. Ici, Platon nous indique que l’homme qui connaît est également vécu comme une menace par ses congénères et que cette menace conduit à la disparition inéluctable de celui qui connaît, incapable de transmettre son savoir. Cela conduit à la préservation de l’ignorance, le fondement et la garantie de d’une certaine forme de paix ou de confort social. 

2-2) La connaissance menace Jérusalem: 2-2-1) Du paradis perdu au Pardes retrouvé. Le Pardès (Kabbale) « est un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. Ce terme est tiré d’une anecdote philosophique et mystique qui trouve une explication dans le Pardes Rimonim du Rav Moshe Cordovero. Celui-ci prend l’image de quatre rabbis (Elisha ben Abouya, [Rabbi] Shimon ben Azzaï, [Rabbi] Shimon ben Zoma et rabbi Akiva) pénétrant un verger mais dont les « niveaux » respectifs de pénétration du sens des Écritures ne sont pas équivalent. 2-2-2) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance 2-2-3) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance suite: le cas de rabbi Akiva -La connaissance? Une vraie boucherie! ConclusionA ses amis qui lui recommandaient de de se protéger et de suspendre l’enseignement de ses connaissances à la jeunesse de Jérusalem, Rabbi Avika répondait par une parabole: « Un renard, voyant un poisson se débattre pour échapper aux filets des pêcheurs, lui dit « Poisson, mon ami, ne viendrais-tu pas vivre avec moi sur la terre ferme? » Le poisson lui répond: « Renard, on te dit le plus sage, mais en réalité, tu es le sot des animaux. Si vivre dans l’eau qui est mon élément m’est difficile, que crois-tu qu’il en serait sur la terre? » Ce que l’eau est au poisson, la Torah l’est à Akiva. La connaissance semble ici prendre l’aspect de ce « poison vital ». N’y a t-il pas ici une impression de déjà-vu? Les allégories sur la connaissance s’avèrent d’une troublante convergence entre Athènes (aux chapitres 2-1-1 avec Icare et chapitre 2-1-2 avec Platon et Socrate) et Jérusalem. Le mythe d’Icare se rapproche des dangers d’une trop grande proximité de l’individu avec la connaissance à laquelle répondent les sombres péripéties de Ben Azaï, Ben Zoma et A’her dans le jardin du Pardès et celles d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden. Par contre, à l’allégorie platonicienne de la caverne, qui, comme  on l’a vu, représente la violence du groupe social à l’encontre de ceux qui répandent leur connaissance « corrosive pour la jeunesse » comme Socrate, répond le tragique destin de Rabbi Akiva, qui ne cessa pas, ce que Tumus Rufus lui fit payer très cher, de « corrompre la jeunesse de Jérusalem« . On voit donc avec Lionel Naccache que ce n’est pas seulement dans les histoires que la connaissance tue !

Avec mon mon article 2 nous avons vu comment après la Grèce et Jérusalem, la connaissance menace outre-Rhin avec Johann Georg Sabellicus Alias Docteur Faust.

Quelle que soit la version exacte du mythe, Sybellicus, alias Faust, n’avait certainement qu’à s’en prendre à lui-même. Il était fin lettré, alors n’aurait-t-il pas pu ou dû relire la mythologie grecque et les récits allégoriques de la Bible et du Talmud, ou même faire attention aux best-sellers médiévaux se demande L. Naccache? En particulier, le Manuel des Inquisiteurs n’expliquait-il pas, sans aucune équivoque possible, « qu »il ne faut point savoir plus que de mesure, il ne faut ni trop savoir, ni s’abrutir. Par conséquent, nous ne devons pas en savoir plus qu’il ne faut. » C’est probablement le pont le plus précieux qui nous permet d’établir une continuité directe entre les considérations plus antiques que nous avons examinées sur le pouvoir mortifère de la connaissance et notre époque actuelle. Dans la version moderne, Thomas Mann, l’une des figures les plus éminentes de la littérature européenne de la première moitié du xxe siècle, qui est considéré comme un grand écrivain moderne de la décadence, nous présente le Doktor Faustus (Adrian Leverkhün), dont l’existence sera marquée par l’audace (Khün en allemand) et qui, comme Nietzsche, braverait la folie. A la fin du récit, il est victime de son propre désenchantement, qu’il pousse dans un cri ultime dans « le chant de douleur du Docteur Faustus ». Il est victime de sa croyance en un ordre caché de la musique et de la connaissance, qui vont le conduire à la plus horrible des découvertes: le néant, l’absence de signification du monde et de nous-mêmes. « Lorsque son neveu adoré, l’adorable Nepomuk, « dernier amour de sa vie », meurt d’une méningite cérébro-spinale foudroyante dans d’horribles souffrances, Leverkhün atteint l’étape ultime de son voyage. Le monde est un non-sens. Tel est l’ultime cadeau de la connaissance. Il peut alors mourir dément, atteint de paralysie générale… »

J »ai terminé et conclu « ma lecture » de cette première partie du livre (que j’ai exprimée dans ces articles 1 et 2) par le chapitre 2 de l’article 2 : « Des mythes à la réalité ou l’art de la mauvaise solution ».

-Dans l’antiquité le cloisonnement était « la mauvaise solution » antique au problème de la connaissance.

Au moyen-âge, l’Europe a fait un autre choix. Sa « mauvaise solution » fut celle d’un obscurantisme religieux fondé sur la peur, peur de la mort et de l’enfer, la dichotomie bien-mal et sur le mécanisme de rédemption par la soumission à un discours religieux qui a stérilisé la pensée pour les masses incultes. 

La révolution des Lumières s’oppose à l’obscurantisme médiéval (« ? ») et aboutit à la tentative de débarrasser la connaissance des barrières que les périodes précédentes avaient avaient érigées. -Enfin, nous rencontrons les idéologies du XXè siècle marquées par deux régressions majeures, le nazisme et le communisme où la connaissance devient totalement asservie à l’idéologie et aux objectifs militaires, politiques, raciaux, sociaux de ces régimes. 

-Finalement, mythes et réalité, même combat, même message: pendant plus de 3000 ans, la connaissance a été vécue comme un poison vital mais, désormais nulle menace à connaître ne semble plus habiter les discours dominants de nos sociétés, la connaissance ne poserait plus aucun problème au contraire? Vraiment?

-Ou bien… Il faudrait plutôt considérer l’autre hypothèse: la connaissance aurait conservé l’essentiel de ses menaces. Elle serait toujours mortifère, pour l’individu, pour le groupe social et pour le couple. Si tel est le cas, il faudrait alors expliquer pourquoi notre discours actuel ne contient aucun signal d’alarme ni aune zone d’ombre. Serions-nous capables de nous autoproclamer « sociétés de la connaissance » sans nous mettre en garde contre ses effets nocifs? Ce serait sans aucun doute tenir un discours « bonasse » inspiré de la méthode Coué, sans nous rendre compte de son inadéquation au réel de son caractère profondément erroné.

-Alors, comment procéder pour avancer? 

mon article 3 a été axé sur La dimension fabulatrice de notre activité mentale. Pour prendre conscience de cette couche de fiction, une première voie peut nous y aider, la réflexion philosophique. Avec Kant, on commence par distinguer le « phénomène » et le « noumène« . Cette voie est empruntée par les courants de la phénoménologie, avec par exemple la conscience selon Husserl ou LévinasUne seconde voie est celle de la neuropsychologie La réflexion philosophique peut nous y aider. Dans un ouvrage précédent, le nouvel inconscientLionel Naccache « nous invite […] à une nouvelle odyssée, placée sous les auspices des neurosciences de l’esprit. C’est une découverte récente de la neuropsychologie que l’on pourrait appeler avec Nancy Hustonla dimension « fabulatrice » de notre activité mentaleEn effet, notre perception consciente ne se déroule pas en deux temps comme semble l’indiquer le site scienceseravenir.frLétude de malades neurologiques a joué un rôle fondamental avec la description des sanyètes qui dévoilent et mettent en évidence les fictions-interprétations-croyances qui sont beaucoup plus difficiles à déceler chez des individus qui n’ont pas ces lésions cérébrales. Ces exemples tirés de la clinique permettent de proposer une définition de l’acte de connaissance. Cet acte met en scène trois unités, le sujet X tel qu’il était et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y, cet objet Y tel qu’il existe dans le monde extérieur au sujet et enfin le sujet X’, le sujet tel qu’il est devenu après avoir assimilé l’objet Y. Au chapitre 2, nous avons vu que nous interprétons et nous croyons, donc « nous sommes ». Mais quel lien cela a t-il avec la connaissance, le sujet de départ du livre? En philosophie, « la connaissance est l’état de celui qui connaît ou sait quelque chose. Elle implique le sujet, rouage essentiels de la condition humaine auquel ce détour neurologique permet d’accéder. Nous sommes des êtres pétris de fictions et de croyances. Dès que nous prenons conscience d’une information, que nous faisons connaissance avec elle en prenant connaissance d’elle, nous l’interprétons et l’incorporons dans des constructions fictionnelles. C’est la couche des représentations évoquée par Kant et Husserl. Nous sommes des êtres pétris de fictions et de croyances. Dès que nous prenons conscience d’une information, que nous faisons connaissance avec elle en prenant connaissance, nous l’interprétons et l’incorporons dans des constructions fictionnelles. Donc toute réflexion sur la connaissance et sur le sujet qui en est l’acteur, doit prendre en compte cette dimension de la fiction dans laquelle s’enracine notre subjectivité. Pas de connaissance sans sujet, donc sans système de fictions-interprétations-croyances!

2) Bienvenue dans la « société de la connaissance ».

C’est ainsi que débute la troisième partie du livre de Lionel Naccache:

Troisième partie

MALAISE CONTEMPORAIN DANS LA CONNAISSANCE

CHAPITRE PREMIER – Bienvenue dans la « société de la connaissance

      2-1) Introduction. Le paradoxe de la société de la connaissance et de ses brûlures.

Nous venons de voir dans le chapitre 3-1) de mon article 3) que

L’acte de connaître met en scène trois entités:-le sujet X tel qu’il existait et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y-L’objet Y qui est le support de cet acte de connaissance.-Le sujet X’ qui est le sujet ayant absorbé l’objet Y, c’est à dire le sujet ayant mis à jour ses représentations mentales à la lumière des nouvelles connaissances acquises. 

Et Lionel Naccache ajoute: « Nous disposons d’une réponse claire et tranchée à la question de l’actualité des menaces de la connaissance. Plus encore, nous avons proposé une explicitation de l’essence même de ces menaces, d’où il ressort que, telles les deux faces d’une médaille, la connaissance nous expose à certaines menaces du fait même qu’elle nous offre dans le même temps la possibilité unique d’enrichir notre identité ».

Alors que l’actualité en ce début 2019 pose de plus en plus de questionnements, ma lecture du livre va maintenant porter sur notre rapport actuel à la connaissance qui constitue encore une énigme, car, si la connaissance constitue un danger existentiel constitutif de son essence, pourquoi et comment sommes-nous devenus les premières générations de l’histoire de a culture occidentale à ne plus prendre conscience de la menace que représente la connaissance, alors que l’avenir de l’humanité semble menacé? Pourquoi et comment cette composante qui était présente à nos côtés depuis les récits bibliques et mythologiques antiques a t-elle disparu de notre discours contemporain? Sommes-nous devenus aveugles et insensibles? C’est que les « mauvaises solutions » imaginées au fil des siècles, que nous avons évoquées, ont perdu leur attrait et leur puissance, et sont aujourd’hui explicitement condamnées par les sociétés occidentales, même si certaines resurgissent trop souvent. Nous avons vu que c’étaient le cloisonnement de la connaissance, l’obscurantisme religieux, la censure politique ou la manipulation idéologique des esprits. Et maintenant nous faisons l’apologie de la connaissance comme jamais nulle société humaine ne semble l’avoir fait! Existerait-il une « mauvaise solution » contemporaine ainsi qu’un lien entre toutes ces « mauvaises solutions »? Nous allons maintenant essayer de découvrir, ce

 MALAISE CONTEMPORAIN DANS LA CONNAISSANCE.

Nous vivons en effet un malaise inédit dans l’histoire de notre culture occidentale, qui se manifeste par un paradoxe entre d’une part un discours apologétique et univoque sur la connaissance (« nous sommes une société de la connaissance!« ) et d’autre part, la constatation que partout la connaissance continue de nous infliger les multiples brûlures dans chacun de ses champs d’action (brûlures de la connaissance amoureuse, familiale ou médicale, de la connaissance sociale ou médiatique et encore et toujours, brûlures de la connaissance scientifique qui continue à déstabiliser nombre de croyances individuelles et collectives très profondes). 
La stratégie de Lisbonne en 2000: 
 L’objectif de cette stratégie fixé par le Conseil européen de Lisbonne est de faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale1 » […] À mi-parcours, en 2004–2005, l’analyse de la stratégie de Lisbonne a montré que celle-ci avait été jusqu’alors un échec parce que les États membres n’ont pas tenu leurs engagements pris selon la méthode ouverte de coordination, non contraignante. La stratégie a été recentrée en 2005 sur la croissance économique et l’augmentation de l’emploi. » Elle semble avoir échoué , mais adopté en juin 2010, surgit le nouveau projet, avec trois axes de la stratégie Europe 2020 visant une « croissance intelligente, durable et inclusive », est organisé autour de trois axes: l’innovation, l’accroissement du taux d’emploi, la durabilité de la croissance.

Apparemment, en ce mois de mars 2019, le renouveau n’est pas au rendez-vous.(Krach mondial : le fiasco de l’euro va faire mal). Pourtant, en France, jamais les citoyens français n’ont été aussi diplômés, ni l’âge d’entrée sur le marché du travail n’a été si tardif ni le nombre d’années d’étude aussi élevé qu’il ne l’est aujourd’hui. Les partis politiques eux-mêmes ont affiché le rôle majeur et vital de la connaissance (*le texte de la convention UMP d’octobre 2006 –Société de la connaissance : la nouvelle frontière, *le parti socialiste défend en 2008 l’idée d’une société de la connaissance ouverte, *et le PCF « Vers une société de la connaissance partagée« . L’Institut d’Etudes Européennes de ULB a dédié l’année 2018/2019 à l’Europe de la Connaissance.

Ainsi, « nous sommes la société de la connaissance« . chacun d’entre nous,« Diderot » en puissance, est invité à déposer sa contribution dans cette oeuvre collective qui va de wikipedia au site Gallica de la Bibliothèque nationale. Plus de deux siècles après les Lumières, notre époque confirme son non au cloisonnement, non à l’obscurantisme, non aux censures de toutes sortes. On assiste à l’explosion des supports et des formes de média, papier ou TV, radio, web… avec une multiplicité des horizons et des modalités de transmission et d’échange d’informations dans les temples modernes du savoir où sont célébrées leurs grands-messes (les « cités de la réussites« , l’Université de tous les savoirs« , l’UIP…). Mais on constate de plus en plus que personne ne semble plus faire mention de « menaces ou de risques » propres à la connaissance, bien au contraire, même si on constate des « fractures dans la société de la connaissance« , et qui laisse apparaître également de nouvelles inégalités,.selon la revue Hermes. Mais ici encore, on ne fait pas mention que le risque soit dans le fait de connaître, comme cela était présent à nos côtés depuis les récits bibliques et mythologiques antiques. Nous sommes dans une société de la connaissance, terme qui est réapparu récemment en subissant une double réduction de cette économie du savoir qui apparaissait dans les années 1990 et confirmée par la stratégie de Lisbonne en 2000. Mais quelles valeurs associons-nous à cette devise moderne? 

     2-3) Comment est née cette « société de la connaissance« ?

L’expression « société de la connaissance » succède à celle de « société de l’information« , que la sociologue Daniel Bell introduisit pour la première fois, dans les années 1970, dans un ouvrage intitulé « vers la société postindustrielle« . On assiste à la valorisation de ce ce qui permet la maîtrise de l’information et des connaissances théoriques avec un rejet des discours idéologiques qui deviendraient superflus. Comme l’explique le livre de Jean Staune « les clés du futur » au  CHAPITRE  9 (MODERNITE, POST-MODERNITE ET TRANS-MODERNITE, la modernité est morte mais elle ne le sait pas encore. Ce ne sont ni les outils industriels, ni les croyances idéologiques qui primeront dans cette nouvelle économie disait Daniel Bell, mais les services fondés sur la connaissance, où l’information deviendrait une valeur suprême. Il Faudra attendre 1990, note Sally Burch, pour que cette conception visionnaire trouve un écho important (voir le livre Enjeux de Mots). Cela correspond au développement d’internet et des technologies de l’information et et à la fin de la guerre froide et à l’effondrement du bloc soviétique. Cette notion est alors mise à l’ordre du jour du G7 puis du G8 et intéresse la Communauté européenne, l’OCDE, l’ONU…D’autres variantes sont proposées comme la « société en réseaux » de Manuel Castells ou la « société de l’intelligence » proposés par André Gorz.
En parallèle avec ce concept, apparaît le terme et le concept de « société de la connaissance« , pierre angulaire de la « société du savoir », dans des milieux universitaires Américains, expression adoptée par Abdul Waheed Khan (
Sous-Directeur général pour la communication et l’information de l’UNESCO de 2001 à 2010). Sally Burch insiste: « Alors que je considère que le concept de « société de l’information » est lié à l’idée d’innovations technologiques, le concept de « sociétés du savoir » inclut une dimension de transformation sociale, culturelle, économique, politique et institutionnelle, ainsi qu’une perspective plus pluraliste et développementale . À mon sens, le concept de « sociétés du savoir » est préférable à celui de « société de l’information » car il rend mieux compte de la complexité et du dynamisme des changements en cours. (…) les connaissances en question sont importantes non seulement pour la croissance économique, mais également pour l’autonomisation et le développement de tous les secteurs de la société.”  Mais c’est la « société de l’information », qui est la véritable révolution sociétale, car, sans la révolution technologique et la ruine idéologique qui ont donné naissance à la société de l’information, une société de la connaissance n’aurait pas pu être proclamée. Mais alors, qu’est-ce qui distingue  les deux? C’est, comme nous l’avons déjà vu, la prise en compte du sujet. L’expérience de la connaissance est la relation d’un sujet, avec ses croyances, son identité, avec des données, des objets, c’est un jeu d’informations extérieures au contenu de sa conscience. On sait que c’est ce qui a donné naissance à la  phénoménologie husserlienne pour laquelle la conscience est par nature intentionnelle: elle ne peut pas être isolée de l’objet qu’elle vise. Elle n’est pas intransitive, on est toujours conscient de quelque chose, d’un contenu auquel on n’accède que qu’à travers une relation subjective avec l’objet. Il existe certes, mais seulement par le truchement de notre subjectivité. Il est illusoire d’exclure celle-ci de l’expérience subjective d’une définition de la connaissance qui se concentrerait exclusivement autour des objets du savoir (des informations visées par le sujet). Une société de l’information n’est pas une société de la connaissance.

    2-4) Le paradoxe de la transparence.
Toutes les informations renferment intrinsèquement une certaine quantité de données objectives, quelque soit leur contenu précis, qu’on y accède ou non et cela n’affecte en rien leur contenu propre. Cette valeur informationnelle intrinsèque ne dépend donc pas du sujet. Il devient donc logique et légitime, pour une société de l’information de se placer sous le principe de « l’absolue transparence ». 

Mais, attention! Ainsi définie, cette société fait abstraction des sujets que nous sommes, avec nos systèmes de fictions-interprétations-croyances respectives. Nous sommes ainsi soumis à un « grand écart » souvent douloureux, entre les aspirations de la société de consommation et sa nécessité de transparence la plus totale et les nombreux motifs de résistance de notre psychisme qui est orienté, sinon gouverné par la stabilité de nos croyances subjectives. C’est cette tension qui est à l’origine de notre discours ambivalent et paradoxal vis à vis de la transparence. Notre tension entre l’apologie quasi illimitée de la transparence et les brûlures qu’elle occasionne quotidiennement se manifeste dans le « malaise contemporain dans la connaissance » qui apparaît  dans le titre de ce chapitre 2. Nous savons qu’au cours de l’histoire, l’absence de transparence dans les vies affectives, sociales, politiques et économiques a servi à protéger des intérêts corrompus, des inégalités masquées ou de nombreuses forfaitures L’opacité côtoyait la censure. Mais aujourd’hui la transparence est devenue la règle, que ce soit dans la sphère publique, dans les opérations financières, dans les prises de décision politiques, localement ou au niveau national. On filme tout, jusqu’au conseil des ministres sans que cela choque, bien au contraire. Mais c’est dans la sphère privée la transparence devient une exigence de plus en plus importante. Nous exigeons de pouvoir tout voir, sans aucune censure: transparence des salaires, des biens des personnes publiques, des histoires de famille, des origines, des adoptions, des dons de sperme…du couple et de l’alcôve et évidemment transparence médicale absolue. La technologie permet maintenant de tout voir, partout, ce qui se passe chez autrui, dans l’intimité et chacun peut devenir un spectacle de voyeurisme télévisuel où nous avons l’illusion de voir la « vraie vie », de « vraies personnes », une télé-réalité où se confondent réel et virtuel. Ceci est accentué par les innombrables caméras de surveillance, qu’elles soient dans les rues et tout notre environnement immédiat ou non, orientées vers les autres ou bien nous-mêmes. C’est une levée généralisée de tous les secrets, propre à notre société contemporaine. L‘émergence de ce désir de transparence, contrairement à de nombreux pays, n’a pas été développé et mis en pratique à l’issue d’une longue période de dictature comme l’avait été l’URSS.en 1985, sous le signe de la glasnost (ce qui veut littéralement dire « transparence »). Pourtant, celle-ci nous taraude comme comme elle ne l’avait jamais fait encore alors que nous avons maintenant toutes les facilités techniques pour la mettre en oeuvre. Elle n’est pas sortie de rien comme nous le voyons au cours de la lecture du livre de Lionel Naccache, mais son apologie sans faille à laquelle nous attachons une grande importance est un peu paradoxale, car dans la même temps, nous vivons tous les jours, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, les conséquences parfois brûlantes et douloureuses de cette transparence. Notre résistance à la transparence se joue quotidiennement depuis les sphères immédiates et sensibles jusqu’aux plus abstraites. 

On peut noter que l’essai de Pierre Levy Soussanl’éloge du secret figure parmi les critiques du discours apologétique contemporain autour de la transparence (voir Le secret est indispensable et l’illusion, vitale et philosophie-spiritualite.com/cours/echange4.htm: la transparence et le secret par Serge Carfantan)


3) Les brûlures de la transparence (pedagopsy.eu/livre_perdre_connaissance.html chapitre 2)

Nous venons de constater au chapitre précédent que la société de la connaissance à laquelle nous nous identifions ressemble plus à une société de l’information. Nous avons vu aussi en 2-1) que, selon le modèle du triptyque de la connaissance, « l‘acte de connaître met en scène trois entités: -le sujet X tel qu’il existait et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y -L’objet Y qui est le support de cet acte de connaissance. -Le sujet X’ qui est le sujet ayant absorbé l’objet Y, c’est à dire le sujet ayant mis à jour ses représentations mentales à la lumière des nouvelles connaissances acquises ». Une société de l’information se préoccupe presque exclusivement de d’assurer la libre circulation, la diffusion et l’échange des Y, sans considération majeure pour les sujets X qui pourtant en sont les citoyens. Dans une telle société, « Y-orientée » vers l’objet, l’absolue transparence de l’information doit devenir un principe incontournable sans que nulle menace ne puisse y être associée. C’est bien ce que claironnent à l’unisson les institutions et organismes qui règlent notre vie politique et les médias bien-pensantes de l’opinion dominante. Mais la connaissance ne devrait pas se limiter à cette circulation des informations. Elle doit incorporer la manière dont le sujet est affecté dans son système de fictions-interprétations-croyances par ces informations. De ce point de vue, l’expérience de la connaissance est toujours susceptible de menace, comme par le passé (voir mes articles 123), menace du sujet dans son identité. 

     3-1) Pour vérifier cette prédiction, Lionel Naccache recherche des situations qui nous révéleraient la manière dont des sujets peuvent être mis à l’épreuve, voire brûlés dans leur chair par la transparence de l’information. Ces « situations limites » vont jouer un rôle comparable à celui des malades neurologiques que nous avons vu avec mon article 3 au chapitre 1 (1-2) Neuroscience-fiction) et au chapitre 2 (Nous interprétons et nous croyons, donc nous sommes). En même temps qu’elles sous-tendent chacune de nos expériences de sujets conscients, elles nous montrent comment nous sommes inévitablement affectés par les informations que nous recevons même si nous ne sommes pas brûlés. Seulement, il est facile de s’en rendre compte quand ça brûle. Pour les décrire, on peut partir du centre qui constitue notre identité propre en traçant des cercles qui incluent nos relations les plus intimes en gagnant de proches les relations les plus éloignées voire celles  qui nous sont inconnues. Un des premiers cercles est celui des brûlures de la transparence du sentiment amoureux. En embrasant et consumant notre existence, il peut ne laisser que des cendres dans un horizon de désespoir et de non-sens. Dans un second cercle, les secrets de famille peuvent nous exposer au péril d’énigmes dépourvues de solutions; savoir ou ne pas savoir? L’écheveau est presque indémêlable entre dans une histoire familiale qui utilise presque indistinctement le réel des fils de l’événement factuel et tranché et le récit imaginaire qui s’affranchit de la réalité, intègre et raconte une autre réalité, psychique, qui ne se superpose pas à la précédente. C’est un impitoyable et explosif écheveau pour celui qui, dans la confusion, saisit le fil du fantasme en déclarant la mise au jour d’un événement caché et alors, boum! Mais ne pas chercher à savoir peut soumettre le fonctionnement de la cellule familiale à un lent et inexorable processus de déflagration silencieuse. Un troisième cercle est celui des secrets d’esculape. Il concerne les secrets du diagnostic et du pronostic médical (Transparence en médecine, quels enjeux?). Savoir? Dénier? Ne pas vouloir savoir ou ne plus vouloir savoir? Demander à savoir tout en implorant en fait de demeurer dans l’ignorance? La loi sur la transparence de l’information médicale enfin en vigueur ! Les souffrances de la transparence sont de plus en plus identifiées et leur prise en compte officielle s’inscrit jusque dans les programmes du concours de l’internat (ECN).Que le malade (ou ses proches dans certaines conditions) ait le droit de savoir (ou de ne pas savoir) est un droit fondamental et une exigence éthique. Puis, au-delà de ces trois cercles, on trouve les cercles de l’information, démesurément allongés par le truchement des médias. La transparence devient telle qu’on croit pouvoir savoir (en toute innocence précise L. Naccache) ce qui se passe dans un fait divers, dans un conflit ou un événement international, dans les arcanes de la prise de décision politique. On s’imagine que les secrets de la raison d’état n’auraient plus de raison d’être. Pourtant, à l’heure de la prétendue parfaite transparence, il n’est pas difficile de constater que l’accès à certaines informations dites « sensibles » demeure extrêmement problématique, ceci en parfaite contradiction avec le discours de façade des institutions qui ne cessent pas de condamner toute forme de censure et de louer les bienfaits de la transparence absolue. Il n’est qu’à citer l’exemple de ce président de la République qui institua le droit des citoyens à connaître la santé de leur dirigeant quelques mois avant de s’apprendre atteint d’un cancer durant plus d’une dizaine d’années. (forme de censure qui vise à protéger cyniquement le pouvoir plutôt que la protection des citoyens-sujets qui en font les frais, contre une brûlure de la transparence). Cette forme d’occultation vise également à une autre fonction: la préservation du confort de nos croyances; c’est à dire ne pas informer les sujets que nous sommes de la réalité tout en prétendant le faire, ce qui permet de demeurer entourés de nos fictions familières. Mais de plus en plus, la violence est exposée et décortiquée de façon exhibitionniste dans les média et nous sommes soumis  des flots d’anxiété de confusion  et d’interrogation (qui confinent souvent à la psychose) dans les informations en temps réel au plus près de ce qui est présenté comme la réalité et la vérité, même si ce n’est pas dans ces actions seules que les situations peuvent être expliquées et comprises. L’information devient de plus en plus manipulée par l’utilisation de l’émotion qui occulte souvent le sens critique, le discernement et l’analyse. On est alors confronté à l’ineptie d’un discours décomplexé, béat ou cynique à propos de l’évidence et de l’innocuité prétendue de la « transparence » dans nos sociétés.

      3-2-1 Première situation présentée par Lionel Naccache: le jeune B. est-il conscient? voir pages 132 à 135.

C’est l’histoire d’un jeune homme de 20 ans victime d’un grave traumatisme crânien suite à un accident de motocyclette et qui tombe dans un profond coma. Deux ans plus tard B. est toujours dans le même état. Son cœur bat normalement, il respire seul sans respirateur artificiel, il est nourri par sonde gastrique. Ses parents avaient perdu en quelques années leurs deux premiers enfants et B. est leur petit dernier. Il est vivant, mais est-il conscient? Les parents veulent savoir. Continue-t-il à faire l’expérience d’une vie mentale à leur insu? Continue-t-il à penser et à ressentir leur présence? La transparence est vitale, et L. Nacache, qui a été confronté à des cas comme celui-ci, se bat pour être capable de la proposer aux familles et aux équipes soignantes, mais ne la considère pas comme inoffensive, au contraire. En effet, si B. est dans un état végétatif et si les mots prononcés et les caresses prodiguées par sa mère (et dont elle espère beaucoup) lors de ses visites quotidiennes ne sont pas consciemment ressenties par B., est-il si évident de communiquer le résultat de l’examen clinique approfondi et l’enregistrement des réponses électriques de son cerveau et d’en informer les parents et surtout la mère qui semble persuadée qu’il est conscient, se demande Lionel Naccache? (son équipe de recherche participe, avec d’autres, à la mise au point de nouveaux tests neuropsychologiques qui permettent de détecter un fonctionnement conscient en observant l’activité du cerveau et sans dépendre des réponses verbales et comportementales du malade)   voir https://www.pnas.org/content/106/5/1672 et  http://sfnrcongres.net/archivesite/www/2015/pdf/presentations2015/Vendredi-10-Avril/AUDITORIUM/15h00-Rohaut.pdf). 

Cette situation extrême met en évidence le fait que la connaissance est avant tout l’affaire des sujets qui en font l’expérience. Et face à des situations comparables qui vient d’être décrite, les réactions des sujets sont très variables et parfois imprévisibles. Si nous en revenons au cadre théorique (voir chapitre 2-1) « l‘acte de connaître met en scène trois entités: -le sujet X tel qu’il existait et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y -L’objet Y qui est le support de cet acte de connaissance. -Le sujet X’ qui est le sujet ayant absorbé l’objet Y, c’est à dire le sujet ayant mis à jour ses représentations mentales à la lumière des nouvelles connaissances acquises »), nous pouvons réaliser que ces cas limites de confrontation avec la souffrance ressentie pour un être proche donnent la démonstration qu’une même information, qui peut être tragique, ne conduit pas à une expérience similaire pour tous les sujets « X » qui la reçoivent. Les connaissances ne sont pas échangeables. L’expérience de chacun se distingue de celles des autres. Connaître l’objet « Y » dépend ici du sujet « X » et parle de la connaissance de « Y » sans prendre en compte qui est « X » est une absurdité. Dans des situations médicales difficiles, l’existence des schémas de fictions-interprétations-croyances ne ne sont pas des concepts abstraits ou des conjectures hasardeuses, mais des évidences qui peuvent se manifester avec violence dans nos réalités tangibles. Cela est moins apparent dans d’autres moments de nos existences, mais notre mode de fonctionnement n’y est pas radicalement différent. Dans cette forme de transparence, l’annonce diagnostique est un moment crucial de la prise en charge d’un malade, moment fondateur à la fois du vécu de sa maladie, et de la qualité de confiance établie avec son médecin. Lionel Naccache nous dit qu’il n’applique en aucun cas une recette ou un protocole codifié. Cette annonce, ou cette non-annonce, avec toutes les formes de discours intermédiaires, résulte de la prise en compte de qui sont ces « X » qui lui font face et dépend de leurs attentes. Un autre cas, encore plus délicat et complexe, et qui défraye la chronique en mai 2019, et celui de Vincent Lambert et de son coup de théâtreLa cour d’appel de Paris « ordonne à l’Etat français (…) de prendre toutes mesures aux fins de faire respecter les mesures provisoires demandées par le Comité international des droits des personnes handicapées le 3 mai 2019 tendant au maintien de l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert. Ce cas, ultra médiatisé provoque la passion, et le déchirement des familles. C’est un débat de société, qui ré-ouvre le débat sur l’euthanasie et divise alors la société. Il semble être, dans le cadre des « lois éthiques » et de l’éthique publique; un défi pour le droit. Ne nous trouvons nous pas dans la vision que propose Jean Staune (voir aussi Staune) dans « explorateurs de l »invisible« , et « les clés du futur » avec l’extraordinaire mutation que connait notre époque et ses 5 révolutions –scientifique, technologique, managériale, économique, sociétale– qui bouleversent tous nos repères traditionnels? On rejoint aussi la question des indécidables et des conséquences du théorème d’incomplétude de Gödel. 

 [Il n’y a rien de plus rationnel, de plus logique, de plus formel qu’une démonstration mathématique. Alors, comment une démonstration mathématique pourrait-elle faire éclater « le paradigme même de la rationalité? » En démontrant de l’intérieur des mathématiques les limites des mathématiques; en démontrant logiquement les limites de la logique! C’est le paradoxe du barbier qui permet d’appréhender cette limite que le théorème de Gödel a formalisée ( S’il se rase lui-même, alors il ne respecte pas son enseigne: il raserait quelqu’un qui se rase lui-même. S’il ne se rase pas lui-même, alors son enseigne ment: de ce fait, il ne raserait pas tous les hommes du village). C’est aussi le cas du paradoxe du bibliothécaire. Pour classer « tous les livres » en deux catégories, on peut décider de faire une pile avec les ouvrages qui contiennent une référence à eux-mêmes (comme voir page x du même ouvrage). L’autre pile sera constituée d’ouvrages qui, comme souvent dans la plupart des romans, ne font jamais référence à eux-mêmes dans le corps de leur texte. On met alors chaque livre dans une pile ou l’autre, mais on  obtient alors deux nouveaux ouvrages, la catalogue (1) des livres qui se citent eux-mêmes et le catalogue (2) de ceux qui ne se citent pas eux-mêmes. Maintenant, prenons le catalogue (2): où le mettre? A priori , on le met dans la catégorie ((2) puisqu’il est pour l’instant un ouvrage qui ne se cite pas lui-même. Mais si on veut qu’il soit complet, il faut inscrire dans la liste des ouvrages qu’il contient sont propre titre: « catalogue des ouvrages qui ne se citent pas eux-mêmes ».  Mais voilà qu’il fait alors une référence à lui-même, puisqu’il contient son propre titre! Or ce catalogue ne peut contenir que les ouvrages qui ne font pas référence à eux-mêmes. Peut-on le retirer de cette liste pour le mettre dans l’autre, celle des ouvrages qui se citent eux-mêmes? Non, car si nous retirons son propre titre (« catalogue des ouvrages qui ne se citent pas eux-mêmes », il ne contient plus de référence à lui-même et on ne peut le mettre dans le « catalogue des ouvrages qui contiennent une référence à eux-mêmes », puisque nous venons de retirer cette référence! 

     C’est comme une boucle sans fin et il n’y a pas de réponse à la question « où mettons-nous le catalogue des ouvrages qui ne se citent pas eux-mêmes? » Notre catalogue peut être soit cohérent, soit complet, mais pas les deux à la fois. Soit le catalogue est incomplet (s’il y a un ouvrage qui se cite lui-même et dont le titre n’est pas dans le catalogue, cet ouvrage étant le catalogue), soit le catalogue est complet (on y rajoute son propre titre pour le rendre complet), mais il est désormais incohérent. 

La portée du théorème d’incomplétude, de Gödel c’est qu’en démontrant que tout système logique qui contient l’arithmétique renferme une proposition du type « où met-on le catalogue des ouvrages qui ne citent pas eux-mêmes? », qu’on appelle proposition indécidable puisqu’on ne peut pas décider de l’endroit où on met ladite proposition, il implique que que tout système logique humain cohérent est forcément incomplet —>complétude. On peut avoir des systèmes logiques complets, mais ils seront forcément incohérents. ]

Tous ces exemples et décisions illustrent la mise en acte de la transparence médicale. Il est fondamental que de telles connaissances médicales et diagnostiques et pronostiques puissent être délivrées aux patients, et que ce droit soit protégé par le législateur, mais il faut être conscient que de telles informations sont très sensibles, ce que comprend avec évidence quiconque fait l’expérience d’une telle situation. Le discours immédiat autour de la transparence en médecine met rarement en évidence cet aspect, en insistant plutôt sur les bienfaits (pouvoir lire son dossier médical ou récupérer ses IRM), mais, s’il est indispensable que nos droits soient assurés, cela ne règle pas le danger qu’il y a parfois à savoir et certains refuseront de savoir…

          3-2-2) Autre situation, l’intimité amoureuse: chéri, pas de secrets entre nous.

Un second espace de ces brûlures de la transparence est celui de l’intimité amoureuse, cette autre forme de connaissance qui n’en finit pas de fasciner nos consciences. On trouve cette brûlure dans le délire de jalousie et la littérature en fait largement état. Madame Bovary et les lamentations post-bourgeoises enragent de ne pouvoir y échapper. Depuis Simone de Beauvoir jusqu’à Catherine Millet, ce feu de l’intimité conjugale dévoilée consume les esprits. Cette dernière a écrit: « C’est mon grand problème, je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée. Parce que je pourrais témoigner que du viol, on s’en sort. » Cette modalité de la connaissance, la connaissance érotique pose son énigme: puis-je aimer l’autre que je vais intimement connaître sans fusionner avec lui dans une identité aux limites floues, fusion qui serait le prélude à ma disparition, à notre disparition individuelle? Devoir mourir à soi pour aimer l’autre? C’est alors qu’une question existentielle se pose: cette perte d’autonomie est-elle symétrique? Est-ce que je risque de me retrouver mort à moi-même alors que l’autre continuerait à vivre pour lui-même, et sans moi? D’où la place de l’adultère dans « les mises en scène de cette angoisse existentielle ». Une relation amoureuse n’est certes pas inéluctablement condamnée à ce destin de fusion mortifère, et donc de disparition du sujet, mais le risque est inhérent à « ce jeu des je et des corps. La bourgeoisie française du XIXème siècle en particulier en a dégagé une conduite assez consensuelle qui a valorisé l’objet « socialement observable »; le couple, qui a occulté les sujet et l’intimité des psychés. La fusion y  devient « ils sont Mr et Mme « X », unis par les liens du mariage depuis leur premier baiser jusqu’à leur caveau familial »… Ils peuvent se tromper mutuellement, tous les deux le savoir, mais cela doit disparaître derrière le seul objet qu’ils investissent: l’image sociale de leur couple, vierge de toute tâche, de toute ombre. Leur couple, leur amour, c’est l’icône bourgeoise qu’ils donnent à voir; leurs âmes n’intéressent personne, à commencer par eux-mêmes!  On voit bien la perversité malsaine et hypocrite de cette politique érotique de l’autruche. Cette posture a été disséquée, souvent dénoncée par les écrivains du XIXè siècle. Elle a aussi donné toute sa puissance à la psychanalyse naissante. Mais de nos jour, a-t-on vraiment fait le choix de la transparence? La transparence sur nos intimités saurait-elle nous libérer de la « putréfaction bourgeoise » et nous restituer nos places de sujets (sujets de nos existences)? Les iconoclastes ont commencé par briser ces images et icônes bourgeoises, mais offrent-ils une libération plus joyeuse? Simone de Beauvoir fut l’une des premières femmes à faire, avec Jean-Paul Sartre, ce choix d’une intimité amoureuse qui ne sacrifierait pas l’autonomie des deux amants et en particulier pas celle de la femme. Pas de mariage, pas de vie commune, vie sexuelle non exclusive. C’est l’éloge de la transparence érotique. Ce choix, courageux dans ce qu’il tentait de condamner, s’est-il révélé agréable, aisé et libérateur? En pages 138 à 140, L. Naccache dissèque cette transparence nouvelle avec « l’invitée » de S. de Beauvoir…L’équilibre érotique est instable, tout semble vaciller, chacun se sent menacé dans ses repères. Ce récit psychologique de Simone de Beauvoir est lucide et clairvoyant par sa reconnaissance du destin presque inéluctable de cette aventure de transparence érotique. 

Ne retrouvons-nous pas ici, le thème du danger de la connaissance que nous croyions avoir disparu, comme nous l’avons rappelé en conclusion de l’article 2: « mythes et réalité, même combat, même message: pendant plus de 3000 ans, la connaissance a été vécue comme un poison vital mais, désormais nulle menace à connaître ne semble plus habiter les discours dominants de nos sociétés, la connaissance ne poserait plus aucun problème au contraire? » Vraiment? Pourquoi et comment notre discours a t-il pu évoluer si rapidement, en rupture radicale avec tous ceux qui l’avaient précédé? Est-ce la menace qui a disparu ou nos yeux ne la vient-elle plus? Serait-ce un cadeau non intentionnel de notre époque? Cadeau de notre techno-science, de l’émancipation religieuse et sexuelle, de l’évolution des consciences toujours plus avides de transparence et qui toutes valorisent la connaissance? Icare serait-il un ringard? Pourtant, le thème de la connaissance qui tue n’était pas un secret qui ne circulait qu’au sein des cercles protégés et instruits. Comment, en l’espace de quelques dizaines d’années, le paysage intellectuel aurait-il été aussi radicalement transformé? Aurions-nous coupé le cordon avec les mythes et leurs traductions sociales et historiques?                                                 -Ou bien… Il faudrait plutôt considérer l’autre hypothèse: la connaissance aurait conservé l’essentiel de ses menaces.

Les personnages de « L’invitée » sont Françoise (écrivain) et Pierre (directeur de théâtre), l’invitée étant Xavière. L’implacable description description, clinique et franche, de l’atmosphère dans laquelle la transparence tente de se jouer ici entre Sartre/Pierre et Beauvoir/Françoise est le jeu du tissage entre la fiction et le réel. Xavière n’est autre qu’une élève de Simone de Beauvoir (qui a rejoint le cercle de Beauvoir et Jean-Paul Sartre en 1935, âgée de 19 ans. Elle et sa sœur Wanda ont été fusionnées ensemble), Olga Kozakieviczà qui le roman est dédié. Elle deviendra l’épouse de Jacques Laurent Bost/Gerbert (Gerbert est le personnage avec qui a couché Xavière). C’est « le petit Bost » qu’évoque Simone de Beauvoir quand elle annonce à Sartre en 1938: « Il m’est arrivé quelque chose d’extrêmement plaisant  à quoi je ne m’attendais pas du tout et pourtant, c’est que j’ai couché avec le petit Bost voici 3 jours […]. Tout au long de cette existence, d’autres personnages viendront s’intégrer, et souffrir, avec Sartre et Beauvoir dans leur jeu dangereux avec la lumière (de la transparence). En fait, ils sont acculés à une contrainte formelle aussi aliénante, aveugle et étouffante que celle de la bourgeoisie du XIXè siècle. Leur projet de la transparence n’est pas une libération de la puissance d’agir et d’être chère à Spinoza nous précise Laurent Naccache.  

Catherine Millet, 60 ans plus tard, livre à son tour son récit des brûlures inattendues de la transparence érotique, transparence pourtant conçue comme clé de voûte de son expérience amoureuse avec son compagnon, cependant dans un contexte social et intellectuel différent. Elle est devenue icône contemporaine d’un nouveau discours amoureux dans son autofiction « la vie sexuelle de Catherine M (2001), pour lequel l’express évoque « les partouzes d’une intello« . Le buzz-litteraire.com, lui, parle du « récit explicite de l’éducation sexuelle et des nombreuses aventures (en particulier « sexualité de groupe ») de la très respectable et intellectuelle directrice du magazine Art Press (une référence dans le milieu de l’art moderne), ouvrage souvent comparé à « My Secret Life » d’Henry Miller ». Mais, en 2008, Catherine Millet raconte dans jour de souffrance l’irruption irrépressible de du sentiment de jalousie en découvrant les traces, non cachées des aventures extra-conjugales de son partenaire. Alors, « la femme libre, à la sexualité assumée et affichée, adepte des jeux échangistes, se trouve plongée dans une « crise », elle emploie elle-même le terme. Une crise dans son couple, mais aussi une crise au sens le plus médical du terme, dont ce roman est la manifestation. Confrontée aux affres de la jalousie, Catherine Millet analyse, dissèque, expose ses motivations, ses désirs, ses fantasmes, en une langue d’un classicisme absolu, d’une froideur clinique, le feu des passions pointant sous la glace du style« . Ainsi, la vestale contemporaine du « pacte de la transparence » est amenée à nous conduire vers le même constat que Simone de Beauvoir. Ainsi, « d’une putréfaction à l’autre, de l’ombre fétide de la bourgeoisie à la lumière violente du couple « libéré », la connaissance de l’être aimé ne finit pas d’être une histoire dangereuse dont la transparence n’adoucit en rien la menace ». 

Conclusion de ce chapitre 3-2-2: Eros se joue de nous, Eros se joue en nous. La transparence extérieure du couple « libéré », de même que « la preuve extérieure » du jaloux, qui est très similaire de façon symétrique, se rejoignent dans leur naïveté et leur violence pour tenter de résoudre, une fois pour toutes, cette énigme d’Eros. Du point de vue du triptyque de la connaissance (-le sujet X tel qu‘il existait et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y -L’objet Y qui est le support de cet acte de connaissance. -Le sujet X’ qui est le sujet ayant absorbé l’objet Y, c’est à dire X,X’,Y), la connaissance amoureuse correspond au cas limite dans lequel Y, l’objet de la connaissance, est un autre X, un sujet dans lequel le JE plonge tout entier en courant le risque de se fondre à lui, c’est à dire mourir à soi en aimant l’autre. 


4) En conclusion, un résumé de cet article 4

Nous nous avons vu en préambule que nous sommes des êtres pétris de fictions et de croyances. Dès que nous prenons conscience d’une information, que nous faisons connaissance avec elle en prenant connaissance, nous l’interprétons et l’incorporons dans des constructions fictionnelles. Donc toute réflexion sur la connaissance et sur le sujet qui en est l’acteur, doit prendre en compte cette dimension de la fiction dans laquelle s’enracine notre subjectivité. Pas de connaissance sans sujet, donc sans système de fictions-interprétations-croyances!

Dans l’article 1, nous avons vu  Adam et Ève face à l’arbre de la connaissance, la connaissance menace Athènes l’éternelle.avec le tragique destin d’Icare, lallégorie de la caverne de Platon la connaissance menace Jérusalem (du paradis perdu au Pardes retrouvé. Le Pardès (Kabbale) « est un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude ».  Et enfin nous avons vu dans mon article 2. que la connaissance menace outre-Rhin avec la figure de Faustc’est à dire Johann Georg Sabellicus Alias Docteur Faust » C’est probablement le pont le plus précieux qui nous permet d’établir une continuité directe entre les considérations plus antiques que nous avons examinées sur le pouvoir mortifère de la connaissance et notre époque actuelle. Dans la version moderne, Thomas Mann, l’une des figures les plus éminentes de la littérature européenne de la première moitié du xxe siècle, qui est considéré comme un grand écrivain moderne de la décadence, nous présente le Doktor Faustus (Adrian Leverkhün), dont l’existence sera marquée par l’audace (Khün en allemand). Cet article conclue: 

-Dans l’antiquité le cloisonnement était « la mauvaise solution » antique au problème de la connaissance.

Au moyen-âge, l’Europe a fait un autre choix. Sa « mauvaise solution » fut celle d’un obscurantisme religieux fondé sur la peur, peur de la mort et de l’enfer, la dichotomie bien-mal et sur le mécanisme de rédemption par la soumission à un discours religieux qui a stérilisé la pensée pour les masses incultes. 

 La révolution des Lumières s’oppose à l’obscurantisme médiéval (« ? ») et aboutit à la tentative de débarrasser la connaissance des barrières que les périodes précédentes avaient avaient érigées. 

-Finalement, mythes et réalité, même combat, même message: pendant plus de 3000 ans, la connaissance a été vécue comme un poison vital mais, désormais nulle menace à connaître ne semble plus habiter les discours dominants de nos sociétés, la connaissance ne poserait plus aucun problème au contraire? Vraiment?

-Ou bien… Il faudrait plutôt considérer l’autre hypothèse: la connaissance aurait conservé l’essentiel de ses menaces. Elle serait toujours mortifère, pour l’individu, pour le groupe social et pour le couple. 

Dans mon article 3, la connaissance est présentée comme une histoire de neuro-science fiction avec une dimension fabulatrice de notre activité mentale. Lionel Naccache semble dire que, puisque l‘acte de connaître met en scène trois entités: -le sujet X tel qu‘il existait et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y -L’objet Y qui est le support de cet acte de connaissance. -Le sujet X’ qui est le sujet ayant absorbé l’objet Y, c’est à dire le sujet ayant mis à jour ses représentations mentales à la lumière des nouvelles connaissances acquises »,  « Nous disposons d’une réponse claire et tranchée à la question de l’actualité des menaces de la connaissance. Plus encore, nous avons proposé une explicitation de l’essence même de ces menaces, d’où il ressort que, telles les deux faces d’une médaille, la connaissance nous expose à certaines menaces du fait même qu’elle nous offre dans le même temps la possibilité unique d’enrichir notre identité ». Mais nous avons alors rencontré les risques de la connaissance. Le premier risque peut s’appeler la mue du « JE ». La révision de notre système de fictions-interprétations-croyances peut être si radicale que le « JE » qui en ressort peut ne plus rien avoir à partager avec celui que nous étions jusqu’à présent et il peut devenir un autre, étranger à celui qu’il était. On assiste alors à la disparition du « JE » initial. Le deuxième risque, plus périlleux encore, constitue, pour Lionel Naccache, l’étape ultime de la connaissance, l’épreuve finale qui seule autorise, ou non, la poursuite de l’aventure. C’est la connaissance qui rend lucide le sujet sur son propre compte et qui lui permet de réaliser, une fois pour toutes, que le « JE » est une fiction.
Alors que l’actualité en ce début 2019 pose de plus en plus de questionnements, ma lecture du livre va maintenant porter sur notre rapport actuel à la connaissance qui constitue encore une énigme, car, si la connaissance constitue un danger existentiel constitutif de son essence, pourquoi et comment sommes-nous devenus les premières générations de l’histoire de a culture occidentale à ne plus prendre conscience de la menace que représente la connaissance, alors que l’avenir de l’humanité semble menacé?. Pourquoi et comment cette composante qui était présente à nos côtés depuis les récits bibliques et mythologiques antiques a t-elle disparu de notre discours contemporain? Sommes-nous devenus aveugles et insensibles? C’est que les « mauvaises solutions » imaginées au fil des siècles, que nous avons évoquées, ont perdu leur attrait et leur puissance, et sont aujourd’hui explicitement condamnées par les sociétés occidentales, même si certaines resurgissent trop souvent. C’étaient le cloisonnement de la connaissance, l’obscurantisme religieux, la censure politique ou la manipulation idéologique des esprits. 

Et maintenant nous faisons l’apologie de la connaissance comme jamais nulle société humaine ne semble l’avoir fait! Existerait-il une « mauvaise solution » contemporaine ainsi qu’un lien entre toutes ces « mauvaises solutions »? C’est ce que nous essaierons de découvrir dans cet article 4 que nous avons commencé par Bienvenue dans la « société de la connaissance ».qui débute la troisième partie du livre de Lionel Naccache.

Nous vivons en effet un malaise inédit dans l’histoire de notre culture occidental qui se manifeste par par un paradoxe entre d’une part un discours apologétique et univoque sur la connaissance (« nous sommes une société de la connaissance !« ) et d’autre part, la constatation que partout la connaissance continue de nous infliger les multiples brûlures dans chacun de ses champs d’action (brûlures de la connaissance amoureuse, familiale ou médicale, de la connaissance sociale ou médiatique et encore et toujours, brûlures de la connaissance scientifique qui continue à déstabiliser nombre de croyances individuelles et collectives très profondes). Nous verrons dans un prochain article que nous sommes plutôt dans une société de l’information. Mais la question reste posée: Société de la connaissance ou société de l’information ?

Le paradoxe de la transparence: Toutes les informations renferment intrinsèquement une certaine quantité de données objectives, quelque soit leur contenu précis, qu’on y accède ou non et cela n’affecte en rien leur contenu propre. Cette valeur informationnelle intrinsèque ne dépend donc pas du sujet. Il devient donc logique et légitime, pour une société de l’information de se placer sous le principe de « l’absolue transparence ». 

Mais, attention! Ainsi définie, cette société fait abstraction des sujets que nous sommes, avec nos systèmes de fictions-interprétations-croyances respectives. Nous sommes ainsi soumis à un « grand écart » souvent douloureux, entre les aspirations de la société de consommation et sa nécessité de transparence la plus totale et les nombreux motifs de résistance de notre psychisme qui est orienté, sinon gouverné par la stabilité de nos croyances subjectives. C’est cette tension qui est à l’origine de notre discours ambivalent et paradoxal vis à vis de la transparence. Notre tension entre l’apologie quasi illimitée de la transparence et les brûlures qu’elle occasionne quotidiennement se manifeste dans ce qui est désigné comme le « malaise contemporain dans la connaissance« . 

Les brûlures de la transparence. La connaissance ne devrait pas se limiter à cette circulation des informations; même absolument transparente. Elle doit incorporer la manière dont le sujet est affecté dans son système de fictions-interprétations-croyances par ces informations. De ce point de vue, l’expérience de la connaissance est toujours susceptible de menace, comme par le passé, (voir mes articles 123), menace du sujet dans son identité. Les cas que nous avons vus vont en progression en partant de notre identité propreUn des premiers cercles est celui des brûlures de la transparence du sentiment amoureux. Dans un second cercle, les secrets de famille peuvent nous exposer au péril d’énigmes dépourvues de solutions; savoir ou ne pas savoir? Un troisième cercle est celui des secrets d’esculape. Il concerne les secrets du diagnostic et du pronostic médical (Transparence en médecine, quels enjeux?). Savoir? Dénier? Ne pas vouloir savoir ou ne plus vouloir savoir? Demander à savoir tout en implorant en fait de demeurer dans l’ignorance? Puis, au-delà de ces trois cercles, on trouve les cercles de l’information, démesurément allongés par le truchement des médias. La transparence devient telle qu’on croit pouvoir savoir (en toute innocence précise L. Naccache) ce qui se passe dans un fait divers, dans un conflit ou un événement international, dans les arcanes de la prise de décision politique. On s’imagine que les secrets de la raison d’état n’auraient plus de raison d’être. Pourtant, à l’heure de la prétendue parfaite transparence, il n’est pas difficile de constater que l’accès à certaines informations dites « sensibles » demeure extrêmement problématique, ceci en parfaite contradiction avec le discours de façade des institutions qui ne cessent pas de condamner toute forme de censure et de louer les bienfaits de la transparence absolue.  Cette forme d’occultation vise également à une autre fonction: la préservation du confort de nos croyances; c’est à dire ne pas informer les sujets que nous sommes de la réalité tout en prétendant le faire, ce qui permet de demeurer entourés de nos fictions familières. Mais de plus en plus, la violence est exposée et décortiquée de façon exhibitionniste dans les média et nous sommes soumis  des flots d’anxiété de confusion  et d’interrogation (qui confinent souvent à la psychose) dans les informations en temps réel au plus près de ce qui est présenté comme la réalité et la vérité, même si ce n’est pas dans ces actions seules que les situations peuvent être expliquées et comprises. L’information devient de plus en plus manipulée par l’utilisation de l’émotion qui occulte souvent le sens critique, le discernement et l’analyse. On est alors confronté à l’ineptie d’un discours décomplexé, béat ou cynique à propos de l’évidence et de l’innocuité prétendue de la « transparence » dans nos sociétés.

Sans revenir sur les brûlures de la transparence évoquées au chapitre 3, rappelons simplement le cas de B. le jeune homme de 20 ans victime d’un grave traumatisme crânien ou celui de Vincent Lambert et de son coup de théâtrequi ré-ouvre le débat sur l’euthanasie et divise alors la société. Cela semble être, dans le cadre des « lois éthiques » et de l’éthique publique; un défi pour le droit. Ne nous trouvons nous pas dans la vision que propose Jean Staune dans « explorateurs de l »invisible« , et « les clés du futur » avec l’extraordinaire mutation que connait notre époque et ses 5 révolutions –scientifique, technologique, managériale, économique, sociétale– qui bouleversent tous nos repères traditionnels? On rejoint aussi la question des indécidables et des conséquences du théorème d’incomplétude de Gödel. Une autre que situation a été décortiquée au chapitre 3-2-2) avec l’intimité amoureuse: chéri, pas de secrets entre nous et le cas de Simone de Beauvoir vue à travers les personnages de « L’invitée ».  Ce sont Françoise (écrivain) et Pierre (directeur de théâtre), l’invitée étant Xavière. L’implacable description description, clinique et franche, de l’atmosphère dans laquelle la transparence tente de se jouer ici entre Sartre/Pierre et Beauvoir/Françoise est le jeu du tissage entre la fiction et le réel. Xavière n’est autre qu’une élève de Simone de Beauvoir (qui a rejoint le cercle de Beauvoir et Jean-Paul Sartre en 1935, âgée de 19 ans. Elle et sa sœur Wanda ont été fusionnées ensemble), Olga Kozakieviczà qui le roman est dédié. Elle deviendra l’épouse de Jacques Laurent Bost/Gerbert (Gerbert est le personnage avec qui a couché Xavière). Tout au long de cette existence, d’autres personnages viendront s’intégrer, et souffrir, avec Sartre et Beauvoir dans leur jeu dangereux avec la lumière (de la transparence). En fait, ils sont acculés à une contrainte formelle aussi aliénante, aveugle et étouffante que celle de la bourgeoisie du XIXè siècle. Leur projet de la transparence n’est pas une libération de la puissance d’agir et d’être chère à Spinoza nous précise Laurent Naccache.  

Ainsi, cette « société de la connaissance« , pierre angulaire de la « société du savoir », expression adoptée par Abdul Waheed Khan (Sous-Directeur général pour la communication et l’information de l’UNESCO de 2001 à 2010) qui est plutôt une société de l’information, car elle occulte trop le sujet au profit de l’objet observé, n’est encore pas au bout de ses peines. Pour beaucoup, l’éveil est sans doute encore loin. Les Lumières ont peut-être enterré trop vite les 3000 ans de culture occidentale pour lesquelles la connaissance est représentée comme un danger, un « poison vital » et qui serait porteuse d’un certain danger existentiel. Cet article s’achève sur ces constats et le prochain article explicitera ce que Lionel Naccache entend par ce qu’il appelle neuro-résistances, puis nous réexaminerons en quoi information et connaissance sont confondues, en particulier la technique efface le sujet.

liens:

http://emag.eps-ville-evrard.fr/n2/point-de-vue/dr-gabrielle-arena/internet-espace-d-opacite-ou-de-transparence/Internet espace d’opacité ou de transparence ?

http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1206: Notre identité propre – Un sujet en soi Les neurosciences, le Talmud et la subjectivité par Lionel Naccache

Jean Staune, à propos de la tentation de l’homme dieu de Bertrand Vergely

http://guykarl.canalblog.com/archives/2019/05/07/37317422.html#utm_medium=email&utm_source=notification&utm_campaign=guykarlLa prison du langage, sujet-objet

http://pierrecassounogues.com/: professeur au département de philosophie à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, mon travail concerne les relations entre Imaginaire et Raison, et le problème d’une expression philosophique, qui utilise la fiction pour fonder une perspective spéculative et se donner les moyens d’une critique du contemporain. Dans un livre à venir, syndromes technologiques, j’analyse la façon dont les technologies contemporaines transforment la subjectivité et ce que l’on peut appeler la sphère intérieure, l’expérience en première personne: ce que c’est que d’éprouver quelque chose. Mes publications.

article 3) Perdons-nous connaissance?  deuxième partie (chap. 1 et 2)


article 3) Perdons-nous connaissance?  deuxième partie (chap. 1 et 2)

article 3) Perdons-nous connaissance? 

 Ma lecture du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache:

deuxième partie (chapitres 1 et 2)

http://www.centrebethanie.org/2016/09/l-arbre-de-la-connaissance.html

J’écris mon blog pour partager ma soif de connaissances, mes réflexions et mes passions et mes lectures. Dans ces articles, je voudrais partager « ma lecture » du livre de Lionel Naccache  « Perdons-nous connaissance?« . Ecrire ce que je retiens de mes lectures me permet de réfléchir à la compréhension que j’en ai. je mets entre guillemets les passages qui me semblent importants ou qui me frappent. Et par dessus tout je fais des recherches sur internet pour compléter ma lecture avec le maximum de liens que je souhaite responsables, qui permettent aux lecteurs d’approfondir la connaissance du sujet.   

 Je livre ici « ma lecture » du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache: c’est-à-dire perdons-nous le sens de ce qu’est la connaissance (philosophie) alors que nous nous autoproclamons  » société de la connaissance « ? Aujourd’hui, la connaissance ne fait plus peur à personne, alors que depuis trois mille ans notre culture occidentale n’a cessé de la décrire comme vitale et dangereuse. Oui, dangereuse, qui s’en sou-vient encore? Cette rupture avec notre héritage constitue-t-elle un progrès ou une régression, une chute ou une ascension? La Mythologie et la Neurologie, sources de  » connaissance de la connaissance « , nous offriront de précieuses clés pour résoudre ce paradoxe inédit dans l’histoire de la pensée. 

Préambule: Pourquoi cette question « Perdons-nos connaissance? » alors que nous avons cette merveilleuse faculté qui nous semble aller de soi, la capacité de connaître ce que nous ne connaissions pas encore à l’instant qui précédait. Notre société s’autoproclame en effet « société de la connaissance » comme elle ne l’avait jamais fait auparavant. Et pourtant, depuis les origines de notre culture, la connaissance est représentée comme un danger, un « poison vital ». Elle serait porteuse d’un certain danger existentiel qui a imprégné notre culture depuis plus de 3 000 ans jusqu’à l’époque moderne avec le siècle des Lumières que Bertrand Vergely a appelées « obscures Lumières« , et dont j’ai présenté ma lecture dans l’article de mon blog. Ce danger multi-millénaire s’est exprimé dans trois grands mythes qui ont façonné notre civilisation. Les chapitres que nous avons vus dans l’article 1:

1) Avant-propos. 1-1) Adam et Ève face à l’arbre de la connaissance. 1-2) Le tragique destin d’Icare1-3) L’allégorie de la caverne de Platon. 1-4) La figure de Faust.

2) Ma lecture du livre de Lionel Naccache. Première partie; une menace vieille comme le monde

2-1) La connaissance menace Athènes l’éternelle –chapitre 1-  

2-1-1) I comme Icare est significatif pour la problématique de la connaissance. Pour l’instant retenons que Icare vient de nous enseigner que connaître sans limites est une démesure  condamnable et dangereuse. Cette menace ainsi stigmatisée semble engager l’individu dans son rapport personnel et solitaire avec la connaissance.

2-1-2) L’homme qui en savait trop. chapitre 1 suite: la connaissance menace Athènes Conclusion: Pour

 Platon et Socrate, l’homme de connaissance serait l’inévitable victime de la violence du groupe qui l’entoure. Icare nous montrait les risques du rapport de l’individu face à la connaissance. Ici, Platon nous indique que l’homme qui connaît est également vécu comme une menace par ses congénères et que cette menace conduit à la disparition inéluctable de celui qui connaît, incapable de transmettre son savoir. Cela conduit à la préservation de l’ignorance, le fondement et la garantie de d’une certaine forme de paix ou de confort social. 

2-2) La connaissance menace Jérusalem chapitre 2-
2-2-1) Du paradis perdu au Pardes retrouvé.« Le Pardès, littéralement jardin, verger, parc, qui s’apparente au mot paradis, désigne, dans la tradition de la Kabbale, un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. Ce terme est tiré d’une anecdote philosophique et mystique qui trouve une explication dans le Pardes Rimonim du Rav Moshe Cordovero. Celui-ci prend l’image de quatre rabbis (Elisha ben Abouya, [Rabbi] Shimon ben Azzaï, [Rabbi] Shimon ben Zoma et rabbi Akiva) pénétrant un verger mais dont les « niveaux » respectifs de pénétration du sens des Écritures ne sont pas équivalents ». Ainsi, après intérieure et la paix sociale, voici que la paix des ménages est en péril!

2-2-2) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance
2-2-3) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance suite: le cas de rabbi Akiva -La connaissance? Une vraie boucherie! Conclusion: A ses amis qui lui recommandaient de de se protéger et de suspendre l’enseignement de ses connaissances à la jeunesse de Jérusalem, Rabbi Avika répondait par une parabole: « Un renard, voyant un poisson se débattre pour échapper aux filets des pêcheurs, lui dit « Poisson, mon ami, ne viendrais-tu pas vivre avec moi sur la terre ferme? » Le poisson lui répond: « Renard, on te dit le plus sage, mais en réalité, tu es le sot des animaux. Si vivre dans l’eau qui est mon élément m’est difficile, que crois-tu qu’il en serait sur la terre? » Ce que l’eau est au poisson, la Torah l’est à Akiva. La connaissance semble ici prendre l’aspect de ce « poison vital ». N’y a t-il pas ici une impression de déjà-vu? Les allégories sur la connaissance s’avèrent d’une troublante convergence entre Athènes (aux chapitres 2-1-1 avec Icare et chapitre 2-1-2 avec Platon et Socrate) et Jérusalem. Le mythe d’Icare se rapproche des dangers d’une trop grande proximité de l’individu avec la connaissance à laquelle répondent les sombres péripéties de Ben Azaï, Ben Zoma et A’her dans le jardin du Pardès et celles d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden. Par contre, à l’allégorie platonicienne de la caverne, qui, comme  on l’a vu, représente la violence du groupe social à l’encontre de ceux qui répandent leur connaissance « corrosive pour la jeunesse », comme Socrate, répond le tragique destin de Rabbi Akiva, qui ne cessa pas, ce que Tumus Rufus lui fit payer très cher, de « corrompre la jeunesse de Jérusalem« . On voit donc avec Lionel Naccache que ce n’est pas seulement dans les histoires que la connaissance tue ! Ainsi se termine ma lecture de l’Avant – propos et première partie chapitres 1 et 2 du livre de Lionel Naccache « Perdons-nous connaissance? » 


Avec mon mon article 2 nous avons vu comment après la Grèce et Jérusalem, la connaissance menace outre-Rhin avec Johann Georg Sabellicus Alias Docteur Faust.

Quelle que soit la version exacte du mythe, Sybellicus, alias Faust, n’avait certainement qu’à s’en prendre à lui-même. Il était fin lettré, alors n’aurait-t-il pas pu ou dû relire la mythologie grecque et les récits allégoriques de la Bible et du Talmud, ou même faire attention aux best-sellers médiévaux se demande L. Naccache? En particulier, le Manuel des Inquisiteurs n’expliquait-il pas, sans aucune équivoque possible, « qu »il ne faut point savoir plus que de mesure, il ne faut ni trop savoir, ni s’abrutir. Par conséquent, nous ne devons pas en savoir plus qu’il ne faut. » C’est probablement le pont le plus précieux qui nous permet d’établir une continuité directe entre les considérations plus antiques que nous avons examinées sur le pouvoir mortifère de la connaissance et notre époque actuelle. Dans la version moderne, Thomas Mann, l’une des figures les plus éminentes de la littérature européenne de la première moitié du xxe siècle, qui est considéré comme un grand écrivain moderne de la décadence, nous présente le Doktor Faustus (Adrian Leverkhün), dont l’existence sera marquée par l’audace (Khün en allemand) et qui, comme Nietzsche, braverait la folie. A la fin du récit, il est victime de son propre désenchantement, qu’il pousse dans un cri ultime dans « le chant de douleur du Docteur Faustus ». Il est victime de sa croyance en un ordre caché de la musique et de la connaissance, qui vont le conduire à la plus horrible des découvertes: le néant, l’absence de signification du monde et de nous-mêmes. « Lorsque son neveu adoré, l’adorable Nepomuk, « dernier amour de sa vie », meurt d’une méningite cérébro-spinale foudroyante dans d’horribles souffrances, Leverkhün atteint l’étape ultime de son voyage. Le monde est un non-sens. Tel est l’ultime cadeau de la connaissance. Il peut alors mourir dément, atteint de paralysie générale… »

J »ai terminé et conclu « ma lecture » de cette première partie du livre (que j’ai exprimée dans ces articles 1 et 2) par le chapitre 2 de l’article 2: « Des mythes à la réalité ou l’art de la mauvaise solution ».

-Dans l’antiquité le cloisonnement était « la mauvaise solution » antique au problème de la connaissance.

Au moyen-âge, l’Europe a fait un autre choix. Sa « mauvaise solution » fut celle d’un obscurantisme religieux fondé sur la peur, peur de la mort et de l’enfer, la dichotomie bien-mal et sur le mécanisme de rédemption par la soumission à un discours religieux qui a stérilisé la pensée pour les masses incultes. 

La révolution des Lumières s’oppose à l’obscurantisme médiéval (« ? ») et aboutit à la tentative de débarrasser la connaissance des barrières que les périodes précédentes avaient avaient érigées. -Enfin, nous rencontrons les idéologies du XXè siècle marquées par deux régressions majeures, le nazisme et le communisme où la connaissance devient totalement asservie à l’idéologie et aux objectifs militaires, politiques, raciaux, sociaux de ces régimes. 

-Finalement, mythes et réalité, même combat, même message: pendant plus de 3000 ans, la connaissance a été vécue comme un poison vital mais, désormais nulle menace à connaître ne semble plus habiter les discours dominants de nos sociétés, la connaissance ne poserait plus aucun problème au contraire? Vraiment?

-Ou bien… Il faudrait plutôt considérer l’autre hypothèse: la connaissance aurait conservé l’essentiel de ses menaces. Elle serait toujours mortifère, pour l’individu, pour le groupe social et pour le couple. Si tel est le cas, il faudrait alors expliquer pourquoi notre discours actuel ne contient aucun signal d’alarme ni aune zone d’ombre. Serions-nous capables de nous autoproclamer « sociétés de la connaissance » sans nous mettre en garde contre ses effets nocifs? Ce serait sans aucun doute tenir un discours « bonasse » inspiré de la méthode Coué, sans nous rendre compte de son inadéquation au réel de son caractère profondément erroné.

-Alors, comment procéder pour avancer? Commençons la lecture de cette deuxième partie du livre par ce premier chapitre.

1) La connaissance, une histoire de neuro-science fiction?

     1-1) La dimension fabulatrice de notre activité mentale: Où nous découvrirons que lorsque nous réfléchissons à la connaissance, il est indispensable de prendre en compte la dimension de la fiction dans laquelle s’enracine notre subjectivité. Pas de connaissance sans sujet et donc pas de connaissance sans fictions-interprétations-croyances.

Avançons en commençant par approfondir ce que la Révolution des Lumières et la science nous ont apporté et changé avec les découvertes de la neurologie. Depuis le début du livre, le terme de connaissance ne cesse de nous accompagner. Jusqu’à maintenant, l’usage de ce mot est resté dans ses dimensions abstraites, mythologiques, historiques, sociologiques… Mais pour chacun d’entre nous, c’est une affaire quotidienne, concrète, qui touche chacun des individus que nous sommes. La connaissance se joue au cœur de chacune de nos subjectivités qui, malgré leur diversité, sont singulières, même si elles obéissent à des lois communes. C’est maintenant sous cet angle que nous allons aborder avec Lionel Naccache, la question de savoir en quoi la connaissance pourrait être un « poison vital ». Il nous faut plonger au cœur de nos cerveaux, là où se joue notre subjectivité et donc contre connaissance. Ce cerveau, en fait, n’est pas tout seul, mais il appartient à un corps, qui est lui-même inséré dans un tissu social; il est dépositaire d’une biographie personnelle, tout en étant héritier des références culturelles, sociales et intellectuelles qui nous entourent et nous bercent. C’est en ce lieu, dans le cerveau, que s’élabore cette fonction mentale qu’est la connaissance.

C’est dans un ouvrage précédent, le nouvel inconscient que Lionel Naccache « nous invite […] à une nouvelle odyssée, placée sous les auspices des neurosciences de l’esprit. Au-delà des analogies et des oppositions entre l’inconscient freudien et l’inconscient cognitif)[….] », Il montre que « la posture même du discours freudien détient une clé essentielle de notre faculté à construire notre pensée consciente. Cette clé de la conscience découverte par Freud, à son insu, peut aujourd’hui être pleinement comprise à la lumière d’expériences récentes des neurosciences de l’esprit. Cette nouvelle interprétation de l’inconscient freudien, conjuguée à l’exposition préalable de l’inconscient cognitif contemporain dessinent ensemble le portrait de ce Nouvel Inconscient […] ». Les mécanismes décrits ne sont autres que ceux que nous mettons en oeuvre dès lors que nous sommes conscients et donc que nous faisons acte de connaissance. Dans les descriptions cliniques exposées dans l’ouvrage, il apparaît que nous ne cessons de produire des interprétations du « réel », de ce que nous percevons et qui nous arrive et de ce à quoi nous pensons. Cela se produit même quand nous croyons nous livrer seulement à un exercice de connaissance. C’est une découverte récente de la neuropsychologie que l’on pourrait appeler avec Nancy Hustonla dimension « fabulatrice » de notre activité mentale. C’est un fait que, même lorsqu’on pense accéder en toute « objectivité » à des informations qui existent en dehors de nous, en s’imaginant atteindre la connaissance, nous continuons là encore à « emprunter le chemin de l’interprétation » et de la « fictionnalisation » pour construire nos représentations personnelles de ces savoirs, même dans le cas où on accède à l’information scientifique: l’atome d’oxygène contient 8 protons et 8 neutrons. Ces interprétations sont fictives, elle ne sont pas là pour être « vraies » ou « exactes » (même si elles sont par ailleurs), mais pour faire sens à nos yeux. dans notre désir de cohérence et d’explication. Nous les forgeons et les révisons sans cesse (n’est-ce pas déjà là les prémisses d’une attitude scientifique?). Lionel Naccache nous dit: « nous leur accordons un certain degré de croyance, voire un degré de croyance certain » (le doute scientifique est un prolongement conscient de cette étape à laquelle il ne faut pas renoncer). « A un instant donné, cette trame narrative, roman inachevé de notre vie, constitue l’essence de notre subjectivité, l’image de ce nous croyons être et de notre représentation du monde ». Cependant, si ce processus fictionnel caractérise notre fonctionnement mental conscient, il opère à notre insu, comme pour M. Jourdain, qui faisait de la prose sans le vouloir et sans le savoir. Il n’est pas impossible de prendre conscience de cette couche de fictions-interprétations-croyances, mais il faut reconnaître qu’elle demeure le plus souvent bien cachée à notre introspection.

En effet, selon Lionel Naccache, notre perception consciente ne se déroule pas en deux temps comme semble l’indiquer le site scienceseravenir.fr si j’ai bien compris (le cerveau commence par analyser de façon inconsciente les détails, puis il va en quelque sorte livrer son bilan en le rendant conscient), ce qu’on peut traduire par « un je perçois », puis « deux, j’interprète ». La définition de la perception varie selon les auteurs; mais l’une de ses constances et « des fonctions principales de l’activité perceptive est de nous permettre une connaissance du monde environnant, des objets qu’il contient en dépit des variations de leurs apparences et donc de la variété des sensations qui leur correspondent. Un objet perçu est une représentation mentale évoquée par des informations sensorielles dont elle ne constitue pas le reflet précis ». Pour L. Naccache, « nous percevons et interprétons de concert ». C’est pour cela que nous avons une grande difficulté à deviner l’existence d’une couche fictive dans notre représentation d’un objet perçu. Dans de nombreux cas, la part de fiction qui participe à notre perception est faible, voire infime. Voir ce qu’il écrit ci-dessous:

(Lionel NACCACHE invité des Jeudis de l’Imaginaire le jeudi 28 juin à 18h à Télécom Paris-Tech, amphithéâtre B 310): « Notre esprit/cerveau n’a de cesse de produire activement des interprétations signifiantes du monde, interprétations qui aussitôt formulées sont déjà le support de nos croyances subjectives : vous pensez et croyez d’ailleurs en ce moment même tout un ensemble de choses, à commencer par votre simple présence au monde, vous croyez être celui que vous vous représentez être, et d’une certaine façon cette croyance n’est pas infondée, puisque c’est ainsi que vous apparaissez à vos propres yeux, qui que vous soyez par ailleurs, par ailleurs dans l’esprit d’un autre ou dans aucun autre esprit. Les neurosciences cognitives, et plus particulièrement la neuropsychologie, c’est-à-dire l’étude des perturbations cognitives observées de manière reproductible chez des malades neurologiques ou psychiatriques nous ont livré en quelques décennies de formidables démonstrations de l’existence de « fictions interprétations croyances ». Ces fictions sont en effet plus simples à débusquer lorsqu’elles sont grossièrement erronées, lorsqu’elles transgressent les contraintes offertes par la réalité : un homme persuadé que son épouse qui lui fait face est un sosie ; un amnésique qui croît dur comme fer à des souvenirs produits de toutes pièces ; un hémisphère gauche déconnecté de l’hémisphère droit qui s’évertue à imaginer, – et à croire aussitôt -, à des interprétations farfelues et totalement inexactes d’un comportement piloté en réalité par cet hémisphère droit avec lequel il ne peut plus communiquer ; … Une fois découvertes par la neuropsychologie, il est plus simple de les mettre en évidence chez l’homme sain, lorsqu’elles se font plus discrètes, et qu’elles épousent les contours du réel. Nous sommes irrépressiblement narratifs : la prise de conscience d’une information s’accompagne immédiatement d’une attribution de sens assortie d’une certaine croyance subjective. Je ne qualifie pas ces représentations de fictionnelles parce qu’elles seraient systématiquement inexactes : nos fictions peuvent être parfaitement bien contraintes par le réel, mais elles n’en demeurent pas moins fictives en ce qu’elles demeurent toujours un matériau interprétatif et un objet de croyance. Nous sommes les interprètes du réel, et non ses porte-voix. Aujourd’hui, les premières pages de la physiologie cérébrale de cette narrativité consciente commencent à êtres écrites : une véritable conversation cérébrale cohérente à l’échelle du cerveau accompagne la prise de conscience subjective d’une information. De cette conversation proviennent des versions éditoriales successives du manuscrit de notre contenu mental conscient. La même information délivrée inconsciemment au sujet, – par exemple sous la forme d’une image subliminale -, peut faire l’objet de riches traitements mentaux et même de certaines interprétations, mais ces représentations inconscientes sont en général évanescentes, – elles disparaissent en quelques dixièmes de secondes, tout en pouvant laisser des traces -, et elles demeurent confinées à des zones limitées du cerveau sans faire l’objet de cette ignition cérébrale qui semble être la signature neuronale de l’accès conscient« 

Comment pouvons-nous prendre conscience de cette couche de fictions? La réflexion philosophique peut nous y aider. Une première voie, avec Kant, on commence par distinguer le « phénomène » (L’effet produit par un objet sur la capacité de représentation, dans la mesure où nous sommes affectés par lui, est une sensation. L’intuition qui se rapporte à l’objet à travers une sensation s’appelle empirique. L’objet indéterminé d’une intuition empirique s’appelle phénomène. C’est la chose qui nous apparaît à l’esprit et qui fait référence à ce qui est connaissable) et le « noumène » (terme employé à l’origine par Platon pour désigner les « Idées », c’est-à-dire la réalité intelligible (par opposition au monde sensible), accessible à la connaissance rationnelle. Au contraire, chez Kant, auquel le terme de « noumène » renvoie le plus souvent, il s’agit de tout ce qui existe et que la sensibilité ne peut atteindre, restreignant par là les prétentions de la raison quant à la connaissance. « Noumène » est parfois considéré comme synonyme de chose en soi, faisant référence aux faits tels qu’ils sont absolument et en eux-mêmes et qui réside dans le monde extérieur, par opposition au terme de phénomène, faisant référence à ce qui est connaissable). Cette voie est empruntée par les courants de la phénoménologie, avec la conscience selon Husserl ou Lévinas.

Une seconde voie est celle de la neuropsychologie comme l’a expliqué Lionel Naccache dans l’encadré au paragraphe précédent. Et ces interprétations signifiantes, ces fictions-interprétations-croyances, « une fois découvertes par la neuropsychologie, il est plus simple de les mettre en évidence chez l’homme sain, lorsqu’elles se font plus discrètes, et qu’elles épousent les contours du réel ».

1-2) Neuroscience-fiction.

     1-2-1) Comme on vient de le voir, l’étude de malades neurologiques a joué un rôle fondamental pour découvrir cette couche de fiction dans nos interprétations signifiantes du monde. Chez certains patients, on peut observer, souvent sous forme caricaturale, les œuvres de composition originale de cette couche de fictions-interprétations-croyances. En étudiant comment ces malades élaborent leur « connaissance » à partir des « informations » qui leur sont soumises, on peut prendre conscience de la distance (irréductible, le pense Lionel Naccache) qui sépare l’information objective de la connaissance subjective. En effet, confrontés à la même information, leur construction consciente se distingue pathologiquement de la notre nous qui ne sommes pas affectés par les mêmes lésions cérébrales. Cela nous permet de comprendre que la couche de fictions existe et qu’elle est à l’origine d’interprétations grossièrement erronées. En poursuivant lucidement ce raisonnement, on peut franchir une étape et constater que cette couche de fictions doit également exister chez nous, puisque nos interprétations, même si elles se distinguent des aberrations ou des interprétations farfelues ou totalement inexactes, n’en demeurent pas moins elles aussi des interprétations! Elles restent des interprétations, même si nous en partageons la plupart du temps les grandes lignes avec nos voisins. Ainsi, chez un sujet neurologiquement sain, les mécanismes de construction de ces schémas fictifs sur lesquels le réel opère sont très souvent indistinguables de celles que les autres humains élaborent lorsqu’ils sont soumis à la même situation. C »est cet imaginaire qui colore chacune de nos pensées conscientes, irrépressible activité fictionnelle que nous accréditons avec toute la force du « JE ».

     1-2-2-) Le reste de ce chapitre neurosciences-fiction est consacré à la description de ces sanyètes qui dévoilent et mettent en évidence les fictions-interprétations-croyances qui sont beaucoup plus difficiles à déceler chez des individus qui n’ont pas ces lésions cérébrales, lésions qui ont compromis le déroulement habituel de leur vie mentale. Tous ces malades vont rencontrer des situations curieuses pour lesquelles leur cerveau les soumet à des informations contradictoires les unes avec les autres. Mais, au lieu de prendre en compte la nature pathologique de ces informations, et de dire: « c’est absurde! il y a un problème! je suis malade », ces personnes vont utiliser ces ingrédients, a priori incompatibles entre eux; pour imaginer une nouvelle fiction, riche d’une nouvelle signification, qui malgré son caractère irréaliste, saura satisfaire l’irrésistible besoin de produire un sens que chacun d’entre nous peut partager avec eux. Nous trouverons évident la nature proprement fictionnelle chez ces malades de ce constituant, pourtant essentiel de notre activité mentale consciente, parce que ces fictions sont fantastiques irréalistes et en contradiction avec la réalité. Mais ces malades ne peuvent s’empêcher de les produire, sans le savoir, et surtout d’y croire, car ils sont certains de leur réalité. Si leurs fictions nous apparaissent à nous, individus indemnes de lésions cérébrales, pour ce qu’elles sont, la description des cas qui vont suivre va nous permettre, sous la conduite de L. Naccache, de découvrir comment ces malades « font connaissance » avec des informations qui leur sont « présentées » et comment celle-ci procède nécessairement de la fiction. Cela permettra de révéler la généralité de cette fonction première de fictionnalisation, qui ne nous est pas évidente au premier abord, et donc de cette fonction de création de sens et de connaissance dans tous les champs de notre vie mentale. Il peut s’agir de la perception de nos congénères et voisins ou proches, de celle de nous-mêmes, du contenu de notre mémoire ou de notre faculté à exprimer , par des fictions, le sens de nos propres actions. Et, il faut savoir, que ce que ces malades révèlent à travers ces pathologies qui perturbent leurs capacités à produire des significations, vaut également pour chacun d’entre nous, sous une forme dissimulée, moins évidente à mettre au jour: chacun d’entre nous est un créateur de fictions.

Il faut lire les récits complets décrite dans la deuxième partie du livre. On y voit notamment comment les rationalisations, c’est-à-dire les histoires que se raconte un patient pour expliquer un déficit de perception ou d’interprétation sans l’imputer à un trouble interne qui en est la vraie cause mais qu’il ne peut observer lui-même, construisent pour ce patient un univers de connaissances très satisfaisant, mais qui repose évidemment sur une distorsion profonde de ce que nous appelons la réalité. Freud avait fait la même constatation à propos des rationalisations que dans certaines névroses et psychoses le malade invente pour la plus grande gloire de son moi. On sait que dans les rêves, chacun d’entre nous fait de même à tous moments et à tous propos, sans que cela, en principe, ne perturbe la bonne qualité de notre jugement lorsque nous nous réveillons.

« Ces exemples tirés de la clinique permettent à l’auteur de revenir sur la définition de l’acte de connaissance. Cet acte met en scène trois unités, le sujet X tel qu’il était et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y, cet objet Y tel qu’il existe dans le monde extérieur au sujet et enfin le sujet X’, le sujet tel qu’il est devenu après avoir assimilé l’objet Y. Les objets de connaissance sont multiples, mais tous modifient en le réorganisant le sujet qui s’en laisse pénétrer et quasiment coloniser. Si l’on veut tenter de comprendre le monde extérieur générant les objets de connaissance qui circulent à son propos, il ne faut pas se limiter à analyser les informations brutes en émanant, mais les sujets et plus précisément, dans le champ de la conscience, les « Je » de ces sujets qui reprennent et interprètent ces informations, en les présentant comme participant à un processus objectif de connaissance. Les sujets subissent en recueillant ces informations des transformations plus ou moins profondes qui se traduisent par des stratégies destinées à protéger ou renforcer leurs Je. Dans certains cas, ces informations leur semblent si dangereuses pour la salubrité de ces Je qu’ils les nient purement et simplement. C’est un déni de réalité, que nous pourrions illustrer par le fameux déni de grossesse dont on a fait mention récemment dans la presse » 3)

Voyons un résumé succinct de tous ces récits:
– Un sosie qui s’impose! …Ici, devant le visage de sa femme, le malade a un sentiment de familiarité, mais ne va pas procéder à une analyse cartésienne qui montrerait son trouble qui pourrait le mener à se poser les bonnes questions… Il va adopter un autre comportement. Il va imaginer et croire avec conviction que la personne qui lui fait face et qui ressemble comme deux gouttes d’eau à à son épouse, est un sosie, imposteur qui a emprunté l’apparence physique de sa femme. Cette illusion, ou « délire de sosies » qui s’appelle le 
syndrome de Capgras amène souvent des situations rocambolesques.

Vertige des fictions que nos esprits ne cessent de produire, cela illustre la distinction fondamentale entre l’information et la connaissance. Présenter un visage humain à un sujet n’est pas une simple transmission d’informations, mais correspond à une élaboration subjective qui utilise le socle fictif et interprétatif du sujet qui perçoit, et son système de croyances. La connaissance, celle que le malade élabore ici à partir des informations présentes sur le visage, est irréductible à ces informations. Une personne saine ne voit pas de sosie dans le visage de sa femme ou de son mari. Ce que nous révèle ce cas clinique, c’est que la simple présentation d’un visage participe au flux ininterrompu des informations qui alimentent nos mécanismes interprétatifs et de fiction. Simplement, lorsque ces processus ne conduisent pas à la conviction inébranlable et délirante du sosie, il est plus difficile de deviner leur présence.

-Un homme à trois mains? Pourquoi pas! D’autres malades, encore plus nombreux, sont atteints du syndrome neuropsychologique qualifié d’héminégligence ou négligence gauche, consécutif à une lésion du lobe pariétal droit par exemple après un AVC, tel que je l’ai moi-même vécu en 2009, de façon partielle qui m’a laissé peu de séquelles. Pour moi, c’était la moitié droit de mon propre corps que je voyais, mais qui ne m’appartenait plus car je ne pouvais agir sur mon bras. Mais pour les malades plus gravement atteints d’anosognosie, ils n’ont pas conscience de leur paralysie et ne reconnaissant pas la moitié de leur corps et se livrent parfois à de formidables discours confabulatoires lorsqu’ils sont confrontés à leur hémiplégie par le médecin qui les examine. Il ira jusqu’à affirmer que la main paralysée que le médecin déplace n’est pas la sienne, car il possède une main gauche (ou droite) indemne. Et en prenant entre ses deux mains, il pourra aller jusqu’à dire : « Vous avez peut-être trois mains, en tout cas, ce n’est pas la mienne ». La patient perçoit sa main gauche, mais son asomatognosie l’empêche de l’identifier comme étant la sienne. Il sait recueillir les données du réel, mais au lieu d’en dresser un état objectif; il les intègre dans une fiction-interprétation-croyance plutôt singulière. La puissance de la fiction structure ici la conscience en lui imposant un contenu qui arrive à faire vaciller des représentations qui pourtant paraissent inébranlables. La question pertinente n’est pas de savoir quelle est l’interprétation la plus correcte, mais pourquoi la même situation peut donner lieu à des croyances si distinctes? C’est parce que la connaissance que chacun élabore à partir de ce jeu d’informations met en oeuvre son propre système de fictions-interprétations-croyances. Lui et moi ne cessons d’interpréter, de fictionnaliser et de croire. Et simplement, cette couche de fiction est plus aisément visible et caricaturale chez le malade négligent; et donc plus facile à identifier que chez un individu en bonne santé neurologique.

-Oublier, c’est aussi confabuler! Dans l’amnésie de Korsakov, souvent liée à certaines complications cérébrales de l’alcoolisme chronique, on rencontre un phénomène aussi spectaculaire. Le patient ne garde aucun souvenir conscient de votre passage dans sa chambre par exemple et vous accueille à chaque fois que vous y entrez comme si c’était votre première visite. Il n’a pas conscience de son amnésie et si on l’interroge, il présente un discours confabulatoire qui révèle, là encore, l’activité irrépressible de notre (humain) système de fictions-interprétations-croyances. Les patients concernés ne mentent pas et ne se moquent pas de leurs médecins et interlocuteurs. Le contenu de leurs confabulations est réaliste et correspond au télescopage de bribes de souvenirs anciens avec des éléments qui leur sont associés dans le contexte du malade.

De très nombreuses situations ont été étudiées, dans lesquelles des scénarios fictifs ont été accrédités de toute bonne foi. La nature fictionnelle de nos constructions conscientes y était aisée à reconnaître parce que dans tous les exemples de « faux souvenirs », ces fictions étaient fausses. Mais elle ne change pas de nature lorsqu’elle est exacte: nous donnons sens aux choses qui affectent notre esprit, nous les interprétons, nous les accréditons et nous y croyons. Ce n’est pas parce que nos croyances épousent parfois les contours du réel et s’approchent de la réalité objective qu’elles cessent de d’être ce qu’elles sont avant tout: des croyances, produits de nos pensées conscientes.

-Quand j’explique avec assurance les raisons de ce que j’ignore absolument! Les travaux de Roger Sperry et Michael Gazzaniga et la démonstration clinique la plus forte du caractère fictionnel de notre réalité psychiques (années 1970). C’est en étudiant et essayant de traiter des malades atteints d’épilepsie sévère que ces chercheurs ont été amenés à opérer les malades en pratiquant la séparation des deux hémisphères du cerveau par une section chirurgicale des voies nerveuses qui les font normalement communiquer. Chez de tels malades au « cerveau divisé » ou split brain, L’objectif est de réduire le retentissement de leurs crises d’épilepsie quotidiennes. Ce sont des sortes de décharges neuronales au cours desquelles le malade perd connaissance et présente des convulsions des quatre membres. C’est pour éviter l’extension de la crise et sa généralisation au cerveau entier, qui commence à un endroit localisé, que les deux chercheurs interrompent le lien qui unit les deux hémisphères. Cette technique est aujourd’hui de moins en moins réalisée du fait des progrès des thérapeutiques chirurgicales et pharmacologiques, mais aussi de la mise en évidence des conséquences cognitives d’une déconnexion entre les deux hémisphères.

Pour ces études, Sperry et Gazzaniga ont reçu le prix Nobel de médecine en 1981. Ils ont considérablement précisé la spécialisation hémisphérique. Chez un sujet sain et non « splité« , les deux hémisphères sont réunis dans un conscient unifié. Chez les malades de Sperry et Gazzaniga, cette unité semble brisée (au moins partiellement): « ces patients subissaient une sorte de dissociation de la conscience : ils pouvaient par exemple manipuler un objet dans leur main gauche en se montrant incapables de le nommer. La raison ? Chaque hémisphère du cerveau commande la partie du corps opposée. Ainsi, chez les patients split brain, l’information partant de la main gauche vers l’hémisphère droit ne peut ensuite parvenir à la « conscience » de l’hémisphère gauche, siège du langage, d’où l’impossibilité de désigner verbalement l’objet ». L’un des symptômes de cette condition neurologique porte le nom d’apraxie dite diagonistique. On observe chez ces patients des plans d’action totalement contradictoires: le malade ouvre la porte de son réfrigérateur d’une main (pilotée par l’hémisphère situé du côté opposé), tandis que l’autre la referme violemment. Le même individu construit deux plans d’action intentionnels en compétition. Gazzaniga a révélé le rôle fondamental des mécanismes d’interprétation fictionnelle dans notre fonctionnement conscient et a élaboré des situations expérimentales où un hémisphère devait réaliser un comportement précis et ensuite il demandait à l’autre hémisphère l’explication de ce comportement dont il ignorait l’origine véritable. Le chercheur a découvert qui si on soumet l’hémisphère interrogé à d’insoluble énigmes, il répond très souvent en inventant une explication imaginaire fictive à laquelle il croit en toute bonne foi (voir Gazzaniga, Ledoux et Wilson 1977). Dans ces interactions complexes chez ces patients au cerveau « splité », (pages 89 à 92), on voit que l’hémisphère gauche, doté de facultés du langage, ne cesse d’élaborer consciemment des scénarios qui donnent sens au réel. Cette « réalité psychique », qui est en discordance manifeste avec la réalité objective que constate l’expérimentateur, est ici encore ce qui fait véritablement sens pour le patient, mais c’est une construction mentale fictive.

– Quand j’explique avec assurance les raisons qui m’ont conduit à prendre la décision opposée à celle que j’ai prise. Les cas que l’on vine de voir nous mettent souvent sous les yeux et de manière caricaturale, une propriété fondamentale de l’esprit, que sinon on a bien du mal à découvrir et à imaginer parce que peut-être on pense ne pas y être soumis. Cela s’applique en réalité à chacun d’entre nous, au-delà des cadres spectaculaires de la pathologie neurologique ou psychiatrique. Il existe un mouvement permanent de va-et-vient entre les malades et les sujets « sains » que nous sommes ou plutôt que nous croyons être. Ces liens qui rapprochent l’homme malade de ceux qui ne le sont pas sont une forme d’humanisme. Ce que nous apprennent les patients « split brain » vaut pour chacun d’entre nous. Petter Johansson [vidéo]: « psychologue expérimental, étudie la cécité de choix – un phénomène dans lequel nous nous convainquons que nous obtenons ce que nous voulons, même lorsque nous ne le sommes pas. Dans un discours révélateur, il partage des expériences (conçues en collaboration avec des magiciens!) Qui visent à répondre à la question: pourquoi faisons-nous ce que nous faisons? Les résultats ont de grandes implications sur la nature de la connaissance de soi et sur la manière dont nous réagissons face à la manipulation. Vous ne vous connaissez peut-être pas aussi bien que vous le pensez« . Il a fourni une démonstration expérimentale de la dimension interprétatrice et fabulatrice de notre conscience.

A chaque essai, 2 photographies de visages féminins sont présentées à un sujet de sexe masculin, puis elles sont retournées face contre la table. Le sujet doit désigner du doigt la fille qu’il trouve la plus séduisante. L’expérimentateur retourne la carte choisie par le sujet et lui demande d’expliquer son choix (il a donc la photo sous les yeux). Après de nombreux essais survient un essai critique avec un petit tour de passe-passe. Le sujet vient de désigner la photo qui l’attire le plus (la fille A par exemple). L’expérimentateur (prestidigitateur), à l’insu du sujet, glisse alors dans sa manche la photo non choisie (la fille B) et demande au sujet d’expliquer pourquoi il a choisi cette fille, c’est à dire pourquoi il a choisi la fille B alors qu’il avait choisi en réalité la fille A. Dans la majorité des cas le sujet testé s’évertue à expliquer ce qui l’a conduit à choisir la fille B, ce qui correspond à l’inverse de ce qu’il a réellement choisi. Tous ces résultats ne s’expliquent pas par un simple effet de soumission à l’expérimentateur ni par un problème de mémoire ou de motivation, mais tout comme pour le cas du « split-brain » les expérimentateurs ont réussi à débusquer, à travers ce contexte, de nouvelles manifestations de la machine à interpréter, à croire et fabuler de notre activité mentale consciente.

-L’histoire à nulle autre pareille de Monsieur G que Lionel Naccache narre en pages 94 à 98 est tout aussi incroyable et possède un sens similaire.

2) Nous interprétons et nous croyons, donc nous sommes.

-L’aspect par lequel nous différons des patients neurologiques que nous venons de rencontrer au travers des descriptions de Lionel Naccache réside moins dans la faculté mentale d’interprétation consciente, car nous la partageons intégralement avec eux, mais dans la capacité à intégrer les autres données du monde réel afin de corriger en permanence ces états mentaux. Là où les malades neurologiques échouent, nous parvenons sans peine à mettre à jour nos fictions afin qu’elles épousent au mieux les contours du réel, ce qui rend, pour nous, plus difficile de voir le caractère fictionnel de ces créations conscientes et de mettre au jour la part d’interprétation, qui est toujours présente au sein de nos pensées conscientes, sans doute parce que la distance qui les sépare du réel est alors très faible. Lorsque cette distance est plus lâche, il est plus facile de percevoir la statut de fiction-croyance de nos pensées. C’est le cas lorsque nous exposons nos croyances (religieuses, mystiques; sociales ou interpersonnelles). C’est aussi le cas lorsque nous élaborons des interprétations de l’univers qui lui apportent de la causalité, en croyant à ces interprétations alors que la réalité extérieure ne nous envoie pas d’information décisives qui permettent de le valider ou de les invalider. Si plutôt que de douter ou de nuancer nos opinions, nous continuons continuons à leur accorder une croyance, souvent forte. Les malades nous aident à mettre au jour cette dimension de notre condition humaine, dimension qui fait de nous des êtres qui ont recours de manière irrépressible à la fiction, à l’interprétation et à la croyance.

Alors, que signifie l’exclamation pourtant commune: « il vient de se produire une chose incroyable! », sinon que c’est quelque chose à laquelle il est difficile de croire. Mais qui nous demande de croire aux choses que l’on vit ou que l’on pense? Pourquoi s’étonner ou remarquer que quelque chose est incroyable et créer un qualificatif pour caractériser cet état? Peut être parce que c’est ainsi qu’on réussit à exister en nous évertuant à ne pas faire grand chose d’autre que de produire du sens auquel nous parvenons à croire.

-Mais quel lien cela a t-il avec la connaissance, le sujet de départ du livre? En philosophie, « la connaissance est l’état de celui qui connaît ou sait quelque chose. On appelle aussi « connaissance » les choses connues elles-mêmes, et par extension les choses qui sont tenues pour des connaissances par un individu ou une société donnée ». Donc la connaissance implique le sujet, elle implique chacun des sujets que nous sommes. Et c’est un rouage essentiels de la condition humaine auquel ce détour neurologique permet d’accéder. Nous sommes des êtres pétris de fictions et de croyances. Dès que nous prenons conscience d’une information, que nous faisons connaissance avec elle en prenant connaissance d’elle, nous l’interprétons et l’incorporons dans des constructions fictionnelles. C’est la couche des représentations que Kant et Husserl  implique le sujet, elle implique chacun des sujets que nous sommes. Et c’est un rouage essentiels de la condition humaine auquel ce détour neurologique permet d’accéder. Nous sommes des êtres pétris de fictions et de croyances. Dès que nous prenons conscience d’une information, que nous faisons connaissance avec elle en prenant connaissance d’elle, nous l’interprétons et l’incorporons dans des constructions fictionnelles. C’est la couche des représentations que Kant et Husserl et en conséquence, « nous ne voyons jamais directement la réalité mais uniquement et toujours des représentations projetées sur l’écran de nos consciences. Et ces projections sont perturbées et influencées par un nombre d’éléments et de faits incalculables : souvenirs, émotions, affectivité, opinions, préjugés, milieu social, éducation…, auxquels on peut rajouter l’imperfection de chacun des sens censés nous apporter des informations. » C’est aussi la vision de Schopenhauer. Cette première étape de la construction d’une représentation opère très souvent de façon non consciente. La prise de conscience correspond, en règle générale à un deuxième temps. Par exemple, le site lecerveau.mcgill.ca explique:  dans la perception visuelle, « Qu’observe-t-on alors dans le cerveau lorsque l’on projette un mot brièvement ou plus longuement ? Que le mot soit perçu ou pas, les 275 premières millisecondes (ms) sont identiques : seul le cortex visuel est activé. Cela correspond bien au traitement modulaire bien connu du cortex visuel. Mais par la suite, selon que le mot est rapporté comme ayant été vu consciemment ou non, l’activité cérébrale diffère (voir l’animation ci-contre).quand le mot est vu consciemment, l’activation est largement amplifiée et réverbérée d’abord à travers le cortex frontal (dès 275 ms), ensuite préfrontal (dès 300 ms), cingulaire antérieur (dès 430 ms) et finalement pariétal (dès 575 ms). Mais lorsque le mot n’est pas vu consciemment, l’activation demeure localisée dans le cortex visuel et s’éteint progressivement jusqu’à ce que toute activité cesse à partir de 300 ms. Pour qu’il y ait conscience, il semble donc qu’il doit y avoir échange ou résonance entre différentes régions du cerveau ».

En conclusion, l’étape de la prise de conscience n’est pas un accès pur et direct « à la chose » en elle-même (la chose en soi), puisque toute prise de conscience incorpore nécessairement et systématiquement une couche interprétative. Donc toute réflexion sur la connaissance et sur le sujet qui en est l’acteur, doit prendre en compte cette dimension de la fiction dans laquelle s’enracine notre subjectivité. Pas de connaissance sans sujet, donc sans système de fictions-interprétations-croyances!


3) Conclusion de cette deuxième partie « Une histoire de Neuroscience-fiction: au sujet de la connaissance.

liens: https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_2004_num_102_3_7564Les actes de connaissance. La pragmatique de la cognition et le problème épistémique de la justification

https://www.etudier.com/dissertations/l’Interpr%C3%A9tation-Acte-De-Connaissance-Ou-De/338404.htmll’interprétation acte de connaissance ou de volonté?

http://www.philocours.com/new/cours/pages/cours-conscience.htmlhttps://www.persee.fr/doc/lgge_0458-726x_1991_num_25_103_1606Objets et discours de représentation                

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1524Nancy Huston développe l’idée d’une fonction cérébrale spécifiquement humaine : la « capacité fabulatrice » ! Comme elle l’écrit dans « L’espèce fabulatrice« .

     3-1) Avec Lionel Naccache, on peut maintenant essayer de donner une définition générale de la connaissance à la lumière de ce que nous ont appris les neurosciences de l’esprit sain et de l’homme malade. L’acte de connaissance implique un sujet connaissant et un objet de connaissance. Le sujet fait connaissance de l’objet visé à travers la saisie des d’informations qui sont extraites de l’ob-jet [du latin objectum, est étymologiquement ce qui est jeté devant nos yeux ou plus généralement notre conscience. Il s’agit donc de tout ce que nous pouvons percevoir, penser ou vouloir. En ce sens, tout ce qui existe peut être dit objet, du moment qu’on y pense, y compris une personne qui est « objet d’amour ». Un objet est ainsi ce qui est pensé par opposition au sujet qui est ce qui pense. L’objet ne doit pas être confondu avec la chose qui en latin se dit res, c’est-à-dire ce qui existe par soi-même, qu’on y pense ou pas]. Une fois saisies, ces informations propres à l’objet sont assimilées par le sujet qui, comme on l’a vu, en construit une représentation. La connaissance appartient donc à la classe des phénomènes, qui relient un sujet et un objet à travers une relation intentionnelle, avec intentionnalité au sens phénoménologique de Husserl (dont il dit lui-même:  « ce qui devient problématique, c’est la possibilité, pour la connaissance, d’atteindre un objet qui pourtant est en soi-même ce qu’il est »..  Donc la connaissance est toujours connaissance de quelque chose, une visée vers vers un objet de savoir initialement extérieur au contenu immédiat (1) La conscience immédiate : ce qui accompagne tous nos actes, nos perceptions, etc (sorte de présence du monde, à laquelle nous faisons attention : nous ne sommes alors pas « immergés » dans le monde, confondus avec) Ici l’exemple serait : percevoir un objet; se rendre compte qu’un objet est devant nous; et même, c’est ici qu’on rangerait « il a perdu conscience » (ie : il n’est plus « éveillé ») de la conscience du sujet.

L’acte de connaître met en scène trois entités:-le sujet X tel qu’il existait et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y-L’objet Y qui est le support de cet acte de connaissance.-Le sujet X’ qui est le sujet ayant absorbé l’objet Y, c’est à dire le sujet ayant mis à jour ses représentations mentales à la lumière des nouvelles connaissances acquises. 

Le cadre des champs qui peuvent faire l’objet d’un acte de connaissance est extrêmement varié ( scientifique, artistique, amoureux, religieux, sportif, social etc.). Le point commun à chacune de ses modalité est la transformation du sujet. Etant donné que l’objet peut également être un individu ou un groupe de sujets qui pourront tirer de cette rencontre une expérience de connaissance, cela introduit une récursivité intersubjective et donc une richesse vertigineuse dans cette forme de connaissance qui implique un ou les autres sujets que moi. Mais entre les deux états X et X’, qu’est-ce qui va être transformé chez le sujet? L’enjeu de la connaissance est d’abord l’appropriation par le sujet d’informations considérées en elles-mêmes, mais aussi sa possibilité de vivre une transformation, parfois radicale, de son identité. Connaître, c’est donc mettre en jeu notre ensemble de croyances, des plus profondes aux plus superficielles, et prendre le risque de les voir subir des modifications que nous n’avions pas pu (totalement) anticiper et découvrir ce que nous ne connaissions pas encore. Cela peut être une source de joie, de liberté, d’émancipation et d’épanouissement, mais aussi un chemin vers la tragédie et la souffrance. L’expérience de connaissance a donc bien un objet et un contenu objectif, mais n’est comparable avec un téléchargement informatique ou à l’activation d’une mémoire vive, mais elle « insiste » sur la composante qu’on a souvent tendance à négliger, le sujet.qui, dans cette acte se transforme en enrichissement ou en appauvrissement. 

La connaissance est donc autant une histoire de « JE », une histoire de sujets, que la préoccupation et l’étude des objets qui la constituent ou pour les sources d’information qui sauront nourrir nos expériences. Au sujet de la connaissance est l’acteur de la connaissance!  La connaissance expose l’individu à des métamorphoses, parfois imprévisibles, de son identité. Mais il serait illusoire d’imaginer qu’un sujet puisse figer un fois pour toutes son « identité », ce serait décider de ne plus jamais connaître. L’identité est un processus vivant. Morte, elle s’appelle momie, zombie, cadavre. On peut maintenant donner un sens contemporain à ce concept de « poison vital », la connaissance, qui hante l’humanité depuis des millénaires. Rappelons ici qu’en biologie, l’équilibre ne caractérise pas la vie, mais la mort. L’art de la lecture est « est une mise en abyme de la connaissance qui participe elle-même à la réhabilitation du sujet » puisqu’elle affirme que lire n’est pas une opération passive, vierge de sujet, mais une appropriation active, par le lecteur, d’un discours initialement extérieur auquel il confère de nouvelles interprétations. 

De plus, rappelle Lionnel Naccache, le même contenu informationnel et propositionnel délivré dans deux contextes cognitifs différents de plusieurs siècles conserve un même contenu objectif intrinsèque, mais ne donne pas lieu à la même expérience subjective, ni aux mêmes bouleversements des systèmes de croyance des individus connaissants. Rappelons-nous le regard que portait Galilée sur la connaissance de son époque concernant la situation de la Terre dans l’univers, sa propre connaissance et son procès. De nos jours, un enfant de 7 ans n’aurait aucune difficulté à à choisir la réponse: « la Terre tourne autour du soleil » si la question lui est posée par exemple dans une fiche d’un livre pour enfants tel « Les incollables« . 
La relation maître à discipleC’est sans doute une des meilleures manières de faire l’expérience de cette « couche interprétative » et de cette dimension subjective indissociable de la connaissance qui a été évoquée à la fin du chapitre 2. Ce mode de relation intersubjective est éprouvé depuis la nuit des temps pour assurer la pérennité et la qualité de la transmission de la connaissance. Elle met en lumière la transformations des 
systèmes de fictions-interprétations-croyances, aussi bien celle du disciple que celle du maître, suijet lui-même qui fait face à un autre sujet. Le maître offre au disciple ses propres mises en forme fictionnelles des informations qu’il transmet et il évolue lui-même au fil de la transmission. Et de son côté, le disciple reçoit, mais doit aussi s’approprier ces connaissances et les faire siennes, et donc prendre suffisamment de recul pour les faire exister en lui-même et les incorporer à ses propres constructions fictionnelles qui, à leur tour, seront modifiées par cette expérience. La connaissance reçue et construite par le disciple peut alors être renvoyée vers le maître qui la découvrira à son tour. Expérience sans fin donc, qui a été célébrée par George Steiner! « C’est une relation riche, complexe, ambiguë, ambivalente, composée de séduction et de distance, d’amour et de haine, de souffrance et de joie »

Le sujet et sa conscience réflexive. C’est le regard que le sujet se porte sur lui-même. Elle n’échappe pas à ce principe général qui semble définir la conscience humaine. C’est ici encore une construction subjective, mais son objet n’est autre que le sujet lui-même. Autrement dit: le « JE » est une fiction! J’existe, bien sûr, mais comme une fiction, produit du système de fictions-interprétations-croyances qui m’habite. C’est une croyance à laquelle nous ne pouvons pas ne pas croire. Le « Je » se construit dans toutes les révisions que ne cesse de lui apporter notre irrépressible activité fabulatrice (le moi?). 

Les risques de la connaissance. 

Le premier risque peut s’appeler la mue du « JE ». La révision de notre système de fictions-interprétations-croyances peut être si radicale que le « JE » qui en ressort peut ne plus rien avoir à partager avec celui que nous étions jusqu’à présent et il peut devenir un autre, étranger à celui qu’il était. On assiste alors à la disparition du « JE » initial à travers ce processus de métamorphose. Comment alors restaurer une continuité dans cette chaîne des « JE » successifs qui, à force de ne plus être tout à fait les mêmes courent le risque de n’être plus personne? C’est peut-être ce qui participe en partie des phénomènes actuellement en recrudescence de « crispation identitaire« , résistances à l’ouverture vers l’inconnu et qui est vécue comme une menace identitaire. Jean-Claude Kaufmann pointe trois grandes erreurs sur l’identité: « Première erreur: Croire que l’identité renvoie à l’histoire, à notre mémoire, à nos racines. En fait, c’est exactement le contraire. «C’est un travail de l’individu, explique le sociologue. L’identité renvoie à une subjectivité en vue de produire du sens» et résulte des multiples choix que l’on fait à chaque instant […]« . De ces erreurs et confusions peuvent naître «l’engrenage pervers qui renforce les intégrismes identitaires». 

Le deuxième risque, plus périlleux encore, constitue, pour Lionel Naccache, l’étape ultime de la connaissance, l’épreuve finale qui seule autorise, ou non, la poursuite de l’aventure. C’est la connaissance qui rend lucide le sujet sur son propre compte et qui lui permet de réaliser, une fois pour toutes, que le « JE » est une fiction. Il existe, bien sûr, mais pas comme existent les objets qui apparaissent autour de lui. Il n’y a nul autre point d’ancrage à la réalité dans ce monde de « JE », que celui de leur existence fictionnelle. L’épreuve ultime de la connaissance, c’est se reconnaître soi-même comme une fiction, s’aimer et s’admettre comme tel, au risque sinon de sombrer, sombrer dans le néant qui reprend ses droits dès que le sens s’absente, dès que l’interprétation et la fiction faiblissent et n’osent plus faire entendre leur voix. C’est le « connaît-toi toi-même » socratique, prise de conscience première, périlleuse, mais indispensable!

3-2) Néant der Tale, ou le récit du néant.

Civilisation avancée 10 000 ans avant J C.

Cette menace existentielle possède une dimension universelle qui permet de donner sens à l’héritage mythologique du « poison vital » que nous avons trouvé dans mes articles 1 et 2. C’est une des clés dont nous sommes héritiers depuis les origines de l’histoire humaine

dans laquelle nos pensées s’inscrivent dans des textes. Plus (?) de trois mille ans de culture (occidentale?) Lionel Naccache a, dans le dernier chapitre de son livre, imaginé un mythe contemporain de la connaissance partant d’une hypothèse dépourvue de vérité historique, scientifique ou même préhistorique: Néant der Tale, ou le récit du néant: et si nous étions les héritiers d’hominidés plus aptes que nous (les auto-proclamés homo-sapiens) à l’exercice de la connaissance? Ces hominidés, qui auraient disparu du fait même du péril de la connaissance pourraient être les contemporains de nos ancêtres l’homme de Néandertal qui a vécu en Europe et au proche et moyen-orient. Apparu il y a environ 300 000 ans, il disparut en quelques millénaires il y a environ 30 000 ans avec l’arrivée des premiers homo-sapiens en Europe. Néandertal disposait d’un volume endocrânien supérieur au notre (1300 – 1 700 cm3) contre (1300 – 1 500 cm3).Il semble que les similitudes de comportements de subsistance entre les Néanderthaliens et les Hommes modernes soient plus importantes que les différences.Ils respectaient des rites funéraires, maîtrisaient la taille des pierres et disposaient probablement du langage et la culture et l’art étaient certainement développées dans leur société. Le mystère de la soudaine disparition de la civilisation Néandertalienne demeure entier, même si de nombreux scénarios ont été envisagés, dont l’extinction par hybridation.

Pourquoi ne pas envisager, avec Lionel Naccache, une hypothèse que peu de personnes imaginent: l’homme de Néandertal, ou l’homme qui en savait trop? Ce serait la première victime de la connaissance, de la connaissance de soi qui, poussée à l’extrême, anéantirait tout espoir de trouver une signification dans l’existence. Néandertal aurait-il été victime d’un suicide collectif (philosophique) inscrit dans la pensée culturelle de cette espèce? Aurait-il attendu, (par conscience existentielle !), durant de nombreux millénaires, la rencontre avec un hominidé plus stupide que lui, cet homme à qui il pourrait transmettre une partie seulement de son savoir, celle qui lui permettrait de survivre, tout en lui chuchotant à l’oreille que connaître est « un poison vital »? Et un jour, cet homme lui apparut, venant de l’est: nous! Nous, dont les ancêtres auraient assisté à sa disparition vécue par ces hommes comme l’aboutissement ultime de la connaissance extrême. Ils auraient transmis cette menace (l’héritage empoisonné de Néandertal?) oralement durant des dizaines de milliers d’années, puis celle-ci serait alors apparue, transfigurée, sous la forme de mythes fondateurs dont nous ignorons les origines? Ainsi, nous, les « Homo Sapiens« , qui sommes ignorants des origines de nos mythes, ne fûmes pas les plus sapiens d’entre les Homos.Ce mythe contemporain transculturel est le Néant der Tale, ou le récit du néant que Lionel Naccache a fait figurer dans la quatrième et dernière partis de son livre. C’est à l’époque Moustérienne que vivait cet hominidé dont la connaissance avait atteint des limites existentielles on sans doute atteint des limites nihilistes qui l’ont amené à un suicide individuel et collectif avant de nous laisse la conduite des affaire de ce monde. Ce fut le premier « suicide philosophique » de masse de l’Histoire ou plutôt de la préhistoire. Certains d’entre eux (?) auraient décidé de nous protéger contre ce mal qui les avait détruits, le savoir, la connaissance du monde et surtout la connaissance de soi. 


Terminons cet article et « ma lecture » de cette deuxième partie avec le commentaire de Lionel Naccache: « Nous disposons d’une réponse claire et tranchée à la question de l’actualité des menaces de la connaissance. Plus encore, nous avons proposé une explicitation de l’essence même de ces menaces, d’où il ressort que, telles les deux faces d’une médaille, la connaissance nous expose à certaines menaces du fait même qu’elle nous offre dans le même temps la possibilité unique d’enrichir notre identité ».

Alors que l’actualité en ce début 2019 pose de plus en plus de questionnements, ma lecture du livre va maintenant porter sur notre rapport actuel à la connaissance qui constitue encore une énigme, car, si la connaissance constitue un danger existentiel constitutif de son essence, pourquoi et comment sommes-nous devenus les premières générations de l’histoire de a culture occidentale à ne plus prendre conscience de la menace que représente la connaissance, alors que l’avenir de l’humanité semble menacé?. Pourquoi et comment cette composante qui était présente à nos côtés depuis les récits bibliques et mythologiques antiques a t-elle disparu de notre discours contemporain? Sommes-nous devenus aveugles et insensibles? C’est que les « mauvaises solutions » imaginées au fil des siècles, que nous avons évoquées, ont perdu leur attrait et leur puissance, et sont aujourd’hui explicitement condamnées par les sociétés occidentales, même si certaines resurgissent trop souvent. C’étaient le cloisonnement de la connaissance, l’obscurantisme religieux, la censure politique ou la manipulation idéologique des esprits. Et maintenant nous faisons l’apologie de la connaissance comme jamais nulle société humaine ne semble l’avoir fait! Existerait-il une « mauvaise solution » contemporaine ainsi qu’un lien entre toutes ces « mauvaises solutions »? C’est ce que nous essaierons de découvrir dans mes prochains articles, qui sont « ma lecture » de la troisième partie du livre de Lionel Naccache Perdons-nous connaissance?MALAISE CONTEMPORAIN DANS LA CONNAISSANCE.

liens:

,Johann Carl Fuhlrott 

https://lejournal.cnrs.fr/articles/neandertal-le-cousin-rehabilite

https://www.geo.fr/histoire/comment-l-homme-de-neandertal-a-pris-sa-revanche-189168:   Comment l’homme de Neandertal a pris sa revanche?

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-hyperrealite-outil-de-controle-213621?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+agoravox%2FgEOF+%28AgoraVox+-+le+journal+citoyen%29L’hyperréalité, outil de contrôle des masses

https://fr.wikipedia.org/wiki/Conscience: La conscience

http://lecerveau.mcgill.ca/index.php: Le cerveau à tous les niveaux

https://journals.openedition.org/lhomme/20782: Lionel Naccache, Le Nouvel Inconscient. Freud, Christophe Colomb des neurosciences. (Texte intégral)
https://www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2015-2-page-: La perception au fondement de la connaissance
http://www.aline-louangvannasy.org/article-cours-la-conscience-1-la-conscience-sensible-115909827.html: LA CONSCIENCE 1 – La conscience sensible ; la perception.
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/comment-le-cerveau-elabore-t-il-la-conscience_103268: Comment le cerveau élabore-t-il la conscience ?,Par Hugo Jalinière le 13.04.2016. Le fait d’être conscient procède-t-il d’un phénomène cérébral continu ou discontinu ? Un vaste débat en neurosciences auquel des chercheurs proposent de substituer une troisième voie.
https://www.em-consulte.com/en/article/959544: Perception consciente ou perception inconsciente : quel rapport entre perception et conscience ?
http://www.philopsis.fr/IMG/pdf_perception_merleau-ponty_dupond.pdf: la perception chez merleau ponty
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2013/138/ LIBRE ARBITRE ET INTELLIGENCE DE L’INCONSCIENT :QU’EN PENSENT LES PSYCHANALYSTES ? Le récent ouvrage de Michaël Gazzaniga, Le libre arbitre et la science du cerveau, (2013), montre les apports possibles, 1) pour une approche plus proche de la réalité du psychisme, 2) confirme certaines hypothèses de la psychologie analytique de C.G. Jung, et 3) conduit à penser que Freud/Lacan auraient tort, notamment, sur la question cruciale de l’inconscient et de son approche trop langagière.Le libre arbitre et la science du cerveau montre les apports possibles, 1) pour une approche plus proche de la réalité du psychisme, 2) confirme certaines hypothèses de la psychologie analytique de C.G. Jung, et 3) conduit à penser que Freud/Lacan auraient tort, notamment, sur la question cruciale de l’inconscient etde son approche trop langagière. QU’EN PENSENT LES PSYCHANALYSTES ?
http://www.jung-neuroscience.com/michael-gazzaniga/Michael Gazzaniga, neuroscientifique confirme l’expérience de Jung que l’inconscient non seulement parle, mais surtout qu’il interprète nos actions .
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ph%C3%A9nom%C3%A9nologie_de_la_perception: La Phénoménologie de la Perception (1945), œuvre majeure de philosophe Maurice Merleau-Ponty, l’un des fondateurs de la phénoménologie. Dans l’esprit des recherches d’Edmund Husserl, le projet de Merleau-Ponty entreprend de révéler la structure du phénomène de la perception. Traditionnellement la perception est définie comme l’activité de l’esprit par laquelle un sujet prend conscience d’objets et de propriétés présents dans son environnement sur le fondement d’informations délivrées par les sens1Maurice Merleau-Ponty s’est attaché à montrer depuis une précédente œuvre qui date de 1942 La Structure du comportement que l’idée de perception est entachée d’un certain nombre de préjugés qui masquent la vérité. Dans ces deux œuvres l’auteur chercherait à penser selon Pascal Dupond2 ce qu’il appelle un premier « contact naïf avec le monde » qui de fait précéderait toute possibilité de perception. Croire que la perception peut nous dévoiler la vérité sur l’existence et la vérité des choses en soi, c’est prendre appui sur un ensemble informulé de préjugés.
http://filosofi.unblog.fr/2007/03/08/la-perception/: philosophie au 21e siècle: LA PERCEPTION INTRODUCTION I) LA PERCEPTION INTROUVABLE : LES PREJUGES CLASSIQUE A) SENSATION ET PERCEPTION : L’APPROCHE SCIENTIFIQUE CLASSIQUE B) L’APPROCHE EMPIRISTE (texte de Hume) C) L’APPROCHE INTELLECTUALISTE (Descartes) II) LA PHENOMENOLOGIE DE LA PERCEPTION A) LA PSYCHOLOGIE DE LA FORME B) LE CORPS ET LA PERCEPTION (texte de Merleau-Ponty) C) LA METHODE PHENOMENOLOGIQUE D) MERLEAU-PONTY ET LE RETOUR A L’EXPERIENCE DIRECTE
https://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2316: Comment se repérer entre fiction et réalité ?
https://www.nonfiction.fr/article-6564-entre-le-cerveau-et-la-conscience-le-temps.htm: Entre le cerveau et la conscience : le temps (L’esprit au-delà des neurones : une exploration de la conscience et de la liberté par benjamin libet)
http://www.charlatans.info/droitetgauche.shtml: Cerveau droit, cerveau gauche : le mythe et…le charlatanisme
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1510: d’où vient l’intelligence humaine La dialectique auto-organisée de l’individu et de la collectivité, du corps et du cerveau, des émotions et de la pensée, de l’inconscient et du conscient, de la logique et de l’imaginaire, du lent et du rapide
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2010/103/naccache.htm#na3: Lionel Naccache s’interroge sur le sens que peut prendre ce concept dans une société telle que la nôtre. Elle se proclame en effet société de la connaissance et dans le même temps, se définit comme une société de l’information. Ces deux qualificatifs sont effectivement mérités.


http://philoscience.over-blog.com/article-perdons-nous-connaissance-par-lionel-nac-43650908.html: Lionel Naccache vient de publier un nouvel essai, « Perdons-nous connaissance » où il s’interroge sur le sens que peut prendre ce concept dans une société telle que la nôtre. Elle se proclame en effet société de la connaissance et dans le même temps, se définit comme une société de l’information. Ces deux qualificatifs sont effectivement mérités. Non seulement les œuvres de toutes sortes sont diffusées très largement (là où du moins le permettent les quelques censures qui demeurent) mais de plus en plus de gens jusque là inaudibles peuvent témoigner et discuter en leur nom propre ou en celui de minorités diverses. Beaucoup d’esprits chagrins déplorent la cacophonie qui en résulte. Ce n’est pas le cas de Lionel Naccache aux yeux de qui les outils de la société de l’information, notamment Internet, rendent d’immenses services. Mais pour lui ils ne règlent pas cependant la question de la connaissance. Si Internet favorise en effet indiscutablement l’accès aux travaux scientifiques qui sont quoiqu’en pensent les sceptiques les seules sources objectives de connaissance sur l’univers et sur tout ce qu’il contient, il favorise aussi la diffusion d’informations dont nul ne peut dire si elles sont inventés et propagées par des esprits y trouvant un moyen de se donner de l’importance, ou si elles renvoient à des faits réels dont nous n’aurions pas été jusqu’à présent informés. 2)
Au delà de la question des relations entre l’information et la connaissance, qui est en effet de plus en plus d’actualité, Lionel Naccache se pose une autre question, dont les implications en philosophie des sciences sont tout aussi grandes: pourquoi les traditions antiques dont témoignent les textes qui nous sont parvenus manifestent-elles une telle défiance à l’égard de la connaissance? Qu’est-ce alors que cette connaissance, décrites comme tellement dangereuse par certains philosophes grecs et surtout par les écritures chrétiennes et juives ? Pourquoi alors aujourd’hui nos sociétés de la connaissance, excepté les contestataires des techno-sciences (dont ils font eux-mêmes sans s’en rendre compte un mythe), ne semblent plus s’en défier?
Lionel Naccache pense répondre à cette double question en rappelant que la connaissance n’est pas seulement une relation entre un Réel extérieur jusque là inconnu et une description qui en est donnée sous une forme impersonnelle. C’est aussi une relation avec le sujet qui procède à cette description ou qui s’en inspire pour améliorer son rapport au monde. Or le sujet n’est pas l’observateur neutre que postulent beaucoup de sciences. C’est une entité singulière, prenant la forme d’un corps et d’un esprit profondément déterminée par des contraintes lui interdisant un rapport objectif avec ce qu’il perçoit du monde. Les constructions que fait son cerveau des données perçues par ses sens, les interprétations qu’il donne ensuite à ces constructions en fonction notamment de la façon dont elles sont reçues par les autres, correspondent à un besoin vital pour le sujet: élaborer une description de lui-même et de son histoire, autrement dit de son Je, qui soit aussi valorisante, mobilisatrice, que possible.
On a pu dire en effet, Lionel Naccache en particulier dans le Nouvel Inconscient, que le Je était une projection hallucinée de l’être tout entier sur l’écran de visualisation permis par la conscience. Il est donc important de montrer comment le Je conscient crée ou utilise l’information, qu’elle soit de détail ou qu’elle s’organise en vastes systèmes de connaissances, pour améliorer son adaptativité dans le conflit darwinien pour la survie qui l’oppose aux autres espèces et à ses semblables.
Pour illustrer cette thèse, que nous espérons avoir résumée sommairement sans la déformer, la première partie du livre propose une incursion dans la Mythologie dont la précision surprendra ceux ayant un peu oublié l’histoire des philosophies et des religions. Il aborde successivement la mythologie grecque et les propos de Platon, les écritures de la Bible et leurs commentaires par le Talmud, les légendes plus récentes de la Renaissance européenne, avec notamment le mythe du Dr Faust. Dans tous ces cas, selon les auteurs inconnus de ces légendes, ceux qui avaient voulu s’alimenter aux fruits de la Connaissance ont subi des destins effroyables, aussi nobles qu’aient pu être leurs intentions.
Lionel Naccache montre ensuite comment le Siècle des Lumières et les Encyclopédistes ont pris le contre-pied de ces attitudes, en proposant au contraire l’accès de tous aux connaissances scientifiques de l’époque, au risque de s’illusionner sur l’influence bénéfique que pouvait avoir l’esprit des Lumières sur des cerveaux encore englués dans les anciennes croyances. Il se pose sans apporter de réponses précises, on le conçoit, une question sur laquelle nous allons revenir: à quel type de Connaissance faisaient allusion les anciens mythes et pourquoi voulaient-ils tellement en tenir écarté le vulgum pecus ? L’hypothèse selon laquelle les institutions religieuses et politiques voulaient s’en réserver le monopole est un peu trop simple sans doute.
La deuxième partie du livre, plaisamment intitulée Une histoire de neurosciences-fiction, est toute différente. Elle commente l’expérience clinique de l’auteur et de nombre de ses confrères confrontés aux véritables drames que sont les destructions, même plus ou moins localisées, des différentes aires cérébrales qui concourent à la cohérence d’ensemble de l’esprit et à son expression à travers le langage et les comportements sociaux. Les ouvrages de neurosciences rapportent dorénavant nombre de tels cas, mais il est bon de les entendre évoqués par un clinicien situé si l’on peut dire en première ligne.
On y voit notamment comment les rationalisations, c’est-à-dire les histoires que se raconte un patient pour expliquer un déficit de perception ou d’interprétation sans l’imputer à un trouble interne qui en est la vraie cause mais qu’il ne peut observer lui-même, construisent pour ce patient un univers de connaissances très satisfaisant, mais qui repose évidemment sur une distorsion profonde de ce que nous appelons la réalité. Freud avait fait la même constatation à propos des rationalisations que dans certaines névroses et psychoses le malade invente pour la plus grande gloire de son moi. On sait que dans les rêves, chacun d’entre nous fait de même à tous moments et à tous propos, sans que cela, en principe, ne perturbe la bonne qualité de notre jugement lorsque nous nous réveillons.
Ces exemples tirés de la clinique permettent à l’auteur de revenir sur la définition de l’acte de connaissance. Cet acte met en scène trois unités, le sujet X tel qu’il était et se représentait à lui-même avant de connaître l’objet Y, cet objet Y tel qu’il existe dans le monde extérieur au sujet et enfin le sujet X’, le sujet tel qu’il est devenu après avoir assimilé l’objet Y. Les objets de connaissance sont multiples, mais tous modifient en le réorganisant le sujet qui s’en laisse pénétrer et quasiment coloniser. Si l’on veut tenter de comprendre le monde extérieur générant les objets de connaissance qui circulent à son propos, il ne faut pas se limiter à analyser les informations brutes en émanant, mais les sujets et plus précisément, dans le champ de la conscience, les Je des sujets qui reprennent et interprètent ces informations, en les présentant comme participant à un processus objectif de connaissance. Les sujets subissent en recueillant ces informations des transformations plus ou moins profondes qui se traduisent par des stratégies destinées à protéger ou renforcer leurs Je. Dans certains cas, ces informations leur semblent si dangereuses pour la salubrité de ces Je qu’ils les nient purement et simplement. C’est un déni de réalité, que nous pourrions illustrer par le fameux déni de grossesse dont on a fait mention récemment dans la presse 3)
La troisième partie du livre est consacrée à l’analyse de la société de l’information telle qu’elle s’établit dans les régimes démocratiques où notamment l’Internet se déploie sans censures trop marquées. Lionel Naccache insiste là à juste titre sur le fait que cette information n’est pas pour autant synonyme de connaissance généralisée et uniformément répartie. Il est bon de démonter les illusions que recèle le concept, au moins pour les naïfs qui le prendrait au pied de la lettre. Au delà de considérations qui seraient familières pour nos lecteurs à qui n’échappe aucune des illusions mais aussi aucune des vertus du média que nous utilisons constamment, il souligne à nouveau que ne pas prendre en compte les « sujets qui parlent » conduit directement à l’erreur grossière et à la manipulation. Beaucoup de stratégies de captation de l’intérêt (et du soutien financier) des citoyens de la société de l’information s’appuient sur le prestige tenant à l’argumentation pseudo-technique et pseudo-scientifique. Il cite à cet égard, après bien d’autres, mais qui ne sont pas encore assez nombreux, les mensonges des défenseurs de l’Intelligent Design.
Nous sommes bien placés sur ce site pour en parler puisque nous avons subi les attaques de ceux qui, derrière la Templeton Foundation américaine, prétendent donner des bases scientifiques aux affirmations des Ecritures chrétiennes. Aujourd’hui, les défenseurs d’une prétendue science islamique ne procèdent pas différemment (voir par exemple notre brève d’actualité récente : A la gloire de la science islamique 4).
Dans cette troisième partie, qui comprend beaucoup d’incidentes que nous ne pouvons mentionner, figure une critique que nous estimons tout à fait fondée. Elle s’adresse aux mathématiciens, toujours aussi nombreux, qui prétendent, avec à leur tête l’illustre Alain Connes, déchiffrer un univers existant en soi, en dehors des cerveaux humains et même des réalités matérielles, celui des mathématiques pures. Il montre aisément que les mathématiques, quelles que soient leurs formes et langages, sont des constructions trouvant leurs sources, non seulement dans les intentions des sujets qui les « découvrent », mais dans des bases neurales spécifiques, propres non seulement aux primates que nous sommes mais aussi à de nombreux autres animaux, comme l’a récemment montré Stanislas Dehaene. Il s’agissait initialement de constructions de survie permettant de mettre de l’ordre, en fonction des expériences empiriques vécues par les sujets, dans le flux constant des phénomènes qui les assaillaient.

article 2) Perdons-nous connaissance? première partie suite (chapitres 3 et 4)


               


article 2) Perdons-nous connaissance? 

 Ma lecture du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache:

première partie suite chapitres 3 et 4

fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_la_connaissance_du_bien_et_du_mal
http://www.centrebethanie.org/2016/09/l-arbre-de-la-connaissance.html

J’écris mon blog pour partager ma soif de connaissances, mes réflexions et mes passions et mes lectures. Dans ces articles, je voudrais partager « ma lecture » du livre de Lionel Naccache  « Perdons-nous connaissance?« . Ecrire ce que je retiens de mes lectures me permet de réfléchir à la compréhension que j’en ai. je mets entre guillemets les passages qui me semblent importants ou qui me frappent. Et par dessus tout je fais des recherches sur internet pour compléter ma lecture avec le maximum de liens que souhaite responsables, qui permettent aux lecteurs d’approfondir la connaissance du sujet.  

 Ma lecture du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache: c’est-à-dire perdons-nous le sens de ce qu’est la connaissance (philosophie) alors que nous nous autoproclamons  » société de la connaissance « ? Aujourd’hui, la connaissance ne fait plus peur à personne, alors que depuis trois mille ans notre culture occidentale n’a cessé de la décrire comme vitale et dangereuse. Oui, dangereuse, qui s’en sou-vient encore? Cette rupture avec notre héritage constitue-t-elle un progrès ou une régression, une chute ou une ascension? La Mythologie et la Neurologie, sources de  » connaissance de la connaissance « , nous offriront de précieuses clés pour résoudre ce paradoxe inédit dans l’histoire de la pensée. 


Préambule: Pourquoi cette question « Perdons-nos connaissance? » alors que nous avons cette merveilleuse faculté qui nous semble aller de soi, la capacité de connaître ce que nous ne connaissions pas encore à l’instant qui précédait. Notre société s’autoproclame en effet « société de la connaissance » comme elle ne l’avait jamais fait auparavant. Et pourtant, depuis les origines de notre culture, la connaissance est représentée comme un danger, un « poison vital ». Elle serait porteuse d’un certain danger existentiel qui a imprégné notre culture depuis plus de 3 000 ans jusqu’à l’époque moderne avec le siècle des Lumières que Bertrand Vergely a appelées « obscures Lumières« , et dont j’ai présenté ma lecture dans l’article de mon blog. Ce danger multi-millénaire s’est exprimé dans trois grands mythes qui ont façonné notre civilisation.Les chapitres que nous avons vus dans l’article 1:

1) Avant-propos. 1-1) Adam et Ève face à l’arbre de la connaissance. 1-2) Le tragique destin d’Icare1-3) L’allégorie de la caverne de Platon. 1-4) La figure de Faust.

2) Ma lecture du livre de Lionel Naccache. Première partie; une menace vieille comme le monde

2-1) La connaissance menace Athènes l’éternelle –chapitre 1-  

2-1-1) I comme Icare est significatif pour la problématique de la connaissance. Pour l’instant retenons que Icare vient de nous enseigner que connaître sans limites est une démesure  condamnable et dangereuse. Cette menace ainsi stigmatisée semble engager l’individu dans son rapport personnel et solitaire avec la connaissance.

2-1-2) L’homme qui en savait trop. chapitre 1 suite: la connaissance menace Athènes Conclusion: Pour

 Platon et Socrate, l’homme de connaissance serait l’inévitable victime de la violence du groupe qui l’entoure. Icare nous montrait les risques du rapport de l’individu face à la connaissance. Ici, Platon nous indique que l’homme qui connaît est également vécu comme une menace par ses congénères et que cette menace conduit à la disparition inéluctable de celui qui connaît, incapable de transmettre son savoir. Cela conduit à la préservation de l’ignorance, le fondement et la garantie de d’une certaine forme de paix ou de confort social. 2-2) La connaissance menace Jérusalem chapitre 2-
2-2-1) Du paradis perdu au Pardes retrouvé.« Le Pardès, littéralement jardin, verger, parc, qui s’apparente au mot paradis, désigne, dans la tradition de la Kabbale, un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. Ce terme est tiré d’une anecdote philosophique et mystique qui trouve une explication dans le Pardes Rimonim du Rav Moshe Cordovero. Celui-ci prend l’image de quatre rabbis (Elisha ben Abouya, [Rabbi] Shimon ben Azzaï, [Rabbi] Shimon ben Zoma et rabbi Akiva) pénétrant un verger mais dont les « niveaux » respectifs de pénétration du sens des Écritures ne sont pas équivalents ». Ainsi, après intérieure et la paix sociale, voici que la paix des ménages est en péril!

2-2-2) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance
2-2-3) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance suite: le cas de rabbi Akiva -La connaissance? Une vraie boucherie! Conclusion: A ses amis qui lui recommandaient de de se protéger et de suspendre l’enseignement de ses connaissances à la jeunesse de Jérusalem, Rabbi Avika répondait par une parabole: « Un renard, voyant un poisson se débattre pour échapper aux filets des pêcheurs, lui dit « Poisson, mon ami, ne viendrais-tu pas vivre avec moi sur la terre ferme? » Le poisson lui répond: « Renard, on te dit le plus sage, mais en réalité, tu es le sot des animaux. Si vivre dans l’eau qui est mon élément m’est difficile, que crois-tu qu’il en serait sur la terre? » Ce que l’eau est au poisson, la Torah l’est à Akiva. La connaissance semble ici prendre l’aspect de ce « poison vital ». N’y a t-il pas ici une impression de déjà-vu? Les allégories sur la connaissance s’avèrent d’une troublante convergence entre Athènes (aux chapitres 2-1-1 avec Icare et chapitre 2-1-2 avec Platon et Socrate) et Jérusalem. Le mythe d’Icare se rapproche des dangers d’une trop grande proximité de l’individu avec la connaissance à laquelle répondent les sombres péripéties de Ben Azaï, Ben Zoma et A’her dans le jardin du Pardès et celles d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden. Par contre, à l’allégorie platonicienne de la caverne, qui, comme  on l’a vu, représente la violence du groupe social à l’encontre de ceux qui répandent leur connaissance « corrosive pour la jeunesse », comme Socrate, répond le tragique destin de Rabbi Akiva, qui ne cessa pas, ce que Tumus Rufus lui fit payer très cher, de « corrompre la jeunesse de Jérusalem« . On voit donc avec Lionel Naccache que ce n’est pas seulement dans les histoires que la connaissance tue !Ainsi se termine ma lecture de l’Avant – propos et première partie chapitres 1 et 2 du livre de Lionel Naccache « Perdons-nous connaissance? » 

Je poursuis ma lecture avec mon article 2 dans lequel nous allons voir comment après la Grèce et Jérusalem, la connaissance menace outre-Rhin avec Johann Georg Sabellicus Alias Docteur Faust, avant d’examiner le chapitre 4: « Des mythes à l a réalité ou l’art de la mauvaise solution », qui précède ce qu’on connait de nos jours, « bienvenue dans la société de la connaissance » où connaissance et information sont confondues peut-être pour le meilleur et… pour le pire.


1) Le mythe de faust (Première partie une menace vieille comme le monde suitechapitre 3 la connaissance menace outre-Rhin).

     1-1) Nous sommes tous des Johann Georg Sabellicus, alias Docteur Faust. 

Guy Lerdung, photographe:  amisdesjardinsfamiliauxdesaverne.fr: méphisto brise la nuque de Faust, une fois le pacte écoulé


C’est notre troisième et dernière excursion à la poursuite des sources historiques de ce concept de connaissance mortelle dont la présence remonte à des temps immémoriaux et qui est immortalisé par le mythe du fruit défendu goûté par Adam et Eve. Elle va nous conduire à explorer une odyssée dont le premier épisode s’est déroulé, dit lionel Naccache, « dans un ancien médiéval du sud-ouest de l’Allemagne, le duché de Wurtemberg […] dans le village de Knittligen où serait né, vers 1480, Johann Georg Sabellicus. 

Les données biographiques sont éparses et fragmentaires. Johann devient un fin lettré, alchimiste à ses heures. D’après le site s.ecriture.over-blog.com, « pour découvrir l’origine de ce mythe hors du commun, il faut remonter loin dans l’histoire. On suppose que la légende s’appuie sur la vie d’un certain Johann Georg Sabellicus surnommé Maître ou Docteur Faust. A-t-il existé ou non ? Personne ne peut l’affirmer. Il aurait étudié la « magie surnaturelle » à l’université de Cracovie en Pologne. On l’a ensuite accusé de pratiquer la magie noire. Méprisé par les réformateurs religieux tels Luther et Melanchthon qui le croyaient « possédé par le Démon », il avait tout de même réussi à s’entourer de fidèles adeptes et leur enseignait même les bases de sa croyance. Après quelques temps, il fut accusé de maltraiter ses étudiants et il quitta l’université où il enseignait pour éviter d’avoir affaire à la Justice. »  Selon Lionel Naccache, d’autres images de son existence,  évanescentes et floues proviennent de l’université d’Erfuten Thuringeévêché catholique, en remontant vers le nord. Il ferait apparaître à ses élèves les fantômes de Priam, d’Achille et d’Ulysse tout en leur enseignant les poèmes d’Homère et en faisant participer à la fête le cyclope Polyphème qui emporterait selon son bon plaisir un ou deux étudiants arrachés  de leurs bancs! Peur sur la ville! renchérit L. Naccache. Il rajoute que Sabellicus aurait confié à un moins franciscain: « Je suis allé plus loin que vous ne le pensez« . Ce témoignage clérical, donc à l’abri de tout soupçon à l’époque, sera enrichi d’une fin de phrase en conformité avec les intentions des juges chargés d’instruire son procès en sorcellerie: « j »ai fait une promesse au démon avec mon propre sang, d’être sien dans l’éternité, corps et âme« . Et c’est ainsi que Johann Georg Sabellicus va être mis à mort en 1540 sur la place publique de Staufen en Breisgau et son cadavre déchiqueté exposé aux bonnes gens de Staufen. Dans son site, Guy Lerdung, nous dit:: »Dans ces ruelles tortueuses a vécu le légendaire mage et alchimiste docteur Faust auquel les seigneurs de Staufen ont fait appel afin de leur fabriquer de l´or. C’est dans l’auberge historique « Zum Löwen“ que vécut le docteur Faust jusqu´à sa mort. C´est ici qu´il fût rappelé en l´an 1539 par Mephisto, un des principaux disciples du diable. Une peinture sur la façade montre Mephisto brisant la nuque à Faust. » 


Autres visions: 

Faust vu par Wikipedia. Faust, « héros d’un conte populaire allemand ayant rencontré du succès au xvie siècle, à l’origine de nombreuses réinterprétations. Cette histoire raconte le destin de Faust, un savant déçu par l’aporie à laquelle le condamne son art, qui contracte un pacte avec le Diable. Ce dernier met au service de Faust un de ses Esprits – dit Méphistophélès, afin de lui procurer un serviteur humain, l’étudiant Wagner. Wagner devient son famulus – et lui offre une seconde vie, tournée cette fois vers les plaisirs sensibles, au prix de son âme. Dans la plupart des versions populaires du récit fantastique, l’âme de Faust est damnée après sa mort, qui suit une longue période durant laquelle le Diable a exaucé la plupart de ses vœux.

Dans fabula.org André Dabezies retrace cinq siècles de production littéraire.    » l’ouvrage s’organise selon un ordonnancement chronologique — du xvie siècle au début des années 2000 — et tient compte de l’historicité du mythe et de ses réécritures, une donnée essentielle car, comme le souligne l’auteur, le « contexte historique, sociologique et (inter)culturel » est primordial en ce que les œuvres en « reflètent plus ou moins l’actualité »

Faust, de la damnation médiévale à la consécration romantique« .

Pour le site philophil.comnous somme à nouveau dans le cadre de la dangerosité de la dangerosité que représente la connaissance: « […] Le héros de la quête du savoir… Mais le mythe de Faust est aspiré par la dynamique de la Renaissance qui valorise la quête du savoir. Faust devient un héros de la connaissance assoiffé d’expériences. La veine romantique en fait l’incarnation de la condition humaine écartelée entre le plaisir immédiat et des aspirations plus audacieuses. Dans la version de Goethe le pacte avec le diable prend la forme d’un simple pari ( inspiré du livre de Job) : le diable parviendra-t-il à détourner les nobles aspirations de Faust vers la bestialité des plaisirs sensuels, les satisfactions matérielles et le plaisir de détruire? Dans la version finale du Faust de Goethe, Faust est sauvé : un cortège d’anges escorte son âme vers la lumière « celui qui s’efforce toujours et cherche dans la peine, nous pouvons le sauver ». 

Avec cosmovisions.com, « La tradition représente Faust comme un magicien et nécromancien fameux, originaire de Kundlingen en Wurtemberg, ou de Roda près de Weimar, et qui aurait vécu à la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe. On le fait étudier d’abord à Ingolstadt, puis à Wittemberg en Saxe, et on lui donne toutes les connaissances cultivées de son temps, théologie, jurisprudence, philosophie, astronomie; il s’attacha surtout aux sciences occultes, telles que l’astrologie, la chiromancie, la démonologie. Un oncle riche lui ayant légué sa fortune, il en profita pour se livrer à tous les genres d’excès quand son patrimoine fut épuisé, il fit, selon la légende, un pacte de 24 ans avec le Diable. Il reçut de lui pour serviteur le démon Méphistophélès, qui apparut sous la forme d’un petit moine gris, avec lequel il voyagea et mena une vie de plaisir. A l’expiration du pacte, Faust fut emporté par Satan, à Limling en Wurtemberg. C’est vers 1550 qu’on place cet événement. On donne pour amante à Faust l’innocente Marguerite, qu’il avait séduite, et pour compagnon un fidèle valet, Wagner, qui lui aussi avait un démon particulier, Auerhahn. On a parfois dit que Faust n’est autre que Jean Fust de Mayence, un des inventeurs de l’imprimerie, dont la vie aurait été défigurée par les contes populaires« .


Epilogue à ce chapitre.

Quelle que soit la version exacte, de tout ceci, Sybellicus, alias Faust, n’avait certainement qu’à s’en prendre à lui-même. Il était fin lettré, alors n’aurait-t-il pas pu ou dû relire la mythologie grecque et les récits allégoriques de la Bible et du Talmutd, ou même faire attention aux best-sellers médiévaux se demande L. Naccache? En particulier, le Manuel des Inquisiteursrédigé en latin par l’inquisiteur Nicolas Eymerich en 1376 et enrichi par le juriste Francisco Peña en 1578 n’expliquait-il pas, sans aucune équivoque possible, « qu »il ne faut poins savoir plus que de mesure, il ne faut ni trop savoir, ni s’abrutir. Par conséquent, nous ne devons pas en savoir plus qu’il ne faut. » 

C’est du temps de son magistère universitaire que le Docteur Johann Georg Sabellicus avait été « affublé » de ce surnom propre à effrayer les étudiants: « le docteur au poing fermé« , le docteur « Faust » en allemand. C’est là que de Sabellicus au Dr Faust, nous nous retrouvons face à l’un des plus grands mythes de la culture européenne. Il s’inscrit naturellement dans la recherche de « Perdons-nous connaissance? ». En effet, tout d’abord, il recèle un discours sur les méfaits de la connaissance dont l’atteinte de la satiété ne semble possible qu’avec la disparition de celui qui s’y livre. Ensuite, il y a ce « maquillage » diabolique et hérétique du Dr Faust, coupable d’un pacte avec le démon, comparable à ce qu’on trouve chez ces fous de connaissance dans la culture européenne depuis le moyen-âge jusqu’à la renaissance et même jusqu’aux Lumières. Enfin, ce mythe présente avec nous une proximité historique plus grande que celle des récits bibliques, de « la voix d’Athènes » ou des pages talmudiques rédigées lors des premiers siècles, car si la légende de Sabellicus s’enracine dans le moyen-âge terminal, elle ne naît véritablement que vers la fin du XVIè siècle et ne cesse plus depuis lors d’inspirer les artistes, les musiciens, les écrivains et les créateurs. C’est probablement, le pense Lionel Naccache, le pont le plus précieux qui nous permet d’établir une continuité directe entre les considérations plus antiques que nous avons examinées sur le pouvoir mortifère de la connaissance et notre époque actuelle.


     1-2) Variations faustiennes, morceaux choisis. 

Dans cette illustration de la Haggadah, les rabbins ne sont pas quatre, mais cinq

https://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0710250810.html


La première version écrite du mythe paraît plusieurs décennies après la mort de Sabellicus avec le Faustbuch (ou livre de Faust), un livre de colportage publié par Johan Spies en 1587. Le texte fait fureur, il est lu et raconté dans les villes et villages et mis en scène par des troupes de comédiens ambulants et des marionnettistes. Le dramaturge élizabethain  Cristopher Marlowe l’adapte et le traduit en anglais sous le titre The Tragical History of Doctor Faustus (voir la pièce en ebook ici) entre 1589 et 1592. Le mythe, désormais clair, est l’histoire exemplaire de la damnation d’un savant qui ne pouvant résister à sa soif absolue de connaissance, n’hésite pas à signer un pacte avec le diable (ici Méphistophélès), qui lui livre l’accès aux secrets de la connaissance durant 24 années. On y trouve une étonnante vision du paradis! Après les quatre qui entrèrent au Pardès que nous avons rencontrés dans mon article 1 au chapitre 2-2-2, Faust serait-il le cinquième visiteur du Pardès (autrement dit du Paradis)? Finalement, son âme à lui, sera dévorée à jamais par les flammes de l’enfer.Cette identification de la connaissance aux forces démoniaques à l’époque médiévale signifie t-elle un « retour du refoulé? ». Le démoniaque n’est-il pas le daïmon de Socrate que la scolastique médiévale connaissait certainement.  [« Un […] démon familier […] est, dans bon nombre de croyances d’Europe occidentale, une entité, animal ou esprit, parfois imaginaire et invisible, à laquelle les hommes s’adressent pour demander des conseils ou obtenir des services, en particulier liés à la sorcellerie« .] Le pacte de  Faust avec le diable est une « injection de rappel » qui nous dit: « Ne faites point comme Faust qui a voulu en savoir trop, sinon vous tomberez dans l’univers du démo. Or l’horrible et terrifiant démon, ne l’oubliez pas, n’est autre qu’une créature marquée par un excès de connaissance, un daïmon« . 

Après le Faustbuch et la version de Marlowe naissent d’innombrables adaptations littéraires, musicales, cinématographiques qui vont marquer notre culture européenne. C’est Goethe qui donnera un souffle poétique et romantique au mythe en introduisant le personnage féminin de Marguerite que nous avons au chapitre 1-1 avec le site  cosmovisions.com où on donne pour amante à Faust l’innocente Marguerite, objet de sa passion amoureuse. Cela le rapproche du mythe de Dom Juan avec lequel il partage de nombreuses autres similitudes. A ce sujet, consulter l’ouvrage de Jean-Pierre Winter « Les errants de la chair: Etudes sur l’hystérie masculine« . Des ponts y sont jetés entre les figures du Marrane, de Dom Juan et de Faust.

Avant de quitter Goethe, il faut aussi consulter le faust de Goethe, ses origines et ses formes successives.et  Méphistophélès, « le célèbre démon qui rend visite au docteur Faust dans l’opéra de Goethe et qui le tente. Dans la légende de Faust, on le fait passer pour un démon primitif, un démon de bas-étage, alors qu’il est en fait l’un des 7 princes des Enfers« .

Voyons maintenant comment plus d’un siècle plus tard, en 1947, Thomas Mann livrera son « Doktor Faustus » rédigé durant son exil californien en 1943.


     1-3) Le Doktor Faustus est mort à Büchel en 1940.

Thomas Mann (1875 -1955) « est l’une des figures les plus éminentes de la littérature européenne de la première moitié du xxe siècle et est considéré comme un grand écrivain moderne de la décadence. Rompant peu à peu avec les formes littéraires traditionnelles, ses ouvrages comprenant romans, nouvelles et essais, font appel aux domaines des sciences humaines (histoire, philosophie, politique, analyse littéraire) pour produire une image du siècle et de ses bouleversements. Son œuvre, influencée par Arthur Schopenhauer, est centrée sur l’étude des rapports entre l’individu et la société ». Il établit des liens forts avec les versions antiques concernant la connaissance mortifère et une synthèse des 3 niveaux de menace que nous avons vus dans mon article 1

-au chapitre 2-1-1, menace stigmatisée qui semble engager l’individu dans son rapport personnel et solitaire avec la connaissance.
-au chapitre 2-1-2, 
 menace contre le groupe de l’homme qui connaît, vécue comme une menace par ses congénères, menace qui conduit à la disparition inéluctable de celui qui connaît, incapable de transmettre son savoir. Cela conduit à la préservation de l’ignorance, le fondement et la garantie de d’une certaine forme de paix ou de confort social.
-au chapitre 2-1-3, 
 Menace contre Eros et le couple. Après la paix intérieure et la paix sociale, voici que la paix des ménages est en péril !

Mais nous dit Lionel Naccache, le plus important, c’est que « Mann « déniaise » ce mythe de la catéchèse infantile qui habitait l’ensemble de ses versions antérieures. La menace avec Satan devient totalement intériorisée  Plus de pacte avec Satan i d’autre supercherie médiévale ». C’est en fait un rapprochement avec les conceptions antiques du danger de la connaissance  qui étaient naturelles et pas dues à un sortilège ou une malédiction. Icare tombe en raison de la fonte de la cire qui cimentait les plumes de ses ailes, argument physico-chimique au sein même de la mythologie grecque qui faisait pourtant entrer l’irrationnel propre au surnaturel. Quant à Rabbi Akiva, lorsque ses lambeaux de chair pendent aux étals de boucherie, ce n’est pas l’oeuvre du diable ou de ses créatures, mais celle des légionnaires romains. 

De Même, Thomas Mann « sécularise et natularise la question de la connaissance mortifère ». Chez lui, le Dr Faustus s’appelle Adrian Leverkhün, dont l’existence sera marquée par l’audace (Khün en allemand) et qui, comme Nietzsche, braverait la folie. C’est un musicien de génie; pétri de philosophie théologique, inventeur de la musique dodécaphonique (en réalité par Arnold Schönberg). Dans l’oeuvre, la vie de Leverkhün/Faust est narrée par son ami d’enfance Serenus Zeitblom; « pieux admirateur de son génie et authentique gentilhomme humaniste, citoyen désenchanté du IIIè Reich ». Ce dernier, en fait, habite l’ensemble de l’oeuvre où Mann assoit clairement sa position antinazie. Zeitblom naît en 1883, devient docteur en philosophie et théologien, marié à Hélène et père de 3 enfants. Il est catholique, né dans une bourgeoisie « à moitié savante »? Son père anime un petit salon où participent le ciré et la rabbin, ce qui précise Mann n’eût pas été possible dans les milieux protestants (une « pique » vis à vis de l’irascible Luther). Puis un peu plus loin, Zeitblom dit à propos de la catastrophe qui guette sa nation (l’action du roman débute le 27 mai 1943): « Plus redoutable que la défaite allemande serait la victoire allemande ». Cette fois c’est au Reich que Mann s’en prend. 

Leverkhün/Faust, génie créateur fait passer la curiosité de l’esprit au-delà même de l’amour. La lecture qu’a L. Naccache du récit que fait Mann à propos de ce compositeur qui plonge à l’origine de la polyphonie pour inventer de nouvelles sonorités nous ramène à une métaphore du retour aux origines du mythe Faustien. La création musicale de Leverkhün y serait pour Mann l’une des modalités les plus élevées de la connaissance et elle reçoit immédiatement une connotation sacrilège et hérétique. Ce serait en précurseur des neurosciences de la subjectivité (comme le suggère l’épisode de la syphilis cérébrale), que Thomas Mann avait perçu que connaître procède d »avantage de la création (artistique, scientifique ou autre), que de la découverte. 

Vient alors la version contemporaine du pacte avec Méphistophélès décrit dans les pages 54 à 56 de « Perdons-nous connaissance »: Cherchant une auberge, Adrian Leverkhün tombe entre les mains d’un type louche avec une barbiche qui qui l’oriente vers un bordel où il découvre « une brunette au nez retroussé » qu’il surnomme Esmeralda. Adrian s’enfuit aussitôt; mais Esméralda s’est inscrite dans son esprit et cela l’obsède. Il retourne au lupanar, à Leipzig, mais elle partie dans une autre maison de filles, en Hongrie , suite à un traitement médical. C’est là qu’il retrouve, mais elle lui avoue être syphilitique et contagieuse. Mais, de même qu’il va au-delà des menaces de son exploration de la connaissance musicale, il va au-delà de cette menace. Adrian aime Esméralda et il fait sa connaissance, au sens biblique du terme, puis repart, mais en ayant contracté la syphilis. Le chancre se développe, Adrian consulte un médecin qui meurt 4 jours plus tard. Il s’appelait de Dr Erasmi (référence à Erasme l’humaniste, dont la conception de la connaissance aurait pu peut-être le sauver?). Un second médecin est arrêté devant son immeuble et il n’a que le temps de deviner le sourire inscrit sur ses lèvres (Méphistophèlès lui-même?) Alors, il ne se soigne plus et développe une forme de syphilis cérébrale, la syphilis tertiaire avec des complications neurologiques et surtout neuropsychiatriques. 

On a vu que Le Dr Faustus est une biographie fictive d’un musicien, Adrian Leverkühn (1885-1940), racontée par son ami de longue date Serenus Zeitblom : celui-ci commence la rédaction du récit le 23 mai 1943, soit un peu plus de deux ans après la mort du compositeur, et la termine en 1945. ce n’est qu’après son décès que ce texte, censé être confidentiel tombe entre les mains de Zeiblom (qui ne manquera pas de le publier dans le roman de Mann en bon contemporain de Max Brod nous dit L. Naccache). Leverkhün, qui a écrit a postériori le récit de son hallucination, est alors partagé entre crédulité et conscience du délire. Il est en train de lire seul, l’essai de Kierkegaard sur Don Juan (nouvelle allusion aux liens entre les deux mythes) alors que l’un de ses rares amis Shildknapp vient juste de le quitter. Soudain, un froid cinglant vient le saisit et une fenêtre s’ouvre alors sur le gel du dehors… Shildknapp a dû revenir, car il n’est plus seul… Mais ce n’est pas Shildknapp, c’est méphistophélès en personne Il est assis au coin du sofa, les jambes croisées. Ce dernier fait déjà preuve (on n’est alors que dans les années 1910) d’un nationalisme assez prononcé; « Ne parle qu’allemand ! […] Il y des moments où je ne comprends que l’allemand! » Puis, dans un long et profond dialogue Méphistophélès expose à Leverkhün la nature de son infection, notamment le fait qu’il soit porteur d’un foyer infectieux cérébral.  La géniale réplique de Leverkhün résonnera, nous le verrons un peu plus tard, dans une signification visionnaire, lorsque nous plongerons dans le domaine des « neurosciences fictions« : « Ah! Je t’y prends, idiot! Tu te trahis et tu m’indiques toi-même le point de mon cerveau, le foyer fébrile qui crée l’hallucination de ta présence et sans lequel tu ne serais pas. Tu trahis ainsi, que dans mon trouble, si je te vois et t’entends, il est vrai, tu n’es pourtant qu’un fantasme devant mes yeux. » Et, quelques pages plus soin, le pacte est scellé: « L’illumination laissera intactes jusqu’à la fin tes forces intellectuelles: même, elle les stimuleras par périodes jusqu’à la transe clairvoyante« . Puis Leverkhün perd brièvement connaissance (au cours d’une crise d’épilepsie du lobe temporel. A son réveil, Shildknapp, qui en fait était encore là et ne s’était aperçu de rien et à nouveau à ses côtés. 

L. Naccache signele ici que « Man a replongé dans les sources médiévales du mythe pour en livrer une version contemporaine, cependant fidèle à la tradition originelle« . Cela permet une relation directe avec avec la tradition grecque et judéo-chrétienne qui déjà a été évoquée dans mon article 1 avec les trois formes de connaissance:  Chez Icare ont été identifiés les dangers inhérents à notre rapport individuel à la connaissance; Dans la caverne de Platon, c’est une menace de la stabilité de la collectivité humaine. Dans le récit biblique, la loi a été formulée pour et à deux êtres qui cohabitent; ici, après intérieure et la paix sociale, voici que la paix des ménages est en péril!. Leverkhün, lui, est victime de son désir d’explorer la musique dans la recherche d’un absolu, ce qui l’amènera à se retrancher du monde, à se soustraire à son bruit. Et à évoluer vers une abstraction qui le rend abscons et ridicule aux oreilles … et aux yeux(?) de ses contemporains. L’interprétation de son Apocalypse en 1926, ne rencontrera que « cris malveillants et rires ineptes ». [Rappel: La méthode de composition développée par Schönberg servit […], par le truchement d’Adorno, d’inspiration à celle inventée par Adrian Leverkühn, le héros du roman Le Docteur Faustus de Thomas Mann, écrit à l’époque où tous les trois vivaient en relatif voisinage dans l’exil californien. Le compositeur poursuivra le romancier et le philosophe de sa vindicte, accusant l’un et l’autre de l’avoir « pillé », de s’être « appropriés indûment » son invention. Les tentatives de conciliation de Mann, notamment une dédicace explicite dès le second tirage, s’avérèrent infructueuses]. Ceci rappelle les moqueries des ignorants de la caverne de Platon, que Socrate évoquait avec Glaucon lors du retour de l’homme qui a accédé à la connaissance. Le rapprochement peut se poursuivre. En effet, Leverkhün est un homme seul, isolé du groupe. Il en fuit aussi la violence comme Socrate. Mais il s’en protège plutôt mal. La fin de son existence ressemble à un procès joué d’avance lorsqu’il invite la trentaine de personnes de son entourage et annonce dans un monologue halluciné son pacte avec Satan. Les jurés qu’il s’est lui-même choisi quittent la scène , comme s’ils en avaient assez entendu pour rendre leur verdict; « coupable. » Ce discours terrible est bien sûr le  fruit des complications cérébrales de sa syphilis. Mais il résonne comme les aveux que les inquisiteurs extorquent aux hérétiques. Leverkhün est aussi victime de son désir désir de connaître Esméralda, désir fatal qui incarne les liaisons dangereuses dÉros et Thanatos. Il a consommé le fruit de l’arbre du désir de la connaissance de l’autre qu’a initié la Bible: « C’est pourquoi l’homme abandonne son père et sa mère; il s’unit à la femme, et ils deviennent une seule chair » Livre de la genèse (ch. II verset 24). 

Il est enfin victime de son propre désenchantement, qu’il pousse dans un cri ultime dans « le chant de douleur du Docteur Faustus« , une mise en abyme merveilleuse du mythe, sous forme de pièce musicale fictive, comme l’est la sonate de Vinteuilune œuvre musicale fictive pour piano et violon plusieurs fois évoquée tout au long de À la recherche du temps perdu de Marcel ProustLeverkhün est victime de sa croyance en un ordre caché de la musique et de la connaissance, qui vont le conduire à la plus horrible des découvertes: le néant, l’absence de signification du monde et de nous-mêmes. « Lorsque son neveu adoré, l’adorable Nepomuk, « dernier amour de sa vie », meurt d’une méningite cérébro-spinale foudroyante dans d’horribles souffrances, Leverkhün atteint l’étape ultime de son voyage. Le monde est un non-sens. Tel est l’ultime cadeau de la connaissance. Il peut alors mourir dément, atteint de paralysie générale… » 

Cela n’est pas sans rappeler la fin de  Elisha ben Abouya plus connu sous le nom de ah’er, dans mon article 1 au chapitre  2-2-2) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance: « A’her était devenu un être dépourvu de croyances, non seulement religieuses, mais aussi et surtout de croyances identitaires et existentielles. Il n’a pu remplacer les lois de la Torah par rien d’autre dans son esprit, tout en ne leur reconnaissant aucune valeur. Il attendait de mourir sans pouvoir croire croire en rien ni en lui-même. Il était devenu fou aussi mort dès sa sortie du paradis de la connaissance« .


2) Des mythes à la réalité (sinon à la véritéou l’art de la mauvaise solution (Première partie; une menace vieille comme le mondechapitre 4)

Ce sera la conclusion de mon article 1 et de cet article 2 au terme de ce voyage que nous a proposé Lionel Naccache en ces trois lieux symboliques que sont Athènes, Jérusalem et le mythe germanique de Faust où nous avons été face à la dimension mortifère de la connaissance que 3 000 ans de civilisation nous ont transmise en héritage. Cette menace omniprésente est-elle restée confinée dans l’univers imaginaire des mythes et des récits ou s’est-elle concrétisée dans dans la réalité quotidienne des sociétés humaines? Les hommes ont-ils traduit en actes cette conception mythologique du péril de la connaissance et cherché à se protéger par tous les moyens face à un tel danger? Bref, lui ont-ils apporté des solutions? Lionel Naccache pense qu’il est peu risqué d’avancer que l’Histoire regorge de « solutions » apportées à cet antique problème de la connaissance. Mais il qualifie ces solutions de « mauvaises » par convention pour souligner qu’elles consistent à solutionner le problème de la connaissance en le fuyant, à mettre l’individu à distance de cette expérience pour ne plus en affronter les dangers. Ces « mauvaises solutions » n’ont en fait pas été inventées à chaque époques par quelques individus qu’on pourrait qualifier de machiavéliques, capables d’imprimer des croyances à leurs civilisations, mais elles auraient plutôt émergé à partir d’un tissus socioculturel complexe. A chaque époque, nos prédécesseurs ont ainsi imaginé des barrières pour se protéger de l’expérience même de la connaissance.
-Dans l’antiquité, les sociétés (égyptienne, grecque, romaine…) avaient une organisation sociale très stricte qui partageaient toutes un même principe de cloisonnement de la connaissance qui pouvait en gros être schématisé ainsi: l’accès à l’instruction était réservé à une élite minoritaire alors que les masses populaires restaient en général illettrées et incultes, nourries par un ensemble de croyances et de repères favorables à la stabilité sociale. Ce n’était pas le fruit d’un plan visant à protéger explicitement ces sociétés des méfaits de la connaissance, mais le problème était ainsi résolu de la manière la plus radicale qui soit. Le cloisonnement était donc « la mauvaise solution » antique au problème de la connaissance.

narthex.fr/news la dame à la licorne (la peur?)

Au moyen-âge, l’Europe a fait un autre choix. Sa « mauvaise solution » fut celle d’un obscurantisme religieux fondé sur la peur, peur de la mort et de l’enfer, la dichotomie   bien-mal et sur le mécanisme de rédemption par la soumission à un discours religieux qui a stérilisé la pensée pour les masses incultes. Cette « mauvaise solution » a donné sa pleine mesure dans la formule du manuel des inquisiteurs: « Nous ne devons pas en savoir plus qu’il ne faut« . Ce n’est pas ce que nous avaient appris Icare, la caverne de Platon et Socrate et les rabbins du Talmud, pour qui la connaissance ne peut être définie en aucune façon, mais reste un voyage infini auquel on ne saurait fixer par avance un terme balisé. Cette apologie d’une connaissance limitée était certainement une forme de malhonnêteté intellectuelle qui s’est manifestée sous deux formes complémentaires: D’abord, un « opium du peuple chrétien », lancé dans un anxiogène travail de rédemption sans fin épuisant les efforts mentaux des individus, et en suite, pour les plus lettrés, l’établissement d’une seconde barrière avec la promotion d’une connaissance dénaturée: « pas plus qu’il ne faut ». Ici encore, ces mécanismes ne sont pas la création d’un homme seul, comme le moine machiavélique, comme le terrible Jorge de Burgos, aveugle du roman « Le Nom de la Rose » de Umberto Eco ni d’une société secrète, genre Opus Dei, mais l’émergence d’une pensée collective. 

-Entre le moyen-âge et les Lumières, la période de la renaissance semble flou à plus d’un titre. C’est une période de relecture de l’Antiquité avec un renouveau artistique et intellectuel, un feu d’artifice des beaux-arts la diffusion des savoirs par l’imprimerie. C’est un nouveau rapport à la connaissance avec l’humanisme d’Erasme et Montaigne et les découvertes géographiques et culturelles. Les milieux éduqués demeurent minoritaires, mais cette période préfigure la possibilité des Lumières.
La révolution des Lumières s’oppose à l’obscurantisme médiéval (« ? ») et aux traces qu’il avait laissées dans les sociétés et les mentalités. Elle aboutit à la tentative de débarrasser la connaissance des barrières que les périodes précédentes avaient avaient érigées. C’est donc un décloisonnement contre la « mauvaise solution » antique et celles qui ont suivi et c’est une ouverture des savoirs, dans leur plus grande diversité, à tous ou plutôt à chacun. C’est l’espoir du souci de l’individu contre la masse indistincte, de chaque individu, avec le souci d’éclairer et de le libérer de ses chaînes, de le sortir de ses croyances considérées comme débiles et confuses. C’est une réponse à Socrate (et Platon) et à Glaucon: on peut briser les chaînes des aliénés qui croupissent dans la caverne depuis le fond des âges, et les aider à se lever pour voir directement la lumière du soleil et les objets tels qu’ils sont, plutôt que de contempler les ombres infidèles, obscures et trompeuses (vanité peut-on penser avec « le réel voilé«  de Bernard d’Espagnat)! Les Lumières, contre le divin Socrate, qui n’était qu’un homme seul, les esprits de « l’Enlightement » anglais et de « l’Aufklärung » allemand, « se sont dressées comme un seul homme pour défaire les entraves mentales des masses« . Ce fut un décloisonnement absolu de la connaissance dont le symbole emblématique, l’Encyclopédie, oeuvre collective dirigée par Diderot et D’alembert, est conçue comme un dictionnaire universel des savoirs mis à la disposition de chacun.

La seconde barrière qui vola en éclats fut celle de l’obscurantisme religieux et de ses oripeaux diaboliques qui condamnait les excès du savoir et les savoirs hérétiques. Ce fut une réponse cinglante et définitive au « Manuel des inquisiteurs« , qui redonnait voix au poète HoraceSapere Aude!: (aie le courage de savoir), et nous la retrouvons par la voix d’Emmannuel Kant: les Lumières ont répondu à cette peur de savoir, de trop savoir, insufflée dans les esprits, avec l’ouvrage Réponse à la question: «Qu’est-ce que les Lumières?» 

Dans cette période s’enracine notre condition contemporaine face à la connaissance, à la fois dans ce recèle comme richesses, mais aussi comme source de problèmes spécifiques. Mais elle fut aussi marquée par l’apparition d’une nouvelle « mauvaise solution », la censure politique qui commet ses premiers forfaits de grande ampleur, en réaction justement à ces libres savoirs que les pouvoirs en place redoutent plus que tout. 

-Enfin, nous rencontrons les idéologies du XXè siècle marquées par deux régressions majeures, le nazisme et le communisme où la connaissance devient totalement asservie à l’idéologie et aux objectifs militaires, politiques, raciaux, sociaux de ces régimes. Il y a déconnexion du réel avec utilisation de la propagande pour de masse fondée sur les moyens de communication unidirectionnels que sont la presse, la radio et la télévision autorisant un travail de manipulation centralisé qui aboutit à « une hallucination collective », c’est à dire à une distorsion du réel, qui est troqué contre une certaine représentation de ce réel, celle qui épouse l’idéologie du régime. Du fait de sa diffusion massive, elle pousse les individus à penser et à croire que ce qu’on leur propose.n’est pas une représentation d’un réel parmi les possibles, mais le réel tel qu’il est et tel qu’il doit être. Ainsi, dans ces régimes, la connaissance devient telle qu’on retire la couche de la représentation et de l’interprétation du réel pour faire converger les croyances des individus sur un format commun. Ces idéologies « enterrent » la distinction faite par Kant entre le « noumène » (terme employé à l’origine par Platon pour désigner les « Idées », c’est-à-dire la réalité intelligible (par opposition au monde sensible), accessible à la connaissance rationnelle. Au contraire, chez Emmanuel Kant, auquel le terme de « noumène » renvoie le plus souvent, il s’agit de tout ce qui existe et que la sensibilité ne peut atteindre, restreignant par là les prétentions de la raison quant à la connaissance. « Noumène » est parfois considéré comme synonyme de chose en soi, faisant référence aux faits tels qu’ils sont absolument et en eux-mêmes, par opposition au terme de phénomène, faisant référence à ce qui est connaissable) et le « phénomène«  (L’effet produit par un objet sur la capacité de représentation, dans la mesure où nous sommes affectés par lui, est une sensation. L’intuition qui se rapporte à l’objet à travers une sensation s’appelle empirique. L’objet indéterminé d’une intuition empirique s’appelle phénomène). 

Mais n’en subit-on pas encore aujourd’hui des effets insidieux par ce qu’on peut désigner la pensée unique sous la forme de pensée dominante alors que les Lumières et leur science, puis la pensée scientifique moderne ont cru fonder, en particulier par la démarche scientifique « l’ensemble des connaissances et études d’une valeur universelle, caractérisées par un objet et une méthode fondés sur des observations objectives vérifiables et des raisonnements rigoureux. La volonté de la communauté scientifique, garante de l’actualisation du contenu des sciences, est de produire des « connaissances scientifiques » à partir de méthodes d’investigation rigoureuses, vérifiables et reproductibles. Quant aux « méthodes scientifiques » et aux « valeurs scientifiques », elles sont à la fois le produit et l’outil de production de ces connaissances et se caractérisent par leur but, qui consiste à permettre de comprendre et d’expliquer le monde et ses phénomènes de la manière la plus élémentaire possible — c’est-à-dire de produire des connaissances se rapprochant le plus possible des faits observables. Non dogmatique, la science est ouverte à la critique et les connaissances scientifiques, ainsi que les méthodes, sont toujours ouvertes à la révision. De plus, les sciences ont pour but de comprendre les phénomènes, et d’en tirer des prévisions justes et des applications fonctionnelles ; leurs résultats sont sans cesse confrontés à la réalité. Ces connaissances sont à la base de nombreux développements techniques ayant de forts impacts sur la société »

-Finalement, mythes et réalité, même combat, même message: pendant plus de 3000 ans, la connaissance a été vécue comme un poison vital mais, désormais nulle menace à connaître ne semble plus habiter les discours dominants de nos sociétés, la connaissance ne poserait plus aucun problème au contraire? Vraiment? Pourquoi et comment notre discours a t-il pu évoluer si rapidement, en rupture radicale avec tous ceux qui l’avaient précédé? Est-ce la menace qui a disparu ou nos yeux ne la vient-elle plus? Serait-ce un cadeau non intentionnel de notre époque? Cadeau de notre techno-science, de l’émancipation religieuse et sexuelle, de l’évolution des consciences toujours plus avides de transparence et qui toutes valorisent la connaissance? Icare serait-il un ringard? Pourtant, le thème de la connaissance qui tue n’était pas un secret qui ne circulait qu’au sein des cercles protégés et instruits. Comment, en l’espace de quelques dizaines d’années, le paysage intellectuel aurait-il été aussi radicalement transformé? Aurions-nous coupé le cordon avec les mythes et leurs traductions sociales et historiques?

-Ou bien… Il faudrait plutôt considérer l’autre hypothèse: la connaissance aurait conservé l’essentiel de ses menaces. Elle serait toujours mortifère, pour l’individu, pour le groupe social et pour le couple. Si tel est le cas, il faudrait alors expliquer pourquoi notre discours actuel ne contient aucun signal d’alarme ni aune zone d’ombre. Serions-nous capables de nous autoproclamer « sociétés de la connaissance » sans nous mettre en garde contre ses effets nocifs? Ce serait sans aucun doute tenir un discours « bonasse » inspiré de la méthode Coué, sans nous rendre compte de son inadéquation  au réel de son caractère profondément erroné. 

-Alors, comment procéder pour avancer? Lionel Naccache propose de prendre appui sur un invariant commun aux trois mille années qui nous ont précédés, ainsi qu’à notre époque contemporaine, c’est l’enracinement cérébral de notre faculté à connaître, c’est à dire la prise en compte des propriétés psychologiques et neurologiques qui font de nous ce que nous sommes depuis bien plus de 3000 ans, peut-être 30 000 ou plus, en fait des êtres de savoir, des hominidés de la connaissance.


Dans le prochain article, l’article 3, Nous avancerons en commençant par approfondir ce que la Révolution des Lumières et la science nous ont apporté et changé, avec l’introduction à la deuxième partie du livre « Perdons-nous connaissance? »: La connaissance, une histoire de neurosciences-fiction. Nous découvrirons que lorsque nous réfléchissons à la connaissance, il est indispensable de prendre en compte la dimension de la fiction dans laquelle s’enracine notre subjectivité.  Pas de connaissance sans sujet et donc pas de connaissance sans fictions-interprétations-croyances. 

Ensuite nous évoquerons la troisième partie du livre, à lui seul tout un programme: MALAISE CONTEMPORAIN DANS LA CONNAISSANCE.

liens:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Arnold_Sch%C3%B6nberg: Arnold Schönberg

https://www.mahj.org/sites/mahj.org/files/dp_schonberg.pdf: Arnold Schönberg. Peindre l’âme

La figure de Faust.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Docteur_Faustus Le roman est une biographie fictive d’un musicien, Adrian Leverkühn (1885-1940), racontée par son ami de longue date Serenus Zeitblom : celui-ci commence la rédaction du récit le 23 mai 1943, soit un peu plus de deux ans après la mort du compositeur, et la termine en 1945. Le roman est une biographie fictive d’un musicien, Adrian Leverkühn (1885-1940), racontée par son ami de longue date Serenus Zeitblom : celui-ci commence la rédaction du récit le 23 mai 1943, soit un peu plus de deux ans après la mort du compositeur, et la termine en 1945.

https://journals.openedition.org/germanica/2414Philosophie de la musique dans le Docteur Faustus de Thomas Mann

https://reseauinternational.net/le-mythe-de-faust-lor-et-la-prochaine-debacle/: Economie, crise, Brexit, Franxit, chute des monnaies, fin chaotique ou provoquée de la zone euro, énième krach boursier, gestion de Trump, nous avons tous peur de ce qui va se passer.

https://la-philosophie.com/platon-caverne-allegorie: L’allégorie de la Caverne présente la théorie des Idées de Platon, qui constitue à la fois sa métaphysique (= sa théorie de la connaissance) et son ontologie (= sa théorie de l’être et du réel).

http://www.philo-bac.eu/auteurs/platon/caverne.html: Le monde sensible, représenté par la caverne, est une illusion et un piège pour les hommes. La vérité est à l’opposé de ce que nous considérons comme le réel. Notre âme doit sortir de cette prison pour trouver la vérité. Mais le chemin qui mène à la connaissance est douloureux. Il exige un guide. Celui qui arrive au bout acquiert : Le SAVOIR, la LIBERTE, le BONHEUR, et la COMPASSION.

https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_2006_num_104_4_7694: Kierkegaard et don juan

http://www.lmm.jussieu.fr/~sagaut/epistemologie-v14.pdf: Introduction à la pensée scientifique moderne

le second faust:

https://www.babelio.com/livres/Goethe-Faust-et-le-second-Faust/409667: Faust et le second Faust: J’y vois tout d’abord une allégorie de l’Homme en quête de sens à donner à sa vie. Faust n’a plus guère de foi et du haut de sa science se heurte à des écueils insurmontables. Il voit couler sa vie au fond d’un noir terrier et se dit que bientôt la mort viendra le cueillir sans qu’il ait pu jouir de quoi que ce soit dans l’existence. D’où sa secrète invocation du diable, ou plus exactement, avec l’aval de Dieu, du pourquoi le diable s’essaie à le soudoyer.

Ainsi donc, selon Goethe, c’est le désespoir qui crée l’appel aux forces du mal et non comme on pourrait le penser de prime abord, l’envie, même si c’est bien l’envie de connaître toujours plus qui pousse Henri Faust à pactiser avec Méphistophélès.

https://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_1968_num_47_1_1960: Puškin et la conclusion du Second Faust







article 1) Perdons-nous connaissance? Avant – propos et première partie chapitres 1 et 2


article 1) Perdons-nous connaissance? 

 Ma lecture du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache:

Avant – propos et première partie chapitres 1 et 2

http://www.centrebethanie.org/2016/09/l-arbre-de-la-connaissance.html
http://www.centrebethanie.org/2016/09/l-arbre-de-la-connaissance.html

J’écris mon blog pour partager ma soif de connaissances, mes réflexions et mes passions et mes lectures. Dans ces articles, je voudrais partager « ma lecture » du livre de Lionel Naccache  « Perdons-nous connaissance?« . Ecrire ce que je retiens de mes lectures me permet de réfléchir à la compréhension que j’en ai. je mets entre guillemets les passages qui me semblent importants ou qui me frappent. Et par dessus tout je fais des recherches sur internet pour compléter ma lecture avec le maximum de liens que souhaite responsables, qui permettent aux lecteurs d’approfondir la connaissance du sujet.   

 Ma lecture du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache: c’est-à-dire perdons-nous le sens de ce qu’est la connaissance (philosophie) alors que nous nous autoproclamons  » société de la connaissance « ? Aujourd’hui, la connaissance ne fait plus peur à personne, alors que depuis trois mille ans notre culture occidentale n’a cessé de la décrire comme vitale et dangereuse. Oui, dangereuse, qui s’en sou-vient encore? Cette rupture avec notre héritage constitue-t-elle un progrès ou une régression, une chute ou une ascension? La Mythologie et la Neurologie, sources de  » connaissance de la connaissance « , nous offriront de précieuses clés pour résoudre ce paradoxe inédit dans l’histoire de la pensée. 

1) Avant-propos.

Pourquoi cette question « Perdons-nos connaissance? » alors que nous avons cette merveilleuse faculté qui nous semble aller de soi, la capacité de connaître ce que nous ne connaissions pas encore à l’instant qui précédait. Notre société s’autoproclame en effet « société de la connaissance » comme elle ne l’avait jamais fait auparavant. Et pourtant, depuis les origines de notre culture, la connaissance est représentée comme un danger, un « poison vital ». Elle serait porteuse d’un certain danger existentiel qui a imprégné notre culture depuis plus de 3 000 ans jusqu’à l’époque moderne avec le siècle des Lumières que Bertrand Vergely a appelées « obscures Lumières« , et dont j’ai présenté ma lecture dans l’article de mon blog. Ce danger multi-millénaire s’est exprimé dans trois grands mythes qui ont façonné notre civilisation.

      1-1) Adam et Ève face à l’arbre de la connaissance. 

L’Arbre de la Connaissancele fruit défendu: « Yahvé (le tétragramme) Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient et il y mit l’homme qu’il avait modelé. Yahvé Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. […] Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder. Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : “Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien

et du mal tu ne toucheras pas, car le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort. » (Genèse, II, 8,9 et 15,17).

Examinons maintenant les interprétations de De Annick de Souzenelle.

Dans la revue3emillenaire.com on peut lire: « Tout est en nous. Nous avons en nous tous les symboles et tous les mythes, nous sommes habités par la connaissance, mais cette connaissance est en grande partie voilée. Il semblerait que l’embryon, le germe qu’est l’enfant dans le ventre de sa mère, soit totalement connaissant. Et puis cela s’en va. Quand ? C’est difficile à dire. Il y a perte totale de la mémoire et notre vie va consister à nous souvenir« .

Dans les interviews en 2012 avec Jean Moutappa, que je présente dans mon blog,  elle déclare: « Il n’y a pas de péché originel. Cela n’existe pas cette histoire-là. En fait c’est nous qui avons à chaque instant à choisir entre la vie et la mort. Alors je crois qu’il faut que nous rétablissions complètement notre regard sur ces textes sacrés pour comprendre que nous ne sommes pas les victimes de quelque chose qui s’est passé il y a des milliers d’années. Nous sommes responsables, dans l’instant, de faire ce choix : ou la vie, ou la mort […] L’arbre de la connaissance que nous sommes, n’est pas celui du bien et du mal. Il est celui de ce qui s’accomplit de nous, de ce qui émerge à la lumière, au conscient, de ce qui est encore dans le potentiel. C’est qu’il y a en nous toute une information, comme le gland qui contient toute la promesse du chêne, et comme nous ne le savons pas, nous contrevenons continuellement à cette information. D’où les maladies, d’où les drames, d’où toute la souffrance !!« 

Dans le site pagesorthodoxes.netAntoine ARJAKOVSKY apporte encore plus de précisions dans le chapitre V (Exégèse biblique : La Genèse) : Qu’on me permette d’achever cette brève présentation des quelques implications de l’œuvre anthropologique de Annick de Souzenelle par une courte évocation de son exégèse et en particulier de son livre Alliance de feu, une lecture chrétienne du texte hébreu de la Genèse. Je ne prendrai qu’un exemple là encore celui de sa traduction de Genèse, chapitre 2, versets 8-17. Prenons la traduction de la Bible de Jérusalem :

« Yahvé Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé. Yahvé Dieu fit pousser du sol toute espèces d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin et de là il se divisait pour former quatre bras. Le premier s’appelle le Pishôn. Il contourne tout le pays de Havila, où il y a de l’or ; l’or de ce pays est pur et là se trouve le bdellium et la pierre de cornaline. Le deuxième fleuve s’appelle le Gihon : il contourne tout le pays de Kush. Le troisième fleuve s’appelle le Tigre. Il coule à l’orient d’Assur. Le quatrième fleuve est l’Euphrate. Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder. Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : “Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort.”

Prenons cette fois la traduction de Annick de Souzenelle :

« Et plante YHVH-’Elohim un jardin en ‘Éden venant de l’Orient, Il place là l’’Adam que ’Il a formé. Fait germer YHVH-’Elohim, à partir de la Adamah tout arbre précieux pour la vue (ouvrir l’intelligence) et bon à manger (accompli et donc assimilable) et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance de l’accompli et du pas-encore-accompli (de la lumière et de son contraire, les ténèbres). Et un fleuve jaillit d’’Éden pour arroser le jardin ; et, de là, il se partage et devient quatre principes. Nom, le UN : Pîshon qui entoure (investit) toute la terre de Hawîlah. Là (se trouve) l’or, et l’or de cette terre est lumière accomplie. Là (se trouvent) l’ambre et la pierre d’onyx. Et NOM le fleuve le deuxième Guîhon, lui il investit toute la terre de Koush. Et le NOM du fleuve le troisième Hidequel =Tigre ; lui, il est le marchant, orient d’’Ashour, et le fleuve le quatrième, lui est Pherat. YHVH-’Elohim saisit le « Adam et le conduit dans le jardin de délices pour la travailler et la garder. Et commande YHVH-’Elohim sur l’’Adam en disant : de chaque arbre du jardin, manger absolument, tu mangeras. Mais de l’Arbre de la connaissance de l’accompli et du non-encore accompli tu ne mangeras pas de lui-de nous car dans le jour où tu mangeras de lui-de nous muter absolument tu muteras. »

L’auteur apporte un commentaire signifiant: « Je ne suis pas en mesure de commenter le bien-fondé de la traduction de Annick de Souzenelle. Une chose est sûre, cette lecture symbolique vaut mieux que la traduction traditionnelle qui fait de l’Irak contemporain l’héritier du paradis des premiers hommes ! Aussi, il me paraît éclairant d’attirer l’attention sur le caractère profondément mystique des commentaires de l’auteur, inspirés de la Kabbale et des Écritures, et sur leur indéniable originalité ».

Retenons: Le danger de la connaissance: en mourir ou muter?

     

     1-2) Le tragique destin d’Icare.

http://tpevolicare.e-monsite.com/http-tpevolicare-e-monsite-com-/partie-iii-1.html


Icare
 est le fils de l’architecte athénien Dédale et d’une esclave crétoiseNaupacté.

« Le Mythe selon wikipedia: « Dédale est un célèbre ingénieur travaillant au service du roi de Crète, Minos. La reine de Crète, Pasiphaé, s’éprend d’un taureau blanc donné par le dieu  Poséidon et demande à l’inventeur de créer un artifice lui permettant de s’accoupler avec l’animal sacré, requête à laquelle il accède. De cette union naît le Minotaure. Pour cacher le fruit de ce déshonneur, Dédale construit le labyrinthe qui enferme la bête. Dédale donne à Ariane l’idée du fil noué à la cheville de Thésée, lui permettant de fuir le labyrinthe après avoir tué le Minotaure. À cause de ses trahisons répétées, Dédale est jeté avec son fils Icare dans le labyrinthe dont il est l’architecte. Ne pouvant emprunter ni la voie des mers, que Minos contrôlait, ni celle de la terre, Dédale eut l’idée, pour fuir la Crète, de fabriquer des ailes semblables à celles des oiseaux, confectionnées avec de la cire et des plumes. Il met en garde son fils, lui interdisant de s’approcher trop près de la mer, à cause de l’humidité, et du Soleil, à cause de la chaleur. Mais Icare, grisé par le vol, oublie l’interdit et prend de plus en plus d’altitude. La chaleur fait fondre la cire jusqu’à ce que ses ailes finissent par le trahir. Il meurt précipité dans la mer qui porte désormais son nom : la mer Icarienne« .

Dédale, fou de douleur, nous dit le site iletaitunehistoire.com, « alla repêcher le corps sans vie de son fils. Le jeune homme, par défaut d’expérience et de sagesse, avait brûlé l’innocence de son jeune âge à l’attirante chaleur de l’astre solaire« . Ce mythe, s’il a hanté les rêves de l’humanité est resté, depuis des temps immémoriaux dans le domaine des peurs et des frustrations, tout comme le mystère de la connaissance. Ainsi que l’écrit les site Books.openedition.org, « les utopies politiques et techniques annexent Dédale et Icare, mais à l’Age industriel, c’est le seul Icare qui devient à la fois le pionnier de l’aéronautique et la figure impuissante de la sublimation artistique. La culture contemporaine, plus que jamais, retisse la fable« . Et le chapitre III de.Émancipation de l’image d’Icare dans l’« œuvre ouverte » poursuit en ces termes: « Un des curieux renversements qui travaillent le mythe dans les transformations que lui imprime la culture européenne, c’est l’affirmation exubérante du fils : il s’approprie les ailes de son père et convertit sa chute en motif d’exaltation. Là où l’Antiquité et le Moyen Âge prononçaient une irrévocable condamnation, les Temps modernes renversent toute négativité en élan et en gloire, voulant à toute force que le fils vole de ses propres ailes. Icare devient le prête-nom, l’homme de plume(s) d’un rêve d’absolu qui ne porte plus le nom d’hubris ».


     1-3) L’allégorie de la caverne de Platon.

https://www.institut-pandore.com/philosophie/caverne-platon/

L’allégorie de la caverne (et non pas le mythe de la caverne comme on trouve parfois dit ou écrit)  « Dans une « demeure souterraine », en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ils n’ont jamais vu directement la source de la lumière du jour, c’est-à-dire le soleil, dont: ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux. Des choses et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos. Pourtant, « ils nous ressemblent », observe Glaucon, l’interlocuteur de SocrateQue l’un d’entre eux soit libéré de ses chaînes et accompagné de force vers la sortie, il sera d’abord cruellement ébloui par une lumière qu’il n’a pas l’habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l’on veut lui montrer. Alors, « ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure » ? S’il persiste, il s’accoutumera. Il pourra voir « le monde supérieur », ce que Platon désigne comme « les merveilles du monde intelligible ». Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n’est qu’en se faisant violence qu’il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d’imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : « Ne le tueront-ils pas ? »

Ici aussi on retrouve la menace de la dangerosité de la connaissance, menace qui apparaît explicitement dans l’analyse de l’allégorie de la caverne dans le site .philo-bac.eu: « Le monde sensible, représenté par la caverne, est une illusion et un piège pour les hommes. La vérité est à l’opposé de ce que nous considérons comme le réel. Notre âme doit sortir de cette prison pour trouver la vérité. Mais le chemin qui mène à la connaissance est douloureux. Il exige un guide. Celui qui arrive au bout acquiert : Le SAVOIR, la LIBERTE, le BONHEUR, et la COMPASSION« .

     1-4) La figure de Faust.

https://reseauinternational.net/le-mythe-de-faust-lor-et-la-prochaine-debacle/

Faust, « héros d’un conte populaire allemand ayant rencontré du succès au xvie siècle, à l’origine de nombreuses réinterprétations. Cette histoire raconte le destin de Faust, un savant déçu par l’aporie à laquelle le condamne son art, qui contracte un pacte avec le Diable. Ce dernier met au service de Faust un de ses Esprits – dit Méphistophélès, afin de lui procurer un serviteur humain, l’étudiant Wagner. Wagner devient son famulus – et lui offre une seconde vie, tournée cette fois vers les plaisirs sensibles, au prix de son âme. Dans la plupart des versions populaires du récit fantastique, l’âme de Faust est damnée après sa mort, qui suit une longue période durant laquelle le Diable a exaucé la plupart de ses vœux.

Dans fabula.org André Dabezies retrace cinq siècles de production littéraire.  » l’ouvrage s’organise selon un ordonnancement chronologique — du xvie siècle au début des années 2000 — et tient compte de l’historicité du mythe et de ses réécritures, une donnée essentielle car, comme le souligne l’auteur, le « contexte historique, sociologique et (inter)culturel » est primordial en ce que les œuvres en « reflètent plus ou moins l’actualité »

Faust, de la damnation médiévale à la consécration romantique« .

Pour le site philophil.comnous somme à nouveau dans le cadre de la dangerosité de la dangerosité que représente la connaissance: « […] Le héros de la quête du savoir… Mais le mythe de Faust est aspiré par la dynamique de la Renaissance qui valorise la quête du savoir. Faust devient un héros de la connaissance assoiffé d’expériences. La veine romantique en fait l’incarnation de la condition humaine écartelée entre le plaisir immédiat et des aspirations plus audacieuses. Dans la version de Goethe le pacte avec le diable prend la forme d’un simple pari ( inspiré du livre de Job) : le diable parviendra-t-il à détourner les nobles aspirations de Faust vers la bestialité des plaisirs sensuels, les satisfactions matérielles et le plaisir de détruire? Dans la version finale du Faust de Goethe, Faust est sauvé : un cortège d’anges escorte son âme vers la lumière « celui qui s’efforce toujours et cherche dans la peine, nous pouvons le sauver ». 

Conclusion de cet avant-propos. La question « Perdons-nos connaissance? » n’est pas fortuite. Il est devenu extrêmement difficile pour nous, « citoyens éclairés des démocraties de l’ère numérique » de trouver un sens au péril que nous avons évoqué dans les chapitres précédents, péril qui a hanté l’humanité pendant les millénaires de culture occidentale. Nous ne sommes plus prêts à admettre l’existence d’une menace que l’homme pourrait encourir à exercer sa faculté de connaître. Cette conception de la connaissance est absente de nos discours et de nos représentations dominantes, si ce n’est dans les discours qui visent les possibles conséquences apocalyptiques des découvertes « scientifico-technologiques concernant des armes de destruction massive, les risques d’extinction de la vie sur Terre, les risque de disparition de l’espèce humaine (ce siècle selon Frank Fenner mais aussi de Stephen Hawking),  les risques technologies de manipulation de la vie (y compris le risque terroristeou la survie de notre planète dorénavant en danger….

Alors, « perdons-nous connaissance? », perdons-nous le sens de ce qu’est la connaissance alors que c’est maintenant, depuis qui les Lumières ont « balayé » l’obscurantisme, que nous croyons l’incarner? Nous verrons dans la troisième partie que les risques apocalyptiques que nous venons d’évoquer sont aussi le signe d’un malaise contemporain dans la connaissance.  

Je vais maintenant, après cet avant-propos, entamer « ma lecture » du livre de Lionel Naccache qui s’est tourné comme il le dit, vers « les deux bonnes fées qui me semblaient les plus à même de m’apporter leurs lumières! la Mythologie, envisagée comme le véhicule de nos représentations culturelles de la connaissance et la neurologie, en tant que science des fondements de la connaissance ». C’est ainsi que nous pourrons explorer l’énigme qui se cache derrière le symptôme que nous avons évoqué: avons-nous réussi à libérer la connaissance des menaces qu’on lui a associées depuis la nuit des temps, au point de ne plus pouvoir en imaginer l’existence, comme l’opinion commune le croit? Ou à l’inverse, serions-nous sous le coup de leurs inexorables et redoutables effets sans le savoir? Progrès ou régression? Chute ou ascension? 

2) Ma lecture du livre de Lionel Naccache. Première partie; une menace vieille comme le monde

Nous retrouvons ici la mythologie comme le véhicule de nos représentations culturelles, telle que nous avons amplement présentée au chapitre 1 dans l’avant-propos. Le risque intrinsèque à l’activité de connaissance traverse notre culture occidentale depuis ses origines et ceci sous des formes très variées qui produisent ensemble une formidable cohérence. Mais sommes-nous aujourd’hui capables d’attribuer une signification pertinente à ces menaces et que reste-il de ces mythes? Des ruines vestigiales, dernières traces d’un danger aujourd’hui disparu? Ou d’une sagesse antique qui ne demanderait qu’à nous parler et nous atteindre là où nous nous trouvons ici et maintenant. Cette première partie du livre rappelle le portrait de la connaissance brossé par les grandes traditions de pansée qui ont construit notre culture. Pour rechercher une signification intelligible de ce discours qui puisse résonner aux oreilles des citoyens occidentaux du XXIème siècle que nous sommes, Lionel Naccache a choisi trois sources, trois pôles et trois moments de la civilisation occidentale, sources que nous avons évoquées dans l’avant-propos: l’éternelle Athènes de la mythologie  antique, Jérusalem avec certains récits bibliques de la Torah et plusieurs pages de de littérature  talmudique qui fut en réalité rédigée au sein des académies d’Israêl et de Babylonie au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne et enfin le mythe Faustien qui plonge ses racines dans le haut Moyen-Àge  allemand. Commençons par Athènes:


     2-1) La connaissance menace Athènes l’éternelle –chapitre 1-

Les récits de la mythologie   grecque contiennent une profusion de personnages aux généalogies complexes, fruit des accouplements d’humains, de dieux et parfois de dieux qui empruntent l’apparence d’animaux. C’est une abondance de signifiants dont la connaissance exhaustive semble hors d’atteinte. 


     2-1-1) I comme Icare est significatif pour la problématique de la connaissance.

Icare, le fils de l’architecte athénien Dédale et d’une esclave crétoiseNaupacté.  a été présenté au chapitre 1. C’est Ovidequi est à l’origine de la narration de cet épisode dans les métamorphoses au livre VIII.  Pour continuer, prenons la narration qu’en fait Lionel Naccache. « Minos, roi de Cnossos sur l’île de Crète, lui-même fils de Zeus et d’Europe (fille d’Agénor), refusait de sacrifier à Poséidon le taureau blanc qui lui était pourtant promis (voir le site les origines du minotaure: « À la tête d’une immense flotte, il (Minos) règne en maître sur les Cyclades et fonde des colonies aux quatre coins de la Grèce. Quand Astérion, le roi de Crète, meurt sans laisser de descendance, Minos voit là l’occasion rêvée pour devenir enfin roi. Il présente aussitôt sa candidature qui est rejetée par l’aristocratie crétoise. Qui sont donc ces misérables pécores qui osent s’opposer au fils de Zeus en personne? Minos est légèrement remonté et assure que les Dieux lui accordent tout ce qu’il souhaite. Pour le prouver, il demande à Poséidon de faire surgir un taureau de la mer qu’il lui offrira ensuite en sacrifice. Sous les yeux émerveillés des Crétois, un magnifique taureau d’un blanc immaculé jaillit des flots. « Les Dieux sont avec Minos! », « Gloire à Minos! », « Minos, Président! »… Des voix s’élèvent d’un peu partout dans l’assemblée. Sans surprise, Minos est aussitôt proclamé roi de Crète. Après un tel prodige, comment pourrait-il en être autrement? Minos doit maintenant tenir sa promesse à Poséidon et lui sacrifier la bête. Mais le taureau est si beau, si pur qu’il ne peut se résoudre à l’égorger. Poséidon entre dans une colère noire! Le roi récemment nommé paiera cher de ne pas avoir tenu les termes de son contrat! En guise de vengeance, le Dieu s’arrange pour que Pasiphaé, l’épouse de Minos, tombe amoureuse du taureau. Et la ruse fonctionne assez bien: cette dernière va trouver Dédale dans l’espoir que celui-ci trouve une solution pour que son union avec la bête sauvage devienne possible. Ingénieux, ce dernier conçoit et fabrique une vache en bois montée sur des roulettes dans laquelle vient se cacher Pasiphaé […]. Neuf mois plus tard naît le fruit de cette union un peu bizarre: le Minotaure, au corps humain et à la tête de taureau. Forcément, Minos a un peu honte… Se faire cocufier par un taureau, c’est quand même pas très glorieux. Pour cacher le fruit de l’infidélité de son épouse aux yeux de ses sujets, il enferme ce monstre contre-nature dans un labyrinthe construit par l’architecte Dédale. Petit problème, il faut bien le nourrir, ce Minotaure! Minos déclare la guerre à Athènes, la gagne et lui impose un lourd tribut: la cité vaincue devra envoyer chaque année sept garçons et sept filles donnés en pâture au Minotaure. » 

Donc, comme on vient de le voir, épouse légitime de Minos, la belle Pasiphaéfille d’Hélios (le dieu soleil) et de Persé), fit les frais de cette friction avec Minos et fut maudite par Poséidon en personne. Elle chercha alors à s’accoupler avec ledit taureau et y parvint grâce au leurre fabriqué par l’ingénieux Dédale qui lui confectionna une vache en bois. Et de cette union naquit ainsi le Minotaure, créature mi-homme mi-taureau. A nouveau sollicité pour trouver une solution respectable à ce drame conjugal, Dédale a conçu le fameux labyrinthe dans lequel Minos fit enfermer le rejeton de son épouse adultère. Comme on vient de le voir, la cité vaincue il fallait envoyer chaque année sept garçons et sept filles donnés en pâture au Minotaure. Mais le fier Thésée Jugeant qu’il n’est pas possible de faire endurer cette infamie à son peuple, se porte volontaire pour être parmi les quatorze « sacrificiés » avec la ferme intention d’en découdre avec le minotaure! Mais Thésée, promis à une mort certaine lorsqu’il doit entrer  dans le labyrinthe pour combattre le Minotaure, séduit Ariane, la fille  Minos et de Pasiphaéqui avait posé des questions à Dédale, le constructeur du labyrinthe . Elle donne à Thésée un moyen de retrouver ensuite la sortie : il faut dérouler un fil le long du trajet. Au retour, il suffira de suivre le fil. C’est cette histoire qui a donné l’expression de « fil d’ariane ».Lorsque Thésée sort du labyrinthe et après avoir tué le Minotaure, il propose à Ariane de l’épouser. Il rentre chez lui mais, amoureux de Phèdre (la sœur d’Ariane), il abandonne Ariane sur l’île de Naxôs. Fou de rage,le malheureux Minos enferma Dédale et son fils Icare dans le maudit labyrinthe. Dédale l’architecte de génie, qui n’était pas résolu à mourir idiot, fabriqua alors des ailes avec des plumes et de la cire d’abeille pour son fils et lui. Et, ultime détail, dédale prévint Icare qu’il ne faudrait pas trop se rapprocher du soleil… Le jeune Icare s’envola donc dans les cieux, non pas de ses propres ailes mais de celles de son père. se rapprocha du soleil, bien trop près de lui, faisant fi de l’avertissement paternel; il voit la cire et ses ailes fondre et s’abîma au fond de la mer. Pour s’être rapproché du soleil, qui n’est autre que Hélios le père de Pasiphaé qui s’accoupla avec l’offrande promise à Poséidon, mais non offerte à ce dernier, Icare mourut dans le royaume de Poséidon! N’est-ce pas vertigineux?

Dédale « maudit un art trop funeste; il recueille le corps de son fils, l’ensevelit sur le rivage » selon Ovide. Il parvient ensuite à atterrir à Cumes, puis à gagner la Sicile. Il y est accueilli par le roi Cocalos, qui le cache et dont il devient l’architecte.

Signification et analyse du mythe.Depuis l’antiquité, durant des siècles jusqu’à nos jours les commentaires se sont accumulés sur ce que semble nous dire le mythe: une mortelle randonnée qui n’a cessé d’alimenter des œuvres  variées dont I comme Icare (1979). On peut retenir: Icare ou les dangers de l’hybris humaine, la démesure aveugle à elle-même, le symbole de la puissance du désir de transgression de l’ordre paternel (nécessaire?), le symbole de la pulsion de mort chère à Freud. Icare, c’est aussi la menace de se frotter à l’astre solaire, source même de la vie. Cette mortelle randonnée vers une recherche illimitée de la Vérité nous présente Icare comme la victime de d’un exercice de connaissance absolue. Cette lecture du mythe repose sur l’identification du soleil et de la connaissance.


La Vérité est, selon Pindarefille du souverain des dieux, rarement personnifiée, AlètheiaEn en se référant au site journals.openedition.org, on lit que c’est un mot composé du a- privatif et du nom propre « Léthé », ce fleuve mythique où l’âme humaine, après avoir contemplé les « idées vraies » et avant de revenir sur terre, doit se baigner dans ses « eaux oublieuses » le secret et l’Alètheia grecque. Il faut donc entendre que la Vérité, c’est ce que serait (saurait) une âme qui, revenue parmi les hommes, se souviendrait encore de ce « monde des idées ». Cette métaphore de la connaissance est fréquente. On la trouve dans le contraste entre les obscurantismes et la philosophie des lumièrespeut-être pas aussi lumineuses qu’on le dit en général selon Bertrand Vergely. dans son livre: obscures lumières. Notre vocabulaire n’en finit pas de tourner autour de cette identification de la connaissance à la lumière et au soleil, source et symbole originaire de la lumière. 

Pour en revenir à Icare, comment expliquer son comportement, au-delà des interprétations fondées sur son Hybris ou sa pulsion de mort? Dans la continuité avec les lumières et la pensée moderne, on peut le voir comme un acte plein de lucidité, dépourvu d’emportement et de plaisir auto-destructeur. Mais ne peut-on y voir aussi une anticipation sur la mort de Dieu et sur la désacralisation du monde post-moderne, Icare aurait saisi l’unique opportunité de prendre date dans l’Histoire en s’affranchissant de sa difficile condition de fils du génial Dédale, en fait de Dieu le Père. C’est un acte que Dédale, le père, trop attaché à la vie pour ne pas se rapprocher plus qu’il ne le faut de la connaissance ne commettrait jamais. Icare ne serait donc pas mort par par excès de confiance ou par plaisir masochiste, mais parce qu’il aurait décidé de se place sous le joug de la connaissance. Icare héros martyr de la connaissance: vivre pour savoir, pour connaître quitte à ne plus vivre! Son nom mythique est inscrit dans nos cerveaux depuis plus de 2 000 ans, rappelant ce danger de la connaissance, mais qui a été occulté de façon que beaucoup pensent définitive par les lumières de la science moderne.  

Une autre idée à rapprocher de cette fin, d’une vie qui disparaît dans son mouvement vers la connaissance est celle de NDE ou mort imminente (cf Moody). « Cette expression désigne un ensemble de « visions » et de « sensations » consécutives à une mort clinique ou à un coma avancé. Ces expériences correspondent à une caractérisation récurrente et spécifique contenant notamment : la décorporationN 1, la vision complète de sa propre existence, la vision d’un tunnel, la rencontre avec des entités spirituelles, la vision d’une lumière, un sentiment d’amour infini, de paix et de tranquillité, l’impression d’une expérience ineffable et d’union avec des principes divins ou supranormaux. » Les explications scientifiques proposées font appel à des mécanismes neurochimiques et à des similarités avec d’autres situations neurologiques plus simples comme le sommeil paradoxal.ou les simulations cérébrales qui provoquent un état d’autopsie. Ce phénomène suscite une extrême fascination dans notre société post-moderne où elle prend l’aspect d’un revival du projet d’Icare. Ainsi le sort d’Icare ne serait plus le nôtre? On pourrait se brûler les ailes et aller au bout du tunnel de lumière et en revenir sans séquelles? L’avenir avec les nouvelles technologies semble effectivement  donner la possibilité.de l’immortalité

Pour l’instant retenons que Icare vient de nous enseigner que connaître sans limites est une démesure  condamnable et dangereuse. Cette menace ainsi stigmatisée semble engager l’individu dans son rapport personnel et solitaire avec la connaissance.

     2-1-2) L’homme qui en savait trop. chapitre 1 suite: la connaissance menace Athènes

Le second texte choisi par Lionel Naccache pour illustrer l’idée des dangers véhiculés par la connaissance en utilisant aussi la métaphore de la lumière est le livre VII de La République de Platon que nous avons évoqué au chapitre 1-3) avec L’allégorie de la caverneRappel: Socrate y demande à Glaucon, jeune philosophe et neveu de Platon quelle est l’essence de la connaissance et quelles sont les modalités de son acquisition par l’homme. Pour cela, il lui demande de s’imaginer des hommes captifs dans une caverne, enchaînés dos à la sortie, et ne voyant du monde extérieur que les ombres d’objets ayant été placés derrière eux et que la lumière d’un feu projette sur la paroi qui leur fait face.

Le philosophe est celui qui brise ses chaînes, tourne la tête pour regarder ce qui se cache derrière lui, puis sort de la caverne et s’expose effectivement au monde extérieur. Il est celui qui s’arrache aux images, accède au monde réel et affronte la lumière éblouissante du Soleil, comprenant par là même que l’intérieur de la caverne n’est qu’un reflet déformé du monde réel, le monde intelligible. « L’antre souterrain, c’est ce monde visible : le feu qui l’éclaire, c’est la lumière du soleil : ce captif qui monte à la région supérieure et la contemple, c’est l’âme qui s’élève dans l’espace intelligible. Voilà du moins quelle est ma pensée, puisque tu veux la savoir. ». La sortie de la caverne est donc la métaphore de la dialectique ascendante présentée au Livre VI.
Cette métaphore de la condition humaine par Socrate n’est pas sans rappeler un des éléments clé du scénario de la trilogie Matrix des Andy et Larry Wachowski, sorti en 1999. « Ce film est un exemple du sous-genre cyberpunk. Il contient de nombreuses références à des idées philosophiques et religieuses, et rend hommage de façon proéminente à des œuvres telles que l’Allégorie de la caverne de PlatonSimulacres et simulation de Jean Baudrillard et Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll« 

Socrate en déduit un ensemble de conséquences sur le comportement mental des hommes. Ils sont enchaînés depuis leur naissance et ont du mal à en prendre conscience. En fait ils ne sont pas dépourvus d’organes sensoriels, mais ils n’ont pas accès à la source de leurs perceptions, donc objets eux-mêmes, mais uniquement aux ombres de ces objets situés dans leur dos et qui sont projetées face à eux sur le mur du fond de la caverne et aux échos renvoyés par les parois. C’est pourquoi Socrate suggère à Glaucon que de tels hommes, confrontés à des perceptions incompatibles avec celles qu’ils avaient jusqu’alors connues, ne pourraient commencer que par douter de la réalité. Avec la découverte de la lumière extérieure (du soleil de la connaissance), commence une authentique initiation à cette nouvelle condition d’homme affranchi, initiation marquée par la souffrance, l’effort de lutte contre les tentations de ne pas chercher à voir et à connaître ce qui s’offre à lui. Et à force d’éducation par des mains secourables panse Socrate, son intelligence va pouvoir se déployer et cet homme libre va accéder à la véritable connaissance. Alors, dit-il, « je pense que c’est seulement au terme de de cela qu’il serait enfin capable de discerner le soleil, non pas dans ses manifestations sur les eaux ou dans un lieu qui lui serait étranger, mais lui-même en lui-même, dans son espace propre, et le contempler tel qu’il est ». Ce à quoi Glaucon ne peut s’empêcher de répondre: « nécessairement« .

L’histoire pourrait s’arrêter là; mais Platon désire nous entretenir de la suite. En effet, un homme ne connaît pas seul, la connaissance n’est pas un exercice solipsiste; c’est une affaire sociale, une activité de transmission et d’échange. Platon veut donc nous entretenir de cet homme et se mission sociale, de son ambition narcissique à recevoir les honneurs dus à son savoir et de son désir de transmettre cette connaissance à ses anciens camarades toujours enchaînés et bercés par leur ignorance congénitale. Alorsn Socrate et Platon vont-ils faire l’apologie du « prosélytisme intellectuel » au service de la connaissance, le nouvel évangélisme post-moderne? Nullement. En effet, il pense que « s’il fallait de nouveau concourir avec les anciens camarades prisonniers et entreprendre de les détacher et de les conduire vers la lumière, et « s’ils avaient le pouvoir de s’emparer de lui de quelque façon et de le tuer, ne le tueraient-ils pas? A toute force répond Glaucon ».     
Conclusion: Pour Platon et Socrate, l’homme de connaissance serait l’inévitable victime de la violence du groupe qui l’entoure. Icare nous montrait les risques du rapport de l’individu face à la connaissance. Ici, Platon nous indique que l’homme qui connaît est également vécu comme une menace par ses congénères et que cette menace conduit à la disparition inéluctable de celui qui connaît, incapable de transmettre son savoir. Cela conduit à la préservation de l’ignorance, le fondement et la garantie de d’une certaine forme de paix ou de confort social. C’est un étonnant pessimisme pour ces philosophes aux yeux desquels la vie ne valait certainement pas d’être vécue sans l’aventure de la connaissance et qui ne s’aveuglaient pas sur les limites implacables de sa transmission, ni sur l’inévitable issue de cette aventure: le bol de ciguë pour Socrate, celui qui « corrompait les jeunes gens » d’Athènes et qui s’aventurait à offrir aux dieux de la cité des représentations nouvelles jamais encore révélées. 

     2-2) La connaissance menace Jérusalem chapitre 2-

Le passage d’Athènes à Jérusalem est plus qu’une question de distance, ni progrès ni régression, mais une révolution, car il s’agit d’un changement radical de regard posé sur la place de l’homme dans le monde et sur la signification de son existence. En témoigne, nous dit Lionel Naccache « l’ambivalence symptomatique » qu’éprouvaient les rabbins du Talmud à l’égard des hohme yavan, des savants grecs ». Il apparaîtrait que c’est un mélange d’admiration et de mépris, de fascination intellectuelle et de répulsion et même de frayeur à l’égard de ces représentations mentales manipulées. Les hohme yavan eurent-ils vent du contenu des discussions qui enflammèrent les académies talmudiques d’Israël et de Babylonie? Ils furent certainement intéressés par les développements du judaïsme   biblique puis pharisien. Ils furent suivis de nombreux autres courants. Trois récits, l’un biblique les deux autres talmudiques illustrent cette menace de la connaissance.


     2-2-1) Du paradis perdu au Pardes retrouvé.

« Le Pardès, littéralement jardin, verger, parc, qui s’apparente au mot paradisdésigne, dans la tradition de la Kabbale, un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. Ce terme est tiré d’une anecdote philosophique et mystique qui trouve une explication dans le Pardes Rimonim du Rav Moshe Cordovero. Celui-ci prend l’image de quatre rabbis (Elisha ben Abouya, [Rabbi] Shimon ben Azzaï, [Rabbi] Shimon ben Zoma et rabbi Akiva) pénétrant un verger mais dont les « niveaux » respectifs de pénétration du sens des Écritures ne sont pas équivalents ». 

Berechit vu par un physicien  https://www.cairn.info/revue-pardes-2001-2-page-85.htm?contenu=resume par Henri Bacry Dans Pardès

Dans le chapitre 1-1), en avant-propos, nous avons vu que depuis les origines de notre culture, la connaissance est représentée comme un danger, un « poison vital ».  Nous avons commencé par Adam et Ève  face à lArbre de la Connaissance et au fruit défendu. Une des sources mythiques des dangers de la connaissance réside dans le premier livre du pentateuque: le livre de Berechit (ou de la genèse) dans ce récit de l’expulsion d’Adam et Eve du jardin d’Eden. Nous avons vu dans ce chapitre l’interprétation de Annick de Souzenelle. Ce n’est pas « le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort », mais « de l’Arbre de la connaissance de l’accompli et du non-encore accompli tu ne mangeras pas de lui-de nous car dans le jour où tu mangeras de lui-de nous muter absolument tu muteras« . Quelle que soit l’interprétation, goûter au fruit de l’arbre de la connaissance, donc à la connaissance est intrinsèquement un danger qui a été considéré comme mortifère depuis des temps immémoriaux. Comme l’interprète Annick de Souzenelle, et Lionel Naccache semble partager ce avis, d’avantage qu’une punition infligée par Dieu, on peut lire dans ce passage une information délivrée à l’homme quant aux risques inhérents à l’acquisition de cette connaissance. Dieu ne punirait pas Adam et Eve de connaître, mais les informerait du prix véritable de la connaissance: devenir mortel (muter si on se réfère à A. de Souzenelle) et surtout le savoir consciemment, ce que les animaux ignorent probablement.
L’origine de notre condition humaine reposerait ainsi, selon la tradition biblique, sur notre relation à la connaissance, ou au moins sur celle du bien du  mal, nécessaire à toute forme d’éthique. 

Chez Icare ont été identifiés les dangers inhérents à notre rapport individuel à la connaissance. En remontant la pente de la caverne de Platon, ce sont les dangers de la connaissance envisagée comme une menace de la stabilité de la collectivité humaine qui apparaissent dans leur évidence. Dans le récit biblique, Adam n’est plus seul; l’interdit doit être respecté par les deux, Adam et Eve qui est tour uniment concernée par cet impératif négatif. La loi a été formulée pour et à deux êtres qui cohabitent.  Eve a croqué la première Mais les deux êtres sont liés par cet acte. Il semble grotesque d’imaginer que si Adam n’avait pas goûté au fruit, il aurait pu se la couler douce, alors qu’Eve aurait été chassée de l’Eden; mortelle et enfantant dans la douleur. L’interdit biblique n’a de sens que s’il est respecté, ou transgressé par un couple, par le couple. Consommer du fruit de la connaissance est un acte que l’on commet à deux. L’éthique vise cette relation duelle, qui me relie moi à l’autre, non pas moi à tous les autres, mais à l’autre, cet autre moi, objet de mes représentations, de mon désir. Levinas parle de l’Autre ou l’éthique comme philosophie première. Le texte biblique, lui, nous rappelle la première occurrence de la relation sexuelle amoureuse dans le livre de la genèse: « Et l’homme connut Eve sa femme ». L’amour charnel serait donc aussi une authentique modalité de notre aptitude à connaître. Ainsi, après intérieure et la paix sociale, voici que la paix des ménages est en péril!

https://philitt.fr/2013/10/09/levinas-lautre-ou-lethique-comme-philosophie-premiere/: Levinas l’Autre ou l’éthique comme philosophie première

Alors est-il possible de rêver à un éventuel retour, eschatologique (cf aussi eschatologie chrétienne), au paradis perdu? L’intuition pourrait nous orienter vers le confinement de la connaissance: si la connaissance est porteuse de tant de malheurs, une solution pourrait être de s’en éloigner le plus possible et à la bannir de notre quotidien. Mais la tradition juive talmudique, elle, propose au contraire une solution contre-intuitive en recommandant de plonger corps et âme dans la connaissance du texte biblique plutôt que de le fuir. Aux yeux du judaïsme, l’étude de la signification du texte révélé, écrit sous la dictée de Dieu, est la quête infinie de cette forme de connaissance, à commencer par savoir qu’il y a un Dieu et c’est le plus important des 613 commandements divins, 613  mitzvot en hébreu,  qui sont, selon la tradition rabbinique, contenus dans la Torah. C’est de ce commandement que découle le sens de l’existence du juif pieux et les autres commandements dont le mise en pratique, sinon, se réduirait à une ritualisation obsessionnelle et aliénante. Le juif traditionaliste semble vouloir dépasser la contradiction interne dû à la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance mortifère par son idéal de l’existence sous le signe quasi exclusif de la connaissance. Ce projet revêt une forme allégorique dans l‘herméneutique (en hommage à Paul Ricoeur) juive dans un acronyme qui condense les quatre niveaux de signification postulés du texte de la Torah. Chaque verset peut résonner à la fois dans sa signification littérale (Peshat):[P esh a t ( פְּשָׁט ) – « surface » (« droit ») ou le sens littéral (direct)], dans un sens allusif (Remez[R emez ( רֶמֶז ) – « allusions » ou sens profond (allégorique: caché ou symbolique) au-delà du sens littéral], dans un sens d’exposition (Derach) [De rash ( רַשׁ ) – de l’hébreu darash : « enquire » (« chercher ») – le sens comparatif (midrashique)] et dans un sens secret (Sod[S od ( סוֹד ) (prononcé avec un long O comme dans ‘lore’) – « secret » (« mystère ») ou le sens ésotérique / mystique, donné par l’inspiration ou la révélation]. La réunion des initiales de ces quatre mots compose en hébreu le groupe de consonnes « PRDS » qui permet de prononcer et d’entendre le mot qu’il réalise le « Pardès« , qui signifie « paradis ». Du Paradis perdu au Paradis retrouvé, c’est le Paradis de l’interprétation et pour le retrouver, les juifs traditionalistes plongent dans la connaissance infinie en étant devenus des êtres de connaissance. Le Pardès (Kabbale) « est un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. Ce terme est tiré d’une anecdote philosophique et mystique qui trouve une explication dans le Pardes Rimonim du Rav Moshe Cordovero. Celui-ci prend l’image de quatre rabbis (Elisha ben Abouya, [Rabbi] Shimon ben Azzaï, [Rabbi] Shimon ben Zoma et rabbi Akiva) pénétrant un verger mais dont les « niveaux » respectifs de pénétration du sens des Écritures ne sont pas équivalent« .  

Selon le judaïsme  pharisien il est possible de prendre conscience des risques inhérents à la connaissance sans la bannir du quotidien, bien au contraire. Mais la tradition juive représente cet itinéraire comme ardu et risqué. Le Talmud ne cesse de rappeler l’extrême dangerosité de la connaissance tout en enjoignant de s’y livrer sans limite. Nous sommes chassés de l’Eden, devenus mortels et lucides, mais ce ce n’est pas pour cela que que nous n’avons plus à redouter les effets délétères de la connaissance. nous sommes mortels, mais pire, nous pourrions mourir tout de suite! 

Ces avertissements talmudiques se retrouvent sous la forme de nombreux récits allégoriques qui ont alimenté des siècles de commentaires dont deux d’entre eux vont faire l’objet des deux chapitre suivants.

     2-2-2) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance

Rabbi Ben Abouva ou les risques de l’Autre:

Le Pardès (Kabbale) « est un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. Ce terme est tiré d’une anecdote philosophique et mystique qui trouve une explication dans le Pardes Rimonim du Rav Moshe Cordovero. Celui-ci prend l’image de quatre rabbis (Elisha ben Abouya, [Rabbi] Shimon ben Azzaï, [Rabbi] Shimon ben Zoma et rabbi Akiva) pénétrant un verger mais dont les « niveaux » respectifs de pénétration du sens des Écritures ne sont pas équivalent.

Aux textes fondateurs du judaïsme, la Torah (ou pentateuque) ont été rajoutés des textes ultérieurs définissant le canon biblique [On distingue l’établissement ou la construction des canons de la Bible hébraïque (Tanakh), celui de la Septante et des versions en grec, celui de la Peshitta et des versions en araméen, celui du Nouveau Testament, puis les canons des Églises. Par exemple, le canon biblique de l’Église catholique a été fixé à 46 livres de l’Ancien Testament et 27 livres du Nouveau Testamentou Talmud, qui est une version écrite de la tradition dite orale [Rédigé dans un mélange d’hébreu et de judéo-araméen et composé de la Mishna et de la Guemara, il compile les discussions rabbiniques sur les divers sujets de la Loi juive telle qu’exposée dans la Bible hébraïque et son versant oral].  « Il a été  rédigé sur plusieurs siècles et correspond à 2 projets successifs et complémentaires. Les 6 ensembles ou ordres de la Mishna ont été rédigés approximativement entre -30 et -120. C’est ensuite que les rabbins ont rédigé la Guemara, commentaire de la Mishna, qui est une œuvre monumentale totalisant 63 traités visant à expliciter dans ses moindres détails les textes de la Mishna. Les auteurs de la Gémara sont appelés les Amoraïm (« ceux qui parlent » ou « ceux qui expliquent »). Elle fut rédigée simultanément, au vie siècle, en Galilée et en Mésopotamie, notamment sous l’impulsion de Rav Achi et RavinaLa Michna hébraïque et la Gémara araméenne constituent le Talmud. Du fait de l’existence de deux Gémarotes qui diffèrent par le contenu et l’ampleur, il existe deux versions du Talmud : le Talmud de Jérusalem et le Talmud de Babylone, dont l’autorité est bien supérieure au précédent. Le Talmud de Babylone est plus développée que le Talmud de Jérusalem, mais l’une et l’autre ne commentent pas la totalité des traités de la Michna. Le Talmud de Babylone fut composé jusqu’au VIe siècle.


Le traité Haguiga du Talmud de Babylone rapporte l’édifiante et tragique histoire citée dans l’exergue à ce chapitre de 4 figures rabbiniques ayant réussi l’exploit de pénétrer à l’intérieur de ce Pardès, paradis de la connaissance; Temporellement, le cadre historique de cette Hagada se situe quelques décennies après  la destruction du second temple de Jérusalem, en l’an 70. L’épisode débute ainsi (Haguiga 14 b): « Nos sages ont enseigné: « quatre hommes sont entrés au Pardès; Shimon ben AzzaïShimon ben ZomaElisha ben Abouya plus connu sous le nom de ah’er (אחר) : l’autre en hébreu, et rabbi Akiva« . Lionel Naccache nous dit: « Quelques lignes plus tard, le destin de ces hommes est scellé. Ben Azaï est mort sur place, abattu par ce qu’il contemplait. Ben Zoma a perdu à tout jamais ses esprits, et A’her a sombré dans l’hérésie. Seul le quatrième de ces Maîtres, Rabbi Akiva, revint plein d’usage et de raison de cette aventure, comme le dit la suite du texte: « Rabbi Akiva entra en paix et sortit en paix ». 

Que signifie ce texte? Une espèce d’expédition commando en « terra incognita » menée par un groupe d’élite guidé par un objectif commun, l’accès au Pardès, l’accomplissement ultime de l’apologie de la connaissance que chante le Talmud, comme on l’a vu en 2-2-1? Puis la brutale désillusion pour les trois » géants du savoir », la mort, la folie, l’hérésie? Serait-ce un démenti brutal d’une propagande diffusée au fond des instituts d’études talmudiques par des recruteurs qui enrôleraient dans cette macabre équipée les plus brillants des jeunes esprits?  Je partage l’avis de Lionel Naccache lorsqu’il dit que « en réalité, la signification de ce récit est plus fine que cela, et donc plus intéressante ». Ce n’est pas un extrait d’un quelconque « livre noir du Talmud », qui en dénoncerait les graves dangers, mais l’héritage talmudique lui-même. qui invite au voyage infini dans l’univers de la connaissance. C’est un aveu paradoxal que la vie d’un homme ne saurait être conçue sans cet immense appétit pour la connaissance et l’étude des textes sacrés qui conduiront presque immanquablement à la mort, à la folie, ou à l’hérésie. La mort et la folie, qui sont sans appel, sont toutes deux des connaissances néfastes, celles qui menacent depuis des millénaires et que nous avons vu jusqu’à maintenant dans les chapitres précédents. Mais l’hérésie d’A’her ne serait-elle pas une forme de liberté plutôt qu’un drame, une échappée au cadre restreint de la connaissance tel qu’il est défini par le judaïsme? A’her ne pourrait-il correspondre à un type de juif émancipé dont le destin ne serait pas une pure tragédie, au-delà des purs intérêts du Talmud voire du Judaïsme mais à un épanouissement pour ce dernier? Ne serai-il pas comparable à Baruch Spinoza dans son rejet libérateur? Spinoza, destiné aux plus hautes destinées par ses maîtres spirituels de la communauté juive d’Amsterdam fut certes excommunié, mais gagna sa liberté en inventant sa philosophie de l’existence et de la joie. Comme lui, A’her s’est-il libéré dans ce que le Talmud qualifie d’hérésie? Lionel Naccache nous dit non ! En réalité, il s’appelait Elisha ben Abouya avant son hérésie et était considéré comme l’un des esprits rabbiniques les plus profonds de son temps. A’her signifie « l’autre », celui dont on ne veut plus prononcer le nom et dont on efface le nom sur les tablettes pour le remplacer par ce qualificatif anonyme. Qu’a t-il fait une fois son hérésie consommée? (Il est comme le midrach, toujours au seuil, dans un non-lieu sans savoir reconnu ni place où s’établir. N’ayant pas d’identité, il est toujours en passage, comme l’hébreu. N’ayant pas de lien, il est lié à l’inconnu. Il affirme la différence, l’inattendu. Par son rire, il fait éclater toute pensée qui cultiverait l’illusion de la vérité). Il ne s’est donc pas livré à une expérience de nihiliste, ni tourné vers la philosophie des « sages de la Grèce« , dont il avait très certainement connaissance, ni transformé en hédoniste résolu ou adhéré à une vision zoroastrienne ou bouddhique de la vie. Il n’a pas non plus préfiguré un esprit des Lumières, ni un héros annonciateur de le science moderne et du libre savoir. Le Talmud continue à raconter ses péripéties, une fois son patronyme effacé de ses pages et de ses enseignements. Comme on l’a vu plus haut, il est devenu un homme vidé de tout ressort ontologique, un être intellectuellement annihilé et brisé. S’il ne respectait plus les lois de la Torah, il continuait à leur porter un intérêt intellectuel. Il avait un élève Rabbi Meïr qui tenait à recevoir les enseignements de ce maître déchu dont les exploits absurdes ne sont pas sans évoquer Don Quichotte, comme dans un passage 15a  du traité Haguiga lorsqu’il chevauche une monture un jour de Chabbat, ce qui en est une transgression majeure des lois du « repos ». A’her était devenu un être dépourvu de croyances, non seulement religieuses, mais aussi et surtout de croyances identitaires et existentielles. Il n’a pu remplacer les lois de la Torah par rien d’autre dans son esprit, tout en ne leur reconnaissant aucune valeur. Il attendait de mourir sans pouvoir croire croire en rien ni en lui-même.Il était devenu fou aussi mort dès sa sortie du paradis de la connaissance.

Il est temps maintenant d’examiner le cas du quatrième entré dans le Pardès, rabbi Akiva, dans le chapitre suivant.

liens:

https://hal.univ-lille3.fr/hal-01671068/document: Elisha ben Abouyah, une figure de l’autre dans la littérature rabbinique ancienne Christophe Batsch

Quatre entrèrent au Pardès 

    2-2-3) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance suite: le cas de rabbi Akiva -La connaissance? Une vraie boucherie!

Le voyage au Pardès de Rabbi Akiva semble s’être achevé très différemment de celui des trois figures rabbiniques précédentes. Comme nous l’avons vu, « Rabbi Akiva entra en paix et sortit en paix« . C’est l’unique rescapé de cette « folle échappée ». Est-ce que cela peut nous convaincre qu’il est possible d’être « un citoyen serein du paradis de la connaissance et que ce texte pourrait n’être qu’une allégorie à visée pédagogique visant à enseigner comment la connaissance doit être appréhender afin d’en recevoir les bienfaits sans y laisser trop de plumes? Rabbi Avika serait-il le modèle d’un rapport réussi et sain à la connaissance? Mais le Talmud tempère cette note d’optimisme en racontant dans un autre traité la fin de de sa biographie qui aboutit à la mort et au martyr de celui qui demeure une référence majeure du judaïsme orthodoxe contemporain. Les circonstances de cette mort sont aussi enseignées à l’occasion d’une autre histoire talmudique qui se trouve dans la traité Menachot (page 29b), une célèbre allégorie de la capacité humaine à dévoiler de nouvelles significations de la Torah au fil des générations tout en demeurant fidèle au message originel de la tradition (une forme d’infini dans la totalité de la révélation divine?). Dans le site promenadepardes.blogspot.com on peut lire ce dialogue surprenant évoqué par Lionel Naccache; « Traité Menakhot, page 29b

Moïse monte au ciel pour recevoir les tables de la loi. Il trouve Dieu occupé à mettre des couronnes sur les lettres.
Moïse : « qui à côté de Toi retient ce que Tu as écrit ? » ( En d’autres termes : qui T’empêche d’achever Ton Texte avec les lettres conventionnelles, qui T’oblige d’y ajouter ces fioritures ?)
Et voici la réponse divine :
« Après bien des générations, viendra un homme, son nom sera Akiva ben Yossef. Il construira des montagnes de hala’hah (des lois de conduite, des lois en marche,évolutives) à partir de chacune de ces pointes (sur les lettres) »
Moïse, interloqué demande : « Montre-moi cet homme. Ainsi, je ne reçois pas une loi achevée. Celle-ci continuera à être construite dans le futur par un homme qui n’est ni prophète ni saint»
Dieu : « retourne-toi »
Moïse s’assied modestement derrière la dernière rangée des élèves pour écouter l’enseignement du Maître Akiva. Mais il n’y comprend rien, dépassé qu’il est par les sujets en discussion et par le style des développements. Cela le déprime. Mais, subitement, après que Rabbi Akiva ait énoncé une décision qui semble arbitraire aux élèves, ne s’appuyant sur aucun raisonnement conforme aux règles herméneutiques, ces derniers demandent :
« Rabbi, d’où te vient cette décision ? C’est une loi (hala’hah) reçue par Moïse à Sinaï »
Moïse est rassuré par cette référence à lui qui prouve que l’enseignement porte sur la Torah qu’il a reçue à Sinaï, bien qu’il n’ait aucun souvenir de cette loi.
« Tu as un tel homme et Tu me donnes la Torah à moi ? »
Réponse : « Tais- toi, c’est ainsi que cela est monté en pensée devant Moi »
« Montre-moi sa récompense ».
« Retourne-toi »
Regarde ce qui se passe de l’autre côté, dans le monde des hommes
Et Moïse voit que l’on débite la chair de R. Akiba dans les échoppes, après l’avoir torturé et assassiné pour avoir enseigné, malgré l’interdit promulgué par le pouvoir.
« Maître du monde, est-ce cela la Torah ? Est-ce cela son salaire ? »
« Tais-toi, c’est cela Mon dessein »

Moïse avait compris, lorsque Rabbi Akiva avait dit « C’est une loi (hala’hah) reçue par Moïse à Sinaï « , que l’on ne peut être le dépositaire d’un savoir dont la portée ne se révélera que progressivement à travers les efforts d’exégèse, de lecture et d’interprétation des générations à venir. C’est bien ce que fait la tradition judaïque dont la vitalité est sous-tendue par par la conjugaison d’une capacité de lecture infinie du texte révélé avec fidélité et une reconnaissance de la chaîne de transmission qui remonte jusqu’à la révélation sinaïtique. Mais la fin du texte donne, avec la parcimonie lapidaire des termes du Talmud l’image insupportable de la fin de Rabbi Akiva en 3 petits mots écrits en araméen: « chechokelin bessaro bemakolin » (sa chair qui pendait aux étals), 3 petits mots qui suffisent à exprimer l’horreur et à donner à voir tout ce que les 3 petits mots ne disent pas, mais suggèrent. Ainsi, contrairement à Ben Azaï, Ben Zoma et A’her, Rabbi Akiva ne périt pas de son face à face direct avec la connaissance. Il faut rappeler, pour comprendre l’origine de cette effroyable fin, que la Judée, au IIè siècle est en guerre contre Rome et son empereur Hadrien. Rome va mettre au pas cette province et faire raser la ville de Jérusalem. Bar Kokhba, instigateur de la révolte, se replia dans la forteresse de Betar, au sud-ouest de Jérusalem, mais les Romains finirent par la prendre, et massacrèrent tous ses défenseurs en 135Shimon bar Kochba était considéré comme le Messie par nombre de ses partisans, dont le plus célèbre est Rabbi Akiva. Ce dernier avait continué à enseigner publiquement, au mépris des diktats romains et à former une nouvelle génération de disciples. Quintus Tinneius Rufus (connu sous le nom de Tyrannus ouTurnus Rufus), alors gouverneur de la province de Judée, fut responsable de la déjudaïsation de Jérusalem et a Judée fut, sur ordre d’Hadrien, rebaptisée Palestine, comme pour en effacer toute judéité. Turnus Rufus fit arrêter Akiva et le supplicia sur la place publique. Ses chairs seront exposées aux étals du marché, le « fleishmarket », suspendues à des crochets de boucherie. 


Conclusion

A ses amis qui lui recommandaient de de se protéger et de suspendre l’enseignement de ses connaissances à la jeunesse de Jérusalem, Rabbi Avika répondait par une parabole: « Un renard, voyant un poisson se débattre pour échapper aux filets des pêcheurs, lui dit « Poisson, mon ami, ne viendrais-tu pas vivre avec moi sur la terre ferme? » Le poisson lui répond: « Renard, on te dit le plus sage, mais en réalité, tu es le sot des animaux. Si vivre dans l’eau qui est mon élément m’est difficile, que crois-tu qu’il en serait sur la terre? » Ce que l’eau est au poisson, la Torah l’est à Akiva. La connaissance semble ici prendre l’aspect de ce « poison vital ». N’y a t-il pas ici une impression de déjà-vu? Les allégories sur la connaissance s’avèrent d’une troublante convergence entre Athènes (aux chapitres 2-1-1 avec Icare et chapitre 2-1-2 avec Platon et Socrate) et Jérusalem. Le mythe d’Icare se rapproche des dangers d’une trop grande proximité de l’individu avec la connaissance à laquelle répondent les sombres péripéties de Ben Azaï, Ben Zoma et A’her dans le jardin du Pardès et celles d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden. Par contre, à l’allégorie platonicienne de la caverne, qui, comme  on l’a vu, représente la violence du groupe social à l’encontre de ceux qui répandent leur connaissance « corrosive pour la jeunesse », comme Socrate, répond le tragique destin de Rabbi Akiva, qui ne cessa pas, ce que Tumus Rufus lui fit payer très cher, de « corrompre la jeunesse de Jérusalem« . On voit donc avec Lionel Naccache que ce n’est pas seulement dans les histoires que la connaissance tue !Ainsi se termine ma lecture de l’Avant – propos et première partie chapitres 1 et 2 du livre de Lionel Naccache « Perdons-nous connaissance? » Dans l’article 2 nous verrons comment après la Grèce et Jérusalem, la connaissance menace outre-Rhin avec Johann Georg Sabellicus Alias Docteur Faust avant d’examiner le chapitre 4: « Des mythes à la réalité ou l’art de la mauvaise solution », qui précède ce qu’on connait de nos jours, « bienvenue dans la société de la connaissance » où connaissance et information sont confondues peut-être pour le meilleur et… pour le pire.


liens:
 Jésus et Rabbi Avika deux martyrs juifs de l’ « accomplissement ».

Berechit lu par un physicien

http://blog.univ-angers.fr/namurdamyths/2018/05/02/pantheon-mythologie-grecque-dieux/ : Les dieux grecs et la cosmogonie

https://www.grecevacances.com/pages/histoire-du-pays/mythologie-grecque/mythologie-dieux-grecques.html: Mythologie et généalogie des dieux grecs

http://l-univers-magique.over-blog.com/2019/01/poseidon.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail: Rédigé par EVY et publié depuis over-blog – l’histoire des dieux, Poséidon

http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Jung_ConceptsJungiens.htm : 

SOMMAIRE  Le soi et l’inconscient  Le moi  Inconscient collectif  Archétypes  Énergie  Symbole Le symbole du mandala Mana, démon, Dieu et l’inconscient Libido Individuation Compensation Complexe Types psychologiques Extraverti / Introverti 4 fonctions psychologiques fondamentales : Intuition / Sensation — Pensée / Sentiment Animus et Anima Persona Psychologie analytique : Dieu, fonction de l’inconscient  Le côté sombre de Dieu : Psychanalyse de Yahvé Je n’insiste jamais ; le remède peut être un poison 

L’arbre de la connaissance du bien et du mal et Annick de souzenelle

http://pncds72.free.fr/1600_esoterisme/1600_7_souzenelle_bible_revisitee.pdf: La lecture symbolique de la Bible hébraïque selon Annick de Souzenelle : Une supercherie « gnostique »

http://pncds72.free.fr/1600_esoterisme/1600_7_souzenelle_bible_revisitee.pdf: Analyse réalisée par l’abbé Philippe Loiseau, bibliste, à partir de la lecture du livre de dialogue avec Frédéric Lenoir : L’Alliance oubliée, La Bible revisitée, Albin Michel, 2005. voir 4) Le refus de la différence des sexes qui est perçue comme la perte de l’unité originaire et l’entrée dans la régression de l’animalité et de la procréation

https://www.cairn.info/revue-pardes-2001-2-page-85.htm?contenu=resume : Berechit lu par un physicien Henri Bacry Dans Pardès


Obscures lumières de Bertrand Vergely

https://fr.aleteia.org/2018/05/29/bertrand-vergely-les-lumieres-nous-rendent-tranquillement-sadiques/ : Loin de libérer l’homme, pense-t-il, elles l’ont amputé d’une part essentielle de son identité et portent en elles les germes de la Terreur et du totalitarisme.

https://monblogdereflexions.blogspot.com/2018/05/obscures-lumieres-par-bertrand-vergely.html#.XEcA3lxKj4a : On voudrait nous faire croire que les Lumières ont été totalement lumineuses. Mais la Révolution française a débouché sur la Terreur, avant d’accoucher de l’Empire. Est-ce un accident ? Il n’en est rien. Il y a dans la Révolution française une double contradiction. Alors qu’elle se veut antireligieuse, elle donne naissance avec Robespierre au culte de l’Être Suprême. Alors qu’elle se veut morale, elle fait le lit du libertinage poussé au paroxysme par Sade. Il y a une raison à cela. La Révolution française a voulu être révolutionnaire. Elle a cru qu’elle pouvait l’être. Mais elle a été dévorée inconsciemment par l’Ancien Régime dont elle ne s’est jamais vraiment débarrassée. Cette ombre a pesé sur elle. Elle pèse encore sur nous. Bertrand Vergely est philosophe et théologien. Normalien, agrégé de philosophie et professeur de khâgne, il enseigne également à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’Institut Saint-Serge. Il est l’auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (2001), Le Silence de Dieu : face aux malheurs du monde (2006) et Une vie pour se mettre au monde »

https://fr.aleteia.org/2018/05/29/bertrand-vergely-les-lumieres-nous-rendent-tranquillement-sadiques/ : Bertrand Vergely : « Les Lumières nous rendent tranquillement sadiques »

Le destin d’Icare

http://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/OVIDE_METAMORPHOSES_08.pdf: LES MÉTAMORPHOSES Livre VIII. OVIDE Traduction nouvelle avec le texte latin, suivie d’une analyse de l’explication des fables, de notes géographiques, historiques, mythologiques et critiques par M. G. T. Villenave ;. 1806

https://fr.wikipedia.org/wiki/IcareIcare (en grec ancien Ἴκαρος / Ikaros) est le fils de l’architecte athénien Dédale et d’une esclave crétoise, Naupacté (également appelée Naucraté). Il est connu principalement pour être mort après avoir volé trop près du Soleil alors qu’il s’échappait du labyrinthe avec des ailes de cire créées par son père.

https://www.cairn.info/revue-imaginaire-et-inconscient-2006-2-page-169.htm: Icare, un enfant dans l’imaginaire des origines par Madeleine Natanson

https://www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-legendes/lire/icare-biblidcon_066: Icare avait grandi parmi les inventions de son père Dédale, célèbre artisan de Crète. La plus fameuse de ses créations avait permis à la reine Pasiphaé de séduire un taureau, revêtant pour cela le faux costume d’une belle génisse.

https://books.openedition.org/editionscnrs/4919?lang=fr: Un des curieux renversements qui travaillent le mythe dans les transformations que lui imprime la culture européenne, c’est l’affirmation exubérante du fils : il s’approprie les ailes de son père et convertit sa chute en motif d’exaltation. Là où l’Antiquité et le Moyen Âge prononçaient une irrévocable condamnation, les Temps modernes renversent toute négativité en élan et en gloire, voulant à toute force que le fils vole de ses propres ailes. Icare devient le prête-nom, l’homme de plume(s) d’un rêve d’absolu qui ne porte plus le nom d’hubris.

http://tpevolicare.e-monsite.com/http-tpevolicare-e-monsite-com-/partie-i-1.html: La première version du mythe: Les métamorphoses d’Ovide

http://tpevolicare.e-monsite.com/http-tpevolicare-e-monsite-com-/partie-iii-1.htmlLa Chute d’Icare, Carlo Saraceni (peint entre 1600 et 1607)

https://www.mythologie.ca/heros/icare.html : Icare fut enfermé dans le labyrinthe

http://www.mythologica.info/mythologie-grecque/dedale-larchitecte-de-genie/: Dédale, l’architecte de génie, La trahison de Dédale, la fuite par les airs

https://books.openedition.org/editionscnrs/4919?lang=fr: Un des curieux renversements qui travaillent le mythe dans les transformations que lui imprime la culture européenne, c’est l’affirmation exubérante du fils : il s’approprie les ailes de son père et convertit sa chute en motif d’exaltation. Là où l’Antiquité et le Moyen Âge prononçaient une irrévocable condamnation, les Temps modernes renversent toute négativité en élan et en gloire, voulant à toute force que le fils vole de ses propres ailes. Icare devient le prête-nom, l’homme de plume(s) d’un rêve d’absolu qui ne porte plus le nom d’hubris. 

L’allégorie de la caverne de Platon

http://rozsavolgyi.free.fr/cours/civilisations/platon/: La république de platon, résumé et thèmes

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%A9publique:La République est un des dialogues de Platon portant principalement sur la justice dans l’individu et dans la Cité. Platon fait la critique de la démocratie dans sa dégénérescence en démagogie et en tyrannie à cause de l’attrait qu’exerce le prestige du pouvoir. voir la théorie des Formes que Platon y expose et défend

https://fr.wikipedia.org/wiki/All%C3%A9gorie_de_la_caverne

http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Platon_LaCaverneDePlaton.htm: Allégorie de la caverne de Platon

https://la-philosophie.com/platon-caverne-allegorie: L’allégorie de la Caverne présente la théorie des Idées de Platon, qui constitue à la fois sa métaphysique (= sa théorie de la connaissance) et son ontologie (= sa théorie de l’être et du réel).

http://www.philo-bac.eu/auteurs/platon/caverne.html: Le monde sensible, représenté par la caverne, est une illusion et un piège pour les hommes. La vérité est à l’opposé de ce que nous considérons comme le réel. Notre âme doit sortir de cette prison pour trouver la vérité. Mais le chemin qui mène à la connaissance est douloureux. Il exige un guide. Celui qui arrive au bout acquiert : Le SAVOIR, la LIBERTE, le BONHEUR, et la COMPASSION.

La connaissance menace Jérusalem:

https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1962_L’activité herméneutique des scribes dans la transmission du texte de l’Ancien Testament
http://letalmud.blogspot.com/2010/01/blog-post.html: Le talmud, En une époque de chaos, les rabbins décident d’agir à l’encontre de tous les précédents : rédiger la Loi Orale https://fr.wikipedia.org/wiki/Elizabeth_  Ses recherches portent sur le développement et la nature d’une petite collection de systèmes cognitifs qui constitueraient, dès les premiers mois de la vie, les principaux éléments de la connaissance non langagière.

https://www.cairn.info/revue-pardes-2002-1-page- La lecture juive – une approche patiente

https://www.massorti.com/Le-Pardes-et-ses-quatre-veritesUne mise au point historique sur le fameux Pardès, les quatre niveaux de sens de la Tora.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Talmud_de_J%C3%A9rusalem : Le Talmud de Jérusalem (hébreu : תלמוד ירושלמי Talmoud Yeroushalmi) est une somme de commentaires et discussions rabbiniques sur la Mishnplus qu’une a, depuis le IIe siècle jusqu’au ve siècle. Contrairement à ce que son nom laisse entendre, il n’est pas rédigé à Jérusalem, alors interdite aux Juifs, mais dans les académies talmudiques de la terre d’Israël, qui se trouvent pour la plupart en Galilée.

http://cicad.ch/fr/les-livres-fondamentaux-du-juda%C3%AFsme.htmlLes livres fondamentaux du Judaïsme

https://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mies_talmudiques_en_Babylonie: Les académies talmudiques (yeshivot) de Babylonie, également appelées les académies gaoniques, bien qu’elles aient été fondées à la période des docteurs du Talmud, quelques siècles plus tôt, étaient le centre de l’éducation juive et du développement de la Loi juive en Mésopotamie d’à peu près 220 EC à 1038 EC (ou, selon les dates hébraïques, de 3980 AM à 4798 AM). C’est sur leur modèle que furent conçues les académies talmudiques ultérieures.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mies_talmudiques_en_terre_d%27Isra%C3%ABl:Les académies talmudiques (yeshivot) de la terre d’Israël étaient le centre de l’éducation juive et du développement de la Loi juive en terre d’Israël depuis l’ère du Second Temple jusqu’à 400 EC environ. Un centre persiste et se développe lors de la période des Gueonim, rivalisant avec les académiques talmudiques de Babylonie sans parvenir à leur niveau. Divers centres de faible importance subsistent ensuite, entretenus par les dons de la diaspora juive

https://fr.wikipedia.org/wiki/PaRDeSPeshat ou Pshat (פְּשָׁט), littérale2 Remez (רֶמֶז), allégorique2 Drash (דְּרַשׁ), homilétique2 Sod (סוֹד), mystique2

Notre existence a t-elle un sens? 11 partie 2) Un point sur les articles déjà parus (l’infiniment grand et l’origine de l’Univers)


Notre existence a t-elle un sens? 11 partie 2) Un point sur les articles déjà parus

(l’infiniment grand et l’origine de l’Univers)

Cette série d’articles dans la catégorie « notre existence a t-elle un sens »? est  l’expression de  ce que j’ai écrit dans la présentation de mon blog: « Les merveilles de la nature me fascinent. Mes réflexions: le sens de l’Univers et de l’existence. En moi, il y a deux mondes: le monde extérieur du « faire »et le monde de l’intérieur, non conscient, mais tout autant réel. Ma devise: l’essentiel, c’est l’amour, amour du sacré. Mes modèlesJésus (l’amour),Pythagore (la mathématique), Einstein (la physique) ».

Je voudrais faire partager la lecture du livre de Jean Staunenotre existence a-t-elle en sens,  avec mes réflexions et les liens qu’elle m’a permis découvrir à travers internet. Ma quête est de retrouver (avec Jean Staune), le réenchantement du monde au cours des articles.


Mes articles déjà parus dans cette rubrique:

Notre existence a-telle un sens? 1) à propos de la préface du livre par Trinh Xuan Thuan

Notre existence a-t-elle un sens? 2) Le désenchantement du monde (et de l’homme!)

Notre existence a-t-elle un sens? 3) Comment ébaucher un « traité de la condition humaine »?

Notre existence a-t-elle un sens? 4) vers de nouvelles lumières.

Notre existence a-t-elle un sens? 5) première partie: Au-delà de cette limite, notre vision du monde n’est plus valable (naissance de la mécanique quantique).

Notre existence a-t-elle un sens? 5) deuxième partie : Au-delà de cette limite, notre vision du monde n’est plus valable (la non-localité).

Notre existence a t-elle un sens? 6-1) Vers un réalisme non physique…première partie

Notre existence a t-elle un sens? 6-1) Vers un réalisme non physique…deuxième partie

Notre existence a t-elle un sens? 7 partie 1) vous qui entrez ici perdez toute espérance …

Notre existence a t-elle un sens? 7 partie 2) vous qui entrez ici perdez toute espérance…

Notre existence a t-elle un sens? 8 partie 1) le murmure du big bang…La deuxième fissure dans les théories classiques

Notre existence a t-elle un sens? 8 partie 2) Le murmure du big bang… la genèse du 

Notre existence a t-elle un sens? 9-1) Dieu revient très fort partie 1

Notre existence a t-elle un sens? 9-2) Dieu revient très fort partie 2

Notre existence a t-elle un sens? 10) où il fait plus noir que vous ne l’imaginez

Notre existence a t-elle un sens? 11 partie 1) Un point sur les articles déjà parus (la naissance de la physique quantique et la connaissance du réel)

Je consulte souvent aussi: astrosurf.com -UNE INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES

I-1) Faisons une halte dans cette série d’articles pour faire le point sur ma lecture de cette première partie de l’ouvrage de Jean Staunenotre existence a-t-elle en sens.

Je fais cette halte en deux étapes. Dans une première étape, j’ai résumé les articles au cours desquels nous avons assisté à la naissance de la science qui a finalement abouti à un désenchantement du monde. Nous nous sommes intéressés à la physique quantique, à l’infiniment petit et à la connaissance en nous posant la question « qu’est-ce que le réel? ». 

Maintenant, dans la deuxième partie de cette halte, nous allons examiner l’infiniment grand et l’origine de l’Univers.

I-2) Commençons l’aventure par l’Article 8 partie 1: Le murmure du big bang…La deuxième fissure dans les théories classiques

     1) La deuxième fissure. Nous avons vu dans l’article 5) première partie que le déroulement de la science était plutôt serein au point qu’en 1900Lord Kelvin annonçait que la fin de la physique était proche. Pourtant, il était préoccupé par deux petits « nuages sombres », deux problèmes encore inexpliqués: l’expérience de Michelson et Morley et celle du rayonnement du corps noir. Or ces deux petits nuages deviendront deux tornades qui balayeront les conceptions de la physique de NewtonLe problème du rayonnement du corps noir que nous avons vu dans l’article 5) constituait le premier nuage sombre et la première fissure. Il a aboutit à la révolution conceptuelle qui a engendré, comme nous l’avons vu, la physique quantiqueQuand au deuxième nuage sombre, l’autre fissure, elle va, elle aussi, avoir des conséquences qui vont transformer le faille en gouffre, ce qui va achever de jeter à bas la belle muraille que formait la science classique. Il s’agit des l’expériences faites par Albert Michelson en 1881 puis  par Edward Morley en 1887.

Les conceptions de Newton avaient remporté des succès ininterrompus durant près de deux siècles et avaient été érigées en principes absolus et admises d’autant plus facilement qu’elles correspondaient au sens commun.Elles avaient été érigées en principes absolus et admises d’autant plus facilement qu’elles correspondaient au sens commun (à l’exception de la gravitation, force invisible qui exerce une attraction instantanée et supposée transmise par un support nommé »éther« ). Les mouvements des corps se déroulaient dans l’espace qui servait de référentiel absolu. Un observateur (dans le vide stellaire) y est un observateur « absolu » s’il est à l’arrêt, il peut connaître la « vraie » vitesse de tous les mouvements. De même le temps est « absolu ». Quelle que soit notre position et notre vitesse, un évènement aura le même durée. Mais pour les corps en mouvement, celui-ci est relatif.

la Terre tourne autour du soleil et il devrait donc être possible dans cet espace absolu de mettre en évidence cette rotation par des mesures (formule de composition des vitesses)Ainsi,  Albert Michelson eut l’idée de mesurer la vitesse de la lumière dans deux directions orthogonales mais, contrairement à ce qu’on observe dans la vie courante où les vitesses s’ajoutent vectoriellement, toutes les mesures donnaient le même résultat, quelle que fût la direction (vitesse de la lumière +/- vitesse de la Terre = vitesse de la lumière). Ce résultat ne sera compris qu’en juin 1905, lorsqu’un « expert technique de troisième classe » de l’office fédéral des brevets de Berne publiera dans les Annales de la physique un article au titre anodin (« sur l’électrodynamique des corps en mouvement » par Albert Einsteinmais au contenu révolutionnaire ». C’était la naissance de la théorie de la relativité restreinte

Einstein y affirmait les deux principes suivants: 

  -« Toutes les lois de la physique traitent les différents mouvements de la même façon. C’est le « principe de relativité« . Le temps, l’espace, le mouvement sont ainsi relatifs. ils dépendent du référentiel dans lequel se trouve l’observateur. »

     -« La vitesse de la lumière (300 000 km/s) est une constante universelle. » Cette constance de la vitesse de la lumière explique en premier lieu l’échec de l’expérience de Michelson et Morley et elle permet surtout de comprendre que l’espace et le temps « conspirent » pour que cette vitesse soit toujours la même.

Et cela implique 

     -qu’il n’y a pas d’espace absolu: on ne peut mesurer le mouvement d’un corps par rapport à un espace absolu, il n’y a donc pas d’.éther, tout mouvement est relatif.

     –Qu’il n’y a pas de temps absolu: le temps s’écoule différemment pour des observateurs qui ne voyagent pas à la même vitesse.

     2) Le paradoxe des jumeaux. L’histoire du voyageur de Langevin a immortalisé ce paradoxe de la relativité restreinte qui heurte toujours le bons sens. Une description et analyse est à voir dans techno-science.net« Le paradoxe des jumeaux est une expérience de pensée en relativité restreinte imaginée par Paul Langevin en 1911 […]. Plus de détails: lArticle 8 partie 1 au chapitre 2.  

On ne parle plus maintenant que « d’espace-temps » à la suite d’Herman Minkowski, qui fut avec Einstein et Poincaré un des pionniers dans ce domaine: « désormais, l’espace en tant que tel et le temps en tant que tel sont voués à disparaître comme des ombres, et seule une certaine union des deux conservera une certaine réalité« . Après avoir énoncé les bases de cette théorie en 1905, Einstein consacra les dix années suivantes à cette intégration, parvenant à élaborer la théorie de la « relativité générale« , certainement le sommet de son oeuvre. 

    3) Un monde dans lequel les masses ont la propriété de déformer le vide(canal-u.tv/video -la relativité générale)

membres.multimania.fr -courbure de l’espace-temps

     a) La relativité générale est encore bien plus étrange: elle postule que les masses déforment l’espace et le temps. elle postule que les masses déforment l’espace et le temps. l’image qui est souvent prise est celle d’un drap que deux personnes tiennent de façon qu’il soit tendu. Si on pose dessus une boule de billard, elle va s’enfoncer dans le drap. L’espace à deux dimensions qu’est le drap va se « courber ». Si on jette ensuite une bille sur le drap, elle va tomber dans l’entonnoir creusé par la boule de billard et tourner autour d’elle, en s’enfonçant aussi,  mais beaucoup moins car elle est plus légère. 

Pour les corps célestes, c’est la même chose.

La Lune tourne autour de la Terre car elle est en quelque sorte « piégée par le trou que la Terre a creusé dans l’espace-temps. Elle avance en ligne droite mais comme l’espace autour d’elle est courbé par la présence de la Terre, elle ne peut que tourner autour de cette dernière le long dune ellipse sur les parois du puits (En termes plus scientifiques, La relativité générale est fondée sur des concepts radicalement différents de ceux de la gravitation newtonienne. Elle énonce notamment que la gravitation n’est pas une force, mais la manifestation de la courbure de l’espace (en fait de l’espace-temps), courbure elle-même produite par la distribution de l’énergie, sous forme de masse ou d’énergie cinétique, qui diffère suivant le référentiel de l’observateur

 b) Les preuves de l relativité générale. La première preuve fut fournie par l’éclipse de soleil de 1919.,On sait que dans un espace plat (euclidien),la lumière utilise toujours le chemin le plus court pour aller d’un point à un autre. Mais dans un espace courbé, c’est une ligne courbée qu’on appelle géodésiqueLors de l’éclipse, on compara la photo d’une partie du ciel au moment où l’éclipse se produisait, avec une photo de la même partie du ciel prise la nuit. Grâce à l’éclipse, on a pu voir des étoiles situées « derrière » le soleil, c’est à dire dont les rayons lumineux doivent, pour nous parvenir, passer à proximité du soleil. On constata alors que la position de ces étoiles par rapport aux autres étoiles avait varié, comparativement à la position qu’elles occupaient toutes les nuits avant l’éclipse. Il fallut se rendre à l’évidence, le soleil avait bel et bien déformé l’espace autour de lui. Une autre victoire concerne l’explication d’un des rares phénomènes que n’expliquait pas la théorie de Newton: l’avance du périhélie de MercureCe point se décale sur l’orbite de Mercure d’une façon que, contrairement aux autres planètes, les lois de Newton ne permettent pas d’expliquer. La méthode utilisée par Le Verrier  en 1846  pour la découverte de Neptune, fut utilisée pour expliquer les anomalies de mercure, mais elle est restée vaine. La bonne explication est donnée par la relativité générale, dont c’est  ainsi une deuxième victoire. 

Depuis lors; les succès ont été en s’accélérant, le GPS étant une des réalisations rendues possibles par la relativité générale. 

I-3) Le murmure du big bang…la genèse du big bang:résumé de l’Article 8 partie 2.

1) La genèse du big bang.

     a) Où l’on découvre que l’Univers est en expansion.

En développant son modèle de la relativité générale sur le gravitation, Einstein s’est rendu compte avec effroi qu’il prédisait… une expansion de l’UniversMais il n’a pas osé aller jusqu’au bout de ses équations, et il dira plus tard que c’est la plus grande erreur de sa vie. En effet, en 1922, un jeune physicien russe, Alexander Friedmann, publia (dans les annales de la physique) un article décrivant des modèles d’univers en expansion. Il  y décrit trois types d’évolution dans le temps de l’Univers, impliquant notamment une singularité initiale

     b) Une controverse sur la nature de l’Univers. 

Pendant ce temps, un jeune physicien belge, Georges Lemaître assiste à la résolution d’une controverse essentielle sur la nature de l’Univers (à voir dans l’ouvrage de Jean-Pierre Luminet « L’invention du Big bang » Kant avait postulé que les nébuleuses observées étaient des « univers-îles » contenant d’innombrables soleils comme le nôtre. Les moyens d’observation se perfectionnant, Edwin Hubble put démontrer en 1924 que que certaines nébuleuses en forme de spirale sont situées à l’extérieur de notre galaxie. Ce sont les « céphéides« , étoiles dont l’éclat varie périodiquement, qui ont permis la démonstration (voir l’Article 8 partie 2 chap. 2 b): Hubble démontra que les céphéides de la galaxie d’Andromède étaient à 2 millions d’années-lumière de nous (notre galaxie a un rayon de 100 000 années-lumière). 

Une deuxième révolution lui succéda en 1925, lorsque , grâce au télescope du Mont WilsonHubble put mesurer le spectre des galaxies et se rendre compte qu’elles s’éloignaient toutes de nous à grande vitesse. A l’exception des galaxies proches telles Andromède, les spectres de toutes les galaxies sont décalés vers le rouge, donc elles s’éloignent de nous. Et plus une galaxie est éloignée, plus elle s’éloigne rapidement. La proportionnalité entre la distance et la vitesse d’une galaxie, s’appelle maintenant la loi de loi de Hubble (la constante de Hubble donne l’âge de l’Univers). Elle fut énoncée en 1929 par Hubble, mais Georges Lemaître avait publié cette loi en 1927, en en donnant lui, une explication: « c’est parce que l’Univers est en expansion, que plus une galaxie est éloignée de nous, plus plus elle s’éloigne rapidement. Si on « rembobine » le film, on voit donc toutes les galaxies se rapprocher les unes des autres« . Lemaître en déduira logiquement que « nous pourrons sans doute concevoir le début du monde sous la forme d’un atome unique dont le poids atomique est la masse de l’Univers entier. Cet atome instable se serait divisé d’une façon analogue aux corps radioactifsC’est donc l’acte de naissance du Big Bang.

C’est alors qu’un troisième homme entre en scène le russe Georges GamowIl prédit, en 1946, que si le big bang avait eu lieu, il devait exister un rayonnement de fond « résiduel ». Mais ce n’est qu’en 1965, que les astronomes Arno Penzias et Robert Wilson découvrirent accidentellement en 1965 le fond diffus cosmologique cette trace fossile du Big Bang.

     2) Les autres preuves du big bang… un changement de paradigme de la cosmologie.

     a) Les preuves du big bang par l’observation.

Très vite, après ces découvertes, le paradigme de la cosmologie changea et le big bang devint la théorie standard. Les astrophysiciens trouvèrent de nouvelles preuves en sa faveur:

-La nucléosynthèse primordiale.

-La théorie du big bang permet d’expliquer pourquoi il fait noir la nuit (le paradoxe d’olbers).

L’âge de l’Universsi l’on considère que la vitesse de récession des galaxies est constante au cours du temps, alors il est possible d’estimer quand la matière qui a formé une galaxie donnée était dans notre voisinage immédiat (au moment du Big Bang). Actuellement, les derniers résultats donnent un âge proche de 13,7 milliards d’années.

 –L’âge des plus vielles étoiles. Plus une étoile est massive, plus elle brûle rapidement son combustible nucléaire et moins elle vit longtemps. L’analyse des étoiles observées dans l’Univers montre que les plus anciennes ont entre 13 et 16 milliards d’années. 

L’âge des plus vieux atomes. Le thorium 232qui  a une période de 14 milliard d’années  a permis d’évaluer l’âge de plus vieux atomes de l’univers entre 10 et 17 milliards d’années.

     b) La théorie et les grands accélérateurs de particules.

Nous savons (aujourd’hui) que 4 forces fondamentales existent dans l’Univers: force nucléaire forteforce électromagnétiqueforce gravitationnelleforce nucléaire faibleLa théorie nous dit que si nous remontons très tôt dans le temps, il n’y aurait plus que deux forces, la force forte fusionnant avec la force électro-faible (à 10-35 seconde à une température de 1032 Kelvin). En remontant encore plus loin, on devrait assister à l’unification de toutes les forces. Mais là, les modèles théoriques manquent. La gravitation est décrite par la théorie de la relativité, alors que les trois autres forces sont du domaine de la physique quantique, ces deux grandes théories refusant de se « marier ». Leur unification dans une éventuelle « gravitation quantique » est le graal de la physique actuelle.

     c) La limite de Planck. En « rembobinant le film à l’envers », depuis l’infiniment grand, nous sommes arrivés au big bang et au mur de Planck. Il semble qu’il ne puisse pas exister de temps plus court que 10-43 secondes. ni d’espace plus petit que 10-35 m dans notre Univers. 

     d) Ainsi on peut  résumer l’histoire de l’Univers actuellement: à 10-43 secondes, l’Univers avait un diamètre de 10-35 m et une température de 1032 degrés. Toute l’énergie qui existe aujourd’hui était déjà présente dans ce point singulier, rien n’a été « ajouté » depuis. Ce modèle initial du big bang, qui semblait bien établi dans les années 1980 a cependant dû faire face à deux problèmes majeurs. 

     3) Premier problème. Pourquoi l’Univers est-il si homogène?

C’est pour résoudre le problème de l’horizon ainsi que le problème de la platitude qu’Allan Guth développa en 1980 la théorie de l’inflation: « il dota le big bang d’un véritable bang, plus explosif que celui auquel quiconque aurait pu s’attendre« . Jonh Barrow explique dans « Les origines de l’univers » que « Si une telle accélération est possible, l’intégralité de l’Univers visible peut provenir de l’expansion d’une région suffisamment petite pour avoir pu être traversée par un signal lumineux depuis le début de l’expansion. Son homogénéité et son isotropie sont alors compréhensibles« .

     4) Deuxième problème. Pourquoi l’Univers n’est-il pas totalement homogène?

Il fallait que de très légères inhomogénéités existent, sortes de grumeaux, embryons des futures galaxies afin de pouvoir expliquer la structure actuelle de l’Univers. Et c’est bien le cas! En 1992, le satellite COBE a analysé depuis l’espace la structure du rayonnement de fond (voir le chapitre I-2 1 b) dans toutes les directions. Le résultat montre que la température varie de quelques cent millièmes de degrés entre les zones les plus sombres et les zones les plus claires, les plus claires étant en quelque sorte, les grumeaux de la soupe primordiale.

     5) conclusion de cet,article

Ainsi, tout notre Univers vient d’un point très petit (infiniment petit?). Cela veut-il dire que que notre Univers a été créé par Dieu? Cela serait aller un peu vite! Pourtant on a retrouvé dans les papiers de Georges Lemaître la phrase suivante: « Je pense que quiconque croyant en un être suprême soutenant chaque être et chaque acte, croit aussi que Dieu est essentiellement caché et peut se réjouir de voir comment la physique actuelle fournit un voile cachant sa création« . 

I-4) Dieu revient très fort (partie1): Résumé de l’Article 9 partie 1.

Dans cet article nous allons voir que Dieu a laissé plus d’indice et qu’en fait, « Dieu revient très fort ». 

     1) Pourquoi l’Univers est-il si grand?

Seuls les éléments légers (hydrogène, hélium…) se sont formés avec le big bang.  Beaucoup plus tard, les éléments tels que le carbone ou le fer ont été produits dans le coeur des étoiles alors que les éléments plus lourds sont apparus lors d’explosions d’étoiles, les supernovas, au cours desquelles sont atteintes des températures gigantesques. Ces étapes ont demandé des milliards d’années. Etant donné le temps qui est nécessaire à l’évolution pour aboutir à des êtres d’une complexité suffisante pour être conscients, il est théoriquement impossible que des être conscients puissent observer un Univers d’un diamètre de quelques milliards d’années-lumière. Le temps et l’espace étant liés, l’Univers dans lequel peuvent apparaître des observateurs conscients, nous en l’occurrence, ne peut être que gigantesque. Cela répond à la question « pourquoi l’Univers est-il si grand en comparaison de nous? ». 

     2) Pourquoi l’Univers est-il si bien réglé? (explications: l’Article 9 partie 1 chapitre 2).

Avec les superordinateurs on peut alors modifier les constantes fondamentales (masse du proton, charge de l’électronconstante de gravitation…) ou les forces (nucléaire forte ou faible…) et voir à quels Univers elles conduisent. En faisant varier les combinaisons de forces ou de constantes, on peut obtenir un nombre quasi-infini d’Univers différents. La grande découverte, c’est que presque tous les Univers sont stériles. Des coïncidences « extraordinaires semblent s’être conjuguées pour aboutir à l Univers tel qu’on le connaît:

     -« les conditions initiales » (densité initiale vitesse d’expansion). Elle a dû être très proche de la « densité critique » pour laquelle l’expansion n’est ni trop rapide, ni trop lente. Le réglage de la densité par rapport à la vitesse d’expansion a dû être incroyablement précis à l’origine (de l’ordre de 1/1060 ?). 

     -La charge électrique de l’électron et du proton sont exactement les mêmes, mais de signe opposé. 

-Le rayonnement du rayonnement du fond cosmologique, « fossile » du big bang », est très homogène, sans l’être totalement. 

     -La force nucléaire forteSi elle était un peu plus faible, les étoiles se formeraient bien, mais le feu thermonucléaire ne pourrait pas s’allumer. Un tel Univers serait mort. 

     -La masse du neutron est un peu plus grande que celle du protonCela entraîne la désintégration rapide du neutron (voir les conséquences dans l’Article 9 partie 1 chapitre 2). 

     On peut multiplier les exemples de cette sorte comme le montre l’ouvrage de Jonh Barrow et Frank Tipler, « The anthropic cosmological principle« . L’existence d’un réglage précis pourrait être un heureux hasard, mais on se trouve devant toute une série de réglages précis, a priori indépendants les uns des autres, qui reposent sur une quinzaine de constantes fondamentales et de conditions initiales. Cela pose des formidables questions qu’on ne peut ignorer et cela constitue certainement la base d’une nouvelle approche de l’Univers..  

3) Le principe anthropique: lorsque la science pose ouvertement la question du sens.

C’est l’astrophysicien Brandon Carter, qui le premier en prenant conscience de cette situation l’a érigée en principe: le « principe anthropique« . Les discussions autour de ce principes sont aussi passionnées que contradictoires. (voir l’Article 9 partie 1 chapitre 3) dont l’épilogue est: peut-on dire alors qu’il est démontré que l’Univers correspondrait au déroulement d’un projet? Celui de Dieu?

I-5) Dieu revient très fort (partie2): Résumé de l’article 9 partie 2).

1) Une infinité d’univers parallèles permettent-ils d’éviter Dieu?

Allan Guth avait développé l’idée d’inflation. Le cosmologue Andreï Linde a, lui, développé un modèle d’inflation éternelle. Dans ce modèle, la processus permet à des « mini-univers » de s’engendrer les uns les autres. On parle même de « code génétique ». POur résumer la situation:

     -Soit il y a une infinité ou un nombre immense d’Univers (10 puissance 80 voire 100 ou 120) et nous sommes là par hasard dans le seul qui a donné la bonne combinaison, les autres étant stériles.

     -Soit il n’y a qu’un seul univers, mais alors il faut postuler l’existence d un principe créateur ou d’un Grand Architecte, parce que le réglage de cet univers est tellement précis qu’on ne peut pas être là par hasard »  comme le dit Trinh Xuan Thuan.   

Qu’il existe un seul Univers dont les réglages seraient dus au hasard est donc extrêmement improbable et la science ne démontre nullement la nécessité d’un principe créateur ou d’un Dieu, mais on peut considérer qu’elle amène à examiner cette question sans recourir à des principes théologiques ou métaphysiques, mais à des réflexions fondées sur nos connaissances scientifiques. Le postulat d’un très grand nombre d’Univers parallèles constitue un échappatoire qui ne résout pas vraiment le problème.

 3) Quand les  matérialistes sont sous la menace d’un coup de rasoir.

L’argument du « rasoir d’Occam« , selon lequel il ne faut pas multiplier les entités sans nécessité, et mis en scène par Umberto Ecco dans « le nom de la rose« , a été, durant des siècles, une arme utilisée par les matérialistes pour se défendre contre les spiritualistes. Ce « principe d’économie » est considéré comme l’une des bases de la démarche scientifique. Faire l’hypothèse qu’il existe un Dieu, des anges ou tout autre entité qui n’est pas strictement nécessaire, c’est de la métaphysique. C’est ce qu’affirment les matérialistes dans leur certitude de représenter la rationalité. La cosmologie moderne retourne maintenant la situation. Pour éviter l’existence d’un principe créateur, la seule échappatoire que le principe anthropique laisse semble être de postuler une infinité d’Univers parallèles, tous inobservables. Maintenant, ce sont donc les matérialistes qui tombent sous le coup du rasoir d’Occam et à qui on peut donc prêter le fait de faire de la métaphysique et non de la science. 

     4) L’hypothèse d’un créateur n’est plus hors du champ de la science.

Une critique adressée au principe anthropique est d’être antiscientifique parce qu’il évoque l’existence d’un principe créateur. C’est ce que dit Christian Magnan dans lacosmo.comMais la vraie question est: qu’est-ce qui en théorie, empêche la science de s’occuper de l’existence ou de la non-existence de Dieu? Rien comme le prouve un article récent écrit par deux astrophysiciens chinois vivant aux Etats-Unismessage in the sky« .qui montre que la science peut traiter de l’existence d’un créateur, mais attention, traiter la question de cette existence ce n’est pas obtenir une réponse.

     5) Et voici le principe anthropique « superfort« !.

 « L’Univers n’est pas seulement adapté à l’existence d’observateurs intelligents comme nous, mais également à l’existence d’observateurs beaucoup avances et  intelligents que nous« . Voir les implications dans l’article 9 partie 2 chapitre 5)  

On peut penser que si Dieu existe et qu’il a conçu un univers réglé de telle façon que nous puissions y apparaître, celui-ci soit adapté à ce que nous pourrions être dans un milliard d’années. et éviter qu’avec des niveaux immensément élevés de civilisation, l’une d’entre elles puisse « déchirer le tissu de l’espace-temps » et que, comme dans le livre d’Arthur C. Clarke, toutes les étoiles s’éteindre une à une…(L’hypothèse selon laquelle la création d’une bulle de « faux vide«   qui pourrait conduire à une destruction progressive de notre Univers a été prise au sérieux au début des années 1980). De même on peut penser qu’il a pris ses précautions pour préserver sa cohérence et interdire, entre autres, le voyage dans le temps, ce que Stephen Hawking a appelée « la conjecture de protection chronologique »  

     6) Dieu et la longueur d’absorption des neutrons.

Mais, revers de la médaille, si la cohérence de l’Univers peut apparaître comme un indice de la validité du principe anthropique fort, la « longueur d’absorption du neutron »pourrait bien être un « horrible petit fait » qui « tue cette belle théorie.

Partons de la réaction de fission nucléaire: l’uranium 236 étant instable, il éclate en créant deux atomes plus petits et en émettant plusieurs neutrons. Les neutrons émis vont être absorbés par d’autres atomes d’uranium 235 qui vont à leur tout se transformer en uranium 236, provoquant une réaction en chaîne. Si la « distance de réabsorption du neutron dans l’uranium avait été seulement dix fois plus importante, une réaction nucléaire aurait nécessité un volume de matière fissile mille fois plus grand; ce qui aurait accru la masse critique d’autant et eût rendu la réalisation des bombes (et des réacteurs) économiquement inenvisageable. » 

A l’inverse du principe anthropique et de cohérence, y aurait-il un principe de destruction?  En fait ce n’est pas un argument contre le principe anthropique fort. Si Dieu existe, l’observation du monde montre qu’il tient à respecter notre libre arbitre: nous sommes absolument libres de faire le bien ou le mal et de fabriquer des bombes atomiques ou seulement des centrales nucléaires. La seule chose importante,c’est que nous avons le choix entre des utilisations positives ou des utilisations négatives, entre le bien et le mal. En revanche dans le cas de la « bulle de vide » que nous avons évoquée au chapitre 5, il n’y a pas d’utilisation positive, leur utilisation détruirait soit l’Univers, soit sa cohérence. Mais cela pose la question: et si la la mort planétaire était programmée?
     7) Mais où sont-t-ils?
les extra-terrestres et le paradoxe de Fermi (voir 
l’article 9 partie 2 paragraphe 7). Ce paradoxe a fait couler beaucoup d’encre comme on peut le constater dans wikipedia: le paradoxe de Fermi. Mais comme le suggère « peut-être est-ce là une incroyable conséquence de la longueur d’absorption du neutron. Dans ce cas, le principe thanathropique serait un garde-fou destiné à empêcher une espèce de conquérir, et donc de perturber toute une galaxie.«  

     8) Conclusion. Que penser du principe anthropique et d’un créateur? 
On le voit, il y a beaucoup de débats autour du principe anthropique. Si les réticents y voient une atteinte à la scientificité, il n’en reste pas moins que la science elle-même réintroduit la question (et non la réponse, qui reste personnelle) d’un créateur au sein même de la démarche scientifique. 
Tous ces développements ont fait voler en éclats le « postulat d’objectivité de la nature » cher à Jacques Monod (le »refus systématique de considérer comme pouvant conduire à une connaissance « vraie » toute interprétation des phénomènes donnée en termes de causes finales, c’est à dire de projet. ») 

C’est un bouleversement épistémologique énorme que le scientisme s’interdisait. Ces développements inversent les rapports entre matérialistes et spiritualistes. Les matérialistes sont maintenant menacés par le tranchant du « rasoir d’Occam« .


I-6) Où il fait plus noir que vous ne l’imaginez : Résumé de l’article 10).

     1) Les trous noirs.
Après avoir évoqué la possibilité d’un principe créateur  avec le principe anthropique, nous allons terminer notre parcours dans l’Univers en passant en revue des être étranges de ce « grand bestiaire céleste » dont certains sont maintenant observés alors qu’ils n’étaient au début que objets théoriques issus des conséquences de la Relativité générale.
Commençons notre exploration par les trous noirs. Nous savons par la relativité générale que toute masse courbe l’espace autour d’elle. Plus un corps est massif, plus cette courbure sera forte. Imaginons alors un corps tellement massif et comprimé dans un rayon si petit qu’on ne puisse sortir du puits que ce corps creuse dans l’espace-temps que grâce à une vitesse supérieure à celle de la lumière. En 1915, l’astronome Karl schwarzschild fut le premier à théoriser ce qui pouvait se passer dans un tel cas. Les astronomes et physiciens, résistèrent longtemps à une telle idée tellement elle paraissait folle. Mais à l’heure actuelle, le progrès des connaissances est tel ceux-ci font partie des connaissances d’un nombre de plus en plus grand de personnes. Mais qu’est-ce qu’un trou noir et comment se forme t-il? Les étapes nous en sont contées par futura-sciences.com.

Mais comment être sûr qu’on a affaire à un trou noir? L’Observation directe est quasiment impossible. Une des premières méthodes de détection d’un trou noir est la détermination de la masse des deux composantes d’une étoile binaire, à partir des paramètres orbitaux. Cygnus X-1, détecté en 1965, est le premier objet astrophysique identifié comme pouvant être la manifestation d’un trou noir. C’est un système binaire qui serait constitué d’un trou noir en rotation et d’une étoile géanteOn connait de nombreux autres candidats dont les plus gros, tapis au coeur de galaxies appelées « quasars« , auraient une masse équivalente à 1 milliard de soleils. 

     2) Un raccourci à travers l’espace-temps les trous de ver (vidéo).Deuxième objet, les trous de ver« , sont eux-aussi rendus possibles par la Relativité générale, même s’ils sont plus spéculatifs que les trous noirs. « En 1935Einstein et Rosen  « découvraient […] en combinant les équations de la gravitation et celles de l’électromagnétisme que […] des « feuillets » repliés sur eux-mêmes pouvaient être reliés par de nombreux « ponts » à l’échelle quantique« . Depuis lors, il a été souvent imaginé des « raccourcis » permettant de connecter deux régions de l’espace de façon bien plus rapide que s’il fallait parcourir la distance « normale ». Kip Thorne, l’un des plus grands experts dans les applications de la théorie de la relativité générale d’Einstein décrit comment les trous de ver pourraient être utilisés pour les voyages dans le temps. Mais ses travaux montrent que si on veut utiliser un trou de ver, celui-ci explose dès qu’il est prêt à fonctionner en temps que machine à voyager dans le temps. On retrouve là ce que nous avons vu dans l’article 9-2 (chapitre 5)il n’est pas encore démontré que le voyage dans le temps est impossible, ce n’est pour l’instant qu’une supposition que Stephen Hawking a appelée « la conjecture de protection chronologiqueMais si une démonstration venait à être faite, cela renforcerait le principe anthropique superfort selon lequel la cohérence de l’Univers serait plus forte que la cohérence minimale nécessaire à l’existence d’une civilisation comme la notre.  

     3) Des mirages dans l’espace. Troisième objet du grand bestiaire céleste, « les mirages gravitationnels » 
     4) Quand l’invisible devient plus important que le visible.
Fritz Zwicky, avait prédit l’existence de  la matière noire. En effet, en mesurant la vitesse de déplacement d’un ensemble de galaxies, celui de l’Amas de la Chevelure de Bérénice ou Amas de Coma, il s’aperçut que le masse visible de ces galaxies était beaucoup trop faible pour qu’elles restent ensemble étant donné leur grande vitesse. Il en déduisit que cet amas devais contenir une quantité de matière environ 10 fois supérieure à celle de la matière visible pour créer une force gravitationnelle suffisante pour assurer sa cohérence, mais cette matière était invisible. Depuis, il a été montré que c’est le cas non seulement pour les amas, mais aussi pour quasiment toutes les galaxies. Mais de quoi est constituée cette matière invisible ou matière « noire« ?
-1) Ce serait de la matière ordinaire que nous ne voyons pas
-2) Il pourrait s’agir aussi de matière noire « exotique », soit de matière noire « chaude » composée de particules légères et rapides, soit de « matière noire « froide », composée de particules lourdes et lentes. Les deux catégories interagissent très peu avec la matière et sont donc très difficiles à détecter.
La nature de la matière reste encore une inconnue, mais comme nous allons le voir, il y a encore plus fort…
     5) L’énergie noire: une mystérieuse force répulsive.
L’accélération de l’expansion de l’univers a été mise en évidence en 1998 par deux équipes internationales, le Supernova Cosmology Project et le High-Z supernovae search team, équipes qui cherchaient à détecter des supernovaes de type Ia à mesurer la vitesse avec laquelle elles s’éloignaient de nous (le fameux « décalage vers le rouge). Leur but était en fait de mesurer la décélération supposée de l’Univers. Pourtant les résultats montrèrent le contraire. Après 7 milliards d’années d’expansion de l’Univers, celle-ci a progressivement ralenti et à partir de là, on constate une inversion.

Cette accélération semble due à une force répulsive. Nous avons vu en I-2 paragraphe 3 que pour expliquer l’homogénéité de l’Univers, Allan Guth avait proposé un mécanisme plausible permettant l’existence d’une nouvelle forme de constante cosmologique, produisant un effet répulsif et contrecarrant les effets de la gravitation). On se rappelle que ce terme correctif aux équations d’Einstein, la constante lambda, avait été introduite pour « stabiliser l’univers » et empêcher son expansion, car selon Einstein, celui-ci devait rester statique. Selon futura-sciences.com, nul ne sait encore quelle est la nature de cette énergie. L’expansion accélérée pose de redoutables problèmes, comme celui de l’énergie quantique du vide, et constitue un défi majeur pour les théoriciens. En outre, elle pourrait surtout être une fenêtre ouverte sur de la physique au-delà du modèle standard, comme celle de la supergravité.

     6) L’unification: la quête du Graal du XXIè siècle.

La détermination de la nature de la matière  noire et de l’énergie noire va être un des chantiers importants de la physique du XXIè siècle. Un autre chantier fondamental se situe dans la suite du rêve d’Einstein, il concerne l’unification de la relativité générale et de la physique quantique. Un des « candidats » les plus sérieux à cette unification semble la théorie des cordes que présente « Futura-scienceA partir de 1984 ont été développées 5 théories de « supercordes » qui nécessitent l’existence de 9 à 25 dimensionsC’est alors qu’en 1995, Edward Witten a montré qu’elles pouvaient être elles-aussi unifiées par une théorie unique, la théorie M qui elle , comprend 11 dimensionsAutres théories: 

     –Alain Connes a développé une théorie fondée sur la géométrie non commutative dont un des buts serait d’obtenir un cadre mathématique cohérent dans lequel il serait possible d’écrire une gravitation quantique.

     -L’Univers chiffonné de Jean-Pierre Luminet est une structure qui implique qu’en fait, l’Univers réel serait plus petit que l’univers observable. Une des galaxies lointaines serait des mirages et des mages fantômes de galaxies plus proches.

     -La relativité d’échelle de Laurent Nottale est « fondée sur les travaux des Américains Richard Feynman et Albert Hibbselle consiste à supposer que les trajectoires des particules sont fractales,

     7) combien d’autres dans la galaxie?

Après avoir sondé les mystères de l’Univers, du visible et de l’invisible, nous pouvons poser la question: sommes-nous seuls? C’est sans doute un des ultimes chantiers du XXIè siècle qui, à l’opposé du précédent, qui est entièrement spéculatif, concerne purement l’observation. 

On peut citer Frank Drake, qui a mené la première expérience moderne de SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence, que l’on peut traduire par « recherche d’une intelligence extraterrestre ». On a encore peu de résultats.

Par contre, la détection des exoplanètes est désormais possible. En 1995, les suisses Michel Mayor et Didier Queloz ont été les premiers à détecter une planète extrasolaire autour de l’étoile Pégase 51Depuis, plusieurs centaines de planètes ont été détectées. Avec la progression des moyens d’investigation, des millions de planètes seront probablement découvertes. Depuis, plusieurs centaines de planètes ont été détectées. Avec la progression des moyens d’investigation, des millions de planètes seront probablement découvertes.






Réflexion sur la connaissance avec Jean-Paul Baquiast


 

le détecteur atlas

Réflexion sur la connaissance avec Jean-Paul Baquiast

En préambule: Christian magnan et le théorème du jardin présenté par Jean-Paul Baquiast

1) Préambule.

*Je suis en train de lire le blog automates intelligents  avec le théorème du jardin par Christian Magnan présenté et commenté par Jean-Paul Baquiast (23/11/2011)   et la méthode de Miora Mugür-Schachter.

*Je suggère aussi la lecture de Jean-Paul Baquiast : le paradoxe des sapiens

La méthode de Miora Mugür schachter

          a) Un préambule de Jean-Paul Baquiast:

Une communauté d’approche entre la physique quantique et la cosmologie rendrait particulièrement opportune, selon nous, l’extension à cette dernière de la Méthode de Conceptualisation Relativisée de Mme Mugur-Schachter, extension que nous recommandons par ailleurs. Il s’agit de la vaste question du « réalisme » en science, que nous n’aborderons pas ici. On pourra lire sur ce sujet un de nos article récents automatesintelligent.blog.lemonde.fr/

Un homme qui s’est penché sur son passé, vous parle du présent et de l’avenir… »

Le tissage des connaissance » de Mioara Mugur-Schachter

La théorie de l’auteur est née de la mécanique quantique qui a déclenché une crise concernant la manière de réfléchir sur la réalité et de communiquer à son sujet.
À partir d’un certain nombre de postulats quantiques ( édictés par Einstein, Planck, Bohr, Schrödinger, Heisenberg …) on est arrivé à une formalisation mathématique d’une théorie performante et pertinente, mais NON REPRÉSENTABLE, NON COMPRÉHENSIBLE.
Dans la physique classique, on a des faits, on leur applique des qualifications toute prêtes (grand, petit, rond, rouge…) grâce auxquelles on décrit les phénomènes. Mais ici, on a des faits très curieux : on parle de “micro-états” qui ne ressemblent à rien de ce que l’on connaissait déjà et qui ont cependant donné naissance à un formalisme mathématique TRÈS PERFORMANT ET TRÈS COHÉRENT. S’agit-il d’algorithmes, c’est-à-dire d’un ensemble de règles opératoires dont l’application permet de résoudre un problème énoncé au moyen d’un nombre fini d’opérations, ou s’agit-il d’une véritable description physique?
On a quelque chose qui fonctionne et qui présente cependant un aspect INCOMPRÉHENSIBLE qui interroge furieusement. D’où la nécessité de DESCENDRE dans les processus de connaissance, autrement dit, de descendre sous les strates du langage.
En réfléchissant à ce problème, l’auteur constate que c’est le formalisme qui empêche de comprendre. Si on fait table rase du formalisme, on peut saisir ce qu’est un “micro-état”. On constate alors que l’on a, face à face, un objet et des qualifications. Dans la logique classique, l’objet et les classifications sont déjà donnés. Dans la physique quantique, on constate que l’on est obligé DE FORGER D’ABORD CE QUE L’ON VA CONSIDÉRER ENSUITE COMME OBJET DE DESCRIPTION.
On forge des qualificateurs. De sorte que “décrire”, pour “communiquer”, est semblable à un processus de création. Le processus de Fonctionnement-conscience (FC) décrit l’activité d’un observateur-concepteur. Cet observateur-concepteur est UTILISATEUR de qualifications déjà existantes – apparemment – dans la physique classique, MAIS il est CONCEPTEUR de qualifications dans la physique quantique. Et l’auteur constate ensuite que ce processus de qualificateurs est universel. C’est le processus de formation du langage qui fait appel à des qualifications : “grands”, petits” ronds” “carrés”, “colorés”, etc. etc. C’est en faisant appel à ces qualifications que l’on peut décrire un objet et “communiquer” à son sujet.
Je trouve tout à fait intéressante – et inhabituelle pour moi – cette manière de réfléchir , à partir de la physique et d’une physique “non représentable”. Et c’est parce qu’elle est non représentable qu’elle a posé des questions nouvelles dont la réponse s’est avérée pertinente pour toute la physique.
Je ne garantis pas de traduire exactement la pensée de l’auteur. Je lui ai adressé un mail pour avoir son avis : me prendra-t-elle assez au sérieux pur me répondre et si oui, aura-t-elle le temps de le faire ? Je ne manquerai pas de vous tenir au courant de ses critiques, à moins qu’elle ne le fasse elle-même.

2) La méthode.

Je transcris dans mon blog l’introduction et la conclusion générale de la méthode de Miora Mûgur Schächter pour m’en imprégner et la partager avant de réfléchir sur le théorème du jardin et le commentaire de Jean-Paul Baquiast.

 Méthode de Miora Mugur Schächter (Le réel et la connaissance versus la pensée courante, l’épistémologie philosophique et la physique)

     I) I n t r o d u c t i o n g é n é r a l e 
À peine quelques années sont passées depuis que Richard Feynman a frappé les
esprits en déclarant: « Je crois pouvoir dire sans me tromper que personne ne comprend
la mécanique quantique ». Depuis, d’autres physiciens ont exprimé avec force le même
constat (Lee Smolin [2007]).
Mais pourquoi la mécanique quantique oppose-t-elle une difficulté si particulière
aux efforts de la comprendre?
Je pense avoir identifié la réponse à cette question. Elle conduit à affirmer que le
formalisme quantique a incorporé les principes d’une révolution radicale de
l’épistémologie. Et le développement de ces principes engendre une refonte foncière de
nos connaissances et de nos croyances concernant notre manière d’engendrer des
connaissances.
Le formalisme quantique n’a introduit ce noyau révolutionnaire qu’en état diffus
et cryptique, lors de la construction d’une représentation particulière, celle des états
d’entités physiques microscopiques. Mais, d’une manière inattendue, j’ai pu synthétiser
une forme intégrée et explicite de ce noyau où sa structure et modes de fonctionnement
apparaissent au grand jour. Ensuite, par des extensions et une organisation appropriées,
j’ai développé ce noyau en une « méthode générale de conceptualisation relativisée ».
Cette méthode est explicitement enracinée en dessous des langages, directement
dans la factualité physique a-conceptuelle, comme c’est le cas, en particulier, pour les
descriptions quantiques des microétats. Par la généralisation de ce trait – que l’analyse
révèle être un trait universel de la conceptualisation humaine – la méthode de
conceptualisation relativisée incorpore à sa base toute l’essence des contenus
épistémologiques encryptés dans le formalisme quantique, ainsi que leurs remarquables
puissances spécifiques. En outre, à la différence du formalisme quantique, la méthode
de conceptualisation relativisée offre désormais une représentation explicite de la toute
première phase des processus de construction humaine de connaissances. Cependant
que la structure, et l’existence même, de cette première phase universelle de la
conceptualisation, est entièrement ignorée par les épistémologies actuelles, kantienne,
husserlienne, psychologique et biopsychologique, de même que par la logique, les
probabilités, et toute la physique classique.
D’autre part, la méthode de conceptualisation relativisée permet d’expliciter la
structure de la question métaphysique du réel, faisant ainsi corps avec la philosophie et
l’unissant aux démarches de type ‘scientifique’.
La méthode générale de conceptualisation évoquée plus haut a déjà été exposée
dans toutes ses phases successives. D’abord dans une suite d’articles spécialisés qui a
débuté en 1984 (MMS [1984], [1992], [1995], [2002A], [2002B]). En outre, l’état
présent de cette méthode et les applications majeures élaborées à ce jour sont présentés 11
 in extenso, avec détail et aussi rigoureusement qu’il m’a été possible, dans un livre paru récemment (MMS [2006].Par contre, les sources de la méthode n’ont jamais encore été exposées d’une manière construite et détaillée. Tout simplement parce qu’elles n’avaient pas encore acquis dans mon esprit une forme intégrée. Ces sources ont certainement agi de manière intuitive tout au cours des recherches que j’ai consacrées aux problèmes d’interprétation que le formalisme de la mécanique quantique ne cesse de soulever depuis plus de 75 ans. Très lentement, ces recherches ont développé en vrac:des brins de solution à l’une ou l’autre de ces questions d’interprétation ; les lignes propres de la méthode générale de conceptualisation relativisée ; et les différentes applications de la méthode générale. Mais les quelques compréhensions locales engendrées par ce processus indifférencié concernant spécifiquement les questions d’interprétation, brillaient éparses, sans se rattacher à une organisation conceptuelle unique, explicite, construite et cohérente. 
Puis, le processus d’investigation qui se développait à atteint un point critique, par 
l’émergence d’une hypothèse qui suggérait une stratégie globale pour arriver à 
véritablement maîtriser la manière de signifier du formalisme quantique: faire table rase 
du formalisme mathématique et construire la description d’un microétat en termes 
strictement qualitatifs, telle qu’elle émerge sous les contraintes exclusives de la 
situation cognitive où l’on se trouve et des modes humains de conceptualisation. En un 
temps relativement très bref, la mise en œuvre de cette stratégie a précipité en effet une 
organisation conceptuelle qui se présente comme une infra-mécanique quantique, 
comme une réprésentation qualitative des descriptions quelconques de microétats 
(mécaniques ou autres) logée en dessous du formalisme mathématique de la mécanique
quantique.
L’infra-mécanique quantique expose finalement à tous les regards, structurée, 
l’entière manière de signifier du formalisme quantique. Et son cœur même – la forme 
descriptionnelle spécifique qu’elle produit concernant les microétats – est cet embryon 
annoncé, d’une révolution de nos connaissances concernant nos manières d’engendrer 
des connaissances. 
Dans le formalisme de la mécanique quantique, la forme descriptionnelle qui 
commande la structure mathématique, reste inapparente. Seuls les fragments de cette 
forme peuvent y être devinés, incorporés épars aux algorithmes de façon rigide et 
cryptique. Ils y font problème, comme les restes d’un animal aujourd’hui inconnu, 
éparpillés et pétrifiés dans une roche, constituent un problème pour les paléontologues. 
Or dans l’infra-mécanique quantique cette forme descriptionnelle se montre en état 
intégré. Elle s’y montre nue, extraite hors de toute carapace mathématique et concentrée 
en une structure autonome animée de modes propres de fonctionner. Il s’agit 
véritablement d’un être descriptionnel d’un type foncièrement nouveau, qui s’expose et 
agit sous les yeux de tous, quand rien ne l’annonçait, ni les grammaires, ni la logique et 
les probabilités classiques, ni la physique classique ou la relativité einsteinienne. 
Et à la lumière des analyses subséquentes, les descriptions de ce type insoupçonné 
se sont révélées constituer universellement une toute première strate de l’entière 
conceptualisation humaine. 
Dans la méthode de conceptualisation relativisée cette universalité est représentée 
dans toute sa généralité. 
Si l’on considère l’infra-mécanique quantique dans son ensemble, elle constitue 
désormais une structure épistémologique-méthodologique de référence qui permet 
d’envisager un traitement de l’ensemble des problèmes d’interprétation soulevés par le 
formalisme quantique, en bloc et sous des contraintes de cohérence globales ; un 12
traitement à accomplir par un système de comparaisons entre, d’une part le formalisme 
quantique mathématique, et d’autre part l’infra-mécanique quantique telle qu’elle a 
émergé indépendamment (MMS [ 2009]. 
Dans ce livre je présente l’infra-mécanique quantique sans nullement aborder les 
questions d’interprétation du formalisme mathématique de la mécanique quantique. 
Ce qui est révolutionnaire est toujours d’abord très difficile à percevoir. Le déjà 
connu, tel qu’il est connu, attire vers ses propres formes tout ce qui pénètre dans le 
champ de l’attention. Pourtant dans le cas qui nous occupe cette difficulté peut être 
vaincue. Une traduction d’un langage mathématique en un langage courant aurait 
irrépressiblement appauvri et obscurci la précision et la structure de significations 
incorporée au formalisme quantique. Mais l’infra-mécanique quantique n’est pas une 
traduction de ce type. Elle est le résultat d’une construction indépendante, directement 
de la structure épistémologique-méthodologique des descriptions de microétats. Chaque 
pas de cette construction est marqué d’une nécessité imposée par la situation cognitive 
dans laquelle on se trouve et par des impératifs conceptuels-logiques. Je me suis 
astreinte à faire ressortir cela d’une manière très claire. 
J’ai tenté de maintenir la présentation constamment accessible à un grand nombre 
d’intellectuels et pourtant tout à fait rigoureuse quant aux significations et, à chaque 
pas, de mettre en évidence ce que ce pas-là comporte de radicalement nouveau. 
En dehors de son intérêt conceptuel, l’infra-mécanique quantique possède aussi 
une certaine importance pragmatique. 
Il existe des croyances religieuses, morales, économiques, etc. Et il existe aussi 
des croyances épistémologiques. Celles-ci sont très profondément enracinées dans le 
psychisme humain. Probablement même d’une manière plus uniforme et plus agissante 
que les croyances religieuses. Corrélativement, elles sont enracinées dans les langages 
courants et y affleurent dans ses formes les plus fondamentales (par exemple, “cet arbre 
est vert” – pas “je le vois vert’’ –, ce qui, d’emblée, absolutise nos perceptions 
humaines). Par cette voie des langages courants les croyances épistémologiques 
s’infusent constamment dans tous les actes de pensée. Ainsi ces actes, parce qu’ils 
agissent en conformité avec elles, semblent confirmer les croyances épistémologiques 
qu’ils ont incorporées. Cette sorte de circularité charge subrepticement les croyances 
épistémologiques d’une inertie très difficile à vaincre. Car ce dont on perçoit souvent 
l’assertion se travestit en vérité testée. 
Et pourtant les croyances épistémologiques évoluent, irrépressiblement. L’un des 
moteurs de leur évolution sont les apports des flux minces mais continuels qui émanent 
des sciences dures et qui s’infiltrent dans la pensée publique. Mais cette évolution se 
produit très lentement et d’une façon plus ou moins implicite et chaotique. Ceci entraîne 
qu’elle reste sans contour et non contrôlée. Or il serait utile que l’évolution des 
croyances épistémologiques se produise d’une manière exposée aux regards, et rapide, 
et qu’elle puisse être guidée et optimisée. Car, à l’intérieur de la catégorie générale des 
croyances, les croyances épistémologiques constituent un cas tout à fait spécial, chargé 
de potentialités qu’il est dommage de laisser dormantes:
Bien que très fortement agissantes, les croyances épistémologiques sont le plus 
souvent quasi inconnues des esprits où elles agissent. Un nombre de gens relativement 
infime en sont avertis. Et même parmi ceux-ci, une connaissance explicite, claire et 
approfondie du contenu des croyances épistémologiques qui les animent, est restée 
jusqu’ici très rare. Ces croyances travaillent d’une manière comparable à celle des 
réflexes neurophysiologiques auxquels d’ailleurs elles sont liées. D’autant plus, quand il 13
s’agit de changements de contenu des croyances épistémologiques, la connaissance de 
ceux-ci reste encore plus enfouie, plus rare et vague, presque évanescente.
D’autre part, rien ne peut empêcher les changements de croyances 
épistémologiques, puisque ces changements sont enracinés dans l’état des sciences de la nature, qui, lui, change irrépressiblement. De là, de cet état des sciences auquel ils sont 
liés, les changements de croyances épistémologiques pénètrent directement dans les 
sous-conscients, portés surtout par les techniques tirées des sciences dures, qu’un très 
grand nombre de gens sont amenés à s’approprier. Ainsi les changements de croyances 
épistémologiques se trouvent sous l’empire de contraintes d’ordre pratique qui 
contribuent à régir les relations entre l’homme et le réel physique. Par cette voie ils sont 
protégés à la fois des trémoussements arbitraires des modes et des inerties de l’esprit. 
Malgré leur état implicite et en dépit des forces inertielles qui lestent toute croyance et 
notamment certains paradigmes de la pensée scientifique déclarée, les croyances 
épistémologiques changent avec la mentalité technique. 
Enfin, cependant que leur genèse et leurs contenus sont ainsi liés à la phase de 
développement des sciences de la nature et des techniques correspondantes, les 
croyances épistémologiques réagissent sur cette phase. Or la phase de développement 
des sciences et des techniques, elle, produit un impact crucial sur les évolutions 
économiques et sociales. En conséquence de cet enchaînement réflexif, les croyances 
épistémologiques – si elles étaient connues explicitement et à fond – pourraient libérer 
des forces d’orientation voulue et directe des évolutions sociales et économiques. 
Potentiellement, elles sont un point d’appui stratégique pour obtenir des effets de levier.
Pour ces raisons au moins, il est important d’un point de vue pragmatique de 
connaître d’une manière explicite les croyances épistémologiques induites par les 
sciences de la nature, dans chaque phase de leur évolution, et de contrôler l’accord 
évolutif de ces croyances avec les vues générales qui agissent, notamment dans la 
pensée scientifique. 
Dès qu’on a disposé de recul il a toujours été possible d’expliciter les croyances 
épistémologiques induites par telle ou telle phase du développement des sciences de la 
nature. Mais maintenant, en ce moment précis de l’histoire de la pensée que nous 
sommes en train de vivre, il est d’importance très particulière de mettre cette possibilité 
à l’œuvre, parce que c’est la mécanique quantique qui y est impliquée et que les 
schémas épistémologiques encryptés dans le formalisme de la mécanique quantique 
fondamentale violent des croyances épistémologiques qui agissent dans la pensée 
scientifique tout autant que dans la pensée courante, depuis plus de trois siècles. Tous 
ceux qui réfléchissent à la pensée le pressentent. Ils pressentent que dans cette 
résistance tellement persistante à une compréhension consensuelle opposée par un 
formalisme qui, d’autre part, est doté d’une si remarquable efficacité, il doit se nicher 
l’un de ces mystères précieux qui, lorsqu’ils sont levés, font apparaître une nouvelle 
face des choses.
Ce livre s’adresse à tous ceux qui désirent pénétrer jusqu’aux racines de la 
conceptualisation humaines et former une vue sur la manière dont y émergent les 
descriptions de microétats incorporées à l’état cryptique dans le formalisme 
mathématique de la mécanique quantique fondamentale. Sa lecture aura également
l’effet de les rendre immédiatement réceptifs à l’exposé de la méthode générale de 
conceptualisation relativisée (MMS [2006]), une épistémologie qualitative mais 
formalisée, solidement fondée dans la pensée scientifique actuelle et qui couvre les 
processus de génération de connaissances depuis l’encore jamais conceptualisé et 14
jusqu’à la frontière entre le connu et le métaphysique. Mais il paraît probable que 
l’infra-mécanique quantique intéressera de la manière la plus intense une certaine 
catégorie de physiciens qui la comprendront profondément et à mi-mot. Même si cette 
catégorie est numériquement réduite, c’est elle qui pourrait constituer un noyau de 
renouvellement de la physique actuelle.
L’exposé de ce texte est organisé en quatre très brèves parties.
La première, via des considérations informelles concernant les questions 
philosophiques du réel et de la connaissance, repère la place qu’occupe la mécanique 
quantique dans l’évolution de la pensée.
La deuxième partie expose le processus de construction de l’infra-mécanique 
quantique.
La troisième partie examine très brièvement l’infra-mécanique quantique de 
manière globale, de l’extérieur, avec le but de spécifier ses relations avec les concepts 
d’espace, de temps, de géométrie, de consensus intersubjectif, et avec les théories de 
relativité d’Einstein. Les conclusions tirées de ces examens permettent d’éclairer le 
problème de localité et de mettre ainsi en évidence son caractère illusoire. 
Enfin, la quatrième partie, elle aussi très brève, explicite les potentialités de 
novation épistémologique incorporées dans l’infra-mécanique quantique, et indique la 
voie qui, en réalisant ces potentialités, a conduit vers la construction d’une méthode 
générale de conceptualisation relativisée.
Les contenus inorganisés de l’infra-mécanique quantique ont nourri pas à pas la 
genèse de la méthode générale de conceptualisation relativisée, en se mêlant aux 
guidages sous terrains de l’intuition avant que ces deux systèmes conceptuels se fussent 
constitués et séparés. Mais maintenant, quand l’un comme l’autre de ces deux systèmes 
est déjà construit et individualisé, les relations qui les unissent et les distinguent 
mutuellement présentent un caractère nouveau. 
L’infra-mécanique quantique peut être regardée comme l’illustration majeure de 
la méthode générale de conceptualisation relativisée, celle qui, par son produit 
descriptionnel propre, encore particulier, a révélé une toute première strate 
descriptionnelle universelle qui était ignorée. 
D’autre part, l’infra-mécanique quantique peut tout autant être regardée comme un 
exposé systématique et approfondi des sources de la méthode générale de 
conceptualisation relativisée. 
Quel que soit le choix ou les oscillations entre ces deux optiques, le texte présent 
et l’exposé de la méthode générale fait dans MMS [2006] constituent ensemble un tout
beaucoup plus achevé que chacun de ces deux ouvrages lus séparément. Or ceux qui 
prendront connaissance des exposés de ces deux approches en succession immédiate, 
seront frappés par certaines redites. Je tiens à souligner que ces redites étaient le seul 
moyen de doter d’auto-suffisance chacun des deux exposés considéré séparément. 
Et en tout cas, toute redondance liée à la chronologie génétique, n’a qu’une 
importance provisoire. Dans l’exposé final intégré de l’entière structure conceptuelle 
qui s’est constituée dans mon esprit – qui inclut la résolution de l’ensemble des 
problèmes d’interprétation du formalisme quantique ainsi qu’une certaine 
mathématisation de la méthode générale de conceptualisation relativisée – toute redite 
aura disparu sans traces. Par cette sorte de subite harmonisation géométrisée qui est la 
marque des touts achevés, les manifestations de l’inévitable temporalité des processus 
de construction s’y seront dissoutes. Les rapports essentiels, atemporels, y brilleront 
seuls.15
Enfin, l’on constatera que la bibliographie est réduite et en grande mesure 
personnelle. Qu’on ne m’en tienne pas rigueur: cela est dû au fait que le contenu texte 
qui suit rend compte de réflexions et d’une recherche solitaires à l’extrême.


     II) Texte détaillé : Voir http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/115/IMQ.pdf


     II) C o n c l u s i o n   g é n é r a l e

Dans la première partie de cet ouvrage nous avons repéré la place qu’occupe la

mécanique quantique dans l’évolution des relations entre, d’une part, la philosophie et

notamment l’épistémologie philosophique, et d’autre part les modes de pensée qui

agissent dans les disciplines de la physique.

Dans la deuxième partie du livre nous avons entrepris de spécifier en détail les

contenus épistémologiques impliqués dans la mécanique quantique. Le résultat peut

surprendre. Tout à fait indépendamment du formalisme de la mécanique quantique, il

s’est constitué une discipline qualitative épistémo-physique, l’infra-mécanique

quantique, dont le contenu consiste en l’organisation du substrat d’opérations cognitives

et de significations encryptées dans le formalisme quantique. Dans l’infra-mécanique

quantique cette organisation sous-jacente se montre débarrassée de tout élément

mathématique, concentrée en elle-même et dotée d’un contour propre. Sa genèse,

explicitée pas à pas, la marque d’un caractère de nécessité. Le cœur de l’inframéacanique quantique est un type descriptionnel ‘transféré’ sur des enregistreurs

d’appareil, primordialement probabiliste, foncièrement différent du type descriptionnel

classique et qui, auparavant, n’avait jamais encore atteint le niveau d’une connaissance

exprimée et intégrée. Désormais ce type descriptionnel  primordial est défini avec

rigueur et détail  – pour le cas spécial des microétats  – et il élucide la nature de la

fameuse ‘coupure quantique-classique’. Le brouillard lourd, comme solide, qui cachait

la manière de signifier de la mécanique quantique, est entièrement dissipé.

La troisième partie de l’ouvrage a brièvement indiqué que l’infra-mécanique

quantique, malgré sa forte singularité face à nos habitudes de pensée telles qu’elles se

manifestent dans les langages courants et dans l’entière pensée classique, incorpore une

certaine sorte d’universalité qui, plus ou moins clairement, se manifeste souvent dans

nos pratiques de tous les jours. C’est cette universalité qui, explicitée et épurée, a ouvert

la voie vers une épistémologie générale enracinée en dessous des langages usuels, dans

la pure factualité physique.

Cette épistémologie générale – la méthode de conceptualisation relativisée – a été

largement exposée dans d’autres ouvrages. Mais l’infra-mécanique quantique est

exposée ici pour la première fois. Elle rend visible le développement fœtal de la

méthode générale de conceptualisation relativisée, au sein du cas particulier des

descriptions de microétats. Le caractère de nécessité qui marque ce développement est

beaucoup plus concret et intuitif dans l’infra-mécanique quantique que dans sa réplique

abstraite qui se constitue dans le processus de construction de la méthode générale de

conceptualisation relativisée. Il pourra désormais irriguer cette réplique aussi d’une

nuance d’évidence intuitive.

Je finirai cet ouvrage par un aveu d’admiration. La mécanique quantique cache en

elle quelque chose de merveilleux. Chacun est assailli de temps à autre par l’impression

que ceci ou cela est merveilleux. Ou que tout est merveilleux. Mais, comme diraient les

cochons d’Orwell [1945], certaines merveilles sont plus merveilleuses que les autres. Et

la merveille de la mécanique quantique est vraiment très merveilleuse.

________166

BIBLIOGRAPHIE

A. Aspect, P. Grangier, G. Roger, [1982], « Experimental Realization of Einstei

 



Les limites de la connaissance 6-8) Conclusion- la cécité empirique.


Les limites de la connaissance 6-8) Conclusion- la cécité empirique.

 

aveugle né

 

le procès Galilée.

 

 

« La science nous permettra-t-elle un jour de tout savoir? Ne rêve-t-elle pas d’une formule qui explique tout? N’y aurait-il rien qui entrave sa marche triomphale? Le monde deviendra-t-il transparent à l’intelligence humaine? Tout mystère pourra-il être à jamais dissipé?


Hervé Zwirn pense qu’il n’en n’est rien.La science, en même temps qu’elle progresse à pas de géant marque elle même ses limites. C’est ce que montre la découverte des propositions indécidables qui ont suivi le théorème de Gödel. Ou celle des propriétés surprenantes du chaos déterministe. Ou encore les paradoxes de la théorie quantique qui ont opposé Einstein et Bohr  en mettant en cause toute notre manière de penser.

L’analyse de ces limites que la science découvre à sa propre connaissance conduit à poser une question plus profonde: qu’est ce que le réel? »


Je voudrais ici faire partager ma lecture de Hervé Zwirn sur « les limites de la connaissance ».


Exergue:

 « En bref, je défendrai une conception dans laquelle l’esprit ne se contente pas de « copier » un monde qui ne peut être décrit que pas une Seule et Unique Théorie Vraie. Mais je ne prétend que l’esprit invente le monde […]. L’esprit et le monde construisent conjointement l’esprit et le monde » Putnam (1981)

« Le sens commun mène la physique. La physique montre la fausseté du sens commun. Donc si le sens commun est vrai, alors il est faux. Donc le sens commun est faux. »    Bertrand Russel.

1) préambule.

science et vérié.  ubirdt saint-esprit

Dans le message précédent qui présente les positions et attitudes philosophiques face aux résultats de la physique quantique, nous avons vu qu’aucune ne peut se prévaloir d’être l’unique conception mais chacune peut faire valoir des arguments convaincants en sa faveur. A ce stade, les attentes philosophiques, voire « psychologiques » de chacun diffèrent et ce qui peut sembles convaincant aux uns paraîtra inepte aux autres. Pour aller plus loin, il faut conserver la cohérence de l’argumentation et le consistance de l’analyse. Je partage ici l’avis de Hervé Zwirn dans le refus de deux positions opposées. J’expose la lecture que j’en fait aujourd’hui et qui n’engage que moi.

     a) Celle du réalisme scientifique (traditionnel).

Il consiste à penser qu’il existe une réalité indépendante dans laquelle l’homme est immergé et qu’elle est correctement et littéralement décrite par la physique. Cette physique n’est pas celle d’aujourd’hui, mais celle d’une hypothétique théorie ultime vers laquelle la science tend asymptotiquement. Réalité indépendante: elle existerait de la même manière et sous forme identique même en l’absence de tout être humain. Exister: le verbe est à prendre ici dans son sens littéral le plus immédiat, identique à celui du langage courant (le papier sur lequel est imprimé ce livre existe). Mais la physique montre que le sens commun a tort de croire que ce papier existe,seules existent vraiment les entités utilisées dans la théorie, par exemple les champs. Donc entre le langage courant et le langage scientifique, le verbe « exister » ne change pas de sens, seules changent les entités qui peuvent prétendre à l’existence. L’homme est un élément de cette réalité dans laquelle il est immergé et qu’il ne perçoit pas directement dans sa globalité. Cette limitation ne concerne que cette perception et n’a aucune influence sur la réalité elle-même. La physique décrit la réalité telle qu’elle est vraiment et les affirmations des théories sont à prendre à la lettre comme le dit Van Fraassen: »…alors il y a réellement des électrons qui se comportent de telle et telle manière. »

Si la réalité ne nous apparaît pas directement en raison de la limitation de nos sens, la physique nous donne les moyens de comprendre l’apparence qu’elle revêt pour nous. Actuellement, cette réalité peut être décrite comme un espace-temps à 10 dimensions dans lequel interagissent des champs de cordes supersymétriques, espace et champ de cordes qui existent en tant que tels. Si nous ne percevons que 4 dimensions dans notre monde perceptible, cela provient de l’enroulement de 6 des 10 dimensions sur une distance de l’ordre de 10puiss-33 cm, « compacification » des dimensions qui rend impossible leur perception directe.

En conclusion du réalisme scientifique: « même si le contenu des théories change, le principe sous-jacent restera du même type, des objets (abstraits, complexes et non représentables) sont les briques de base à partir desquelles tout ce qui constitue notre environnement habituel est construit. Le réalité est le niveau où vivent ces briques. L’homme est immergé au sein de cette réalité et sa réalité phénoménologique est une représentation, forcément partielle et limitée de cette réalité indépendante. La réalité phénoménale dépend des capacités perceptives humaines mais pas la réalité indépendante dans laquelle l’Homme est immergé et qu’il découvre conceptuellement. Cette réalité indépendante épuise tout. »

     b) Celle de l’idéalisme radical.

« Tout est création de l’homme et rien n’existe en-dehors des phénomènes perceptifs. La « réalité » (au sens du chapitre précédent) n’a aucune existence et n’est qu’une reconstruction pragmatique destinée à organiser nos perceptions. » Le solipsisme, qui pose que seul un esprit (le mien) existe et que tout n’est que création de cet esprit, en est la version la plus extrême. 

     c) Objections à l’encontre du réalisme scientifique..

En raison de la sous-détermination des théories par l’expérience, plusieurs théories ultimes mutuellement incompatibles mais adéquates peuvent être plausibles. Alors, comment soutenir l’existence d’une réalité unique? De plus, le concept de réalité indépendante est mis en difficulté par l’impossibilité de construire une théorie ontologiquement interprétable et il semble impossible de soutenir que les objets des théories sont les constituants d’une réalité ayant une existence autonome et indépendante, même si nous disposions d’une théorie ultime totalement adéquate avec les phénomènes. 

     d) Objections à l’encontre de l’idéalisme radical.

Il ne se se heurte pas à des objections du même type, en en sens il est non réfutable. Le solipsisme pur et dur (seules mes propres perceptions existent, tout en étant que construction de mon esprit) est logiquement possible. Il n’est pas à rejeter seulement en raison d’objections du genre « si tout n’est qu’invention de mon esprit, pourquoi ne suis-je pas milliardaire? » car rien n’indique en effet que je devrais être capable de contrôler le processus de création, après tout, je ne contrôle pas mes rêves. De plus, si l’esprit est régi par des structures, des phénomènes de limitation analogues à ceux des systèmes formels peuvent survenir pour empêcher toute construction. 

L’idéalisme non solipsiste se contente de refuser l’existence réalité dont les perceptions seraient l’image. L’intersubjectivité pourrait poser une difficulté à cette position, mais elle pourrait n’être qu’une illusion comme c’est le cas dans le solipsisme convivial. L’argument de la résistance du réel lui non plus n’est pas déterminant, car une construction, ici celle ne notre esprit, est toujours soumise à des contraintes si elle est est régie par des règles. Par contre, une vraie difficulté est de considérer la perception comme antérieure à l’existence. Comment accepter une perception sans existence d’un sujet percevant? Cela est sans doute possible si on admet la pensée comme unique existant, mais est-ce satisfaisant? De plus, on n’est pas plus avancé que dans le cas du solipsisme. 

     e) Position défendue par H. Zwirn, que je partage.

L’homme  n’est pas créateur du monde, mais il n’est pas un observateur passif. Ains que le dit Putnam en exergue à ce chapitre, « L’esprit et le monde construisent conjointement l’esprit et le monde« . C’est une manière de refuser le face de l’Homme et de l’Univers du réalisme traditionnel. 


2)  Rejet des arguments en faveur du réalisme.


Galilée

     a) arguments en faveur du réalisme métaphysique.

*L’argument que Hume a appelé « la relation cause-effet »: si j’entends des voix dans la pièce voisine, j’en infère que qu’il y a des personnes qui y sont présentes; Si je vois une forme ressemblant à un plateau, j’en infère qu’il y a une table devant moi. On peut y distinguer deux éléments différents. Le premier consiste à inférer d’une perception une autre perception potentielle par un raisonnement contre-factuel: si j’allais dans la pièce voisine, je percevrais des personnes. Il ne concerne que la réalité empirique et relie les perceptions entre elles. La critique de Hume porte sur le fait que ce lien entre les perceptions (le premier élément), ne peut être établi sans postuler la validité du principe d’induction qui nous garantit que s’il s’est révélé exister dans le passé, il existera dans le futur. Or, il est impossible de justifier rationnellement le principe d’inductionLe deuxième consiste à inférer l’existence d’une entité réelle, une table, à partir de la perception qu’on en a. Il concerne la réalité en soi (hypostasier des entités en tant qu’explication des perceptions), et seul ce élément concerne le réalisme métaphysique alors que le premier est plutôt une condition nécessaire à la construction de tout discours empirique. 

Hume a combattu l’idée qui consiste à considérer que lorsque nous avons la perception visuelle et tactile d’une forme de plateau avec 4 pieds, la meilleure explication possible est l’existence réelle d’une table qui en est la cause, en soulignant que nous n’avons accès qu’à nos perceptions et aucunement à la réalité en soi. L’hypothèse de l’existence réelle d’objets réels extérieurs ne s’impose donc nullement, ce n’est qu’un moyen pragmatique d’organiser nos perceptions. La critique de Hume est fondée et rien n’autorise de manière péremptoire à passer de l’existence de nos perceptions à à celle d’un monde extérieur (la physique quantique confirme ce genre d’objections). La relation cause-effet n’es donc pas un argument pertinent pour justifier la réalité en soi.


*L’intersubjectivité.

C’est un argument en faveur de l’existence d’objets extérieurs à nous-même, car si comme le suppose l’idéalisme, rien n’existe en dehors de nos esprits, ce dernier est bien en mal d’expliquer pourquoi nous tombons d’accord sur nos perceptions. Si Jean et Marie s’accordent à dire qu’il y a deux verres et une bouteille de vin sur la table, l’explication la plus simple est de considérer qu’il y a réellement deux verres et un bouteille. Cet argument prolonge celui du chapitre précédent et répond à une objection, car si j’ai la perception d’une table, cela ne veut pas dire forcément qu’il y a une table devant moi, je pourrais être victime d’une illusion, la table pourrait n’exister que pour moi. En revanche, si Jean et Marie sont d’accord, la table n’existe pas que pour un seul esprit. Ils pourraient être victimes de la même illusion, mais il serait difficile de soutenir que tous les cas de perceptions communes sont des illusions partagées. 

L’intersubjectivité semble donc un argument plus solide celui de la relation cause-effet. la mécanique quantique va à l’encontre de cette conclusion. Ce n’est pas parce que Jean et Marie s’accordent sur le fait que le spin suivant une direction est +1/2, qu’il vaut +1/2 avant la mesure. L’explication intuitive que ce résultat préexistait à la perception n’est pas valide. De plus, la mécanique quantique fournit le mécanisme qui explique que tous deux tombent d’accord bien que le résultat ne préexiste pas à leur perception. L’intersubjectivité n’est donc pas un argument pour suffisant pour imposer une réalité externe comme cause des perceptions, elle dit au contraire que l’acte de percevoir cause, au moins en partie, la nature de la perception., ce qui apparaît clairement dans la théorie de la décohérence. En effet, celle-ci dit que le système perçu reste dans un état superposé et ce n’est que la perception que nous en avons qui paraît réduite. De plus, ceci admet que lorsque deux observateurs sont d’accord sur leurs perceptions, celles-ci sont effectivement identiques. Mais ce n’est pas obligatoire, car dans l’interprétation du solipsisme convivial, il est possible que l’intersubjectivité soit apparemment respectée sans que les perceptions des différents sujets soient les mêmes. Celle-ci ne peut donc pas être utilisée comme un argument en faveur de de l’existence d’une réalité externe cause des perceptions.  


*La résistance au réel.

Si le réel n’était que construction humaine, il n’y aurait aucune raison que les théories les mieux construites soient contredites par l’expérience. Or l’histoire des sciences montre nombre de « belle théories », fécondes et puissantes, ont été réfutées par « quelque chose qui dit non » (et qui ne peut pas être « nous ») selon l’expression de Bernard d’Espagnat. Cet argument suppose implicitement qu’une construction humaine sera « sa propre mesure » et ne se heurtera à aucune contradiction. Dans cette approche, on suppose que tout est construction humaine, que nous inventons les règles. Les théories sont ce qu’on pourrait appeler des constructions explicites, conscientes et formelles destinées à rendre compte d’une « construction perceptuelle » inconsciente qui serait cette construction humaine: le réel. Alors, étant donné ce que nous avons vu sur la consistance des systèmes formels, il i’y a rien d’étonnant à ce que nous constations des désaccords et des contradictions entre les deux constructions, nos constructions théoriques et ce que nous appelons le réel. En fait, nous ne savons pas édifier de construction paradigmique consistante. Les contradictions seront éliminées par une modification dialectique des théories et de ce que nous appelons le réel (celui de la physique newtonnienne n’est pas celui de la physique quantique). La résistance du réel n’est donc pas un argument convaincant de postuler la résistance d’une réalité extérieure.


*Préexistence de quelque chose qui connaît à la connaissance.

Bernard d’Espagnat l’a présenté comme une nécessité logique: si on parle de connaissance; il faut bien que quelque chose connaisse. L’existence ne peut donc procéder de la connaissance. Bonsack, pourtant proche de certains points de vues de d’espagnat , adopte le point de vue opposé, la point de vue « épistémologique », par contraste avec ce point de vue « ontologique ». Il consiste à rendre compte de la façon dont le sujet est amené à postuler l’existence à partir du flux perceptif. De plus, il n’est pas impossible que le seul existant soit le pensée. Cet argument, bien que de bon sens n’est donc pas définitivement probant.


     b) Arguments en faveur du réalisme épistémique.

Ces arguments prennent place dans un cadre acceptant l’existence d’une réalité extérieure. 


*L’argument du succès empirique est un point essentiel des défenseurs du réalisme épistémique: comment nos théories pourraient-elles être empiriquement adéquates si elles ne décrivaient pas, au moins partiellement des entités et des mécanismes réels? Il serait alors miraculeux qu’elles parviennent à décrire et prédire cette réalité empirique. Cet argument plaide aussi indirectement en faveur du réalisme métaphysique puisqu’il s’appuie nécessairement sur l’existence d’une réalité extérieure. Sa séduction exerce un force d’attraction dont il est difficile de s’affranchir, sans doute dû au fait que le mécanisme psychologique qui nous y fait adhérer joue un rôle important dans notre fonctionnement quotidien et qu’il s’est exercé dès l’enfance. Simplifié à l’extrême, cela revient à expliquer que nous voyons l’herbe verte parce qu’elle est réellement verte. Mais on a vu précédemment que c’est une fausse explication qui soulève plus de difficultés qu’elle n’en règle. Par ailleurs, on ne peut soutenir qu’une théorie empiriquement adéquate à un moment est vraie, l’histoire regorge de telles théories qui ont été ensuite réfutées et un raisonnement inductif pessimiste incite à penser que cela sera faux également pour les théories actuelles. On pourrait, à l’instar de Boyd adopter un concept de vérité approximative, mais ce concept est insatisfaisant et ne résout pas le problème.

La situation imagée donnée par Hervé Zwirn est parlante. Imaginons que Monsieur R le réaliste) nous présente une théorie T empiriquement adéquate (au sens où toutes ses prédictions ont été réalisées, mais aussi où toutes ses prédictions futures le seront): c’est parce que T est vraie  (que tous les objets dont elle parle existent réellement et que les lois qu’elle utilise correspondent à des mécanismes ou à des contraintes qui reflètent le structure de la réalité telle qu’elle est vraiment). Cette histoire est supposée avoir lieu dans un monde futur où la science aura progressé à tel point que que cette théorie a pu être construite et vérifiée depuis des générations. Ce n’est pas le cas de la physique quantique, car même si elle a notre confiance, nous savons qu’elle doit être généralisée pour tenir compte à la fois de la relativité restreinte et de la relativité générale. Cela pourrait être le cas de la « théorie du tout »  que certains physiciens pensent être à notre portée prochainement grâce à aux théories des supercordes. Ainsi on pourrait échapper à l’objection concernant les théories empiriquement adéquates et réfutées ensuite? Si nous acceptons que T est empiriquement adéquate pour les observations passées, qu’est ce qui permet à Monsieur R de croire que que cette adéquation persistera dans l’avenir (nous avons vu toutes les objections au sujet de l’induction)? Sa réponse pourrait être: si l’adéquation passée de T ne peut s’expliquer autrement que par le fait que est vraie, (sinon ce serait un miracle ou une suite invraisemblable de coïncidences favorables); or, si T est vraie, son adéquation empirique dans le futur est certaine. En effet, si une observation a venir était en désaccord avec les prédictions de T, c’est que le phénomène réel sous-tendu par cette observation serait différent d’une façon ou d’une autre de ceux décrits par T et donc que T n’est plus vraie. Donc si T est vraie, dans ce sens, elle est vraie de toute éternité, presque par définition. On atténue ainsi le problème de l’induction, mais cela présuppose d’accepter la vérité de T.        

Dans ce schéma, adéquation empirique et vérité deviennent équivalentes: 1) T a été empiriquement adéquate dans le passé. 2) La seule explication possible est que T est vraie. 3) T sera donc empiriquement adéquate dans le futur. Cependant le point 2) est réfuté en raison de la sous-détermination des théories car il est possible qu’il existe une ou plusieurs théories T’ empiriquement équivalentes à T mais incompatibles avec elle. Il est impossible qu’elles soient simultanément vraies dans le sens adopté par Monsieur R dont la position n’est donc pas justifiée. Une autre critique est basée sur le fait que qu’étant donné un nombre limité d’observations, il existe un grand nombre, voire une infinité de théories capables de décrire correctement ce ensemble; il n’y a donc pas à s’étonner du fait que nous sommes capables de construire des théories adéquates à un instant. On pourrait dire que c’est non la description des données connues, mais la prédiction de faits nouveaux qui serait miraculeuse si rien dans la théorie ne correspondait à quelque chose de réel (l’exemple souvent cité est la découverte de Neptune). Mais il ne faut pas retenir que les succès et oublier les échecs. La découverte de Neptune est un succès considérable pour la mécanique newtonnienne, mais l’inexistence de Vulcain, censé expliquer  la précession du périphélie de mercure est un échec tout aussi considérable. C’est ainsi que celle ci est réfutée par l’invention de la relativité générale. 

La science progresse, selon Popper par essais et erreurs, conjectures et réfutations. Dans le nombre de théories empiriques disponibles (fini) dans l’infinité de théories différentes, voire incommensurables ou contradictoires, il arrive qu’un certain nombre sont en compétition à une époque. Parmi celles-ci, des tests supplémentaires permettent parfois d’en dégager certaines qui font des prédictions incompatibles. C’est, dit Hervé Zwirn, le cas de la théorie de Brans et Dicke écartée récemment en tant que concurrente de la relativité générale. Dans le cas de la théorie newtonnienne, la prédiction vérifiée et la découverte de Neptune avaient été comptées comme un argument fort en sa faveur. Un autre exemple est celui du modèle de Weinberg-Salam unifiant les interactions faibles et électromagnétiques. Elles étaient en concurrence avec d’autres théories avant que les bosons intermédiaires soient découverts et permettent leur survivance. A postériori, il semble miraculeux que ces théories aient fait ces prédictions. Mais il n’est pas étonnant que l’une d’entre elle se révèle momentanément correcte. A d’autres moments, aucune des théories en présence ne réussit à prendre en compte les faits nouveaux observés et il faut construire une nouvelle théorie. C’est un changement de paradigme (voir la relativité générale et la physique quantique). Il n’y a pas à s’étonner du « miracle » de la prédiction de faits nouveaux, ce n’est qu’une surprise psychologique comparable à celle qu’on éprouve après avoir parcouru un long chemin dans un labyrinthe et avoir éliminé toutes les impasses.                

L’argument de Monsieur R semble donc peu convaincant, rien ne semble justifier la nécessité d’une correspondance entre concepts théoriques et entités réelles pour rendre compte de l’adéquation empirique des théories. Mais le réalisme structurel défendu par Worral, dans le contexte où on admet une certaine réalité, peut être une tentative d’explication de la réussite des théories moins sensible aux objections.


TOUTES LES CHOSES SONT RELIEES LES UNES

 AUX AUTRES PAR LA CAUSE ET L’EFFET.

UN ACCIDENT N’EXISTE PAS.

*La relation cause-effet.

Nous venons de voir que la première forme de cet argument est liée au principe d’induction: de la régularité de certaines associations dans le passé, on infère qu’elles se reproduiront dans le futur. Ce raisonnement est à la base même de toute prédiction, scientifique ou pas. Le critique de Hume est rationnellement fondée et on ne peut justifier ce principe sans recourir à un autre principe similaire. Russel cite l’exemple du poulet qui associe la main du fermier avec la nourriture qu’il lui donne jusqu’au jour où cette main lui tord le cou. Mais si cependant l’induction ne fonctionnait pas un peu, le monde serait différent de ce qu’il est, aucune connaissance ne serait possible puisque rien ne se répéterait. Mais en voyant l’ensemble des observations qui ont été faites, l’induction a fonctionné suffisamment souvent pour que la probabilité qu’elle ne fonctionne pas dans le futur est faible. Cependant, un tel raisonnement, faisant appel lui aussi à un principe d’induction est vicié par nature. 

Le scepticisme radical de Hume, pris au pied de la lettre, interdit toute confiance dans un discours prédictif et elle interdit de rendre compte de l’activité humaine autrement qu’en considérant qu’elle est irrationnelle. Pour éviter cette difficulté, Kant a postulé que l’induction est une catégorie à priori de l’entendement. En ne retenant pas le critique de Hume, il semble cependant qu’il faut éviter l’argument cause-effet pour justifier une quelconque correspondance réelle entre le « discours » et « le monde ». L’induction vient de nous et ne nous donne aucune indication sur la nature de d’une éventuelle réalité. 


     c) Que reste-t-il alors pour défendre la réalité?

Aucun des argument habituels en faveur de l’existence d’une réalité en soi, indépendante de toute connaissance ou de toute « interférence humaine » ne paraît véritablement contraignant et il ne semble nullement obligatoire que les entités théoriques et les mécanismes ou les lois du discours scientifique doivent nécessairement avoir un correspondant réel. On peut retenir néanmoins une version du réalisme structurel comme explication de la réussite partielle des théories jugées empiriquement adéquates à un instant. Si on rejette l’idéalisme radical, on peut alors adopter provisoirement une position proche de d’Espagnat, qui consiste à admettre l’existence de quelque chose qui procède en partie de l’esprit humain bien que n’en n’étant pas une pure émanation, qui cause la réalité empirique  et dont les structures se reflètent d’une certaine manière dans les théories scientifiques qui réussissent. 


3) Esquisse d’un scepticisme épistémologique. position présentée par H. Zwirn, que je partage dans cette approche de réflexion).


     a) la cécité empirique: première approche.

L’analyse de l’empirisme logique (voir cet article) a montré qu’il n’existe pas d’énoncé purement observationnel et derrière le mot empirisme se cache une imbrication de concepts théoriques et d’observations. Accepter de reconnaître qu’une théorie T a été jusque là empiriquement adéquate, c’est manifester déjà un certain engagement vis à vis de T et accepter le cadre conceptuel qu’elle définit pour interpréter les observations faites. c’est accepter que l’ensemble des observations faites, nécessairement guidées par le programme de recherches induit par T, constitue un ensemble significatif (au sens d’échantillon statistiquement significatif) par rapport à toutes les observations possibles et dont certaines départageraient T des théories concurrentes. C’est aussi considérer que T est empiriquement pertinente, c’est à dire qu’elle induit un cadre conceptuel qu’on juge adapté pour engendrer un programme de recherche qui guidera les expériences à faire pour la tester. C’est donc le premier pas pour entamer un programme qui conduira à sa confirmation ou à sa réfutation. Mais cet engagement ne peut être justifié que si la structure de T ne s’éloigne pas trop du paradigme dominant sur le type de bonnes théories et si T peut se prévaloir d’un certain nombre de succès à son actif (par un fait précédemment inexpliqué ou par la prévision réussie d’un fait nouveau). Il y a alors renforcement de notre confiance qui en retour nous conforte sur les bons indices de l’adéquation empirique de le théorie. C’est conforme au processus décrit par Boyd« il existe une relation dialectique entre la théorie courante et la méthode utilisée pour son amélioration. »

Boyd y voit une condition de possibilité d’un développement réaliste de la science c’est plutôt un argument qui montre que l’adéquation empirique n’est pas des plus solides. Ce processus réflexif, lorsqu’il est fructueux, peut converger vers l’acceptation conjointe de de la pertinence et de l’adéquation empirique. Cependant est-ce une garantie réelle? Un tel processus, enclenché dans une mauvaise direction, pourrait entretenir à tort son propre succès. 

Une première manière consiste à fournir des précisions suffisamment vagues pour que, quelque soit le résultat de l’expérience, il soit jugé conforme aux prévisions ou à ne retenir que les résultats qui confirment les prévisions (l’astrologie telle qu’elle est pratiquée de nos jours, en est un exemple). Un deuxième manière consiste à recourir à des hypothèses ad hoc pour rendre compte d’échecs prédictifs. Popper les appelle des « stratégies auto-immunisatrices ».  Cela pose le problème de savoir ce qu’est une bonne méthodologie scientifique. Il n’existe aujourd’hui aucun moyen rigoureux de définir ce qu’est une authentique théorie scientifique, mais malgré l’absence de critères explicites, les progrès méthodologiques nous permettent d’éliminer assez sûrement les théories manifestement déviantes qui utilisent les méthodes décrites précédemment. 

Une troisième manière, plus subtile d’entretenir faussement un succès empirique consiste en ce que la théorie induise un cadre conceptuel tel qu’aucune expérience qui pourrait être de nature à le réfuter ne soit menée: c’est un premier aspect de « la cécité empirique ». Un exemple caricatural est de s’imaginer une terre jumelle qui existe dans un univers newtonien. Sur cette terre 2, les lois de la nature sont décrites en gros par la physique newtonienne du temps de Laplace. Le programme de recherche est exclusivement centré sur le comportement des objets macroscopiques et reste aveugle aux autres phénomènes que nous connaissons. La théorie dominante est empiriquement adéquate puisqu’on se borne à l’utiliser dans son domaine de réussite et on ne considère comme scientifique que les expériences qui portent sur ce domaine et rien que sur ce domaine. Pour les physiciens réalistes de cette terre 2, la théorie newtonienne est don vraie. Dans cette situation, l’adéquation empirique induite par la théorie provient d’une mauvaise pertinence empirique de la théorie. Le programme induit par la théorie a conduit les physiciens à une cécité empirique les empêchant de faire les expériences nécessaires pour la réfuter, comme par exemple celles consistant à faire interférer deux rayons lumineux ou à étudier le spectre du corps noir. 

Il est certes facile d’élever des objections contre cet exemple, mais elles ne sont pas probantes.  La première est que dans un monde où il n’y a pas de place pour le relativité restreinte, les lois de la nature seraient tellement différentes que des nôtres que le monde pourrait bien être comment le supposent les physiciens de la terre 2. A cette objection, on peut répondre qu’il qu’après tout, il est possible d’accepter un monde où tout est comme chez nous à l’exception des lois relativistes. La deuxième objection concerne le fait qu’on pourrait supposer que les physiciens de la terre 2 ne se posent aucun problème concernant la lumière et que l’électricité ou le magnétisme n’ont pas été découverts. Mais sur cette terre 2, l’électricité et le magnétisme existent et par conséquent, les physiciens devraient s’être rendu compte. Cette objection provient du fait qu’on pense généralement qu’il n’est pas possible de passer à côté de la lumière ou du magnétisme. Mais ce qui est mis en évidence ici, c’est le fait qu’un programme de recherche induit par une théorie dominante peut très bien conduire à oublier de remarquer certains phénomènes de nature non évidente. Les expériences mises en oeuvre pour vérifier les inégalités de Bell ne s’imposent pas spontanément à un expérimentateur, il faut un travail théorique préliminaire complexe. Il en est de même pour la non-séparabilité. Il a fallu le génie de Bell pour y parvenir alors que ni Einstein ni bohr, pourtant préoccupés par le sujet, n’ont été capables d’imaginer une expérience réelle susceptible de la mettre en évidence. 

Il n’est donc pas absurde de penser que de tels phénomènes complexes qui pourraient, s’ils étaient testés, soient dissimulés à l’intérieur du cadre d’une théorie. Dans ce cas, la théorie ne rencontrera aucun démenti alors qu’elle sera empiriquement fausse. C’est bien ce qui s’est passé lorsque le programme de recherche de la physique a conduit à se concentrer sur les systèmes intégrables. Durant toute une période, elle a oublié d’expérimenter sur les systèmes chaotiques, laissant croire à des générations de physiciens que le monde était intégrable, alors qu’on sait maintenant que la majorité des systèmes dynamiques est chaotique.

La cécité empirique, sous cet aspect, est le fait d’être aveuglé dans son champ de recherche par un programme issu d’une théorie dominante bornée (qui a des bornes), de telle sorte que certaines parties de la réalité empirique restent ignorées du discours théorique et des préoccupations scientifiques. Elle est donc liée à la non-pertinence d’une théorie et doit rendre prudent quant aux affirmations portant sur l’adéquation empirique et ne pas lui conférer un statut de certitude trop fort. Ainsi, à aucun moment nous ne disposerons d’une théorie adéquate décrivant la totalité de la réalité empirique car cette dernière débordera toujours de l’ensemble des concepts disponibles. C’est un « maladie » inévitable quelles que soient les avancées et les découvertes qui interviendront dans le futur.


     b) Le concept de vérité et la sous-détermination empirique des théories.

Beaucoup de conceptions réalistes sont fondées sur le concept de vérité-correspondance: un énoncé est vrai en vertu du fait qu’il exprime un état de chose qui lui correspond. Dans l’approche réaliste traditionnelle, une théorie (empiriquement adéquate) est vraie si et seulement si ses énoncés correspondent à des états de fait de la réalité, de la même manière que le récit fidèle d’un film nous permet de savoir ce qui s’est réellement passé dans ce film. Mais contrairement à un film où on ne peut avoir deux récits fidèles et contradictoires, la sous-détermination des théories pose problème car il est possible que deux théories contradictoires soient adéquates. Prenons l’exemple de deux théories qui  postulent l’une des entités ponctuelles et l’autre  uniquement des entités arbitrairement petites mais jamais ponctuelles. Laquelle est alors vraie? y a-t-il ou non des entités réellement ponctuelles? 

Pour un instrumentaliste, cette question n’a pas de sens: elles ne sont pas en contradiction sur ce qu’elles disent, puisqu’il est impossible de les distinguer empiriquement mais sur la manière dont elles le disent. Le concept d’une vérité, au sens habituel du terme, est donc remis en cause. Si on adopte le point de vue qu’une théorie se réduit à son adéquation empirique, alors on se trouve forcé d’admettre que pour qu’une question n’ait pas de sens, il suffit que deux théories adéquates équivalentes lui donnent une réponse différente. La question se trouve alors rejetée au métaniveau, elle ne porte plus sur le monde, mais sur notre manière d’en parler. Un électron suit-il une trajectoire définie? non en mécanique quantique, oui dans la théorie de Bohm.

Les instrumentalistes sont prudents et ne vont pas jusque là, mais leur position concernant la vérité n’est sans doute pas justifiée. En fait, nos théories doivent être considérées seulement comme un moyen commode (des algorithmes) pour parler des phénomènes et les prédire. Des questions grammaticalement construites pour pour porter sur la réalité sont dépourvues de sens. Les concepts doivent considérés comme des outils internes à la description sans référent dans la réalité. Ils ne sont pas absolus puisque un autre langage peut ne pas les utiliser mais néanmoins arriver au même degré d’efficacité prédictive.Une analogie peut éclairer cette difficulté: Le Français et l’anglais sont équivalents pour parler des arbres; en français le mot arbre possède 5 lettres alors qu’il en possède 4 en anglais. La question « est-ce qu’un arbre possède 5 lettres? » est dépourvue de sens, le nombre de lettres n’est par une propriété des arbres. Une erreur de même nature (mais moins facilement détectable) est commise dans le cas de certaines questions portant sur des entités théoriques de la physique: par exemple, un électron suit-il ou non une trajectoire définie? On a vu que que le concept de trajectoire a un sens dans la théorie de Bohm, mais pas en mécanique quantique. Ce n’est donc pas une propriété des électrons mais seulement des outils formels qu’une théorie particulière utilise pour parler des électrons. 

Ce constat peut-il se comprendre?  Le langage courant nous autorise à croire que la trajectoire appartient vraiment aux objets de la réalité. Le processus d’apprentissage que suit tout être humain à partir de la petite enfance évolue vers un stade préscientifique dans lequel se forgent les représentations mentales qui lui servent à ordonner ses perceptions. L’unique théorie à ce stade préscientifique et pré-épistémologique est le langage courant. L’image intuitive est le plus souvent construite dans un cadre réaliste naïf et les entités du langage sont considérées comme se référent à une réalité extérieure. Il en résulte une relation biunivoque entre la description du langage et les objets de la réalité ainsi construite. Les propriétés des objets leur sont attribuées en propre. Il est souvent impossible de faire, à ce stade, la différence entre propriété des objets et propriété des outils utilisés pour en parler (sauf quand c’est évident comme dans le cas des arbres ci-dessus). Ce n’est que lorsque le langage courant ne suffit plus pour décrire et prédire les phénomènes plus complexes que la différence peut apparaître (avec les théories scientifiques formalisées) et ce n’est pas facile tant est grande la tentation de projeter les propriétés des entités théoriques sur les référents postulés de ces entités. Alors, la majorité des chercheurs préfère se placer dans le cadre de la théorie dominante pour la perfectionner plutôt que de se lancer dans la recherche de formalismes différents produisant les mêmes prédictions. C’est ce que Kuhn appelle la phase de recherche « normale » qui ne prend fin qu’avec l’apparition de difficultés qui peuvent aboutir à un changement de paradigme. 

Mais une recherche de théories empiriquement incompatibles pourrait peut-être permettre de déceler la non-pertinence de certaines questions sans réponse et de comprendre pourquoi certaines questions n’ont pas de sens (comme la simultanéité de deux évènements ou des questions traitées dans les théories modernes de cosmologie quantique). Mais il nous faut abandonner l’idée selon laquelle une théorie adéquate fournit une description littéralement vrai de la réalité et admettre que de nombreuses questions apparemment sensées portant sur la réalité ne sont que de fausses interrogations car elles portent en fait sur des aspects purement internes des théories utilisées pour la décrire.

     

     c) Les théories scientifiques comme algorithme de compression.

La théorie algorithmique de l’information, inventée par KolmogorovSolomonov et Chaitin, permet de voir les théories scientifiques sous un angle qui éclaire ce qu’on vient d’examiner. La complexité algorithmique d’une chaîne de bits est donnée par la taille du plus petit programme autodélimité capable d’engendrer cette suite. par exemple, la complexité de la chaîne infinie d’une suite de 0 et de 1 est faible car elle peut être être engendrée par le programme: « faire suivre alternativement 0 et 1 à l’infini ». Mais s’il est possible de trouver un programme d’engendrement de longueur plus courte que celle de la suite, celle-ci est « aléatoire », en fait, la suite n’est régie par aucun algorithme. Elle contient une beaucoup plus grande quantité d’information qu’une suite qui ne l’est pas. Une suite non aléatoire contient des redondances qui peuvent être compactées et c’est justement ce qui permet d’expliciter un algorithme qui l’engendre. 

Le concept de complexité algorithmique peut être étendu aux systèmes formels. Un système formel ne peut démontrer aucun énoncé dont la complexité est supérieure à celle de son système d’axiomes (dans ce cas, l’énoncé sera indécidable). Les résultats expérimentaux d’une peuvent être considérés comme un ensemble d’énoncés appartenant au langage de la théorie puisque la théorie est destinée à les décrire et à les prédire. La théorie, s’il elle est adéquate, est un moyen d’engendrer l’ensemble de ces résultats. Sur un plan purement formel et si on ne considère que les résultats expérimentaux sous leur aspect dénoncés de ce langage, on peut considérer la théorie comme un algorithme permettant d’engendrer l’ensemble de ces énoncés. On peut dire que le domaine de la science est le domaine des phénomènes qui se laissent décrire par de tels algorithmes, ce qui n’est pas le cas de l’art par exemple.  Il est impossible de produire un algorithme engendrant des symphonies grandioses ou des tableaux. Ce n’est pas le cas de la psychologie, nous ne savons pas prédire les états affectifs des êtres humains. On est alors moins tenté d’être étonné que le monde de la physique soit compréhensible (comme l’a fait Einstein) ou trouver extraordinaire que les mathématiques sont soient si efficaces comme l’a fait Wigner. Nous ne savons appliquer la science qu’aux domaines où elle est applicable, celui des phénomènes mathématiquement compressibles qui se laissent engendrer par des algorithmes. Les seuls phénomènes que nous considérons comme scientifiques sont ceux-là (à l’exclusion de l’esthétique, de l’affectif…). Nous sommes comme l’ivrogne de l’histoire qui cherche ses clés sous la lampe, non parce que c’est là qu’il les a perdues mais parce que c’est le seul endroit où il y a de la lumière. Le seul étonnement qu’on devrait avoir, c’est de s’émerveiller qu’il reste de tels domaines. Tout dans le monde pourrait n’être que processus aléatoire non compressible, art, affectivité et dans ce cas la science n’existerait pas. 

Si les théories sont considérées comme des algorithmes, il est compréhensible qu’il soit possible de trouver plusieurs théories empiriquement équivalentes. Un algorithme n’est jamais unique, d’où les recherches pour trouver les plus performants. Deux algorithmes en font pas appel aux mêmes intermédiaires de calcul. On se trouve donc face à une contradiction si on attribue à ces derniers un référent réel puis qu’on ne postulera pas l’existence de mêmes objets selon l’algorithme qu’on adopte. On peut objecter que si ces intermédiaires posent problème, les entités que que les deux algorithmes sont supposés engendrer doivent une existence réelle puisque les deux algorithmes les produisent. Les prédictions empiriques portent sur perceptions qu’on peut penser réelles, mais postuler l’existence d’objets réels cause de nos perceptions se heurte à aux objections à la deuxième forme de la relation cause-effet que nous avons signalées précédemment.  

En conclusion, se représenter les théories physiques comme de simples algorithmes  permettant de prédire les résultats empiriques permet de mieux comprendre les réserves sur le réalisme métaphysique et le réalisme épistémique. Les limites de démontrabilité des systèmes mathématiques permettent d’envisager que la possibilité que certains énoncés soient hors de portée de toute prédiction d’une théorie physique. 


le principe d’identité et d’indécidabilité !

     d) Une application empirique de l’indécidabilité.

Un éventuelle « théorie du tout » permettra-t-elle , au moins en principe de tout prévoir? Ce n’est nullement le cas?  On a vu que le « problème de l’arrêt », qui consiste à prédire si un ordinateur auquel on fournit un programme donné s’arrêtera, est un problème indécidable. Donc, même si nous disposions d’une « théorie du tout », elle serait incapable en général de prédire le comportement à long terme du système physique constitué par un ordinateur en fonction du programme qu’il est en train d’effectuer. On peut penser qu’on peut trouver un algorithme particulier qui prédit l’arrêt on non d’un système. C’est faux. Le théorème de Gödel montre qu’il existe des programmes pour lesquels aucun algorithme ne peut prédire l’arrêt ou la continuation infinie. La totalité des mathématiques qu’utilise la physique est contenue dans ZF (axiomatique de Zermelo- Fraenkel). Appelons T la théorie obtenue en ajoutant à ZF la partie nécessaire pour obtenir une théorie physique (par exemple la théorie du tout). Elle est donc envisagée comme un système formel. T est-elle capable de prédire le comportement (l’arrêt ou non), d’une machine de Turing programmée pour vérifier pour chacun des entiers successifs, un énoncé (« V n P(n) ») qui est indécidable au sens du théorème de Gödel? Si T est consistante, il n’est possible de prouver formellement dans T que ni est vrai (la machine calculera indéfiniment) ni que E est faux (elle s’arrêtera pour une valeur de n pour laquelle laquelle P est faux).  La réponse d’un mathématicien sera négative. En revanche, un raisonnement sémantique montrera que si T est consistante, la machine ne s’arrêtera pas, car cela signifie qu’on  a trouvé une valeur de n pour laquelle P est faux  et donc qu’on a prouvé la fausseté de contrairement à ce qui a été postulé. Ce raisonnement  n’est toutefois pas une preuve formelle, ce qui fait dire au mathématicien qu’il est impossible de démontrer dans T. Le physicien acceptera la preuve  car l’utilisation d’une théorie physique ne se limite pas à ses déductions purement formelles. Cela semble remettre en cause ce qui a été dit précédemment, que la théorie T, pour le physicien, est incapable de prédire le comportement de la machine de Turing considérée. 

Mais, voici un exemple pour lequel l’impossibilité de prédiction concerne aussi bien le mathématicien que le physicien. L’adjonction à ZF de grands cardinaux peut rendre la théorie contradictoire (voir articles 3 « le programme de Hilbert et les indécidables). Le rajout de certains axiomes de grands cardinaux peut être telle que la théorie obtenue (ZFE) soit totalement inconnue au sens où non seulement elle n’est ni démontrable ni réfutable dans ZF, mais encore où on est dans l’incapacité d’avoir une opinion précise à son sujet. Soit une machine de Turing énumérant les théorèmes de ZFE, qui s’arrête lorsqu’elle a obtenu la démonstration de « 1 = 2 ». Pour un physicien, la théorie T est-elle capable de prédire le comportement de cette machine? La réponse est cette fois négative, car cela consisterait à prédire la consistance de ZFE, ce qui n’est possible ni formellement dans le cadre de T. Nous retrouvons le résultat annoncé, qui n’est qu’une conséquence directe inévitable des limites des systèmes formels. Ce constat n’est nullement dû à une incertitude sur l’état initial, à une méconnaissance des lois qui régissent le fonctionnement de l’ordinateur ou à des effets quantiques et il existerait même dans un monde totalement classique. Il est impossible de construire une théorie qui prédise, en général, le comportement d’un ordinateur (ou d’une machine de Turing) en fonction d’un programme qu’on lui fait exécuter. C’est comme si on ne pouvait pas prévoir la vitesse d’arrivée au sol d’un caillou en fonction de la hauteur à laquelle il a été lâché. Ceci montre qu’il existe des objets simples et courants (les ordinateurs par exemple) dont les lois de fonctionnement sont connues et dont le comportement est cependant non prédictible. Ainsi, « même dans un univers simple, non quantique…, l’avenir continuerait de nous échapper » (Delahaye).

Conclusion de ce chapitre: Il existera toujours des parties de la réalité empirique qui échappent à la prédiction et sur lesquels toute théorie restera aveugle. C’est un autre aspect de la cécité empirique.

                                      

     e) La cécité empirique: une maladie inévitable.

Dans un premier aspect, la cécité empirique peut, en étant aveugle à certaines parties de la réalité empirique, induire un programme de recherche tel qu’aucune expérience risquant de la mettre en échec ne puisse être conduite. Elle sera corroborée et considérée comme adéquate.

Le deuxième est lié au fait que toute théorie est dans l’incapacité de se prononcer quand des phénomènes sont exprimés par des énoncés indécidables dans le système formel qui la constitue. De plus, le programme de recherche induit par la théorie détermine les expériences faites en vue de tester ses prédictions. Ce programme ne pousse donc pas à expérimenter les domaines sur lesquels le théorie est muette, car cela n’aurait à priori pas d’incidence sur la théorie et il est possible que les concepts  nécessaires pour une telle expérimentation n’existent pas. A l’époque de Maxwell, des tests sur la non-séparabilité n’auraient sans doute pas abouti, car il fallait des concepts issus de la mécanique quantique pour se poser la question.

Il résulte de ce qui précède que, quelle que soi la théorie considérée, il existera des phénomènes qu’elle ne pourra prédire (incomplétude prédictive) et en conséquence, certaines parties de la réalité empirique seront hors de son champ de pertinence. L’exemple de la machine de Turing peut sembler artificiel. Le théorème de Gödel a été le premier à être explicité pour montrer l’incomplétude de l’arithmétique avant de fournir plus tard des exemples d’indécidabilité plus naturel. Ainsi, trouver un énoncé empirique simple et naturel dont l’indécidabilité pourrait être établie dans « la théorie du tout » n’est pas actuellement une tâche à la portée des scientifiques. Mais cela ne remet pas en causes les conclusions de ce chapitre, la réalité empirique débordera toujours du champ de description théorique et nous ne disposeront jamais d’aucune théorie décrivant et prédisant la totalité de cette réalité.


4) Une conception à trois niveaux.

Nature possible de ce « quelque chose » dont on postule l’existence en refusant l’idéalisme radical.


     a) Le représentable et le conceptualisable.

*Le représentable. C’est ce dont on peut avoir une image, claire et distincte. Les perceptions interprétées (ce qui est donné à la conscience, par opposition à ce qui est donné aux sens), sont représentables et représentées. On peut parler d’une partie de la réalité empirique, la « réalité phénoménale », qui est l’ensemble de nos perceptions interprétées. Tous les faits expérimentaux empiriques font partie de la réalité phénoménale, ils sont le constat de perceptions interprétées et sont représentables puisqu’ils se manifestent comme des images perceptives directes et conscientes.

*Le conceptualisable est ce dont on peut parler en termes descriptifs, sous forme verbale ou mathématique. Certains concepts sont représentables (table, force, état en physique classique). D’autres ne le sont pas (état superposé, enchevêtré ou non-séparabilité en physique quantique). Pour ces derniers, il est impossible d’en avoir une image mentale claire, mais il est possible d’en donner une description mathématique, ce que fait la mécanique quantique qui conceptualise ces notions. 


     b) Le réalisme des phénomènes

Beaucoup de conceptions, réalistes ou non, suggèrent la réalité empirique comme comme une scène sur laquelle se déroulent les phénomènes que nous n’avons qu’à observer. C’est le point de vue qui considère un « face à face de l’homme et du monde » qu’on peut appeler « le réalisme des phénomènes ». C’est un équivalent du réalisme des objets qui consiste à croire que les objets physiques existent, sont là et que nous les observons parce qu’ils sont là. L’acceptation du réalisme métaphysique en est une conséquence. Cette conception est même présente dans beaucoup de celles qui rejettent le réalisme métaphysique et qui nient l’existe en soi des objets en affirmant que nous n’avons un accès direct qu’aux phénomènes en nous contentant de prendre conscience de la réalité empirique de manière passive. Ce n’est pas que nous ne faisons pas d’effort, mais cela ressemble plus à celui que nous faisons en nous baissant pour ramasser un caillou qu’à celui qui consiste à créer quelque chose qui n’existerait pas sinon. 

Les perceptions interprétées doivent être les éléments sur lesquels nous devons nous appuyer sans être considérées seulement comme de simples prises de conscience de quelque chose de préexistant qui serait la réalité empirique comme celle de l’image  réaliste traditionnelle. En fait, aucun phénomène extérieur n’existe et nous sommes responsables de nos perceptions, d’une certaine manière nous créons la réalité phénoménale. Mais nous ne sommes pas libres de créer comme bon nous semble, certaines contraintes existent, la réalité empirique. Cette dernière est l’ensemble des conditions qui rendent possibles nos perceptions tout en les contraignant. Elle n’est pas donnée en tant que telle, mais c’est le cadre des actions, physiques ou psychiques que nous mettons en oeuvre dans le processus cognitif, ensemble des potentialités qui, lors de leur actualisation deviennent perceptibles et donnent naissance à nos perceptions. de façon imagée, la perception est à la potentialité ce que le résultat d’une mesure quantique est à la grandeur physique mesurée. Un phénomène n’est donc pas quelque chose que nous observons passivement, c’est une entité qui se manifeste lors d’une opération dans laquelle nous avons un rôle important à jouer.

Nos perceptions sont en un sens imposées de l’extérieur (la réalité phénoménale est l’ensemble de nos perceptions), nous pouvons avoir l’idée d’une réalité phénoménale qui n’existe pas encore, mais qui vient à l’existence dans le cours de notre tâtonnement. Mais ce à quoi nos recherches donnent existence n’est pas notre oeuvre propre. Le point de vue du réalisme des phénomènes semble erroné. La réalité empirique ne peut être considérée comme l’ensemble des phénomènes, de même que le monde ne peut considéré comme l’ensemble des objets. D’une certaine manière, nous fabriquons le réalité phénoménale à partir de la réalité empirique. Il faut donc abandonner le fameux face-à-face entre le sujet et le monde. Le deuxième niveau est celui de la réalité empirique dont le nom est impropre. Car sa réalité n’est pas constituée d’objets, forces, champs ou de quoi que ce soit de représentable, mais de l’ensemble des potentialités actualisables selon certaines contraintes qui nous empêchent la fabriquer selon notre bon vouloir. On retrouve sous cette forme l’idée du réalisme structurel. L’adéquation empirique (« adéquation phénoménale ») des théories contradictoires provient de leur respect de la structure de la réalité empirique, des contraintes (voir ci-dessus) qu’elle implique. Il n’y a plus de réalité à laquelle peuvent faire référence des entités théoriques (elle n’est pas constituée d’objets physiques ayant un référent ni d’entités physiques au sens habituel du terme, mais de perceptions actualisées).  De plus, si les théories physiques ne sont que des algorithmes, alors plusieurs théories peuvent rendre compte de la réalité phénoménale si ces algorithmes reflètent les contraintes structurelles imposées à la réalité empirique.

La réalité phénoménale est conceptualisable et représentable par définition. En revanche, la réalité empirique est conceptualisable (nous sommes capables de fabriquer des théories qui rendent de sa structure), mais pas représentable (elle est potentialité alors qu’une représentation est par essence actualisée). De plus, en raison de la sous-détermination des théories, elle n’est conceptualisable que de manière partielle, et il est impossible de recoller les différentes manières (équivalentes) de la conceptualiser pour en obtenir une représentation globale. (L’épistémologie de Quine comporte une autre thèse essentielle, dite « de la sous-détermination des théories par l’expérience ». On peut la résumer ainsi : deux théories différentes peuvent être empiriquement équivalentes ; elles peuvent être vérifiées et falsifiées par le même budget d’observations possibles, et cela même si l’on poursuivait indéfiniment, « jusque dans l’éternité », les observations et vérifications. La conséquence extrême et paradoxale en est l’impossibilité de concevoir le progrès scientifique comme une approche de la vérité).

On peut comparer cette situation à la complémentarité quantique (onde-particule) pour laquelle les deux descriptions sont complémentaires et incompatibles. On peut mesurer la position ou l’impulsion, mais les deux sont incompatibles. Mesurer l’une puis l’autre ne permet pas de connaître les deux à postériori. La réalité phénoménale est en quelque sorte une coupe actualisée donnant une représentation partielle de la réalité empirique. Chaque coupe est exclusive et ne permet pas de reconstituer une vue en perspective à travers l’image de plusieurs coupes différentes, comme en architecture.La non-représentabilité est due au fait qu’il n’est ni possible de connaître toutes les parties simultanément en totalité ni de reconstruire à postériori la globalité de la réalité empirique à partir des coupes partielles que sont les réalités phénoménales. 

« La réalité empirique est la structure limite engendrée par l’ensemble des entités conceptuelles que nous utilisons pour être à même de décrire et de prédire les réalités phénoménales. Elle est donc liée directement aux capacités conceptuelles du cerveau humain même si elle reste hors de portée de d’une compréhension globale. C’est une limite à l’infini qui ne peut qu’être approchée par nos représentations finies tendant vers elle. 

Cela peut rappeler le monde- Ω de Bonsack avec ici une infinité de chemins limites incompatibles. Pour le solipsisme convivial, la réalité phénoménale est le résultat de l’accrochage de chaque sujet à une branche particulière de la fonction d’onde de l’univers, actualisée éventuellement de manière différente, sans que cette différence puisse être perceptible. La fonction d’onde de l’univers est une des outils permettant de conceptualiser la réalité empirique, mais celle-ci ne doit pas lui être identifiée. Ce n’est qu’un des outils, issu d’une des théorie possibles pour modéliser la réalité phénoménale qui n’est pas conceptuellement épuisée par cette notion de fonction d’onde. La réalité empirique est en effet l’ensemble des conditions rendant possible l’émergence des réalités phénoménales, qui sont contraintes par la structure de l’esprit humain (dont l’induction au sens faible, le fait que certaines associations passées se reproduisent). 


     c) La nécessité d’un troisième niveau.

On peut alors se demander si la réalité empirique et la réalité phénoménologique épuisent le monde. 

La physique contemporaine a progressivement abandonné l’exigence de représentabilité des concepts car il est impossible de se forger une image de nombre d’entre eux (espace-temps courbe de la relativité générale, concept d’état superposé, enchevêtrement des états de deux systèmes ayant interagi, non-séparabilité, concepts purement mathématiques de la théorie des super cordes). La réalité empirique au sens envisagé ici n’est pas représentable dans sa globalité, mais elle reste conceptualisable, la preuve, nous sommes capables d’en parler et d’en décrire les effets. Dans la conception du solipsisme convivial, c’est le fait que la représentation peut revêtir des formes différentes selon les sujets qui crée la diversité des réalités phénoménales individuelles à partir d’une réalité empirique unique. Cette unicité provient de ce que la structure de notre cerveau, supposée identique pour tous les hommes, détermine ce qui est conceptualisable. Les réalités phénoménologiques sont multiples car il est nécessaire de faire un choix de point de vue pour se représenter la réalité empirique (pourquoi? cela reste hors du champ de notre compréhension. Est-ce dû à la structure de notre cerveau…?). Tous sont potentiellement autorisés et il n’y a aucune raison pour que ce choix soit identique pour tous les sujets. 

La réalité empirique est donc l’ensemble des potentialités actualisables; elle est asymptotiquement descriptibles par les entités que nous utilisons pour décrire et prédire les réalités phénoménales. Directement liée aux capacités conceptuelles du cerveau humain, c’est une construction pragmatique indispensable. Mais si on essaye de la penser comme un tout, c’est un monde étrange, non représentable, aux propriétés contre-intuitives. 

Cette réalité empirique est inaccessible aux capacités conceptuelles d’un animal dont la conceptualisation est vraisemblablement très différente de la nôtre. Si nous pensons que la nôtre est meilleure et plus complète, alors il est possible d’envisager une capacité de conceptualisation qui serait supérieure à la nôtre. Croire l’inverse serait retomber dans la naïveté de certains savants 19è siècle qui s’imaginaient avoir tout découvert ou postuler comme Church que le cerveau humain est arrivé à un stade d’évolution qui lui permet de conceptualiser tout ce qui est conceptualisable, comme les fonctions récursives partielles suffisent à représenter toutes les fonctions calculables. Il est difficile de donner un sens à la thèse selon laquelle notre conceptualisation est meilleure et plus complète que celle du singe par exemple. Elle suppose qu’on puisse définir la notion « d’entité conceptualisable » (dans l’absolu) sans référence à un type de cerveau particulier comme celui de l’homme ou du singe. S’affranchir des limites du cerveau humain pour définir une notion qui lui est aussi fortement attachée semble une entreprise vouée à l’échec. Si on admet cette possibilité à titre d’hypothèse, la conséquence est que quelles que soient les évolutions futures de l’homme, des machines ou d’éventuels extraterrestres, aucune capacité cognitive ne pourra construire de concepts inaccessibles au cerveau humain. Cela rappelle les croyances anthropomorphes successivement réfutées (position de la terre au centre de l’univers…) pour être plausible.

On peut donc défendre l’idée selon laquelle il y a des choses non conceptualisables, pour nous ou pour tout système perceptif. Ce qui ne veut pas dire « qu’il existe des choses non conceptualisables » car cette manière d’en parler aurait une signification trop proche de nos concepts. On pourrait l’exprimer en disant que ce qui est conceptualisable n’épuise pas « tout », sans préciser ce qu’est ce « tout ».

Cela définit un troisième niveau indispensable, dont on ne peut pas parler, qui est en même temps inexprimable. On peut le formuler de manière négative: « nos concepts n’épuisent pas tout ». On ainsi introduit trois niveaux: le représentable, le conceptualisable et le non conceptualisable.


   d) Les trois niveaux.

          1) Quelque chose, dont on ne peut pas parler, mais, s’il le faut, qu’on ne peut caractériser que négativement. Dire qu’il existe est impropre mais le mentionner est déjà une sorte d’existence. Et c’est là que s’arrête le langage. C’est l’inconnaissable, domaine non conceptualisable pour l’homme, comme le domaine d’opérateur quantique est non conceptualisable pour un singe. Sa nécessité provient du refus de considérer que le conceptualisable épuise tout. 

          2) La réalité empirique qui est l’ensemble des potentialités dont l’actualisation, soumise aux contraintes qui les caractérisent, engendre les perceptions. Celles-ci ne s’actualisent que par l’action de la conscience individuelle au sein de la réalité empirique unique et virtuelle. Inconnu connaissable, la réalité empirique matérialise d’une certaine manière les conditions a priori de nos perceptions. Elle n’existe pas indépendamment de l’homme et c’est bien l’homme qui la crée. Mais l’homme ne fait rien pour la créer. Elle n’est que le moule de ses perceptions au sein de l’inconnaissable (la réalité empirique d’un animal est très différente et elle n’existe pas pour l’homme).

          3) Les perceptions qui constituent la réalité phénoménale qui sont différentes chez chacun et sont l’apparence que prend la réalité empirique pour les individus. C’est le connu. Les perceptions ne sont pas neutres et objectives mais nous sont livrées à travers tous les filtres conceptuels du langage, de la culture, de l’éducation et les filtres physiques de nos sens.

« Nous ne fabriquons pas la réalité phénoménale directement à partir de la réalité empirique mais par actualisation à travers le moule de la réalité empirique, d’une portion de l’inconnaissable ».


5) Conclusion.

La réflexion sur les limites de la connaissance nous a éloigné de l’environnement rassurant des théories scientifiques pour s’approcher de la métaphysique et de positions hors de portée de toute justification empirique et de nature purement philosophique. Elles ne sont pas vaines et ont une valeur liée à la réflexion pure qui permet de se forger pour soi-même une conception du monde, même si elle est au-delà de toute validation. C’est un objectif intéressant si on s’astreint à respecter une rigueur de raisonnement et une cohérence logique. Il peut apporter une réponse possible à certaines des énigmes présentées au cours des articles de cette réflexion sur les limites de la connaissance. 

La conception qui est exposée, complétée par le solipsisme convivial est « ma lecture  » du livre de Hervé Zwirn, qui est conforme aux exigence de la physique quantique au sens large. Elle est directement inspirée par les solutions actuellement acceptées du problème de la mesure quantique. Elle échappe de ce fait aux objections soulevées par la physique moderne contre le réalisme traditionnel. Elle rejette à la fois le réalisme métaphysique et le réalisme épistémique mais ce n’est pas une conception idéaliste pure. Elle permet de comprendre pourquoi plusieurs théories apparemment contradictoires ou incommensurables peuvent néanmoins décrire correctement la réalité phénoménale en évitant la fausse question du référent réel des entités théoriques ou le concept illusoire de vérité approximative. 

La sous-détermination des théories par l’expérience est une conséquence du fait que nos théories ne sont que des algorithmes utiles pour prédire la réalité phénoménale. En conséquence, l’argument no miracle (du succès empirique) s’évanouit  si on considère que les théories ne s’appliquent qu’à une partie de la réalité phénoménologique qui s’y prête et que de vastes portions leur échappent et leur échapperont toujours, et d’autre part, que leur réussite provient de de leur respect de la structure de la réalité empirique.

L’intersubjectivité s’explique si on croît à l’unicité de la réalité phénoménale et que les perceptions de différents sujets sont identiques. Le formalisme quantique fournit une explication cohérente même en l’absence de réalité externe préexistante. Mais si on suppose que qu’il y a autant de réalités phénoménales que de sujets différents, le solipsisme convivial permet de comprendre pourquoi il est impossible d’en prendre conscience. L’intersubjectivité est alors une illusion que nous n’avons aucun moyen de dissiper. 

La résistance du réel provient de l’incapacité de nos structures mentales à élaborer une construction théorique formelle et une construction perceptuelle qui soient conjointement consistantes. 

Cette conception emprunte certains traits à des positions opposées. Partiellement réaliste (tout n’est pas création de nos esprits), elle n’admet pas l’existence d’une réalité indépendante de l’homme. Les réalités empiriques et phénoménales n’existent que relativement à nos capacités perceptives (donc leur existence est de nature différente de celle postulée par les conceptions réalistes traditionnelles). L’inconnaissable n’a aucun attribut et on ne peut pas dire qu’il existe indépendamment de l’homme, conception partiellement idéaliste en ce sens que l’esprit humain y joue un rôle essentiel bien qu’il n’en soit pas le seul ingrédient: « L’esprit et le monde construisent conjointement l’esprit et le monde » (Putnam, cité en exergue). Cette conception fait jouer aux théories le rôle d’algorithme (forme d’instrumentalisme), mais le dépasse en proposant une explication de la réussite prédictive des algorithmes à travers un réalisme structurel. Et enfin, elle s’inscrit dans une perspective néo-kantienne.


Arrivé au terme de mes articles sur « les limites de la connaissance », je pense qu’une relecture depuis le début après un certain temps de réflexion permettra de nouveaux commentaires et de mûrir une propre conception qui ne sera sans doute jamais définitive.





Philocours


J’ai été très intéressé par ce magistral développement de « philocours.com » qui illustre bien mes réflexions  de mes articles sur les limites de la connaissance en ce qui concerne les théories scientifiques et le réel. Voir à ce sujet mon dernier article en préparation: les limites de la connaissance 6-8) Conclusion- la cécité empirique qui paraîtra prochainement.

 

Les théories scientifiques décrivent-elles la réalité ?

page créée le 13/08/2004

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Plan

Introduction

I- La conception naïve de la théorie scientifique : les theories sont issues de l’experience

 

 

 

A- L’inductivisme naïf.
1) L’observation sans préjugés (ou subjectivité versus objectivité).
2) Induction et déduction.
3) L’inductivisme scientifique.B- Les faiblesses de l’induction
1) difficulté purement logique : dans une inférence inductive, la vérité des prémisses ne garantit pas la vérité de la conclusion
2)Deuxième difficulté : le choix (et la sélection) des données.
3) Pas d’observation sans théorieII- Les théories ne precedent-elles pas l’expérience ? 

 

 

 

1) Critique de l’inductivisme naïf : Hempel, Eléments d’Epistémologie.
2) Popper et le falsificationnisme (l’expérience est réfutatrice, mais pas vérificatrice)III- La sous-détermination des théories par l’expérience : le holisme scientifique 

 

 

 

1) Faut-il avoir confiance dans le critère de falsifiabilité ?

2) Le holisme scientifique (Quine)

3) La science est-elle vraie?

Note historique  : Galilée et Copernic, ou : croyaient-ils que la terre tournait ?
Note historique : la formation du concept d’atome au 19e.Conclusion 

 

 


 

Introduction

Nous avons soupçonné, à la fin de cours-histoire, que l’histoire n’est pas une science, car elle ne nous dit pas comment est le passé en soi, mais elle le reconstruit. Elle est, a-t-on dit, subjective, et non objective. Nous avons donc présupposé que la science, elle, se caractérise par une objectivité totale, et que les faits qu’elle décrit nous disent comment est réellement le monde en dehors de nous. Elle est le modèle supposé de la connaissance  » vraie  » du monde.

NB : C’est ce que croit le sens commun, cf. les pub qui se servent du cachet  » c’est scientifique « , pour nous faire acheter le produit.  » C’est scientifique  » est synonyme de  » c’est prouvé « ,  » c’est vrai « ,  » on ne peut pas le réfuter « , etc.

Sous sa forme raffinée, cette opinion commune prend le nom de scientisme : théorie selon laquelle la science nous donne une vérité absolue et indiscutable ; et qui a pour conséquence le rejet de toutes les autres formes culturelles (l’art, la religion, la philosophie), ainsi que les autres mentalités, hors du domaine de la connaissance.

Origine : Auguste Comte.

Or, les faits scientifiques sont-ils vraiment, contrairement aux faits historiques, non construits par l’homme ? Sont-ils entièrement objectifs et  » vrais  » ? Nous allons y répondre en réfléchissant sur les questions suivantes : Comment faisons-nous l’acquisition des théories scientifiques ? Les déduisons-nous directement de l’expérience, ou bien la précèdent-elles ? I.e., sont-elles la copie conforme du réel, ou bien une reconstruction de ce réel ?

Mais qu’est-ce qu’une théorie scientifique ?

Prenons par exemple la théorie astronomique suivante :  » les planètes tournent selon des ellipses autour de leur soleil « .

Une théorie scientifique :

1) se présente donc sous la forme d’un énoncé universel ; elle porte sur la totalité des événements d’un type particulier, en tous lieux et en tout temps : ainsi, toutes les planètes, quelles qu’elles soient, tournent toujours autour de leur soleil suivant une orbite elliptique ;

2) explique le comportement des choses (connaissance du monde, description du réel)

3) prédit ce qui va arriver (on ne connaît pas seulement pour connaître mais aussi pour agir ; la théorie scientifique n’est donc pas une connaissance désinteressée contrairement à la philosophie et au sens le plus ancien de théorie).

I- La conception naïve de la théorie scientifique : les theories sont issues de l’experience

 

 

 

A- L’inductivisme naïf.
1) L’observation sans préjugés (ou subjectivité versus objectivité).L’opinion (c’est bien une opinion car on ne sait pas encore si elle est fondée) la plus répandue concernant l’élaboration des théories scientifiques est celle selon laquelle on doit partir de l’observation sans préjugé. Le scientifique idéal doit rendre compte fidèlement de ce qu’il voit, entend, etc., en accord avec les situations qu’il observe, et doit être dénué de tout préjugé. Il doit se laisser conduire par l’expérience, par les faits. C’est le seul moyen pour ne pas projeter ses croyances, préjugés, intérêts, dans le réel. 

A. B. Wolfe,  » Functional Economics « , in The Trend of Economics, R.G. Tugwell éd., Alfred Knopf, New York, 1924 : le scientifique idéal est un observateur sans préjugés (in Chalmers, op. cit., pp.34-35).

 » Essayons d’imaginer un esprit doué d’une puissance et d’une étendue surhumaines, mais dont la logique soit semblable à la nôtre. S’il recourait à la méthode scientifique, sa démarche serait la suivante : en premier lieu, tous les faits seraient observés et enregistrés, sans sélection, ni évaluation a priori de leur importance relative. En second lieu, les faits observés et enregistrés seraient analysés, comparés et classés, sans hypothèses ni postulats autres que ceux qu’implique nécessairement la logique de la pensée. En troisième lieu, de cette analyse des faits, seraient tirés par induction des énoncés généraux affirmant des relations de classification ou de causalité entre ces faits. Quatrièmement, les recherches ultérieures seraient déductives tout autant qu’inductives, et utiliseraient les inférences tirées d’énoncés généraux antérieurement établis. « 

Autre texte : Claude Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, Ed Delagrave, :

Si cette opinion est fondée, elle a pour conséquence l’inductivisme = manière empiriste de rendre compte de l’élaboration/origine des théories scientifiques. Le premier à l’avoir soutenue : F.Bacon. Les énoncés universels sont issus de l’observation d’une multitude de cas particuliers. C’est donc l’expérience qui précède la théorie, et en est l’origine et la base.

Pour savoir si l’opinion selon laquelle la science se caractérise par une observation sans préjugés est fondée, nous allons analyser la nature et la valeur du raisonnement inductif.

 

 

 

2) Induction et déduction.

Le raisonnement inductif s’oppose au raisonnement déductif. 

 

 

 

a) L’induction 

Raisonnement qui consiste à partir des cas particuliers et à généraliser à partir d’eux.

Exemple : 

(1) t1 est (y), t2 aussi, t3 aussi, … tx (y) 

(2) donc tous les t sont verts.

b) La déduction 

Raisonnement qui part du général pour aller vers le particulier.Et plus précisément, qui part de propositions tenues pour vraies pour en tirer des inférences. 

Exemple :

(1) tous les hommes sont mortels

(2) or, Socrate est un homme

(3) donc Socrate est mortel

NB : ce serait un raisonnement non valide si on avait dit  » nombreux  » au lieu de  » tous les « .

En général, on dit que la déduction est un raisonnement seulement formel, i.e., qui n’a rien à voir avec le réel ; il est l’objet de la  » logique « , science du raisonnement. Ce que ne permet aucunement de savoir la déduction, c’est si les prémisses sont vraies ou non. Tout ce qu’elle nous permet de dire, c’est que si elles sont vraies, alors, la conclusion l’est aussi (i.e., de déduire des énoncés à partir d’autres énoncés).

Exemple :

(1) tous les chats ont cinq pattes

(2) Gromatou est mon chat

(3) Gromatou a cinq pattes

Est un raisonnement valide, car si (1) et (2) sont vraies, alors, (3) l’est aussi.

 

 

 

3) L’inductivisme scientifique.

Voyons maintenant en quoi consiste l’inductivisme scientifique (inductivisme un peu plus sophistiqué que celui du sens commun), qui est, nous l’avons dit, le modèle le plus couramment présenté pour expliquer la découverte et l’élaboration des théories scientifiques. 

 

 

 

(in Chalmers, Qu’est-ce que la science ?,Ed la découverte, Paris,1987p.28)

  fig1, p.28

 

 

 

 

 

a) Première phase : de l’observation à la théorie

1-Point de départ : collection, par l’observation, de tous les faits 

2-ensuite, généralisation des faits observés, obtenue par induction

Exemple : On chauffe à de multiples reprises du métal, et on constate qu’à chaque fois, il se dilate ; on en conclut que le métal chauffé se dilate.

Le passage des prémisses à la conclusion est rendu légitime par trois conditions :

1- le nombre de constatations formant la base de la généralisation doit être élevé (les faits doivent être collectés en grand nombre)

En effet, on ne saurait légitimement conclure à la dilatation de tous les métaux chauffés sur la base d’une seule observation d’une barre de métal qui se dilate ; de même, on ne va pas conclure que tous les Australiens sont alcooliques si on observe un individu de cette nationalité soumis à cette dépendance. Il ne faut donc jamais se hâter pour formuler des conclusions !

2- les observations doivent être répétées dans une grande variété de conditions

Il ne suffit pas d’observer à de nombreuses reprises une barre de métal unique, ou de garder sous observation à longueur de temps un australien se saoulant toutes les nuits ou tous les matins. Il faut, pour que la généralisation soit légitime, que les conditions de l’observation soient différentes. Il faut chauffer des métaux différents, des barres de fer longues ou courtes, etc., à haute et basse pression, haute et basse température. La généralisation ne sera légitime que si le métal se dilate dans toutes ces conditions

3- aucun énoncé d’observation ne doit entrer en conflit avec la loi universelle qui en est tirée

Selon l’inductiviste, la science se base donc sur le principe d’induction, qui est le suivant :  » si un grand nombre de A ont été observés dans des circonstances très variées, et si on observe que tous les A sans exception possèdent la propriété B, alors tous les A possèdent la propriété B  » .

 

 

 

 

b) Dernière phase : la déduction.

Une fois en possession de lois et de théories universelles, un scientifique devra en tirer diverses conséquences qui seront des explications et des prédictions. Par là, on revient à l’expérience initiale, mais à travers la théorie, et par une déduction. Chaque prédiction remplie de succès est une confirmation expérimentale de la théorie. 

Exemple :

(1) de l’eau à peu près pure gèle à environ 0°C (si on lui en laisse le temps)

(2) le radiateur de ma voiture contient de l’eau à peu près pure

(3) si la température tombe en dessous de 0°C, l’eau du radiateur de ma voiture va geler (si on lui en laisse le temps)

Une théorie scientifique est donc, dans cette conception, toujours en relation directe avec l’expérience, qui a le premier et le dernier mot.

 

 

 

 

B- Les faiblesses de l’induction
1) difficulté purement logique : dans une inférence inductive, la vérité des prémisses ne garantit pas la vérité de la conclusion Exemple : la dinde inductiviste de Russell 

Dès le matin de son arrivée dans la ferme pour dindes, une dinde s’aperçut qu’on la nourrissait à 9h00 du matin. Toutefois, en bonne inductiviste, elle ne s’empressa pas d’en conclure quoi que ce soit. Elle attendit donc d’avoir observé de nombreuses fois qu’elle était nourrie à 9h00 du matin, et elle recueillit ces observations dans descirconstances fort différentes, les mercredis et jeudis, les jours chauds et les jours froids, les jours de pluie et les jours sans pluie. Chaque jour, elle ajoutait un nouvel énoncé d’observation à sa liste.

Elle recourut donc à un raisonnement inductif pour conclure :  » je suis toujours nourrie à 9h00 du matin « . Or, cette conclusion se révéla fausse quand, un jour de noël, à la même heure, on lui tordit le cou.

Leçon de l’histoire : le raisonnement inductif se caractérise donc par le fait que toutes les prémisses peuvent être vraies et pourtant mener à une conclusion fausse. Si à tel moment la dinde a constaté qu’elle a été nourrie, il se peut toujours que le moment d’après, elle ne le soit pas. L’induction est un raisonnement non fondé logiquement.

Problème : si la science est fondée sur une démarche inductive, alors, elle n’est pas fondée !

 

 

 

 

2)Deuxième difficulté : le choix (et la sélection) des données.

De plus, la clause des  » circonstances fort variées « , à laquelle tiennent tant les inductivistes, est elle-même criticable . En effet, ce que les inductivistes ignorent, ou ne rendent en tout cas nullement compte, c’est que s’il y a des données à recueillir, et ce, dans des circonstances fort variées, toutes les données n’ont pas d’intérêt, de même que toutes les circonstances. 

 

 

 

On ne peut observer sans  » préjugés « , et le scientifique qui essaierait de le faire, n’aboutirait à aucun résultat : Chalmers, op. cit., pp.66-67 –un exemple d’expérimentation en laboratoire (Hertz).

 » imaginons Heinrich Hertz, en 1888, effectuant l’expérience électrique qui lui permit d’ être le premier à produire et à détecter des ondes radio. S’il avait été parfaitement innocent en effectuant ces observations, il aurait été obligé de noter non seulement les lectures sur différents mètres, la présence ou l’absence d’étincelles à différents lieux critiques dans les circuits, etc., mais aussi la couleur des mètres, les dimensions du laboratoire, le temps qu’il faisait, la pointure de ses chaussures, et un fatras de détails sans aucun rapport avec le type de théorie qui l’intéressait et qu’il était en train de tester. (Dans ce cas particulier, Hertz testait la théorie électro-magnétique de Maxwell pour voir s’il pouvait produire les ondes radio qu’elle prédisait). « 

 

 

L’inductiviste dira alors qu’il faut recueillir seulement les faits significatifs. Mais ce dont alors il ne rend justement pas compte, c’est qu’un fait ne sera significatif qu’en fonction d’une théorie ou d’une question que je pose.

Cf. Hempel :  » en bonne logique, on ne peut qualifier de significatifs des faits ou des découvertes empiriques que par rapport à une hypothèse donnée « . Il est impossible de recueillir tous les faits significatifs, si on ne connaît pas les hypothèses par rapport auxquelles ces données prendront signification.

 

 

 

Cf. suite de l’extrait de Chalmers :  » l’un des facteurs que j’ai écarté comme nettement  » hors sujets  » était en fait au cœur même du sujet. La théorie testée avait pour conséquence que la vitesse des ondes radio doit être identique à celle de la lumière. Or, quand Hertz mesura la vitesse de ses ondes radio, il trouva à plusieurs reprises qu’elle différait de celle de la lumière. Il ne parvint jamais à résoudre cette énigme, dont la cause ne fut comprise qu’après sa mort. Les ondes radio émises par son appareil se réfléchissaient sur les murs de son laboratoire, revenaient vers son appareil et interféraient avec ses mesures. Les dimensions du laboratoire étaient bel et bien un facteur essentiel « .

 

 

 

 

 

3) Pas d’observation sans théorie

On peut donc répondre aux inductivistes qu’ils ont une conception très naïve des rapports entre théorie et expérience. L’idée d’une expérience indépendante de toute théorie, qui serait un simple enregistrement neutre, n’a pas de sens. Toute observation ou expérience présuppose des connaissances qui déterminent ce que nous observons. 

Exemples :

Supposons l’énoncé suivant :

(1)  » regardez, c’est terrible, le vent pousse le landau du bébé vers la falaise ! « . Cet énoncé, qui paraît être une pure observation, suppose des théories, et des connaissances : on sait que le bébé sera écrasé s’il tombe de la falaise, et que c’est le vent qui pousse le landau.

Supposons maintenant l’énoncé suivant :

(2)  » le faisceau d’électrons est attiré vers le pôle magnétique de l’aimant « . Cet énoncé est du même ordre que le premier, mais suppose la maîtrise de théories plus complexes : il faut savoir ce que sont les propriétés de l’aimant, ce que signifient  » électron « ,  » aimant « , etc.

(3) Prenons encore un exemple scientifique : le fait de regarder à travers un téléscope : le non expert ne verra qu’un amas informe de tâches noires et brillantes, l’expert verra autre chose (il  » lira « , grâce à son travail, l’image).

(4) Galilée, quand il a fait rouler des boules sur un plan incliné, n’a pas découvert la loi du mouvement : il fallait qu’il ait déjà eu l’idée de sa théorie, avant de faire cette expérience.

NB : l’expérience a ici le rôle de test de la théorie, pas de découverte. Dans l’expérimentation, qui est toujours l’expérience au sens de test d’une théorie, il y a donc toujours l’empreinte d’une théorie. Exemple : l’expérimentation en chimie est la matérialisation d’une hypothèse. L’expérience scientifique n’est possible qu’avec un savoir théorique. On ne passe pas de l’expérience à la théorie scientifique puisqu’il faut déjà avoir la théorie pour faire l’expérience scientifique.

Commentaire de tous ces exemples : ce que voient les observateurs, les expériences subjectives qu’ils vivent en voyant un objet ou une scène, n’est pas déterminé seulement par les images qui se forment sur leur rétine, mais aussi par l’expérience, le savoir, les attentes et l’état général de l’observateur. Sinon, ils verraient tous exactement la même chose. Quand on observe quelque chose, c’est avec nos propres expériences que l’on a un contact immédiat, pas avec l’image qui se forme sur notre rétine. Attention : cela ne signifie pas que nous voyons ce qui nous plaît, mais que ce que nous voyons n’est pas déterminé par ce qui est observé. Il en est exactement de même en science : le scientifique qui fait une expérimentation a un rapport immédiat avec des théories, pas avec le monde tel qu’il est en soi.

Enjeu : on peut donc se demander si la différence entre expérience et théorie a beaucoup de sens : toute expérience est immédiatement théorique (qu’elle soit commune ou scientifique).

Exercice Kant (annexe III).

Conclusion : le modèle inductiviste en science est dit  » naïf  » car il ne semble pas pouvoir rendre compte de l’élaboration des théories scientifiques, ni en général de la façon dont l’esprit humain acquiert ses connaissances, ses représentations du monde. Il est en effet doublement erroné : à la fois logiquement, et au sens où aucune connaissance, aucune théorie ne peut être issue de l’observation. Il semblerait que ce soit plutôt la théorie qui précède l’expérience.

Dès lors, ne faut-il pas recourir à un autre modèle ? Nous avons dit que le contraire de l’induction, c’est la déduction : peut-être que la découverte des théories se fait alors de manière plutôt déductiviste ?

 

II- Les théories ne precedent-elles pas l’expérience ?

 

 

 

1) Critique de l’inductivisme naïf : Hempel, Eléments d’Epistémologie.

 

Texte d’Hempel, Eléments d’épistémologie, Chapitre 2.

 

Travail élèves : comment Semmelweis élabore-t-il sa théorie ? En quoi cette découverte ne peut-elle être expliquée par le modèle inductiviste naïf ?

Voici comment a lieu la recherche scientifique :

 

 

 

a) Le problème.

Le problème qui s’est posé au médecin Semmelweis est le suivant : un pourcentage élevé de femmes qui accouchaient dans son service contractaient une affection grave et souvent fatale, la  » fièvre puerpérale « . Dans le service d’à côté, pas de problème. 

 

 

 

 

b) La recherche d’hypothèses

Pour chercher la ou les causes de cette fièvre mortelle, Semmelweis ne collectionne pas des observations, mais des hypothèses. En effet, il commence par examiner les différentes explications qui avaient cours à l’époque (=solutions ou explications possibles) : 

-les influences épidémiques (cela impliquerait que l’épidémie est sélective)

-l’entassement (or, pas de différence entre les deux services)

-les blessures causées par la maladresse des étudiants

-explication psychologique (le prêtre)

Finalement, un accident lui fit découvrir la cause de ce phénomène : empoisonnement du sang dû à la matière cadavérique. Les étudiants ne se lavaient pas les mains avant l’accouchement, alors qu’ils avaient manipulé des cadavres.

 

 

 

 

c) Mise à l’épreuve de son idée/hypothèse

Son hypothèse est confirmée en mettant à l’épreuve sa conséquence logique. La question que se pose un scientifique, une fois élaborée l’hypothèse qui pourrait résoudre le problème (conjecture) est celle de savoir s’il y a des effets directement observables qui se produiraient si l’hypothèse était vraie. Si la conjecture est bonne, alors, certains événements doivent se produire et doivent être observables. 

(1) si H est vraie, I l’est également

(2) mais I n’est pas vraie

(3) donc H n’est pas vraie

Exemple :

(1) si ce sont des étudiants en médecine qui provoquent la septicémie, alors, la diminution du nombre d’étudiants doit provoquer la baisse de la septicémie ;

(2) or, ce n’est pas ce qui se produit,

(3) donc, l’hypothèse est fausse.

NB : plus tard, il découvrit que son hypothèse était elle aussi fausse ; la matière en décomposition d’organismes vivants pouvait elle aussi, en effet, causer cette fièvre. Cela signifie que même si plusieurs implications d’une hypothèse ont été confirmées par un test minutieux, l’hypothèse peut être fausse.

 

 

 

 

d) Le modèle hypothético-déductif –comparaison avec le modèle inductiviste

 

 

 

 

Modèle inductiviste :

1-expérience

2-généralisation

3-théorie

Modèle hypothético-déductif :

1- rencontre d’un problème

2- formulation d’hypothèses / théories

3- recours à l’expérience (test de l’hypothèse)

4- réfutation ou corroboration de l’expérience

 

Contrairement au modèle inductiviste, c’est la théorie qui précède l’expérience. Les hypothèses et théories scientifiques ne sont nullement dérivées des faits observés, mais inventées pour en rendre raison.

(NB : nous sommes ici à l’opposé de Descartes et de tous les rationalistes du 17e, pour lesquels, selon  » l’imagination est la folle du logis « , et à l’opposé de la connaissance : ici, l’imagination est créatrice –d’hypothèses permettant de décrire le réel).

L’expérience (théorisée !) ne sert que de procédé de validation de la théorie. Si on a un contre-exemple, alors, l’hypothèse est réfutée.

NB : Bien sûr, on part du réel mais du réel comme problème (on en revient donc toujours au même point : à savoir, que la théorie précède et détermine l’expérience, car quelque chose ne peut être problématique qu’à la lumière d’une théorie).

Il faut avoir une idée préalable de ce qu’on recherche. L’observation n’est pas neutre, mais elle doit être dirigée par une hypothèse préalable. L’hypothèse précède donc toujours l’observation. Dès lors, il est faux de dire que la science consiste à collecter des faits afin d’en tirer une généralité.

NB : de nouveau, note sur l’imagination : les hypothèses ne sont pas inventées de toute pièce par l’imagination, mais elles sont formulées de telle façon qu’on puisse faire une expérience pour la réfuter.

On peut donc substituer le modèle hypothético-déductif au modèle inductiviste naïf.

 

 

 

2) Popper et le falsificationnisme (l’expérience est réfutatrice, mais pas vérificatrice)

Mais les expériences peuvent-elles vraiment nous dire si notre théorie est vraie (la  » prouver « )? Cela semble contestable, puisqu’on a vu avec Hempel qu’une expérience peut très bien confirmer l’hypothèse, alors que cette hypothèse est fausse. 

 

 

 

 

a) Falsifiable signifie d’abord réfutable et s’oppose à vérifiable.

Thèse de Popper : ce qui fait la spécificité des théories scientifiques, c’est qu’elles sont falsifiables ou réfutables, non pas vérifiables. 

 

 

 

 

Le raisonnement type de la démarche scientifique est le modus tollens.

si H alors E et que non E alors non H modus tollens – valide

si H alors E et que E alors H modus ponens – non valide

Si on n’a pas le droit, logiquement, de tirer des théories de l’observation, on peut en déduire qu’elles sont fausses. En effet, le premier raisonnement est valide : cela signifie bien qu’on peut réfuter une théorie en montrant que ce qu’elle dit devoir se produire ne se produit pas, mais on ne peut pas vérifier une théorie, puisque ce n’est pas parce qu’il se produit ce qu’elle dit devoir se produire que l’hypothèse est la bonne.

 

 

 

 

 

b) Exemples d’énoncés falsifiables et non falsifiables; la falsifiabilité comme clarté

Exemples : 

(1) il ne pleut jamais le mercredi

(2) soit il pleut, soit il ne pleut pas le mercredi

(1) est falsifiable parce qu’il suffit qu’il pleuvre un mercredi pour qu’il soit falsifié

(2) non falsifiable, car vrai, quel que soit le temps qu’il fait

Un énoncé infalsifiable est un énoncé qui ne peut jamais entrer en conflit avec une observation ; conséquence : ne nous apprend rien sur le monde. Une loi scientifique doit donc être du genre (1).

Exemple :

(3)  » toutes les planètes décrivent des ellipses autour du soleil  » :

cet énoncé est falsifiable, car il exclut les orbites carrées ou ovales

Une théorie n’est scientifique que si elle est falsifiable : i.e., on doit connaître quel est l’événement qui, s’il se produisait, nous mènerait à renoncer à l’hypothèse, ou à moins, à la transformer. L’exigence essentielle de la démarche scientifique n’est donc pas la vérité, mais la clarté dans la formulation des hypothèses, puisque cette clarté est une condition nécessaire pour déterminer quels sont les événements observables qui permettent de la falsifier.

 

 

 

 

c) La falsifiabilité comme critère de démarcation entre la science et les pseudo-sciences.

La falsifiabilité va jouer, pour Popper, le rôle de démarcation entre les théories scientifiques et non-scientifiques. Cf. psychanalyse, astrologie, etc. : ce sont des pesudo-sciences car on ne peut pas les réfuter (cf.cours inconscient). 

Plus une théorie est falsifiable, meilleure elle est.

Exemple :

(4)  » Mars se déplaça autour du soleil selon une ellipse « 

(3)  » Toutes les planètes se déplacent autour du soleil selon une ellipse « 

(3) est plus falsifiable que (4), puisqu’elle la contient ; de plus, si (4) n’est pas falsifiable, cela n’implique pas que (3) ne l’est pas.

 

 

 

 

d) La science n’est pas vraie mais au mieux vraie provisoirement.

Donc, dans la démarche scientifique, on ne  » prouve  » pas les théories. Dans le meilleur des cas, on les réfute. Ainsi, le progrès scientifique consiste à s’apercevoir des erreurs et non à accumuler des certitudes. Une théorie non falsifiée n’est pas  » vraie « , ou, si elle est vraie, elle ne l’est que provisoirement. Une théorie qui passe victorieusement les tests expérimentaux est dite confirmée ou bien corroborée. Les théories scientifiques sont des hypothèses, ie, des essais ou tentatives d’explication du monde. 

 

 

 

 

e) Modèle d’explication falsificationniste.

 

 

 

 

 

Conclusion II : on a donc vu qu’il est plus fondé logiquement de dire que les théories scientifiques précèdent l’expérience, plutôt que de dire qu’elles en sont issues. Nous avons détruit, en effet, le présupposé de l’inductivisme naïf, qui est celui de l’existence d’une expérience ou d’une observation « neutre », sans préjugés, sans aucun a priori. Au bout du compte, on a remis en question la distinction même entre théorie et expérience : en effet, il n’y a pas d’expérience sans théorie.

 

III- La sous-détermination des théories par l’expérience : le holisme scientifique

Ce que je vais montrer ici c’est que le modèle de Popper est lui-même contestable. L’expérience ne peut même pas réfuter /falsifier une théorie.

 

 

 

1) Faut-il avoir confiance dans le critère de falsifiabilité ?

a) 1ère difficulté : si le test expérimental doit permettre de falsifier la théorie, ce test d