Les origines de la culture 2) Introduction: « Une longue argumentation du début à la fin. »


Les origines de la culture 2) Introduction: « Une longue argumentation du début à la fin. »

(Voir le 3ème commentaire Par Laetirature, le 07 mai 2011)

 

wikipedia.org -René Girard

Les livres de René Girard: 

jstor.org/discover –To doble businesse bound (Essays on Literature, Mimesis, and Anthropology by René Girard) (1978)

www.amazon.fr –Le bouc émissaire (version .pdf: lea.u-paris10.fr -Le bouc émissaire)

grasset.fr –La route antique des hommes pervers (1985)amazon.fr –Shakespeare, les feux de l’envie (franceculture.fr -Shakespeare, les feux le l’envie)
arlea.fr –Quand les choses commenceront (1994)

goodreads.com –The Girard Reader (1996)

grasset.fr –Je vois Satan tomber comme l’éclair  (libertylovers.blogspot.fr -Je vois Satan tomber comme l’éclair) (1999)

amazon.fr –Celui par qui le scandale arrive (2001)

libertepolitique.com –La voix méconnue du réel (2002) grasset.fr -La voix méconnue du réel (premiers chapitres)

amazon.fr –Le sacrifice (2003)

amazon.fr –Les-origines de la culture (Entretiens-Pierpaolo) (2006)

amazon.fr –anorexie et désir mimérique (2008)

carnetsnord.fr -La conversion de l’art      porte-cierge.blogspot.fr -La conversion de l’art (2008)

 

1) Préambule sur « les origines de la culture » et René Girard.

Exergue: « Certains de mes critiques ont dit: « Oh, c’est un bon observateur, mais il n’est pas capable de raisonner. » J’en doute, dans la mesure où l’origine des espèces n’est qu’une longue argumentation du début à la fin, et qu’elle a pu convaincre plus d’une homme compétent » Charles DarwinAutobiographie.

itinerarium.fr -Qui est le (vrai) bouc émissaire ?

René Girard est un des derniers « porc-épics  » vivants comme le dit Roberto Calasso dans « La ruine de Kash« . Cela réfère à à la typologie d’Isaïah Berlin tirée d’un vers d’Archiloque: « Le renard sait beaucoup de choses, mais le porc-épic ne sait qu’une seule grande chose ». Pour René Girard, le bouc-émissaire serait cette seule grande chose selon Roberto Calasso. Si c’est en partie vrai, rené Girard sait aussi une autre grande chose: le désir mimétique. A partir de ces choses, et pendant 40 ans, pour reprendre les mots de Charles Darwin, il a déroulé « une seule et longue argumentation ». C’est ainsi que João Cesar de Castro Rocha et Pierpaolo Antonello présentent René girard dans leur introduction au livre « les origines de la culture« , essai qui tente de reconstituer, au cours de dialogues systématiques, ce fil que René Girard a tenu sa vie durant… Les auteurs ont donné à ce dialogue souvent dense et précis, le ton d’une autobiographie intellectuelle comparable selon eux à celle de Charles Darwin.

liens: wikipedia.org -Opinion de Charles Darwin sur la religion

lea.u-paris10.fr Le bouc-émissaire (René Girard)

philolog.fr -Le désir mimétique rené girard

cles.com -le désir mimétique par Alain Valade et Patrice van Eersel

2) Penser le mimétisme.

zphoto.fr -mimétisme

La théorie mimétique, de par sa transversalité, doit être saisie dans sa complexité, à savoir qu’elle induit d’abord des relations interdisciplinaires et pointe ensuite vers des relations intersubjectives ayant des conséquence à l’échelle sociale. Elle propose un récit renvoyant aux origines violentes de notre culture dont le moteur premier est, selon René Girard, le mimétisme, ie l’imitation, qui doit être ici comprise dans un sens anthropologique, sens où Girard a porté à l’extrême l’affirmation d’Aristote dans la Poétique: « L’homme se différencie des autres animaux en ce qu’il est le plus porté à imiter. » Contrairement à ce qui a eu lieu dans dans la culture contemporaine, il a donné à l’imitation sa plus ample signification anthropologique et sociale en montrant que le mimétisme implique des processus artistiques et sociaux qui se réalisent à travers des configurations toujours plus complexes, tout en se fondant sur un mécanisme relationnel identique. Notre désir naît toujours de l’imitation de celui d’un autre pris comme modèle, et si la société ne parvient pas introduire une hiérarchie entre le sujet désirant et ses modèles, l’imitation tend à devenir antagoniste, avec comme conséquence un conflit potentiel entre le modèle et le sujet pour obtenir l’objet de leur désir commun, objet qui perd alors de son importance pour alors qu’en même temps la rivalité s’accroît. Cette hypothèse permet de structurer les dynamiques relationnelles de l’individu et les différentes configurations psychopathologiques rattachées à la définition de son identité ainsi que les répercussions funestes du mimétisme au niveau social.

La possibilité même de l’émergence de la culture présuppose la découverte du mécanisme de contrôle de cette violence issue de la mimesis d’appropriation. Ainsi, penser le mimétisme signifie ultimement « penser l’humain ». On peut souligner les conséquences négatives d’un désir ainsi conçu, mais si l’objet est occasion de conflit et de rivalité, il peut aussi devenir l’instrument qui permet d’apaiser cette rivalité. L’imitation mène au conflit, mais elle est aussi la base de toute transmission culturelle. L’autre est à la fois modèle et rival. Le bouc émissaire est le mal à expulser, mais en même temps ce qui est transcendant car c’est par sa mise à mort, suivie de sa divinisation, que l’équilibre social est retrouvé. La base de la connaissance et du comportement humain est contenue dans dans cette faculté provenant d’une structure unique mais ambivalente: l’imitation. C’est le mécanisme du bouc émissaire, produit, par la canalisation de la violence collective, qui permettra, pierre par pierre, victime après victime, de construire l’édifice précaire de nos institutions et de ces normes éthiques.  En mettant un frein aux dérives conflictuelles et acquisitives, elles favorisent les aspects positifs du mimétisme (éducation, connaissance, art). 


liens: sophia-cholet.over-blog.com -Le désir mimétique, concept clé de la pensée de rené girard

wikipedia.org -Mimétisme      wikipedia.org -Bouc émissaire

wikipedia.org -Le grand Autre                      wikipedia.org -Le petit autre

3) Evolution et victimisation.

jcdurbant.wordpress.com -année darwin et catastrophisme

On oublie souvent que la théorie mimétique reste l’une des rares hypothèses anthropologiques qui tente d’expliquer les phénomènes culturels et sociaux en remontant à leurs origines. les anthropologues, les historiens, les sociologues et même les scientifiques qui essaient de repérer une théorie sociale qui serait compatible avec des présupposés scientifiques et traiterait de la fondation du monde, finissent pour la plupart par retourner aux explications de Emile Durkheim. Ente Durkheim et le modèle mimétique, le siècle dernier a expulsé toute considération sur l’origine de la culture et des institutions, moment sans doute considéré, un peu comme le big bang, comme inatteignable. De plus, les origines violentes de notre culture sont la plupart de temps occultées, alors que, selon René Girard, le moteur de tout notre savoir, notre science, notre technique ne fait qu’un avec le sacrifice. 

A partir de « la violence et le sacré » (1972) et « des choses cachées depuis la fondation du monde » (1978), il a émis un hypothèse sur l’émergence de la culture à partir de données éthologiques et ethnologiques. Puis, l’explication mimétique apparaît à l’intérieur d’une projection strictement naturaliste et darwinienne avec « celui par qui le scandale arrive » en 2001. On peut faire l’hypothèse d’une phase animale à une phase culturelle dans le développement cognitif et symbolique de l’Homo-sapiens. Dans sa lente ascension évolutive, l’homme trouve en effet dans le mécanisme victimaire un instrument pour contrôler l’escalade mimétique, qui peut diffuser jusqu’au paroxysme la vengeance à l’intérieur du groupe. C’est le rôle du bouc émissaire de canaliser la violence collective et la rejeter sur un seul individu jugé responsable de la crise sociale, née de motifs contingents, comme la famine ou les épidémies. Cela permet à la communauté de calmer le chaos dans lequel elle est périodiquement entraînée. Ainsi, pour René Girard, de la ritualisation de ce proto-événement, naîtraient tous les mécanismes de structuration du social: les tabous, les normes, les institutions.

Ce mécanisme victimaire comme moteur originaire de notre culture n’est en rien strictement « mécanique », mais il s’agit d’un événement systémique contingent dû « au hasard et à la nécessité » (dans une vision d’abord scientifique). Il est dû d’abord au hasard, car cest une forme efficace trouvée accidentellement par la communauté primitive pour canaliser et contrôler la violence au sein de l’espèce, et ensuite à la nécessité, parce qu’il se révèle être le mécanisme structurant qui leur procure le meilleur type d’adaptation. C’est à partir de ce mécanisme que se développeront les formes symboliques du langage et des rites et les nouveaux instruments cognitifs et techniques d’adaptation sociale et culturelle. L’apparition « fortuite du sacré » dans les cultures primitives montre qu’il s’agit d’un phénomène tout à fait naturel; ne pas trouver ce mécanisme pour un groupe proto-humain entraîne son extinction ou entrave le plein développement de sa complexité. René Girard peut être considéré, selon la suggestion  de Michel Serres, comme le « Darwin des sciences humaines« . Si l’hypothèse de la sélection naturelle explique les mécanismes qui réglement l’évolution des espèces animales, la théorie du bouc émissaire rend compte, elle, du mécanisme qui est à la base de la naissance et de l’évolution de la culture. 


liens: scienceshumaines.com -Émile Durkheim (1858-1917) – Le père de la sociologie

maroudiji.over-blog.fr -rene-girard-le-darwin-des-sciences-humaines

4) Le crime n’était pas parfait.

René Girard utilise les données anthropologiques et ethnologiques, y compris les mythes et les rites comme de véritables « restes fossiles » de l’évolution culturelle de l’homme, où apparaissent, en filigrane, les traces du crime fondateur Il traite ces rites, mythes et la littérature elle-même comme « pièces à conviction » comme preuves et évidences de « ces choses cachées depuis la fondation du monde. » Le pari de René Girard, c’est l’idée que ces textes révèlent le moteur des relations humaines. A une époque où la théorie dominante tend à nier tout référent en dehors du discours (dominant), il n’a eu de cesse d’aller dans la direction opposée, en soulignant le réalisme de son argumentation. Sa pensée, tant en anthropologie qu’en histoire comparée des religions et des cultures s’applique aux constantes qui expliqueraient pourquoi les mythes racontent toujours la même histoire, celle d’un assassinat fondateur réel, bien que toujours caché dans une structure mythologique, elle-même à l’origine de la culture. Et ce meurtre fondateur ne peut être que dissimulé, car la culture et l’ordre social refusent de de voir leur lynchage fondateur. Mais René Girard pense cependant que l’assassin est trop souvent revenu sur les lieux de son crime, en mimant à l’excès son geste et en laissant trop de traces, trop d’indices. Cela évoque la leçon d’Edgar Allan Poe dans La lettre volée: c’est l’abondance même des preuves qui nous empêche de nous rendre compte de l’universalité du désir mimétique et du mécanisme sacrificiel.

4) Epistémologie et conversion. 
On peut voir dans les prolongements religieux de la théorie mimétique uniquement une dimension apologétique chrétienne qu’il faudrait expulser pour être compatible avec le scepticisme ambiant. En effet, la théorie mimétique s’oppose au préjugé dominant, des Lumières jusqu’à aujourd’hui, selon lequel le phénomène religieux ne pourrait en aucun cas avoir la pertinence que cette théorie lui attribue dans l’émergence de la culture. Pour ses détracteurs, l’hypothèse girardienne ne serait rien d’autre qu’un produit dérivé de son option religieuse, considérée comme vice idéologique de base. Mais c’est oublier (ou vouloir ignorer) la présence de la religion et des institutions dans la construction des premières formes de civilisation et dans l’histoire de toutes les cultures du monde. 

Ici, on trouve une approche du phénomène religieux où rené girard propose un cour-circuit conceptuel parmi les plus provocateurs, qui est l’idée de « conversion« , non plus pensée comme un simple phénomène existentiel, mais comme un véritable présupposé scientifique. Ce terme, banni depuis longtemps de toute réflexion philosophique, devient épistémologiquement crucial dans le cadre de la théorie mimétique. « Cette notion s’impose comme comme une critique du sujet, c’est à dire de l’autonomie présumée de l’individu moderne par rapport à la pléthore de modèles avec lesquels il doit interagir. » Le présupposé de l’autonomie du sujet a été largement déconstruit par un siècle de discussions critiques et philosophiques avec le structuralisme, le post-structuralisme, l’herméneutique, de Marx à Freud (voir http://books.google.fr). Mais il demeure encore très ancré dans nos comportements individuels. Nous avons tendance à nous croire libres dans nos choix ou nos convictions et à ne pas admettre nos rapports de rivalité intime. Nous déconstruisons tout, sauf notre certitude d’être autonomes et pour chacun d’entre nous, les persécuteurs seront toujours les autres. La rationalisation de la position du sujet est une pratique à laquelle la théorie mimétique oppose une critique dans laquelle se convertir signifie être pleinement conscients que nous sommes toujours en proie au désir mimétique et que nos choix ne sont pas aussi libres que nous le croyons. 

Ce concept de conversion remet en question la séparation fictive, que Descartes a consacrée, entre sujet et objet: nous sommes en même temps sujets et objets du désir mimétique. Reconnaître la théorie de René Girard, c’est accepter ses présupposés qui ont des conséquences pour le sujet qui en parle (et que nous sommes et examiner les faits avec sa propre expérience pour en déduire la plausibilité de l’hypothèse mimétique. Mais nous voyons difficilement nos comportements mimétiques et nos histoires de persécution personnelles, ce qui nous empêche souvent de commencer à discuter de ce perspectives.

liens: jesusmarie.free.fr -walter_deviviers:COURS ‘APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE 
phi2080.uqam.ca -Le XVIIIe siècle : le siècle des Lumières
wikipedia.org -Conversion religieuse

2.cndp.fr -Philosophie et psychanalyse, regards croisés sur le sujet

jeanzin.fr -Sujet-Objet (de Descartes à l’écologie)
guykarl.canalblog.com -de la scission sujet-objet (Le jardin philosophe)

5) Christianisme et post-modernité.

wikipedia.org -Mythologie

Le même paradoxe existe à propos de l’impact du christianisme sur l’histoire de l’occident, cet autre « scandale » de la théorie girardienne. Il se manifeste particulièrement dans le cas des sciences sociales et naturelles qu’on peut caractériser par leur « allergie » au religieux. René Girard montre en fait comment le christianisme est encore la science humaine la plus féconde. Comme l’a dit Simone Veil, avant d’être une théorie de Dieu, une théologie, les Evangiles sont une « théorie de l’homme », une anthropologie. Girard soutient que le christianisme n’est autre que « la prise de conscience culturelle et morale de la nature sacrificielle de notre culture et de notre société« . Elles permettent de lire dans la mythologie et les Ecritures la prise de conscience progressive de l’origine violente de l’ordre culturel.Le christianisme est le point culminant d’une phase de développement de l’homme, qui le voit aux prises avec le danger contagieux de la violence interne à la communauté, et qui ne réussit à y porter remède qu’en trouvant de nouveaux boucs émissaires jugés coupables, mais en fait innocents (« Il vaut mieux qu’un seul meure plutôt que l’entière communauté » dit la logique sacrificielle et « Ils m’ont haï sans raison » révèle le Christ dans Jn 15,25). Le christianisme représente donc pour l’évolution culturelle humaine, ce que la culture a représenté pour la sélection naturelle (quand l’homme n’est plus victime du mécanisme aveugle de sélection darwinienne, mais commence à s’en affranchir). C’est le moment où l’homme se libère de la nécessité de recourir à l’immolation de boucs émissaires pour clore les conflits et les crises communautaires et où l’homme devient conscient de de l’innocence de ses victimes.

Ainsi René Girard met en évidence un paradoxe de la culture occidentale. Dès l’époque moderne, elle semble vouloir se libérer définitivement des contraintes religieuses et confessionnelles par l’expulsion rationaliste du religieux. Mais c’est alors qu’elle révèle ses racines les plus profondément chrétiennes. Notre culture contemporaine est en effet bâtie autour de la centralité de la victime: victimes de l’Holocauste, victimes du capitalisme, victimes des injustices sociales, des guerres et des persécutions, des désastres écologiques, des discriminations raciales, sexuelles, religieuses…. Or, c’est le christianisme qui a placé la victime innocente au coeur de nos discours. 

Si maintenant le mécanisme sacrificiel ne peut plus fonctionner puisqu’en ont été révélés l’injustice et l’arbitraire, la société moderne se trouve engagée dans une nouvelle phase évolutive, comme un laboratoire où s’élaborent de nouveaux mécanismes d’équilibre et de stabilité. Le rupture de de ce qui a été fondé sur des présupposés religieux ou sacrés fait replonger l’homme dans la fluidité mimétique du social, des scandales et des oscillations du désir et de la haine. Il est un fait que le compréhension chrétienne de la réalité s’est partout diffusée et a imposé la sécularisation du monde comme le montrent le marché et et le capitalisme avancé, les institutions démocratiques, la diffusion des outils technologiques et médiatiques, en incarnant aussi une époque où la fausse transcendance ne protège plus l’homme. Cela aboutit à de nouvelles structures de « contention » qui se fondent sur formes de transcendance sécularisée comme l’idéologie démocratique, la technologie, la spectacle médiatique, la marchandisation des rapports individuels. Ils réussissent à retarder l’événement apocalyptique, seul horizon de la dissolution de l’ordre religieux. René Girard ne prophétise pas sur le destin prochain de l’humanité, et met en garde contre toute interprétation de la réalité contemporaine qui ne tiendraient pas compte des ambiguïtés du développement social et politique et qui se réduiraient à des formules lapidaires: post-modernismenihilisme, fin de l’histoire. On peut sans doute voir une preuve de la validité anthropologique de la théorie mimétique dans les conflits actuels et la dérive fondamentaliste des acteurs du terrorisme. Elle est une pierre d’achoppement pour la compréhension du monde contemporain, surtout en ce qui concerne la question de plus en plus épineuse de la violence collective, politique et religieuse. Cette pensée a pris, ces dernières années des accents nouveaux. Longtemps, René Girard a soutenu que le christianisme définissait un espace non sacrificiel, la constitution d’un ordre exempt de violence. Mais dans ses derniers livres, (« Je vois Satan tomber comme l’éclair » et « Celui par qui la scandale arrive » et nettement plus encore dans le présent ouvrage « Les origines de la culture »), il réévalue cette position à travers une lecture attentive du « jugement de Salomon »: « Nous vivons tous au coeur de dynamiques mimétiques et conflictuelles et la définition d’un espace non sacrificiel est illusoire. La conflictualité, loin de nous être étrangère, est ce qui nous est le plus propre. Il ne faut pas voir là, évidemment, une justification naïve de la violence, mais un constat lucide de son caractère radical. C’est seulement à partir de cette conscience que nous pourrons cohabiter avec ce qui, à la fois, définit l’homme et le met en échec. »


Ceci terminera ce deuxième article consacré à l’introduction du livre « Les origines de la culture » qui a été faite par João Cesar de Castro Rocha et Pierpaolo AntonelloDans le prochain article, nous examinerons la chapitre I « La vie de l’esprit ». 


liens: wikipedia.org -Christianisme
fr.wikipedia.org -Théologie            wikipedia.org -Ontothéologie        fr.wikipedia.org -Evangiles
catharisme.eu -Livre II : L’Écriture Judéo-Chrétienne: Lecture sacrificielle et christianisme historique
(venant de: catharisme.eu -Le christianisme cathare)
wikipedia.org -Mythologie         wikipedia.org -Saintes écritures
wikipedia.org -sécularisation    
akadem.org -Un concept historique et philosophique La Sécularisation

  lescalier.wordpress.com -Un monde sécularisé ?
ress.revues.org -La démocratie providentielle, temps de l’ultra-sécularisation
cmpp.ch/conseil_de_dieu/ -LA PIERRE D’ACHOPPEMENT




En épilogue je rappelle deux extraits mes articles que je médite souvent. J’y ai répensé en écrivant  le présent article. Notre existence a-t-elle un sens? 2) Le désenchantement du monde (et de l’homme)

Extrait:4) Le désenchantement: […] Antoine de Saint Exupéry était un ceux qui avaient le mieux perçu ce problème, il y a plus d’un demi-siècle. Il répond par avance à ces scientifiques: « L’homme de ma civilisation ne se définit pas à partir des hommes. Ce sont les hommes qui se définissent par lui. Il est en lui, comme en tout être, quelque chose que n’expliquent pas les matériaux qui le composent. Une cathédrale est bien autre chose qu’une somme de pierres. Elle est géométrie et architecture. Ce ne sont pas les pierres qui la définissent, c’est elle qui enrichit les pierres de sa propre signification. »  Puis il perçoit le « drame de l’humanisme athée« : l’impossibilité de un fondement solide à l’humanisme dans un monde où l’homme ne serait « rien d’autre que… », ce que des philosophes matérialistes contemporains lucides comme André Comte-Sponville ont admis. Saint Exupéry poursuit: « On ne dit rien d’essentiel sur la cathédrale si on ne parle que des pierres. On ne dit rien d’essentiel sur l’homme si l’on cherche à le définir par ses qualités d’homme. L’Humanisme a ainsi travaillé dans une direction barrée d’avance […] Nous avons glissé, faute d’une méthode efficace, de l’Humanité qui reposait sur l’Homme, vers cette termitière qui repose sur la somme des individus. Qu’avions-nous à opposer aux religions de l’Etat ou de la masse?  Qu’était devenue notre grande image de l’Homme né de Dieu? […] Si notre société pouvait encore paraître souhaitable, si l’homme y conservait encore quelque prestige, c’est dans la mesure où la civilisation véritable, que nous trahissons par notre ignorance, prolongeait encore sur nous son rayonnement condamné, et nous sauvait malgré nous-mêmes. »


Notre existence a-t-elle un sens? 3) Comment ébaucher un « traité de la condition humaine? »

Extrait: 3) Sauvegarder les valeurs? Comment?
Seule une transcendance peut servir de fondement. Si elle n’existe pas, il nous faut respecter « une morale sans fondement ». 

André Comte-Sponville a montré dans « morale sans fondement« , que nous ne pouvions fonder nos valeurs et notre morale:

     -Ni sur l’homme (comme le pensent les humanistes matérialistes) car il est capable du pire.

     -Ni sur la nature (comme le pensent les écologistes) car elle est amorale. 

     -Ni sur l’histoire (comme le pensent les marxistes) car elle ne possède pas un sens précis. 

     -Ni sur la science (comme le pensent les scientistes) car, comme la nature, elle ne peut aborder les questions de morale. 

Un philosophe comme André Comte-Sponville en est certainement capable, mais on peut douter qu’une société dans son ensemble le soit, si son unique cadre conceptuel est celui du « désenchantement du monde ». D’autant plus que Luc Ferry a montré l’extrême difficulté, voire l’incohérence, qu’il y a pour un matérialiste à parler de morale: « Il est incohérent de se dire matérialiste et d’envisager la moralité des actes humains comme si elle pouvait dépendre d’une liberté qu’on déclare par ailleurs tout à fait illusoire. Par où il me semble qu’un matérialisme conséquent devrait toujours se borner à une « éthologie » sans jamais parler de morale autrement que comme d’une illusion plus ou moins nécessaire. »

Saint Exupéry nous a déjà dit que l’humanisme matérialiste est sans issue et que le fondement de la liberté, de l’égalité et de la fraternité provient de notre « grande image de l’homme né de Dieu », en fait de la laïcisation d’un concept judéo-chrétien. Donc, si les fondements disparaissaient, toute forme d’humanisme risquerait bien d’être engloutie. Lorsque les religions dominaient les sociétés humaines, celles-ci n’étaient guère brillantes en termes de droits de l’homme, mais c’était bien parce que ceux qui les représentaient faisaient exactement le contraire de ce que disaient les textes sacrés qu’ils devaient enseigner.La « légende » du Grand Inquisiteur de Dostoïevski va dans ce sens car elle ne dénonce pas seulement les religieux ayant trahi leur religion, mais ceux qui prétendront faire le bonheur de l’homme sur le plan strictement matériel et qui, pour cela, édifieront une société totalitaire dont Dieu aura été exclu.

C’est en effet saisissant de prophétisme lorsque le Grand Inquisiteur dit à Jésus: « Sais-tu que des siècles s’écouleront et que l’humanité proclamera par la bouche de sa science et de sa sagesse que le crime n’existe pas, et que, par conséquent, il n’y pas de pécheurs mais seulement des affamés. Nourris-les, et alors seulement exige d’eux la vertu! Voilà ce que l’on tracera sur l’étendard que l’on brandira contre Toi et qui détruira Ton temple. A sa place surgira un nouvel édifice: une terrible Tour de Babel […] Jamais, jamais, les hommes ne parviendront à se nourrir sans nous! Aucune science ne leur donnera du pain aussi longtemps qu’ils resteront libres et ils finiront par déposer leur liberté à nos pieds pour nous dire: « Soumettez-nous à votre joug, mais nourrissez-nous. » Ils comprendront enfin que la liberté et le pain terrestre pour tout le monde son incompatibles, car jamais, jamais, ils ne sauront se répartir le pain entre eux. » En fait, le Grand Inquisiteur se révèle être un matérialiste  et là est son secret, dit Dostoïevski.

Une réflexion au sujet de « Les origines de la culture 2) Introduction: « Une longue argumentation du début à la fin. » »

  1. Encore un immense travail accompli, Jean-Michel. Je reviendrai, relire et écouter.
    Très touchée par la mention de la nouvelle d’Ivan de Dostoïevski, je la cite si souvent, comme l’exemple de la difficulté de porter sa liberté, entre autres…

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