Notre existence a-t-elle un sens 16-3) Conclusion du livre « notre existence a-t-elle un sens »


Notre existence a-t-elle un sens 16-3) Conclusion du livre « notre existence a-t-elle un sens »: 

Partie3: Quelle réponse à la question la plus importante qui soit?

Cette série d’articles dans la catégorie « notre existence a t-elle un sens »? est  l’expression de  ce que j’ai écrit dans la présentation de mon blog: « Les merveilles de la nature me fascinent. Mes réflexions: le sens de l’Univers et de l’existence. En moi, il y a deux mondes: le monde extérieur du « faire »et le monde de l’intérieur, non conscient, mais tout autant réel. Ma devise: l’essentiel, c’est l’amour, amour du sacré. Mes modèlesJésus (l’amour),Pythagore (la mathématique), Einstein (la physique) ».

Je voudrais faire partager la lecture du livre de Jean Staunenotre existence a-t-elle en sens,  avec mes réflexions et les liens qu’elle m’a permis découvrir à travers internet. Ma quête est de retrouver (avec Jean Staune), le réenchantement du monde au cours des articles.


Mes articles déjà parus dans cette rubrique:

Exergue: « Par opposition au scientisme dominant de la fin du XIXè siècle, on voit aujourd’hui de nombreux scientifiques, forts de ces nouvelles hypothèses ou de ces nouvelles théories, orienter le science vers un autre ordre de réalité, considéré désormais non plus comme concurrent, mais comme complémentaire de son domaine. » Jean-Marie Pelt

wikipedia.org -Esprit quantique L’esprit quantique est une hypothèse qui suggère que des phénomènes quantiques, tels l’intrication et la superposition d’états, sont impliqués dans le fonctionnements du cerveau et en particulier, dans l’émergence de la conscience. Cette hypothèse part du principe, controversé, que la physique classique et son déterminisme ne peut totalement expliquer la conscience. Ses fondements théoriques ont été posés dans les années 1960 en sciences mais depuis ses partisans ne sont pas encore parvenus à la démontrer. Cette théorie n’en est qu’à ses débuts, elle a pourtant le soutien de Roger Penrose et de Stuart Hameroff. Karl H. Pribram et Henry Stapp ont, de leurs côtés, proposé une variante.

 (hypothèse soutenue par Roger Penrose, Stuart Hameroff. Karl H. Pribram et Henry Stapp).

Nous sommes parvenus au terme de l’ouvrage de jean staune« Notre existence a-t-elle un sens? »Ma lecture de l’ouvrage nous a fait traverser les sciences de la matière, de l’Univers, de la vie, de la conscience et même la logique et les mathématiques. Ce voyage a été fait avec un minimum de préjugés philosophiques et religieux en partant des faits qui semblent importants pour la question « l’Univers et notre existence ont-ils un sens et s’inscrivent-ils dans un projet quelconque? ». Que pouvons-nous conclure après avoir vu de très nombreuses interprétations de ces faits et analysé les principales positions en dégageant celles qui semblent les plus crédibles? Nous avons vu dans la première partie de l’article 16-1) que lXXè siècle a vécu en science un événement rare: un changement dparadigme avec l’émergence d’un nouveau paradigme (voir aussi l’article 4) Vers de nouvelles lumières). Ce qui s’est passé est inégalé depuis 500 ans, depuis le passage du monde magique du Moyen-Âge à celui de la modernité, via la Renaissance et a eu une influence sur tous les domaines de la connaissance. Dans l’article 16-2) nous avons pu voir que cela a abouti à « l’Hiroshima du matérialisme scientifique » (explicité dans le complément 15c). Nous avons alors examiné quelles sont les réactions des matérialistes? 

Puis nous avons été amenés à nous poser la question: et si les cinq grands mystères ne faisent qu’un? En effet, depuis le début de mes articles il est question de cinq grands mystères qui ont été commentés et analysés:

– D’où provient l’Univers issu du big bang?

– Quelle est la nature des fondements de la réalité physique?

– Quelle est la nature de la conscience de l’homme?

– Qu’est-ce qui peut canaliser l’évolution de la vie?

– D’où provient la « déraisonnable efficacité » des mathématiques?

La conception philosophique qui pourrait permettre cette unification a été analysée dans l’article 15) (Une voie rationnelle vers le monde de l’esprit?), il s’agit du platonisme. C’est alors que s’est posée la question: et Dieu dans tout ça? En effet, l‘existence d’un autre niveau de réalité dont le notre ne serait que la projection (le platonisme), n’implique nullement l’existence de Dieu. Mais on peut décrire au moins sept étapes entre les considérations décrites dans l’article 16-1) et l’existence d’un Dieu personnel capable de répondre à nos prières. Ces 7 étapes ont été décrites dans l’article 16-2) au paragraphe 3) « Et Dieu dans tout ça, ». Cela pose ainsi les bases d’un rapprochement entre science et religion. Les étapes 5, 6,7 sont devenus possibles avec les nouvelles évolutions de nos connaissances mais pour le moment rien ne vient les suggérer directement. A partir de l’étape 4, on arrive dans le domaine où les pistes de mise en évidence sont plus visibles. Le principe anthropique, la possibilité que l’évolution soit orientée, la crédibilité retrouvée du dualisme, suggèrent (mais sans encore le prouver) que l’hypothèse qui est faite ici soit crédible. Maintenant, pour achever la conclusion de « ma lecture » du livre de Jean Staune, examinons les conséquences de toute cette évolution qui sont les éléments d’un rapprochement entre science et religion avant de revenir au point 3 (La réalité indépendante a-t-elle des caractéristiques qui la rapprochent d’un objet ou d’un esprit?). 

1) Science et religion, les éléments d’un rapprochement.

 

wikipedia.org -Mythe

Toutes les conceptions religieuses, qu’elles soient taoïstes, bouddhistes ou monothéistes, et qui se répartissent entre les étapes 4, 5, 6, 7 reposent sur une condition préalable: que le monde dans lequel nous vivons dans le temps et l’espace ne puisse pas complètement s’expliquer à partir de lui-même (qu’il ne soit pas ontologiquement suffisant). Or nous avons vu que cette condition et remplie, et de plus en plus, par nos connaissances objectives. En effet, Le projet même de la science classique, qui était de décrire tout le réel où nous vivons par lui-même, de montrer que notre monde est auto-explicatif, ontologiquement suffisant, qu’il est une grande mécanique aveugle bouclée sur elle-même a dû être abandonné, comme l’explique Jean Staune, avec l’émergence d’une « Nouvelle science« .  Par ailleurs, les faits que nous avons mentionnés renforcent l’idée que les religions ne sont pas de simples mythes. Cette évolution explique qu’on assiste de plus en plus à un rapprochement entre science et religion. A la question qui lui a un jour été posée: « Quelles sont les conquêtes de la science qui ont le plus soutenu une conception religieuse du monde? », la réponse de Erwin Shrödinger était: la relativité d’Einstein. Car l’espoir d’une vie hors du temps n’est plus absurde puisque le temps n’est plus un cadre absolu et indépassable au sein duquel tout existe. Nous avons vu que les évolutions de la physique, de l’astrophysique, de la cosmologie et des mathématiques ont considérablement confirmé et renforcé cette idée et montré que la réalité ultime n’était pas située dans l’espace-temps. 

 http://www.youtube.com/watch?v=L5F1_Cepw6U (Maiître Eckhart et la théorie apophatique)

Ces nouveaux rapports entre science et religion peuvent être classés en deux approches qui correspondent aux nouveautés épistémologiques qui ont été décrites dans mon article 16-1) (voir la voie de l’incomplétude au chapitre 2 et la possibilité nouvelle de réfléchir aux questions ultimes à partir de découvertes ou de théories scientifiques). La première approche peut être qualifiée d’apophatique en référence à la théologie apophatique, qui ne nous dit pas ce que Dieu est mais ce qu’il n’est pas. Cette approche ne dit rien de positif sur la question du sens, mais elle est fondée sur des résultats négatifs qui nous disent pourquoi on ne saura jamais certaines choses comme le principe d’incertitude en physique quantique ou le théorèmes de Gödel en logique. La deuxième approche, positive, est l’analogue de la théologie cataphatique qui nous parle, elle, directement de Dieu. Il s’agit alors de recenser les faits et « symptômes de sens », qui tendent à suggérer de façon directe, sans les prouver, qu’un sens pourrait exister dans l’Univers  et que nous ne sommes pas là par hasard (notre existence n’est pas un événement contingent, mais s’inscrit dans un processus). C’est ce que nous avons vu avec le principe anthropique, l’orientation de l’évolution (articles 12-1 et 12-2) , et l’hypothèse du dualisme corps-esprit qui redonne légitimité au concept d’âme. 

Une contradiction apparente fondamentale existe entre ces deux écoles de pensée qui abordent de manière opposée la façon dont science et sens peuvent interagir. La première dit, à l’instar de Bernard d’Espagnat: « L’Univers est porteur de sens parce que nous ne pouvons pas le comprendre (le « dévoiler ») entièrement. Parce que la science elle-même nous démontre qu’il y a un « au-delà »  de ce que la science peut appréhender. » La deuxième école se place dans le cadre de la pensée Einsteinienne: « l’Univers est porteur de sens parce que nous pouvons le comprendre, parce qu’il existe un lien entre notre esprit et la structure de l’Univers (ou l’esprit de son créateur. »

Comment sortir de cette apparente contradiction? Michael Heller, professeur de philosophie à l’Université pontificale de Jean-Paul II à Cracovie, combine les deux démarches. D’abord comme Bernard d’Espagnat: « Est-ce que les conquêtes inouïes de la science qui révolutionnent nos représentations de la réalité (le temps inversé, l’espace déformé, les particules perdant leur individualité, mais sont en communication sans l’aide du temps ni de l’espace), ne constituent pas un signe suffisamment clair de ce que la réalité ne s’épuise pas à ce que nous pouvons voir, toucher, mesurer et peser?« . Puis, à la façon d’Einstein: « Est-ce que le fait que le monde n’est pas seulement un concept abstrait, un modèle indescriptible, une équation non résolue, mais au contraire quelque chose qu’on peut mesurer, peser, toucher et éprouver n’indique-t-il pas la source originelle de l’être? » Ensuite, revenant aux arguments du type de ceux de Bernard d’Espagnat: « Est-ce que le fait que le monde se laisse néanmoins saisir en formules abstraites et en équations ne suggère pas que l’abstraction, c’est à dire la pensée, est plus originelle que le concret, c’est à dire la matière? » Et enfin Heller revient à la position d’Einstein: « Est-ce que la rationalité du monde, que présuppose, mais ne peut expliquer toute recherche scientifique, n’est pas un reflet d’un plan rationnel qui se cache dans chaque question scientifique posée au monde?« 

Il est ainsi possible de voir dans notre extraordinaire compréhension du monde un lien entre l’esprit de l’homme et celui d’un éventuel concepteur de l’Univers. Mais qu’il existe un autre niveau de réalité situé hors de l’espace, du temps, de l’énergie et de la matière vient renforcer, et non contredire l’idée selon laquelle l’Univers est porteur de sens puisque nous pouvons à la fois comprendre la partie de l’Univers qui nous est accessible et où d’autres dimensions existent, susceptibles d’abriter ce qui pourrait être à l’origine d’un projet dont notre niveau de réalité serait la réalisation. On voit donc comment science et religion peuvent se rapprocher. De très nombreux savants et théologiens se sont penchés sur ces questionnements. 

Dominique Laplane:

En plus de tous ceux qui ont été cités dans mes articles, on peut mentionner dans les pays anglo-saxons: Jonh PolkinghorneIan BarbourArthur PeacockeKeith WardPhilip ClaytonRobert RusselAlister Mac GrathDenis AlexanderFrancis CollinsRoald Hoffmann et en France: Thierry MagninPierre PerrierDominique LaplaneGustave MarteletJean-Michel MaldaméGuy LazorthesJean-Marie PeltAlain HouziauxFrançois EuvéChristophe ThéobaldJacques VauthierDominique LambertEric BoisJacques Goldberg, Jacques Arnould, et l’ouvrage Le savant et la foi dont les 10 auteurs sont membres de l’Académie des sciences, sans oublier l’ouvrage de Jean Guitton et des frères BogdanovDieu et la science.

Par ailleurs, des centres de science et religion ont été crées au sein d’Universités prestigieuses (OxfordCambridgeColumbia,) et de l’Américan Association for Advancement of Science, la plus grande association de scientifiques du monde. L’Université d’Harvard a aussi créé une chaire en science et religion. Nous assistons aujourd’hui, comme il y a un siècle environ, à la naissance de ce qu’on pourrait apppeler « les implications métaphysiques de la sience contemporaine« . La théologie peut aider la science à formuler certaines hypothèses qui paraissaient impensables, comme l’existence d’un autre niveau de réalité, le dualisme esprit-cerveaula vie après la mort…. et à l’inverse, la science peut aider la théologie à clarifier ses concepts. Ainsi, le concept central du christianisme, l’incarnation, est plus facile à penser quand on sait que les fondements de la matière sont « à la fois des ondes et des particules » plutôt qu’avec ce que les théologiens ont écrit depuis depuis 2000 ans si on ne veut pas adhérer à une Eglise. Ce n’est pas dire que la physique quantique soutient l’idée selon laquelle Jésus-Christ est à la fois « vrai homme » et « vrai Dieu »(comme je le crois en vérité dans ma foi), mais que l’existence d’états contradictoires généralisés dans les fondements de la matière rend cette notion plus concevable que certains débats sur le thème « Dieu peut-il avoir un fils?« 

wikipedia.org -Philosophie bouddhiste

De la même façon, des notions centrales du bouddhisme telles que l’interdépendance et l’impermanence peuvent être clarifiées à la lumière de la physique quantique et de l’astrophysique.

Tout en rejetant le concordisme simpliste qui prétendrait que les explications des phénomènes se trouvent dans des textes sacrés, on peut penser que certains concepts de base des grandes religions sont proches des concepts de certaines théories scientifiques récentes et que ce n’est pas un hasard. L’ouvrage de Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan, « l’infini dans la paume de a main » montre la richesse de cette démarche. Nous avons vu que qu’il est probable que l’esprit humain soit en contact avec un monde des vérités mathématiques (article 15) et il n’y a aucune raison que ce contact se limite à ces vérités mathématiques. Il se pourrait que des révélations existent et que les discours de science et de la religion sur le réel puissent se rapprocher au plan conceptuel (et non bien sûr sur la plan quantitatif et formalisé qui est celui de la pratique scientifique). Mais un long chemin reste à parcourir pour que la science ait l’humilité d’admettre que le religion a peut-être accès à des niveaux de réalité qu’elle peut à peine envisager et pour que la religion ait l’humilité d’évoluer en fonction des découvertes scientifiques. 

liens: http://www.asmp.fr/travaux/gpw/philosc/rapport1/thuan.pdf

http://www.staune.fr/Le-reenchantement-du-monde-une-cle.html

staune.fr -Science et foi: quelques conséquences philosophiques de l’émergence d’une « Nouvelle science »

lavoixdesallobroges.org -quand-la-matiere-nest-plus-materielle

asmp.fr -Débat d’ensemble sur la science et le réel

claude-tresmontant.com -dieu-ou-l-univers-auto-suffisant?

lemondedesreligions.fr -Dieu et la science _La matière : la révolution quantique

sergecar.perso.neuf.fr -Dieu, la raison et l’existence

wikipedia.org -mécanique quantique et ontologie

franceculture.fr -Qu’est-ce que le statut du réel en physique ?

dailymotion.com -La véritable nature du réel (Document exceptionnel extrait d’une conférence à l’Ile de La Réunion par le chercheur français Frank Hatem, épistémologue métaphysicien, qui le premier dans l’histoire connue de l’humanité a expliqué la cause originelle de l’effet de matière, contenu dans le fait que tout est esprit. C’est la dualité conscience-répulsion et amour-attraction qui, là où ils se confrontent, c’est-à-dire partout, donne l’effet de limite de la vitesse de la lumière et de particule atomique.)

academic.ru/dic.nsf -les concepts de la théologie

alhassanain.com/french -Problématique de la science actuelle: Science et Transcendance (Michael Heller Les limites du langage et du sens commun)

staune.fr -Lettre a Dominique Lambert sur le réenchantement du monde

cles.com -La science conduit-elle à la transcendance ? Par Jean Staune

biblisem.net -LE SAVANT ET LA FOI Des scientifiques s’expriment Introduction de Jean Delumeau

franceinfo.fr -la pensée de Dieu

franceinfo.fr -« La fin du hasard », des frères Bogdanov

scienceandtheology.wordpress.com -Ian Barbour: la vue d’un biologiste de la science et de la religion

undpress.nd.edu -Robert John Russell: temps dans l’éternité: (robert john russell: time in eternity)

eecho.fr -Le scientisme, menace permanente Entretien de Pierre Perrier avec Bernard Dumont,

wikipedia.org -Histoire de la métaphysique

wikipedia.org -Portail Christianisme   wikipedia.org -Jésus-Christ    wikipedia.org -Jésus de Nazareth

epistheo.com -Comment Dieu peut-il avoir un fils?

wikipedia.org -Philosophie bouddhiste    wikipedia.org -Anitya (impermanence)

htbuddhaline.net -De l’interdépendance-portee     matthieuricard.org

trinhxuanthuan.com -L’infini dans la paume de la main: du big bang à l’éveil

claude-tresmontant.com -La métaphysique, pont entre le science et la théologie?


2) Quelle réponse à la question la plus importante qui soit?

(voir l’article 3) Comment ébaucher un « traité de la condition humaine? » chapitre 2: La question fondamentale- la condition humaine).

sagesse


Si l’évolution des connaissances redonne une crédibilité (sans toutefois les prouver) aux conceptions religieuses du monde, qui apparaissaient comme de simples contes de fées à l’époque moderne, c’est une bonne nouvelle qui réjouira ceux qui suivent ces religions. Mais pour ceux qui, et ils sont nombreux, qui ne se reconnaissent en aucune d’entre elles, quelle sera la réponse à la question que nous posons ici? Il nous faut maintenant revenir à la fin de l’article 16-2, au chapitre 3.  Nous avons démontré le point 1) (« l’insuffisance ontologique » de la réalité dans laquelle nous vivons) et qu’il est probable (point 2) que l’esprit humain soit en contact avec un autre niveau de réalité, au moins en ce qui concerne la vérité en mathématiques. Ceux qui ne se retrouvent dans aucune religion sont maintenant face à la troisième des 7 étapes que nous avons décrites dans ce chapitre. Et là, ils doivent, hors de toute conception religieuse, choisir entre deux thèses formulées ainsi par Bernard d’Espagnat dans « Un atome de sagesse« :

« Thèse 1: La réalité de « base », le réel voilé, la réalité-derrière-les-choses, la réalité éternelle cela est la chose essentielle.. C’est à sa connaissance et à son amour que les hommes doivent aspirer pour se parfaire;

Thèse 2: La réalité de « base » est fondamentalement inintéressante et banale. A partir de ce matériau, soit informe, soit à la limite « inexistant », L’homme doit se créer lui-même en développant sa liberté. »  

La première thèse implique que la réalité fondamentale soit un Ëtre, quel qu’il soit, et que notre existence a un sens, même si nous ne savons pas lequel. La deuxième thèse implique que notre existence ne saurait avoir d’autre sens que celui que nous lui donnons nous-même. Le choix est entre un néomatérialisme (on ne parle maintenant même plus de matérialisme classique) et un spiritualisme ou un non-matérialisme quel qu’il soit.  

Comment Bernard d’espagnat fait-il ce choix? Comment parle-t-il de cette réalité indépendante, de ce réel voilé à priori ineffable, qu’on ne peut évoquer qu’en termes apophatiques? Il adopte une position qui rejette à la fois le scientisme, le positivisme et la position d’Einstein, position proche de celle de Michael Heller que nous venons d’analyser au chapitre 1). Il affirme dans « à la recherche du réel« , que si cette réalité n’est pas descriptible, nous pouvons tout de même avoir quelques lueurs sur elle; « D’une manière vague et impossible, hélas, à préciser! Je suis donc malgré tout amené à reconnaître que les structures de la physique mathématique sont au moins un point de rencontre entre l’homme et l’être: et qu’à ce titre, elles ouvrent au premier des perspectives – lointaines et mystérieuses cependant non illusoires – vers le second. » Cette démarche, est proche de notre étape 2 sauf qu’elle concerne la physique et non les mathématiques. Une fois établie l’existence vraisemblable de ce premier point de contact entre l’esprit de l’homme et la réalité indépendante, d’autres points de contact peuvent exister tels que la beauté, l’art, le sacré. D’Espagnat rejette toute conception anthropomorphique de ce être, mais il est envisageable pour lui qu’une relation puisse s’établir entre l’homme et l’Etre, qu’il traduit par l’expression « un appel de l’Etre à l’homme ». Cela l’amène à considérer comme plausible le témoignage de ceux qui ont reçu de tels appels (tels des mathématiciens: voir l’article 15: Une voie rationnelle vers le monde de l’esprit?). André Comte Sponville a demandé à Bernard d’Espagnat durant le colloque organisé par La Croix en 1992: « La réalité voilée nous aime t-elle?« . En fait, rien ne nous le garantit et la question, trop anthropomorphique n’a peut-être pas de sens. Mais, plus tard, Bernard d’Espagnat a affirmé que nous devrions l’aimer, cette réalité ultime, que nous devrions y admirer « la source des phénomènes, de la beauté et des valeurs et aspirer à la rejoindre tout en la sachant aussi inaccessible que l’horizon. » Ainsi, même si on ne peut en connaître les caractéristiques, l’existence de points de contacts probables ou plausibles entre l’homme et elle, via la science, l’art, le sacré, la beauté, voire la mystique, nous laisse à penser qu’il s’agit bien d’un Etre et non d’une chose. 


Einstein aurait lui aussi, comme D’Espagnat, choisi la première thèse. Il parlait de l’intelligence qui se manifeste à travers les lois de la nature et manifestait une religiosité cosmique qui l’a amené à dire: «La science sans la religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle» (voir « la religion cosmique d’Einstein« . Il en est de même de nombreux scientifiques parmi lesquels on peut citer Eugène WignerGeorge WaldLothar SchäferMénas Kafatos..On peut conclure avec Arthur Eddington qui a dit: « l’étoffe même du monde est comparable à celle d’un esprit, le substrat de tout ce qui existe a un caractère mental. » Tous ces scientifiques estiment que la réalité indépendante a des caractéristiques qui la rapprochent de celle d’un esprit, ce qui élimine l’option du matérialisme.

Une autre piste que ces deux thèses a été fournie par Stéphane Lupasco et Basarab Nicolescu, c’est le développement d’une logique ternaire permettant de dépasser les contradictions qui apparaissent à notre niveau de réalité comme la dualité onde-corpuscule qui apparaît hautement contradictoire dans notre niveau habituel de réalité. Mais la contradiction n’existe plus à un autre niveau de réalité, celui du monde quantique. Lupasco a développé une logique dans laquelle il y a trois états (A, non A et « T », l’union des contradictoires) et non plus deux, mais dans laquelle le troisième état, l’état « T » se situe à un autre niveau de réalité que les deux premiers. Nicolescu, lui, en a déduit une conception de la réalité reposant sur toute une série de niveaux, chacun résolvant les contradictions existant au niveau inférieur. Cette réalité est riche de sens, mais pour des raisons différentes de celles de NicolescuPour luii, nous étions en danger de mort avec une pensée unique prônant « un seul niveau de Réalité horizontal, où tout tourne en rond et engendre fatalement le chaos, l’anarchie, l’autodestruction. Nous sommes en train de passer à une époque de « danger de vie », par la reconnaissance de différents niveaux de Réalité, ouvrant une dimension ontologique, verticale, multiple, polyphonique. » Cette approche, qui débouche sur la transdisciplinarité, intègre le sacré: « Le problème du sacré, compris en tant que quelque chose d’irréductiblement réel dans le monde, est incournable pour toute approche rationnelle de la connaissance. On peut nier ou affirmer la présence du sacré dans le monde et en nous-mêmes, mais on est toujours obligé de se référer au sacré, en vue d’établir un discours cohérent sur la réalité… Le modèle transdisciplinaire de la Réalité jette une nouvelle lumière sur le sens du sacré. Une zone de résistance absolue relie le Sujet et l’Objet, les niveaux de Réalité et les niveaux de perception«  (le tiers et le sacréla transdisciplinarité.

Une autre démarche, plus proche du panthéisme est celle d’Henri Stapp (« physique quantique et valeurs humaines UNESCO : 20 mai 2000 » et « mindfull universe« . Pour lui, le caractère global, universel, holistique de la réalité peutêtre source de valeurs admises par tous.

André comte Sponville a affirmé que la physique ne peut pas répondre à la question relative à la nature de la réalité de base, mais il propose que nous options pour l’une ou l’autre solution en nous appuyant sur la science et non par un choix arbitraire (article 6 deuxième partie chapitre 4 b). Et si la science ne démontre pas l’une des deux thèses de ce chapitre, elle montre clairement une direction, celle de la thèse N°1, celle d’une réalité ultime qui soit porteuse de sens. C’est en tout cas la conclusion à laquelle arrive Paul Davies à la fin de son célèbre ouvrage « L’esprit de Dieu« : « Je ne puis croire que notre existence dans cet Univers soit un simple caprice du destin, un accident de l’histoire, un incident fortuit dans le grand drame cosmique. L’espèce physique homo ne représente peut-être rien, mais l’existence de l’esprit dans un organisme sur une planète dans l’Univers est sûrement un fait d’une signification fondamentale. L’Univers a engendré la conscience de soi à travers les êtres humains. Ce ne peut être un détail anodin ou une production marginale de forces absurdes et dépourvues de finalité. Notre présence ici a un sens réel. 

Ainsi s’achève la conclusion de ma lecture du livre de Jean Staune notre existence a -t-elle un sens? Dans le prochain article un épilogue résumera cette démarche. 

liensstaune.fr -le réel voilé de Bernard d’Espagnat

asmp.fr -débat: association des sciences morales et politiques

lemondedesreligions.fr -Dieu et la science (qu’est-ce que le réel?)
regardauvergne.com -Le réel voilé de Bernard d’Espagnat
cles.com -Le réel demeure voilé Par Patrice van Eersel
gillesguerin.com -Albert Einstein, ses découvertes et leurs conséquences au plan philosophique

hubertelie.com -Einstein et Dieu ou le temps de l’Univers-Dieu

staune.fr -A la recherche du réel (entretien avec Bernard d’Espagnat)

institutlustiger.fr -science et foi Colloque organisé La Croix (1992): Intervention du CARDINAL JEAN-MARIE LUSTIGER
willeime.com -Einstein, Dieu et la religiosité cosmique

halshs.archives-ouvertes.fr -La religion cosmique d‟Einstein (Michel PATY, Dr de recherche au CNRS) 
halexandria.org -Lothar Schäfer (à la recherche de la Réalité divine; science comme source d’inspiration)
groupebena.org -Le réel quantique (Lothar Schäfer)
teilhard.org -Lothar SCHÄFER: physique quantique dans la pensée de Teilhard de Chardin et nouvelle vue de l’évolution biologique
librelivre.net -Physique quantique de la conscience par Menas Kafatos
wikipedia.org -Stéphane_Lupasco et la logique du contradictoire
htcybergeo.revues.org -La logique ternaire de Stéphane Lupasco
dominique.temple.free.fr -Lupasco ou la puissance de la pensée
charlatans.info -Confusion quantique, la physique moderne confirme-t-elle le paranormal ?
cles.com -Pour une logique ternaire Extraits des débats
ciret-transdisciplinarity.org -BASARAB NICOLESCU Le tiers et le sacré
scribd.com -Basarab Nicolescu, Niveaux de Réalité et non-réductionnisme – Jung, Pauli, Lupasco (problème psychophysique)    barbier-rd.nom.fr -BASARAB NICOLESCU Le tiers inclus – De la physique quantique à l’ontologie    caravancafe-des-arts.com -Nicolescu: l’étonnement, le monde Quantique

rectoversion.com -Nicolescu: Le tiers inclus, de la physique quantique à l’ontologie

asmp.fr -débat (avec nicolescu)   asmp.fr -Niveaux de Réalité Basarab Nicolescu
basarab-nicolescu.fr -BASARAB NICOLESCU LA TRANSDISCIPLINARITÉ 
informationphilosopher.com -henri stapp le philosophe de l’information
revue3emillenaire.com -Conscience et valeurs dans l’univers quantique par Henry P. Stapp
agoravox.fr -A quoi sert la conscience humaine ? La question de l’observateur en physique. A propos de Mindful Universe, Quantum Mechanics and the Participating Observer, de Henry Stapp

Penseurs et scientifiques:jean staune     Erwin Shrödinger    Einstein   Bernard d’Espagnat    Michael Heller     Jonh Polkinghorne      Ian Barbour      Arthur Peacocke   Keith Ward     Philip Clayton    Robert Russel        Alister Mac Grath    Denis Alexander      Francis Collins        Roald Hoffmann      Thierry Magnin       Pierre Perrier     Dominique Laplane    Gustave Martelet      Jean-Michel Maldamé      Guy Lazorthes       Jean-Marie Pelt    Alain Houziaux     François Euvé      Christophe Théobald     Jacques Vauthier     Dominique Lambert     Eric Bois     Jacques Goldberg      Jacques Arnould    Jean Guitton    frères Bogdanov   Matthieu Ricard  Trinh Xuan Thuan        André Comte Sponville    Eugène Wigner     George Wald     Lothar Schäfer   Ménas Kafatos  Arthur Eddington    Stéphane Lupasco    Basarab Nicolescu  Henri Stapp

Jean-Paul II    Jakob_Bôhme    

reenchanterlemonde.com

 

4 réflexions au sujet de « Notre existence a-t-elle un sens 16-3) Conclusion du livre « notre existence a-t-elle un sens » »

  1. Oh, l’extraordinaire richesse de votre article, Jean-Michel, cette sagesse inépuisable…
    J’ai adoré la vidéo sur Maître Eckhart, il me faudra une bonne semaine pour explorer les autres.
    Merci de mettre tout cela à notre disposition, je reviendrai…

    • J’ai aussi du mal à exploret tous mes liens. Mais on a tout le temps, je reviens sur mes articles quand j’en éprouve le besoin. J’aimerai bien les conserver sur mon disque dur mais je ne sais pas comment les transférer de blogger sur les documents. Avec tout ça, je suis un peu débordé et j’ai encore quelques uns de vos articles en attente de lecture. Au plaisir des partages , amitiés.

      • Je comprends que vous soyez débordé, avec toutes les recherches que vous faites…
        Ne vous inquiétez pas pour mon blog, vous venez souvent, je sais que votre intérêt est sincère et je vous en remercie.
        Moi non plus, je n’arrive pas toujours à tout explorer chez vous… nous faisons au mieux😀
        Mes amitiés et belle semaine

  2. J’ai aussi du mal à exploret tous mes liens. Mais on a tout le temps, je reviens sur mes articles quand j’en éprouve le besoin. J’aimerai bien les conserver sur mon disque dur mais je ne sais pas comment les transférer de blogger sur les documents. Avec tout ça, je suis un peu débordé et j’ai encore quelques uns de vos articles en attente de lecture. Au plaisir des partages , amitiés.

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