Les origines de la culture 4) Le scandale du christianisme partie 2


Les origines de la culture 4) Le scandale du christianisme partie 2

Nous vivons peut-être la fin de l’ère chrétienne, accompagnée d’une crise des valeurs (peut-être va-t-on vers un nouveau christianisme?) et de nombreux dérèglements se produisent dans notre société. On assiste à une résurgence du paganisme et des mythes de l’antiquité grecque. NarcisseProméthée sont de retour et deviennent envahissants.Le mimétisme s’exacerbe que ce soit dans la vie de tous les jours ou dans les médias, même si l’individualisme est puissant et poussé par un ego qui devient forcené. 

Cela me donne l’idée de rédiger une série d’articles en donnant « ma lecture » du livre de René Girard « Les origines de la culture » dont c’est ici l’article 4-2)

wikipedia.org -René Girard


Les livres de René Girard: 

amazon.fr –anorexie et désir mimérique (2008)


http://www.perspectives-girard.org/recette/index.php?p=oeuvre: rené girard-perspectives humaines et perspectives chrétiennes

Mes articles sur « les origines de la culture »: 

Dans l’article 2 nous avons vu comment João Cesar de Castro Rocha et Pierpaolo Antonello présentent René girard dans leur introduction au livre « les origines de la culture« : « cet essai tente de reconstituer, au cours de dialogues systématiques, ce fil que René Girard a tenu sa vie durant, « une seule et longue argumentation » pour reprendre les mots de Charles Darwin.  Les auteurs ont donné à ce dialogue souvent dense et précis, le ton d’une autobiographie intellectuelle comparable selon eux à celle de Charles Darwin. 

Après cette introduction, nous avons commencé la lecture du livre de René Girard par le chapitre « Une théorie sur laquelle travailler: le mécanisme mimétique ». Je résume et donne dans ces articles ma lecture des questions posées à René Girard (qui sont dans l’article en caractères gras) et de ses réponses

Dans les articles 3-1 et 3-2 (« Une théorie sur laquelle travailler »), nous avons analysé le mécanisme mimétique en tant que fondement de l’ordre social et de la culture. Nous avons conclu que le monde moderne peut se définir comme une série de crises mimétiques toujours plus intenses, mais qui ne sont plus susceptibles d’être résolues par le mécanisme du bouc émissaire. Nous avons vu pourquoi dans l’article précédent: « Le scandale du christianisme » partie 1.  Poursuivons maintenant cette analyse avec la Révélation et les religions orientales.

Exergue: « Un essai en hébreu est même paru à son propos, montrant que la théorie est contenue dans l’Ancien Testament! » Charles Darwin  autobiographie.

1) La révélation et les religions orientales.

orphisme.blogspot.fr -l’orphisme, religion pour les femmes?

a) « Lucien Scubla a remis en question le caractère judéo-chrétien de la Révélation (la conscience de l’innocence de la victime dans le phénomène du bouc émissaire) en avançant que « la tradition orphique condamnait toutes les formes de sacrifice de sang et reprochait déjà aux hommes d’avoir fondé leurs cités sur le meurtre ». »
Pour René Girard, c’est vrai en partie seulement, la tradition orphique semble proche du christianisme par certains aspects, en particulier pour la notion de péché originel (« La doctrine orphique (wikipedia.org) est une doctrine de salut marquée par une souillure originelle ; l’âme est condamnée à un cycle de réincarnations dont seule l’initiation pourra la faire sortir, pour la conduire vers une survie bienheureuse où l’humain rejoint le divin« ). Par ailleurs selon Girard, « dans la vision orphique, tous les hommes reçoivent en héritage une part de la violence titanesque, mélangée à des étincelles de bonté, de divinité, au sens de la tradition gnostique ». 

Scubla peut donc voir dans les mystères orphiques quelque chose de proche du christianisme. C’est vrai jusqu’à un certain point (l’orphisme s’est développé dans dans un monde déjà influencé par la bible). Mais la révélation de l’innocence de celui qui a été choisi comme bouc émissaire s’est répandue uniquement par le biais des Ecritures judéo-chrétiennes. La tradition orphique est incomplète et fragmentaire et… elle n’a pas changé le monde comme le christianisme l’a changé. Ce sont les évangiles qui sont la vraie force qui permet la démystification moderne de la violence unanime. 


b) « On pourrait apporter d’autres arguments pour limiter le rôle du christianisme dans la révélation de la structure sacrificielle des religions anciennes, en rappelant que certaines religions, comme le Jaïnisme en Inde, se sont éloignées de tout ordre sacrificiel et ont tout à fait rejeté le sacrifice ». 

Une société ou un groupe religieux peuvent atteindre une conscience aiguë de la violence humaine. C’est le cas du Jaïnisme en inde où 8000 Tamil Jain, à cause de cette conscience justement, ont été ont été persécutés par le roi shaïvite Koon Pandiyan dans le village de Samanatham près de Madurai. Les Jaïnistes ont exercé une certaine influence, mais ce ne sont pas eux qui ont transformé le monde même s’ils ont prôné l’instauration de l’égalité sociale entre les hommes, la tolérance religieuse, affirmé l’indépendance des individus face à la domination des prêtres, l’émancipation religieuse des femmes et le développement de l’éducation des filles, l’inculcation du principe de la confiance en soi. Ghandi voyait une analogie entre leur philosophie et et le christianisme, mais il opta pour une action politique plus compatible avec le christianisme, qui entraîne une intervention dans les affaires du monde, non sous la forme de prosélytisme outrancier comme on le croit généralement, mais sous forme de conversion individuelle, personnelle en adoptant une position de non-violence, tout comme le christianisme qui propose le christ comme modèle à imiter. Pour René Girard, « c’est notre esprit chrétien qui nous permet de distinguer dans le Jaïnisme une religion voisine de nos présuppositions éthique ». 

Dans l’esprit de laïcité qui se généralise actuellement, ce qui est attirant dans les religions orientales, c’est l’absence d’un Dieu transcendant. Le récit fondateur du bouddhisme, strictement individuel, est un chemin personnel qui mène à une Révélation plus conforme à l’individualisme contemporain.

C) « Bien que de nature non violente, le jaïnisme est retombé dans un système de castes patriarcales, héritage de l’hindouisme brahmanique si répandu en Inde, qui représente encore une forme d’exclusion symbolique réelle. C’est ce que nous appelons la « violence structurelle », une injustice complète. De plus, comme cela a été avancé lors d’un récent colloque COV&R, l’histoire des religions et des sociétés en Asie montre que, d’un point de vue purement descriptif, les cultures et les Etats hindouistes ou bouddhistes ne sont pas aussi étrangers à la violence qu’on se l’imagine parfois (comme d’ailleurs aux premiers temps du christianisme). « 

http://www.uibk.ac.at/theol/cover/ (colloque COV&R)

Arthur M. Hocart soutient en effet que le système des castes est d’origine sacrificielle. Lors de ce colloque (voir les actes et le sommaire), il a été dit que les religions sont pleinement conscientes, dans leurs règles et leurs préceptes, de l’injustice inhérente à la violence et que les traditions orientales ont contribué à rendre ces sociétés moins violentes. Tout en sachant que l’homme devait écarter la colère, la rancune, le ressentiment et l’envie, elles n’ont jamais été pleinement conscientes du mécanisme de bouc émissaire. Elles tentèrent d’interdire progressivement le le sacrifice (le jaïnisme, comme on l’a vu l’a rejeté). La différence avec le christianisme, c’est que celui-ci fait, dans les évangiles, la lumière sur le mécanisme du bouc émissaire et du sacrifice mimétique.

Liens: http://lucadeparis.free.fr/jpweb/surscubla.htm (L’anthropologie morphogénétique selon Lucien Scubla)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Scubla
http://www.rene-girard.fr/offres/doc_inline_src/57/Lucien+Scubla.pdf (Lucien Scubla)
http://1libertaire.free.fr/LScubla05.html (Lucien Scubla: 
Quel est votre sentiment général sur l’œuvre de Girard et sa place dans l’histoire de l’anthropologie ?)
fr.wikipedia.org -orphée
http://fr.wikipedia.org/wiki/Orphisme_(religion)
http://www.cosmovisions.com/$Orphisme.htm
http://astro-cosmogonie.com/Pge_CosOrphiques.htm (
LES COSMOGONIES ORPHIQUES)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ja%C3%AFnisme (jaïnisme)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Ja%C3%AFnisme (Portail:Jaïnisme)

http://classiques.uqac.ca/classiques/hocart_arthur_maurice/au_commencement/au_commencement.html (Au commencement était le rite. De l’origines des sociétés humaines)

http://classiques.uqac.ca/classiques/hocart_arthur_maurice/hocart_arthur_maurice.html (Arthur Maurice HOCART [1883-1939]) 

http://www.slu.edu/department-of-theology-home/2015-colloquium-on-violence-and-religionhttps://www.facebook.com/COVandR (colloque violence et religion 2015)

2) Le jugement de Salomon et l’espace non sacrificiel.


a) « Le jugement de Salomon est l’un des textes antisacrificiels les plus puissants de l’Ancien Testament. Il est au coeur de votre réflexion (de René Girard) dans « 
Des choses cachées » (Des choses cachées depuis la fondation du monde), où vous tentez de définir la possibilité d’un espace non sacrificiel ». 

mapage.noos.fr -le jugement de salomon

Salomon est roi d’Israël vers 950 avant J.C., la tradition insiste sur sa sagesse.

l’histoire du jugement :
Deux femmes sont venues demander justice. Elles ont chacune un enfant du même âge, mais l’un est mort accidentellement étouffé pendant son sommeil. Chacune affirme que l’enfant vivant est le sien.« Elles se disputaient ainsi devant le roi qui prononça :
 » Apportez-moi une épée », ordonna le roi ; et on apporta l’épée devant le roi, qui dit : « Partagez l’enfant vivant en deux et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre. » Alors la femme dont le fils était vivant s’adressa au roi, car sa pitié s’était enflammée pour son fils, et elle dit : « S’il te plaît, Monseigneur ! Qu’on lui donne l’enfant vivant, qu’on ne le tue pas ! » mais celle-là disait : « Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez ! » Alors le roi prit la parole et dit : « Donnez l’enfant vivant à la première, ne le tuez pas. C’est elle la mère. » (le Livre des Rois chapitre 3) (le Livre des Rois chapitre 3)
L’une des deux mères accepte, mais l’autre refuse et préfère renoncer à son enfant afin de le sauver. 

« Des choses cachées » est construit autour de ce texte qui a joué un rôle essentiel dans la réflexion de René Girard sur le sacrifice. Cette action est prophétique du Christ qui, d’ailleurs était, au moyen-âge, perçue  non dans la bonne prostituée, mais dans Salomon. La mauvaise prostituée accepte le le meurtre, le sacrifice, alors que la bonne la refuse. La bonne mère, elle, renonce à l’enfant pour que celui-ci vive. Elle ne veut pas mourir, mais elle est prête à tout subir et même à renoncer à l’enfant pour qu’il vive. N’est-ce pas aussi le vrai sens du sacrifice du Christ? 

Girard avait dit dans « Des choses cachées depuis la fondation du mondeIl y n’y a pas de différence plus grande que celle existant entre ces deux actions représentatives du sacrifice. C’est pourquoi il a refusé d’utiliser le même mot pour les décrire. Et, puisque le sens de sacrifice comme immolation ou meurtre est plus ancien, il a décidé que le mot sacrifice s’appliquerait à cette action, sacrifice-meurtre. Mais depuis, il a changé d’avis. La différence entre ces deux actions est la plus grande qui soit, et c’est la différence entre le sacrifice archaïque (qui détourne contre une victime choisie la violence accumulée par la société) et le sacrifice au sens chrétien (renoncer à toute revendication égoïste et à la vie s’il le faut, pour ne pas tuer). 


Nota: sacrifice archaïqueil aurait pour but de canaliser la violence vers un individu (sacrifié) et vers le domaine du sacré, institutionalisant ainsi la violence qui est encadrée et pratiquée selon des rites et règles bien précises.


b) Les deux actions sont ici superposées.
Les évangiles font de la mauvaise prostituée et du mauvais sacrifice une métaphore pour la vieille humanité incapable d’échapper à la violence, sans sacrifier des victimes. Le Christ, par son sacrifice, nous libère de cette nécessité; Le sacrifice y prend le sens de sacrifice de soi-même, le sens du Christ. On peut alors dire, en quelque sorte, que que la religion primitive, archaïque, annonce le Christ à sa façon., mais très imparfaite. 

Les deux formes de sacrifice du paragraphe précédent, (celle de la mauvaise prostituée et celle de la bonne) sont radicalement opposées mais en même temps inséparables. Il n’existe entre elles aucun espace non sacrificiel. On ne peut pas trouver de différence plus grande; d’un côté, le sacrifice comme meurtre, de l’autre, le sacrifice comme acceptation de la mort, s’il le faut, pour ne pas tuer. L’histoire morale de l’humanité est un passage du premier sens au second, accompli par le Christ , mais pas par l’humanité qui a tout fait pour ne pas voir le dilemme et pour y échapper.

Je pense qu’il est urgent de méditer cette pensée de Girard en cette période ultra-matérialiste où ne compte que la performance et le profit. Les éclairs de conscience et les germes de réveil que nous voyons poindre de plus en plus sont à cultiver.


C) « Ce changement de perspective dans votre théorie est encore plus évident quand on le compare au débat que vous avez eu avec les théologiens de la Libération, en 1990, au Brésil. A cette occasion, Franz Hinkelammert a discerné les concepts de « non sacrificiel » et « antisacrificiel », avant de demander: « est-ce vraiment comprendre la pensée de Girard que de la définir comme antisacrificielle? Je crois que non, parce que sa pensée est non sacrificielle […]. La position antisacrificielle peut être extrêmement sacrificielle ». 

http://mythologica.fr/biblique/cain et abel


« La théologie de la libération est un courant de pensée théologique chrétienne venu d’Amérique latine, suivi d’un mouvement socio-politique, visant à rendre dignité et espoir aux pauvres et aux exclus et les libérant d’intolérables conditions de vie. Enracinée dans l’expérience biblique du peuple juif guidé par Dieu au-delà de la mer Rouge et à travers le désert — d’une terre d’esclavage (Égypte) à la Terre promise (Exode, ch. 12 et suivants) elle est un « cri » prophétique pour plus de justice et pour un engagement en faveur d’un « Règne de Dieu » commençant déjà sur terre. La réflexion théologique part de la base : le peuple rassemblé lit la Bible et y trouve ressources et inspiration pour prendre en main son destin ».

« Attentif aux pauvres, critique à l’égard du néolibéralisme, le pape François ressemble à un « théologien de la libération ». En réalité, il s’est opposé à ce mouvement que l’Institution catholique accusa longtemps d’inspiration marxiste et qui a tant influencé l’Eglise en Amérique latine ».
Je pense que 
Franz Hinkelammert a raison, dit René Girard qui a écrit un essai concernant sa position à ce sujet, « théorie mimétique et théologie » (dans « celui par qui le scandale arrive« ch I-3), d’abord paru en Allemand dans un ouvrage dédié à Raymund Schwager: « il faut repérer un phénomène de « bouc émissaire » spontané derrière la crucifiction, tout autant que derrière les mythes« . Ce phénomène n’est pas là dans les mythes, alors qu’il est là dans les Evangiles et le plus surprenant, c’est que ce repérage vient du Christ lui-même plutôt que des évangélistes qui font tout ce qu’ils peuvent pour suivre le Christ.

Selon René Girard, « l’histoire des religions est en fait une histoire du sacrifice commencée avec les relogions archaïques qui ont véritablement éduqué l’humanité et l’on sortie de la violence archaïque. Puis Dieu est devenu une victime afin de libérer l’homme d’un Dieu violent, illusion qui doit être abolie en faveur de la connaissance que le Christ reçoit de son Père. On peut considérer les religions archaïques comme le premier stade de la révélation progressive qui culmine dans le Christ.  »  Ainsi, la véritable histoire de l’humanité serait une histoire religieuse qui remonte au cannibalisme primitif, qui serait la religion alors que l’Eucharistie récapitulerait cette histoire, de l’alpha à l’oméga. Et pour commencer, l’histoire de l’homme inclut ce début meurtrier: Caïn et Abel

Je crois que cette vision me séduit et que je suis assez d’accord.

Conclusion: un espace absolument non sacrificiel est impossible. René Girard a tenté de le trouvé dans « La violence et le sacré » et Des choses cachées », mais il pense maintenant que trouver cet espace à partir duquel tout pourrait se comprendre et s’expliquer sans engagement personnel est une tentative qui ne peut réussir. La difficulté aujourd’hui de construire le monde autour des valeurs égalitaires en est peut-être la traduction. L’avenir nous dira ce qu’il en est.

http://authueil.org/?2006/04/25/62-celui-par-qui-le-scandale-arrive (Celui par qui le scandale arrive par authueil)

http://www.parutions.com/pages/1-6-63-2200.html (celui par qui le scandale arrive)

3) L’Histoire et la conscience sacrificielle.


a) En adoptant une formulation plus théologique, la notion de « Dieu passager et mutable », soutenue par des penseurs comme scholem, Hans Jonas, ou Sergio Quinzio, se raccroche-t-elle à votre idée de la religion comme élargissement progressif de la conscience et du christianisme comme révélation et transformation du Logos violent en Logos divin?

pour Scholem la conception d’un Dieu vivant n’est pas incompatible avec le principe de son immuabilité. Pour Jonas, Dieu est un Dieu qui devient, un Dieu qui vient à l’existence en temps voulu, bien qu’il soit un Etre complet, toujours identique à Lui-même dans le temps de l’éternité. La tradition hébraïque parle aussi de l’unification de Dieu avec sa Shekhinah.

Girard ne voit pas Dieu comme une entité changeante, mais le comprend de façon ontologique: « je suis celui qui suis« , comme Dieu l’a dit lui-même à Moïse selon l’Ecriture. Dieu, comme on l’a vu précédemment a « une stratégie » pédagogique à partir de la religion archaïque vers la Révélation chrétienne. C’est ainsi qu’une humanité libre peut se développer. Sartre a pu dire: « Dieu ne peut pas être, parce que, si Dieu a fait l’homme, ce dernier n’aurait pas pu le créer libre, et donc, l’homme étant libre, il n’y a pas de Dieu« . Avec le système du bouc émissaire, nous voyons que cette logique est contournable et que la vision de Sartre n’est pas forcément juste. Même si l’impossibilité dont il parle est réelle, Dieu permet les sacrifices et les hommes peuvent s’éduquer eux-mêmes peu à peu, hors de leur violence, tout en ne réussissant jamais complètement. Ils ont besoin du Christ qui supplée à leurs insuffisances, ils changent donc, mais pas Dieu. La différence entre les religions archaïques et le christianisme, c’est que dans le cadre archaïque, on pense que la victime est coupable parce que tout le monde le dit et on ne comprend pas qu’elle est seulement un bouc émissaire. Dans les Evangiles, il y a aussi un moment d’unanimité (dans les cris: « à mort!, à mort) et même les disciples de Jésus se détournent de lui et rejoignent la foule. Mais la résurrection détruit cette unanimité et les disciples dénoncent la système du bouc émissaire et ainsi le révèlent.

Le « Dieu passager et mutable », qu’évoquent scholemHans Jonas, ou Sergio Quinzio, c’est le sacré qui progressivement se transforme en saint dans l’histoire humaine. Dieu de la Bible, il est devenu Dieu de la sainteté étranger à toute violence, le Dieu des Evangiles. Il y a un refus chrétien d’abandonner la Bible hébraïque et l’Ancien Testament, refus de l’attitude marcioniste. Cela montre qu’il y a à la fois rupture et continuité entre le religieux archaïque, sacrificiel et la révélation biblique qui nous fait émerger hors du sacrifice mais qui ne nous autorise pas à le condamner car par nature, nous ne sommes pas étrangers à la violence. Nous vivons peut-être l’émergence d’une nouvelle Révélation. 

Liens: http://jec2.chez.com/archobsrvshole.htm (Observations sur l’oeuvre de Gershom Scholem)

http://theoremes.revues.org/150 (Gershom Scholem, d’une redécouverte de la kabbale et de ses enjeux)

http://francesca1.unblog.fr/2011/07/07/shekinah/ (la gloire de la shekhinah)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Preuve_ontologique_de_G%C3%B6del (preuve ontologique de l’existence de Dieu selon gödel)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_ontologique


b) A propos de cette question, comment percevez-vous la tradition gnostique? Fait-elle aussi partie de l’histoire de la Révélation?

http://art-du-vivant.com/blogcfio/esoterisme-chretien/

Si je me réfère au site franc-maconnerie.org « Le terme de gnose désigne diverses tendances qui ont toujours existé dans les grandes religions monothéistes, et qui présentent des points communs aussi bien avec la pensée néoplatonicienne qu’avec les spiritualités orientales.

Gnose signifie connaissance. Il s’agit de la connaissance intérieure, par laquelle l’homme appréhende le divin, indépendamment de tout dogme, de tout enseignement; la gnose s’apparente ainsi au mysticisme. Les gnostiques considèrent que Dieu ne peut être en contact avec le monde, essentiellement mauvais, œuvre du Démiurge. La matière est assimilée à l’ignorance, au mal, et la vie terrestre résulte d’une chute de l’esprit dans cette matière, perte de l’unité originelle avec Dieu. L’homme, prisonnier des dualités (bien/mal, âme/corps, connaissance/ignorance), ne garde plus de son origine divine que la vague nostalgie d’un paradis perdu. Mais le principe divin, l’âme, est en lui, et la recherche spirituelle peut le mener au salut en libérant l’âme de sa prison corporelle« .

Pour René Girard, « la gnose est très actuelle, car c’est toujours un effort pour échapper à la Croix, c’est à dire perpétuer la méconnaissance par l’homme de sa violence et protéger son orgueil de la Révélation. Sans la croix, il ne peut y avoir de Révélation de l’injustice fondamentale que constitue le mécanisme du bouc émissaire, fondateur de la culture humaine et qui se répercute dans tous les rapports que nous avons avec nos semblables« .

La gnose méconnaît donc la révélation?

liens: http://fr.wikipedia.org/wiki/Gnosticisme

http://www.franc-maconnerie.org/la-gnose

http://reforme.net/une/religion/lapocalypse-a-commence (pour girard, l’apocalypse a commencé)

c) Roberto Calasso critique votre conviction que la Révélation chrétienne opère une sape progressive du sacrifice: « Dans cette application tordue des Lumières, cependant la principale faiblesse de Girard apparaît: la persécution n’a en fait jamais été aussi répandue que dans l’Occident moderne, qui ne connaît rien du sacrifice et le considère comme une superstition ». 

Girard trouve profonde et inspirée la description de Calasso de la société moderne. Mais elle est trop unilatérale. Calasso est très favorable au sacrifice, il ne fait pas de distinction entre la Révélation chrétienne et la mauvaise utilisation qu’on en fait aujourd’hui. Pour lui, être opposé au sacrifice sanglant constitue une faiblesse des individus ou des collectivités et, avec Nietzsche, il veut croire qu’être pour la violence est plus intelligent et que c’est ce qu’il faut faire. Calasso a intégré l’utilité positive du sacrifice dans les sociétés archaïques et il voit que le monde moderne est menacé par la perte des protections sacrificielles, ce qui est somme toute très lucide et qu’assez peu de gens peuvent voir.

C’est pourtant ce que dit René Girard qui définit le monde moderne comme essentiellement privé de protection sacrificielle, c’est à dire toujours plus exposé à une violence aggravée qui est, le sienne (celle de Calasso), comme la mienne, notre violence à nous tous. Mais le mouvement de la rationalité moderne n’est pas intrinsèquement mauvais. Le progrès scientifique est un progrès réel qui fait donc voir Girard comme un « homme des lumières » à Calasso.  (« L’histoire progresse à la fois dans le sens du bien et dans le sens du mal », dit Jacques Maritain). Calasso ne voit pas la signification profonde de la Révélation chrétienne telle que l’a découvert René Girard.


d) La lecture de Nietzsche s’est révélée fondamentale pour de nombreux philosophes contemporains. Vous-même avez reconnu qu’il avait contribué à votre interprétation de Dionysos. Selon vous, l’aphorisme 125 du Gai savoir, très souvent cité, dans lequel Nietzsche affirme que « Dieu est mort« , va au coeur de la logique sacrificielle.

http://www.lemenestrel.com/TEXTES/dionysos-dieu-grec.html

Au lieu de dire « Dieu est mort », Nietzsche dit en fait: « Nous l’avons tué. Voici la traduction de Pierre Klossowski dans Oeuvres philosophiques complètes: « Dieu est mort! Dieu reste mort! Et c’est nous qui l’avons tué. Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers? Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux – qui essuiera ce sang de nos mains? Quelle eau lustrale pourra jamais nous purifier? Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? La grandeur de cette action n’est-elle pas trop grande pour nous? Ne nous faut-il pas devenir nous-mêmes des dieux pour paraître dignes de cette action? Il n’y eut jamais d’action plus grande; et quiconque naîtra après nous appartiendra, en vertu de cette action même, à une histoire supérieure à tout ce que fut jamais histoire jusqu’alors« . 

Nietzsche ne nous parle-t-il pas ici d’une re-fondation religieuse de la société en inventant un rituel d’expiation, autrement dit d’une nouvelle religion? Tous les dieux commencent d’abord par mourir, éternel retour (du religieux sacrificiel), création et recréation de la culture qui implique toujours la présence initiale d’un meurtre fondateur. Pour rené Girard, ce texte va au-delà de la pensée explicite de Nietzsche en définissant l’éternel retour comme une succession sans fin de cycles sacrificiels, repérables dans les aphorismes d’Héraclite et Anaximandre.  Il n’était sans doute pas pleinement conscient de ce qu’il disait dans cet aphorisme et c’est l’exemple de texte qui échappe à son auteur. En fait, nietzsche utilisait sans s’en rendre compte des mots à connotation rituelle, sacrificielle.

Ainsi, ce texte parle de la naissance de la religion en même temps que de sa mort et c’est ce que le meurtre de Dieu contraint le meurtrier à inventer: un nouveau culte religieux. 


Les derniers mots que Nietzsche a  écrits en 1989, aux limites de la folie, « Condammo te ad vitam diaboli vitae » (‘je te condamne à la vie éternelle en enfer ») constituent un passage impressionnant qu’il est difficile d’interpréter en dehors en dehors d’un cadre chrétien. Nietzsche s’est-il condamné à l’enfer en voulant être Dionysos contre le Christ? (voir aussi SOLLERS ET LA RELIGION Dionysos et le Ressuscité). Héraclite l’a déjà dit: Dionysos, c’est la même chose qu’Hadès. Nietzsche était jaloux du Christ selon André Gide, il était donc du côté de Satan, ce qui signifie d’après Girard, prendre parti de la foule contre la victime innocente.

liens: http://fr.wikipedia.org/wiki/Dionysos

http://www.lemenestrel.com/TEXTES/dionysos-dieu-grec.html (Qui est Dionysos, le dieu Grec ?)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dieu_est_mort_(Friedrich_Nietzsche)

http://leportique.revues.org/126 (Mort de Dieu et volonté de puissance)

http://www.perspectives-girard.org/references/references/reference-0002.pdf (Comment « Dieu est mort ! », selon Nietzsche: c’est le texte capital, paraît-il, sur la disparition définitive de toute religion »)
http://fra.anarchopedia.org/dieu_est_mort (Dieu est mort)
https://lesarchivesdeladouleur.wordpress.com/2012/05/20/god-is-dead/ (dieu est mort)

http://www.lemondedesreligions.fr/mensuel/2010/40/friedrich-wilhelm-nietzsche-04-05-2010-122_106.php (Prophète de la mort du Dieu chrétien, le philologue allemand développa une pensée paradoxale, à la fois athée et spirituelle, qui prêche une mystique de l’« éternel retour » et annonce l’avènement d’un Dieu positif, « qui danse et qui rit ».

http://www.webnietzsche.fr/dieumort.htm (Dieu est mort, pourquoi ?)

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/antiq_0770-2817_1981_num_50_1_2036 (Girard, Euripide et Dionysos)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Klossowski (cité par rené girard pour la traduction de nietzsche, le gai savoir)

http://www.webnietzsche.fr/retour.htm (l’éternel retour)

http://www.eris-perrin.net/2014/08/nietzsche-et-l-eternel-retour.html (Nietzsche et l’éternel retour)

http://www.in-limine.eu/2014/04/nietzsche-et-jesus-par-georges-bataille.html (Nietzsche et Jésus (par Georges Bataille))

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/antiq_0770-2817_1981_num_50_1_2036 (Quand René Girard nous offre ses salades. Remarques sur la théorie girardienne du sacrifice)

http://www.willeime.com/Nietzsche.htm (Nietzsche et l’inversion des valeurs par le chrisitanisme)

http://files.alaindebenoist.com/alaindebenoist/pdf/rene_girard.pdf (RENE GIRARD, AUTEUR SURFAIT par alain de benoist

4) Celui par qui le scandale arrive.

a) Dans votre théorie, il semble que les êtres humains ne soient ni autonomes (car leur désir est toujours mimétique, ni pacifiques (car ils ne peuvent éviter l’apparition de formes de violence engendrées par la nature mimétique de leur désir). Ne pensez-vous pas que cette conception de l’humanité a eu une influence négative sur l’accueil fait à votre travail?

La réponse de René Girard, c’est que, même si le désir est toujours mimétique, on peut y résister et c’est l’intérêt d’être chrétien – Jésus lui-même a résisté. La liberté de l’homme c’est la possibilité de résister au mécanisme mimétique. 

La seule liberté consisterait donc à imiter Jésus et ne pas rejoindre le cercle mimétique ainsi que Paul le dit aux corinthiens: « Je vous en prie, montrez-vous mes imitateurs » (1 CO 4,16). Ce n’est pas par orgueil individuel, mais parce que lui-même imite Jésus, qui, à son tour, imite le Père. Par opposition au désir mimétique, qui aliène les hommes et les entraîne vers la crise mimétique, c’est une chaîne infinie de « bonne imitation », d’imitation sans rivalité, que le christianisme cherche à constituer et dont les « saints » sont les maillons. 

b) Nous n’avons le choix qu’entre accuser les autres et éprouver de la compassion pour eux?

http://dilectio.fr/?tag=crise-mimetique

Pourquoi l’imitation du Christ impliquerait-elle une mise en accusation de ceux qui ne la pratiquent pas demande René Girard? L’imitation du christ n’implique pas ce choix. Ce que le Christ ne fait jamais, c’est la mise en accusation au dépens d’un bouc émissaire pour « tirer son épingle du jeu ». Relisons l’évangile de Jean: « Pourquoi ne reconnaissez-vous pas mon langage? C’est que vous ne pouvez pas entendre ma parole. Vous êtes du diable, votre père,et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n’était pas établi dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui: quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du mensonge. Qui d’entre vous me convaincra de péché? Si je dis le vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas? Qui est de Dieu entend les paroles de Dieu; si vous n’entendez pas, c’est que vous n’êtes pas de Dieu » (Jn 8,83-47). En fait il y a bien deux modèles suprêmes, Satan et le Christ. Le paradoxe, c’est que la vraie liberté est la conversion de l’un à l’autre; autrement, c’est l’illusion totale. Nous sommes libres parce que nous pouvons toujours nous convertir vraiment, c’est à dire refuser de nous joindre à l’unanimité mimétique. Se convertir, c’est en fait se reconnaître persécuteur, se voir soi-même pris dans le processus d’imitation depuis le commencement. Cela signifie choisir le Christ (ou un homme qui ressemble au Christ) comme modèle de nos désirs. Se convertir, c’est découvrir que nous avons imité, sans le savoir, le mauvais type de modèles qui nous entraînent dans le cercle vicieux des scandales et de l’inassouvissement permanent qui aboutissent à la crise mimétique

liens: http://dilectio.fr/?tag=crise-mimetique (la crise mimétique)

 https://aigueau.wordpress.com/2010/01/18/la-theorie-de-rene-girard-resume (La théorie de René Girard – résumé)

http://ermrc.pagesperso-orange.fr/Caf%E9th%E9otextes/031Mim%E9tique.htm (René Girard et la théorie du désir mimétique)


c) Si le mot skandalon signifie « rivalité mimétique« , pourquoi les Evangiles l’associent-ils avec Satan et avec le Christ, qui se qualifie lui-même de skandalon (Jn 6,41-42).


Le mot skandalon signifie « pierre d’achoppement mimétique », quelque chose qui déclenche la rivalité mimétique. Le Christ a annoncé (avant sa passion) qu’il allait devenir un skandalon pour tous les hommes et même pour les disciples. 

René Girard a écrit dans « Je vois Satan tomber comme l’éclair« , que Satan et le skandalon sont une seule et même chose (chapitre III, satan, p. 61). 

Jésus associe les deux termes quand il annonce la Passion et dit à Pierre: « passe derrière moi Satan! Tu me fais obstacle (skandalon), car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes! » Mt 16,23).  Le mot skandalon s’applique aussi à la croix lorsque Jésus dit: « Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi« ! (Mt11,6). Paul, lui, déclare dans une belle formule: « Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens » (1 Co 1,23).

La Croix est un skandalon parce que les hommes ne comprendront pas un Dieu faible (cf Nietzsche), subissant humblement ceux qui le persécutent; c’est pourquoi ils trébuchent sur cette idée. Par ailleurs, Jésus et Satan poussent tous deux à l’imitation qui éduque la liberté, parce que nous sommes libres d’imiter le Christ dans un esprit d’humble soumission à son incomparable sagesse, ou au contraire, d’imiter Satan dans un esprit de rivalité. Et le scandalon signifie alors l’incapacité à échapper à l’esprit rivalitaire, un esprit de servitude car il nous agenouille devant tous ceux qui l’emportent sur nous. La prolifération des rivalités est cependant arrêtée par la résolution du bouc émissaire, qui produit à nouveau l’ordre dans la société. Satan expulse alors Satan ce qui stabilise la société mais l’ordre ne peut être que temporaire car l’ordre ne peut être que temporaire et promis à retomber tôt ou tard dans le désordre des scandales. Il s’agit d’une fausse transcendance. 

La résolution ultime du bouc émissaire n’est-elle pas le Christ skandalon…?

liens: http://girardianlectionary.net/res/skandalon.htm (René Girard and the New Testament Use of skandalon)

http://www.perspectives-girard.org/discussion-archives/pc2005-01.01-12.31.pdf (Depuis Je vois Satan tomber comme l’éclair, Girard considère le skandalon et Satan comme une seule et une même chose ( Cf aussi p.138-139 dans Les origines de la culture ). Je vous rapporte le passage emprunté à ce livre : «  »- Si le mot skandalon signifie « rivalité mimétique », pourquoi les Evangiles l’associent-ils avec Satan et avec le Christ, qui se qualifie lui-même de skandalon ( Jn 6, 41-42 ) ? – Le Christ annonce avant sa Passion qu’il va devenir un skandalon pour tous les hommes et même pour ses disciples, qui VONT PARTICPER PASSIVEMENT A SON EXPLUSION… » » )

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20081029.html (La théologie de la Croix dans la christologie de saint Paul par Benoît XVI, audience générale 29 oct 2008)

http://www.scriptoblog.com/index.php?option=com_content&view=article&id=190:je-vois-satan-tomber-comme-leclair-rene-girard-&catid=52:philosophie&Itemid=55 (je vois Satan tomber comme l’éclair (René Girard))

http://enpassant-englanant.blogspot.fr/2011/04/en-lisant-rene-girard-satan-sest-fait.html (En lisant… René Girard, Satan s’est fait duper par la Croix)

d) Est-ce en rapprochant Satan du skandalon que le Christ révèle la fausseté des accusations sue lesquelles est fondé l’ordre sacrificiel? Démasque-t-il ainsi la vraie nature de Satan? 

nomana.free.fr:Andromède attachée au rocher par les Néréides

Oui répond René Girard « Pour le christianisme, on ne devrait pas croire en Satan. Le Credo n’en fait pas mention« . Satan est un non-être car, il est finalement l’inconscient du mécanisme du bouc émissaire quand la foule accuse la victime innocente d’être coupable et qu’elle l’assassine ensuite sans remord en pensant qu’elle est coupable. Le système fonctionne par lui-même, comme une machine, une espèce d’immense mannequin (comme Dante représente Satan dans la fosse de l’enfer).

Le phénomène de rivalité, la rivalité des doubles est perçu depuis toujours comme une sorte de force transcendantale. René Girard signale que dans leurs récits épiques, les indiens l’appellent destin, pour les grecs anciens c’est le moîra, Heidegger, lui, parle de schicksal. Satan est ce système mimétique qui n’a pas d’être substantiel mais qui gouverne les relations humaines. Cette notion de destin, qui a tant marqué l’humanité n’est plus présente dans la Bible. Dès le début, Caïn est libre de choisir et Dieu tente de le convaincre de ne pas tuer son frère (LA PAROLE DE DIEU NE DÉTOURNA POINT CAÏN DE TUER SON FRÈRE). Ainsi que l’affirme René Girard, « Nous serons toujours mimétiques, mais nous n’avons pas à l’être de façon satanique, ni à nous engager dans des relations mimétiques perpétuelles. Nous n’avons pas à accuser notre voisin, nous pouvons apprendre à lui pardonner« . 


Souvenons-nous de Marc 12,29-33

« Jésus lui répondit (au scribe): Le premier de tous les commandements c’est: Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur.
30 Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. C’est là le premier commandement.
31 Et voici le second qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a point d’autre commandement plus grand que ceux-ci.
32 Et le scribe lui répondit: C’est bien, Maître, tu as dit avec vérité, qu’il n’y a qu’un Dieu, et qu’il n’y en a point d’autre que lui;
33 Et que l’aimer de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme, et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c’est plus que tous les holocaustes et les sacrifices ».

C’est ainsi que je conclue mes articles sur « ma lecture » des chapitres relatifs au mécanisme mimétique et au scandale du christianisme du livre de René Girard « LES ORIGINES DE LA CULTURE« . Mon prochain article traitera du chapitre L’homme, un « animal symbolique ».


liens: http://profondeurdechamps.com/2013/09/05/satan-un-bouc-emissaire/ (Satan : un « bouc émissaire » ?)

http://lirephilosopher.canalblog.com/archives/2014/06/17/30090619.html (« Je vois Satan tomber comme l’éclair » René GIRARD)

http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=ETU_966_0773 (girard revisité)

http://nomana.free.fr/public/bouc-emissaire.html (quelques boucs émisssaires)

http://scribe.seiya.free.fr/dossier/enfers.htm (LES ENFERS : DE LA DIVINE COMEDIE A SAINT SEIYA voir la fosse 1à10)

http://leschampsdemaldoror.voila.net/textes/enfer21.htm (l’enfer de dante)

http://jacques.prevost.free.fr/cahiers/cahier_31.htm (arts et sciences, hommes et dieux. cahier 31 la divine comédie de dante)

http://remacle.org/bloodwolf/italiens/dante/table.htm (la divine comédie de dante – l’enfer)

http://jesusmarie.free.fr/augustin_cite_de_dieu_livre_15.html (Saint Augustin d’Hippone La Cité de Dieu – livre 15/22)

Le pandémonium, lieu de satan par Jonh Martin ‘1825’ (musée d’Orsay):

http://profondeurdechamps.com/2013/09/05/satan-un-bouc-emissaire

Une réflexion au sujet de « Les origines de la culture 4) Le scandale du christianisme partie 2 »

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