Notre existence a-t-elle un sens? 16-2) Conclusion du livre « notre existence a-t-elle un sens »



Notre existence a-t-elle un sens? 16-2) Conclusion du livre « notre existence a-t-elle un sens » 

partie 2: Science et sens, raison et religion

Cette série d’articles dans la catégorie « notre existence a t-elle un sens »? est  l’expression de  ce que j’ai écrit dans la présentation de mon blog: « Les merveilles de la nature me fascinent. Mes réflexions: le sens de l’Univers et de l’existence. En moi, il y a deux mondes: le monde extérieur du « faire »et le monde de l’intérieur, non conscient, mais tout autant réel. Ma devise: l’essentiel, c’est l’amour, amour du sacré. Mes modèlesJésus (l’amour),Pythagore (la mathématique), Einstein (la physique) ».

Je voudrais faire partager la lecture du livre de Jean Staunenotre existence a-t-elle en sens,  avec mes réflexions et les liens qu’elle m’a permis découvrir à travers internet. Ma quête est de retrouver (avec Jean Staune), le réenchantement du monde au cours des articles.


Mes articles déjà parus dans cette rubrique:

Exergue: « Par opposition au scientisme dominant de la fin du XIXè siècle, on voit aujourd’hui de nombreux scientifiques, forts de ces nouvelles hypothèses ou de ces nouvelles théories, orienter le science vers un autre ordre de réalité, considéré désormais non plus comme concurrent, mais comme complémentaire de son domaine. » Jean-Marie Pelt

 « Nous pouvons renoncer à la vision mécaniste du Monde. la métaphysique de l’objet est périmée. A nouveau et avec joie, nous pouvons poser en toute légitimité la question de l’être. » Bernard d’Espagnat

wikipedia.org -Esprit quantique 

« L’esprit quantique est une hypothèse qui suggère que des phénomènes quantiques, tels l’intrication et la superposition d’états, sont impliqués dans le fonctionnements du cerveau et en particulier, dans l’émergence de la conscience. » (hypothèse soutenue par Roger PenroseStuart HameroffKarl H. Pribram et Henry Stapp). 

Nous sommes parvenus au terme de l’ouvrage de jean staune« Notre existence a-t-elle un sens? ». Ma lecture de l’ouvrage nous a fait traverser les sciences de la matière, de l’Univers, de la vie, de la conscience et même la logique et les mathématiques. Ce voyage a été fait avec un minimum de préjugés philosophiques et religieux en partant des faits qui semblent importants pour la question « l’Univers et notre existence ont-ils un sens et s’inscrivent-ils dans un projet quelconque? ». Que pouvons-nous conclure après avoir vu de très nombreuses interprétations de ces faits et analysé les principales positions en dégageant celles qui semblent les plus crédibles? Nous avons vu dans la première partie de cet article 16-1) que lXXè siècle a vécu en science un événement rare: un changement de paradigme avec l‘émergence d’un nouveau paradigme (voir aussi l’article 4) Vers de nouvelles lumières). Ce qui s’est passé est inégalé depuis 500 ans, depuis le passage du monde magique du Moyen-Âge à celui de la modernité, via la Renaissance et a eu une influence sur tous les domaines de la connaissance. Reprenons la liste des bouleversements décrits au chapitre 1) de l’article 16-1) et regardons les conséquences sur le matérialisme ou du moins celui qui prétend s’appuyer l’objectivité qu’apporte la démarche scientifique.

1) L’Hiroshima du matérialisme scientifique (voir complément 15c).

blogouvertsuractu.com -Hiroshima mon amour!

– L’affirmation classique « tout est matière » n’a plus de sens sur le plan scientifique. Il suffit de se référer aux articles 6-1 et 6-2 (« Vers un réalisme non-physique ») pour vérifier que les fondements des objets se sont en quelque sorte dissous. Banesh Hoffmann ami d’Einstein et auteur de l’étrange histoire des quanta, a écrit que les protons, les électrons ne sont pas localisés dans l’espace et le temps (même quand ils constituent des objets qui, eux, sont localisés!) et peuvent passer à travers les murs. De plus, la réalité est non-locale et si on veut être réaliste, il semble qu’il faille postuler avec Bernard d’Espagnat un « réalisme non physique » de type platonicien (voir les articles 6-1 et 6-2). 
 Alors que durant plusieurs siècles la science et la cosmologie avaient déconstruit toutes les visions religieuses anthropocentriques, contre toute attente (voir articles 9-1 et 9-2), les recherches en astrophysique ont introduit à l’intérieur de la science la question de la finalité et de l’existence d’un Dieu, d’un principe créateur ou d’un Grand Architecte (à moins d’imaginer (comme Brian Green), une infinité d’univers parallèles). Ceci fait voler en éclat, (comme on l’a vu dans l’article précédent), un tabou et contribue à découpler la science du matérialisme méthodologique et non pas seulement la science et le matérialisme philosophique, ce que la physique quantique avait commencé à faire.

– L’ennemi absolu du matérialisme, le dualisme (la conception selon laquelle un esprit séparé de la matière peut exister) redevient crédible depuis que la physique quantique a montré qu’une dimension non physique de la réalité pouvait exister et interagir avec la notre (voir l’article 14-2)

– Le « paradigme même de la rationalité classique » (l’idéal d’axiomatisation rêvé par David hilbert) a été anéanti par les théorèmes de Gödel qui, en renforçant une conception platonicienne de la vérité en mathématiques, apporte une crédibilité au témoignege des grands mathématiciens disant qu’ils sont en contact avec un « monde des mathématiques » qui n’est pas une création de leur esprit (voir article 15).

– L’idée d’une évolution orientée, canalisée ou non, pouvant se répéter, développée par Christian de Duve, Conway-Morris ou Michel Denton donne une crédibilité scientifique à des intuitions comme celles de Teilhard de Chardin, qui avancent que la contingence ne règne pas en maître dans le domaine de la biologie et qu’un être conscient de lui-même devait apparaître, que nous étions en quelque sorte « attendus », voire que les « noeuds’ du grand arbre de la vie sont « prédéterminés depuis le big bang. » (Voir les articles 12-1 et 12-2 paragraphe 4)


Ainsi, la science a dévasté comme une tornade le paysage du matérialisme dont les fondements se sont écroulés… à l’exception du darwinisme. Comme on l’a vu dans l’article précédent 16-1) au chapitre 1) « on peut être assuré que les conceptions de Newton, Laplace, Hilbert, et sans doute celles de Changeux ou Crick ne sont plus des descriptions scientifiques adéquates, mais il n’y a pas d’expérience décisive qui permette de rejeter les conceptions darwiniennes. »  C’est pourquoi les matérialistes s’y attachent avec l’énergie du désespoir. Bien qu’il soit rongé de différente côtés, tout ce qu’il reste du matérialisme s’est écroulé autour de lui, comme le « représente » l’image ci-dessus, qui celle d’Hiroshima après la bombe; Un seul et unique bâtiment, en ruine, mais fermement debout, domine un paysage dévasté. C’était le Genbaku Dome…mémorial de la paix d’Hiroshima, à l’origine le Palais d’exposition industrielle (le musée des sciences et techniques), qui devait présenter une image très classique de la science en cette ère Meiji au Japon. Quelle allégorie de la situation du scientisme et du matérialisme en ce début de IIIè millénaire! Le matérialisme n’est certes pas anéanti, mais il doit se reconstruire presque entièrement s’il veut rester crédible, à l’instar de la ville d’Hiroshima qui est aujourd’hui une ville florissante de plusieurs millions d’habitants. Comme le disent Parabod et Ortoli, que nous avons déjà cités, le marérialisme est encore possible, mais sous la forme qu’il reste à élaborer, d’un matérialisme de science-fiction.


Quelles sont alors les réactions des matérialistes? 

La lutte de Jacob avec l’ange (traité d’athéologie)

– La position de Guillaume Lecointre, d’Yvon Quiniou et des membres de l’Union rationaliste ou de la Libre pensée est de se boucher les yeux et les oreilles en affirmant que tout va bien pour le matérialisme. Pour Quiniou, « le matérialisme ça ne se discute pas« . Pour cette école, l’heure à laquelle le spiritualisme apparaîtra comme une illusion est proche et les bouleversements actuels, loin d’être des légitimes débats à propos des progrès de nos connaissances, sont d’inacceptables « intrusions spiritualistes. »

– Avec Marceau Felden (« Et si l’homme était seul dans l’Univers« ), il s’agit de prendre le taureau par les cornes et d’essayer de reconstruire les piliers qui se sont effondrés. Felden affirme la validité du darwinisme et soutient (sans autre preuve que de décrire des mécanisme physico-chimiques), que le cerveau produit la pensée, comme c’est décrit dans cet article. Il rejette le principe anthropique sans analyse. Il mentionne le théorème de Gödel mais sans préciser plus ce qu’il apporte. Quand à la non-localité, il écrit: « Dans certaines expériences délicates ayant pour objet de tester la théorie quantique sont apparues des difficultés d’interprétation impliquant que la relativité restreinte, la physique et la localité ne peuvent  toutes les trois être simultanément compatibles. Cependant, malgré de nombreuses discussions, en l’état actuel de nos connaissances le problème reste obscur, de sorte que toute conclusion demeure incertaine empêchant de où est la faille. »  C’est ne pas voir une évidence pour laquelle Jean Bricmont, physicien pourtant ultramatérialiste, affirme: « la non-localité existe, c’est tout. » Alors, on peut se demander ce que reconstruit Felden du matérialisme?  

– Pour Michel Onfray (Traité athéologie« ), la réponse est de ne pas se préoccuper de la science et s’affirmer matérialiste et soutenir sa position en montrant « l’horreur des religions » de façon à légitimer a contrario le matérialisme. Sait-t-il  qu’il fait exactement ce qu’il reproche aux religions, enseigner une simple croyance sans base rationnelle?
– On peut, comme André Comte Sponville, déclarer que le matérialisme n’est qu’une croyance parmi d’autres, en définissant le matérialisme comme une théorie de l’esprit qui n’a pas les caractéristiques de l’esprit, sans utiliser le mot matière, car il a bien intégré la physique quantique. C’est une position raisonnable et sans doute la plus respectable, qui a l’intelligence de reconnaître que le matérialisme est une simple croyance. 

– Sortir des limites du matérialisme sans adhérer à une religion semble être la position de Luc Ferry (L’homme Dieu ou le sens de la vie) quand il affirme qu’il y a dans l’homme quelque chose que n’expliquent ni la culture (donc l’éducation), ni la nature (donc la génétique), et qu’il rejette la transcendance au profit d’une « transcendance dans l’immanence« . Cette dernière formule évoque en fait le panthéisme

– Une ultime réaction est de reconnecter le matérialisme avec la nouvelle réalité issue des sciences en postulant des univers parallèles en astrophysique (tel Brian Greene dans « la réalité cachée), ou des interprétations de la mécanique quantique selon lesquelles nous vivons dans une « bulle » d’illusions sans pouvoir nous rendre compte que les autres ont chacun une perception différente d’une même situation que nous vivons ensemble (voir le « solipsisme convivial » de Hervé zwirn dans les « Limites de la connaissance » et mon article Les limites de la connaissance 6-5) réalisme et monde quantique). 
Or ces positions sont irrationnelles aux yeux de nombreux matérialistes, ce qui signifie que le matérialisme devient extrêmement difficile à penser. En conclusion, le matérialisme n’est peut-être pas impossible, mais il doit se reconstruire mais cette reconstruction n’a pas encore commencé.

Vidéo: luc Ferry, la transcendance dans l’immanence:

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liens: staune.fr -Voyage au coeur de l’obscurantisme

wikipedia.org -Union rationaliste    wikipedia.org -Libre pensée    fnlp.fr/

staune.fr -Matérialisme méthodologique

lemonde.fr -Le matérialisme ça ne se discute pas

noetique.eu -Mort du matérialisme et du rationalisme

revue3emillenaire.com -lLe Cerveau, l’Intelligence artificielle et le futur par Marceau Felden

neur-one.fr -Qu’est-ce que la pensée? où il est dit que le cerveau crée la pensée

automatesintelligents.com -Et si l’homme était seul dans l’univers ?

mo.michelonfray.fr -le blog

icrc.org -« L’homme-Dieu ou le sens de la vie » et « L’humanité perdue, Essai sur le XXe siècle »

ressources-cla.univ-fcomte.fr -L’HOMME-DIEU OU LE SENS DE LA VIE (Essai) de Luc Ferry

asmp.fr -5- Mécanique quantique et connaissance du réel Hervé Zwirn

boris.saulnier.free.fr -Compte-rendu de « Les limites de la connaissance » (H. Zwirn, Odile Jacob, 2000)

monblogdereflexions.blogspot.fr -Les limites de la connaissance 6-5) Réalisme et monde quantique: conséquences philosophiques.

2) Et si les cinq grands mystères ne faisent qu’un?

sophrologie-aberset.ch -la caverne de platon

Depuis le début de mes articles il est question de cinq grands mystères qui ont été commentés et analysés:

– D’où provient l’Univers issu du big bang?

– Quelle est la nature des fondements de la réalité physique?

– Quelle est la nature de la conscience de l’homme?

– Qu’est-ce qui peut canaliser l’évolution de la vie?

– D’où provient la « déraisonnable efficacité » des mathématiques? » (En 1960, le physicien Eugène Wigner avait publié un célèbre article au titre provocateur : «La déraisonnable efficacité des mathématiques dans les sciences naturelles2.»

Jusqu’à présent, nous avons donné des interprétations à l’intérieur de la science, ce qui a amené à une nouvelle façon de la concevoir, à la fois consciente de ses limites en ce qui concerne ses possibilités de décrire le monde, et ouverte à des questions qui lui paraissaient impossibles à traiter auparavant. Maintenant nous allons sortir du cadre de la science et de l’interprétation des faits pour nous tourner vers la philosophie qui pourrait, elle, être capable d’unifier les cinq mystères. La conception philosophique qui pourrait permettre cette unification a été analysée dans l’article 15) (Une voie rationnelle vers le monde de l’esprit?), il s’agit du platonisme.

La première forme de platonisme fut défendue par Platon dans le cadre de la célèbre théorie des idées. Le platonisme est souvent opposée au réalisme en classant Platon dans le camp des idéalistes, ce que conteste Alain_(philosophe): « Platon n’est idéaliste comme on le dit. Le monde de Platon n’est nullement un songe, au contraire il est dur comme le diamant, et est toujours le même. C’est notre vie qui est un songe. » Pour Bernard d’Espagnat, le platonisme est un réalisme des essences. (voir l’article 6 paragraphe 4: il ne reste a priori que le réalisme non physiqueOr celui-ci repose sur une ontologie de type platonicien comme le dit Bernard d’Espagnat« Les Idées de Platon ne sont pas dans l’espace-temps mais elles existent indépendamment de l’esprit humain et sont les causes des phénomènes. ») Le fameux « mythe de la caverne » (dans « La République« ), dit que nous n’avons accès qu’à des ombres d’objets ou de personnes se projetant sur le mur d’une caverne, alors que les objets ou personnes en question sont, eux, situés à l’extérieur de la caverne. Il y a donc bien une réalité dans la philosophie de Platon, mais nous n’y avons pas un accès direct, car elle ne se situe pas au même niveau que nous. Le monde que nous observons n’a pas d’existence indépendante, Il n’est qu’une projection de ce qui existe vraiment et réellement.

Nous avons vu que le réalisme philosophique des physiciens est souvent un peu platonicien puisque la réalité physique ne peut plus avoir des fondements conçus comme immergés dans le temps et l’espace. Dans l’article 15) nous avons vu les mathématiciens Andrew Wiles, Alain ConnesRoger Penrose ou Kurt Gödel exprimer leur conviction d’être en contact avec un monde platonicien des idées mathématiques. Gödel a de plus montré que même au coeur des mathématiques, la vérité est une notion plus vaste que celle de « démonstratibilité ». Par ailleurs, dans le domaine de l’évolution, nous avons noté au chapitre 1) que pour Christian de Duve ou Conway-Morris, l’évolution est orientée, canalisée par … des formes platoniciennes répondent Michael Denton et D’arcy Thompson. Pour eux, un animal par exemple n’est qu’une des projections diverses et variées de l’archétype de l’espèce à laquelle il appartient. C’est l’existence de ces archétypes qui fait passer l’évolution d’un état stable à un autre état. Pour ce qui concerne la cosmologie, ce que nous savons est assez platonicien: notre Univers n’existe par lui-même et provient de quelque chose d’autre, le temps et l’espace ne sont pas absolus et ont eu un commencement. Pour terminer, l’idée selon laquelle l’esprit ne serait nullement une création du cerveau, c’est à dire le dualisme, concept dont nous avons vu dans l’article 14-2 qu’il est l’un des plus probables, mais aussi l’un des plus scandaleux pour la science classique,  cette idée est naturelle et évidente dans la cadre platonicien, comme Platon l’a développé avec « le mythe d’er. »


Ce principe unificateur permet de regrouper l’ensemble des problèmes que nous avons abordés, il remplace les cinq mystères par un  seul mais sans le résoudre. En effet, qu’est-ce que cette réalité platonicienne? Cependant nous progressons, car nous sommes maintenant dans la même situation que les hommes de la caverne s’ils avaient compris qu’ils voyaient des ombres d’objets et non une réalité indépendante, réalité en soi, ce qui aurait constitué pour eux un progrès remarquable. Dans la démarche que nous avons suivie avec Jean Staune, démarche guidée par la rationalité et la connaissance empirique, un « platonisme scientifique » semble un bon choix pour remplacer un « matérialisme scientifique » que la science a discrédité. Nous allons maintenant examiner ce que cela peut nous apporter pour répondre à la question qui est au centre de mes articles, celle du sens de l’existence.


liens: philolog.fr -explication de-l’allégorie de la caverne    sophrologie-aberset.ch -la caverne de platon

blogg.org/blog -monde platonicien des idées mathématiques

www.cnrtl.fr -définition de l’archétype
blogs.mediapart.fr -Une grosse erreur de Darwin
asmp.fr -La réalité en soi? Physique et Réalité, une introduction à la question Bernard d’Espagnat
evangile-et-liberte.net -Physique et réalité, entretien avec Bernard d’Espagnat
futura-sciences.com -réalité La causalité classique remise en question par la physique quantique
Penseurs: Teilhard de Chardin    Brian Green   Bernard d’Espagnat    Banesh Hoffmann      Einstein

Christian de Duve   Conway-Morris Michel Denton

 Guillaume LecointreYvon Quiniou   Marceau Felden  Luc Ferry   André Comte Sponville   Michel Onfray   Alain_(philosophe)  Platon


3) Et Dieu dans tout ça! 

L’existence d’un autre niveau de réalité dont le notre ne serait que la projection (le platonisme), n’implique nullement l’existence de Dieu. On peut décrire au moins sept étapes entre les considérations décrites dans l’article 16-1) Conclusion du livre « notre existence a-t-elle un sens » partie 1 et l’existence d’un Dieu personnel capable de répondre à nos prières. Chacune d’entre elles nécessite de faire une hypothèse supplémentaire. Cette démarche permet de préciser sa propre position et chacun doit voir ainsi s’il peut aller jusqu’au bout ou sinon à quel moment il refuse de faire un pas supplémentaire. Voici les hypothèses:

1) « la réalité indépendante, ce qui existe vraiment, n’est pas localisée dans le temps ni dans l’espace. » Rejeter cette hypothèse, comme certains matérialistes purs et durs le font, serait une position « métaphysique » peu compatible avec le progrès de nos connaissances.

2) « L’esprit humain a un lien étroit avec cette réalité indépendante. » Nous sommes toujours dans le platonisme (On ne peut considérer ce point comme démontré).

3) « La réalité indépendante a-t-elle des caractéristiques qui la rapprochent d’un objet ou d’un esprit? » Les néo-matérialistes ou « matérialistes ouverts« , qui acceptent les résultats des sciences (physique quantique) ou le théorème de Gödel s’arrêteront ici. Les spiritualistes, eux, feront un pas de plus: ils appelleront « être  » cette réalité ne soi.

4) « Cet être ne se cantonne pas à la réalité indépendante, il cherche à se manifester dans notre monde, celui des phénomènes. L’existence d’êtres conscients d’eux-mêmes est l’une ces manifestations. » Cette position implique une finalité dans l’évolution de la vie et l’existence d’une vie après la mort puisque notre vraie nature serait de proche de celle de cet être. Pour franchir cette étape, il faut être spiritualiste et croire que quelque chose dans l’être humain survive après la mort (donc que notre essence ne se réduit pas à des phénomènes physiques).

5) « Cet être est une personne avec une volonté, des aspirations, un projet. Tous ceux qui pensent que l’être est une énergie universelle, voire un principe créateur mais dépersonnalisé, prendront une autre voie qui pourra les amener à penser l’existence d’un tel être sans le définir, comme le fait le taoïsme ou le bouddhisme (il est indéterminé dans sa perfection, non-devenu, non créé, non manifesté). A l’inverse, ceux qui croient en l’existence d’un Dieu personnel accepteront cette hypothèse. » 

6) « Ce Dieu cherche à entrer en contact avec nous, il l’a fait par l’intermédiaire des grandes religions du monde. Même si on se situe dans un cadre monothéiste, il existe différentes hypothèses: -L’hypothèse horrible: Dieu nous élève comme nous élevons le bétail.

-L’hypothèse de l’indifférence: Dieu n’a pas plus d’intérêt pour nous que nous n’en n’avons pour les objets que nous fabriquons.

L’hypothèse de l’attente: Dieu n’a pas encore essayé de communiquer avec nous, il attend que nous ayons atteint un niveau supérieur d’évolution.

-L’hypothèse classique: Dieu existe et communique discrètement avec nous par l’intermédiaire des grandes religions ce que refuseront les voltairiens autres déistes).

7) « Dieu est bon et il peut répondre à nos prières et agir dans le monde. » Pour les grandes religions monothéistes, Dieu est bon, bien que les textes sacrés montrent que c’est loin d’être évident (Dieu encourage Josué à exterminer toute le population de la ville d’(Jos 8 1-25après que Josué a fait la même chose avec les habitants de Jéricho ). Cette position affirme aussi que Dieu est tout-puissant, bien que certaines conceptions comme la théologie du processus avec Alfred North Whitehead affirment que Dieu ne connait pas le but de l’évolution humaine, ou encore l’approche de Hans Jonas selon laquelle un Dieu tout-puissant serait contradictoire avec l’existence d’une véritable liberté pour l’homme.


Ces sept étapes constituent les sept degrés de cette échelle de Jacob pour laquelle il faut faire à chaque fois une hypothèse supplémentaire, ce qui rend les degrés les degrés les plus élevés moins probables que les premiers, mais moins probable ne signifie pas improbable. Pour approfondir cette question, examinons les « conditions de possibilité de ces sept étapes en commençant par la dernière.

Cette étape 7 nécessite un acte de foi. Mais cette position devient maintenant moins absurde qu’auparavant. Si Dieu a choisi le hasard pour voyager dans le monde, il est logiquement concevable qu’il puisse y agir s’il existe des phénomènes n’ayant aucune cause (non-localité par exemple) comme l’a écrit Sir Arthur Eddington « s’il n’y a pas de causalité, il n’y a plus de distinction claire entre le Naturel et le Surnaturel » et « Ainsi un scientifique pouvait de nouveau croire en Dieu après le développement de la mécanique quantique. »

Quand au point 6 (le monothéisme révélé), il pouvait sembler fort peu probable quand triomphait la modernité au début du 20è siècle. En effet, il existe deux hypothèses quant à l’origine des religions: a) Toutes les religions sont d’origine humaine. b) Les religions ont été élaborées par des hommes, mais elles ne sont pas totalement d’origine humaine. Quelque chose dans les messages et et les concepts qu’elles véhiculent provient de Dieu et a été transmis aux fondateurs de ces religions. De l’hypothèse b dépend la crédibilité des traditions monothéistes. Mais cette hypothèse semble absurde dans un monde fermé sur lui-même tel que l’a conçu le modernisme, un monde où tout pourrait s’expliquer par le matérialisme scientifique. Ainsi André Comte Sponville écrit: « Je ne détiens aucune vérité inconnue, ni moi, ni personne. Le problème n’est pas de découvrir une autre vérité qui manquerait, qui ferait défaut, mais de comprendre qu’il n’y a rien d’autre à trouver que la vérité, rien d’autre à chercher, donc, et qu’on est déjà dedans, et qu’on en connaît plus qu’assez pour vivre… Le Bouddha ou le Christ en savaient beaucoup moins, mais cela ne nous ne donne sur eux aucune supériorité spirituelle. » Mais comment Sponville peut-il affirmer que sur six milliards de personnes qui vivent sur notre planète aucune ne détient une gnose ou une vérité cachée et que le Bouddah ou le Christ savaient moins de choses que nous? S’ils ignoraient (sans doute) la valeur de la masse du proton ou de l’électron, peut-être en savaient-t-ils bien plus que nous sur la nature du réel grâce à un contact avec uns source de connaissances située hors de notre monde, exactement comme les grands mathématiciens prétendent être en contact avec le monde des vérités mathématiques. 

La réflexion de Comte Sponville (et des philosophes matérialistes actuels) se situe dans un cadre dans lequel la deuxième hypothèse (hypothèse b) n’est même pas envisagée. Elle est rejetée d’emblée comme impensable. Si nous étions dans monde fermé sur lui-même où tout pourrait s’expliquer par le matérialisme scientifique, une telle position serait acceptable. Mais l’évolution actuelle des connaissances montre que celles-c pointent fortement en direction d’une conception platonicienne, selon laquelle notre existence dépend, au moins en partie d’un autre niveau de réalité, où il existe des indices forts d’un contact possible entre l’esprit humain et cet autre niveau au sein du domains le plus rationnel qui soit (les mathématiques). Cette position de Compte Sponville et des matérialistes, qui fait d’office des religions une invention humaine et qui est partagée par tant de penseurs actuels est dogmatique et non rationnelle. 
Et Dieu dans tout ça? Nous pouvons maintenant concevoir une hypothèse expliquant ce qui est à la base de la plupart des grandes religions. Le (ou les) fondateurs a (ont) eu un contact avec le monde platonicien duquel est issu notre Univers et nos consciences, d’où la possibilité d’un tel contact. Dans cette vision, les religions sont comme des clés donnant sur une immense pièce. Cela n’implique pas que toutes les religions se vaillent, on peut penser que son trou de serrure en dévoile plus sur l’intérieur de la pièce que les autres. Mais on doit accepter que les autre religions détiennent des vérités que ne possède pas la sienne. On évite ainsi le fondamentalisme fondé sur la certitude de détenir toute la vérité. Ce modèle, tout en redonnant de la crédibilité aux grandes religions, permet de fournir des bases au dialogue inter religieux. Remarque: on peut utiliser les théorèmes de Gödel pour délégitimiser le fondamentalisme en axiomatisant les principes de base de toute théologie. Si on peut numériser ces axiomes (comme l’a fait Gôdel pour les mathématiques), les systèmes en question ne pourraient être à la fois complets et cohérents. 

Le point 5 (Cet être est une personne avec une volonté, des aspirations, un projet) nécessite lui aussi un acte de foi, car rien n’implique que l’Être soit une personne. Mais il est logique de penser que la réalité ultime, si elle est un Être et non une chose soit plus que nous, et non pas moins. 

Les points 5, 6,7 sont devenus possibles avec les nouvelles évolutions de nos connaissances mais pour le moment rien ne vient les suggérer directement. A partir du point 4, on arrive dans le domaine où les pistes de mise en évidence sont plus visibles. Le principe anthropique, la possibilité que l’évolution soit orientée, la crédibilité retrouvée du dualisme, suggèrent (mais sans encore le prouver) que l’hypothèse qui est faite ici soit crédible. 


Faisons maintenant une pause pour examiner les conséquences de cette évolution avec les éléments de rapprochement entre science et religion puis nous reviendrons au point 3 (La réalité indépendante a-t-elle des caractéristiques qui la rapprochent d’un objet ou d’un esprit?). Nous achèverons ainsi la conclusion de « ma lecture » du livre de Jean Staune par l’article « notre existence a-t-elle un sens 16-3) Conclusion du livre « notre existence a-t-elle un sens »: quelle réponse à la question la plus importante qui soit? »

Nous verrons qu’on peut alors proposer une réouverture des chemins du sens et le réenchantement par l’observation de l’Univers et de l’homme.


(Pour la question la plus importante qui soit: voir l’article 3) Comment ébaucher un « traité de la condition humaine? » chapitre 2: La question fondamentale- la condition humaine).


liens: philosophiespiritualiste.com

pseudo-sciences.org -Physique et matérialisme par Jean Bricmont (un matérialisme ouvert)

wikipedia.org -l’être

energie-universelle -Artisan de Lumière avatar lumière

christroi.over-blog.com -l’Univers une création de Dieu selon l’astrophysicien Trinh_Xuan_Thuan

larevuereformee.net -Quel est ce Dieu tout-puissant qui est impuissant ?

mots clé: énergie universelle      principe créateur      taoïsme      bouddhisme   être      Dieu personnel          Jésus-Christ   Bouddha  gnose

penseurs: voltaire  Alfred North Whitehead   Hans Jonas  Sir Arthur Eddington   André Comte Sponville

oksanaetgil.wordpress.com Piero di Cosimo ou le réanchantement du monde

4 réflexions au sujet de « Notre existence a-t-elle un sens? 16-2) Conclusion du livre « notre existence a-t-elle un sens » »

  1. Le réenchantement pourrait passer par le bahaisme ce qui serait un trait-d’union entre le bouddhisme et les religions adamiques.
    Les enseignements bahá’ís sont axés sur l’unité de l’humanité, l’harmonie entre religion et science, l’égalité des sexes et l’établissement de la paix universelle. Leur thème central est que l’humanité forme une seule race.

    Selon un exposé des enseignements de Bahá’u’lláh tiré du site Web officiel de la religion, la foi bahá’íe considère que le principal défi auquel fait face l’humanité est celui d’atteindre l’unification de tous les peuples en une société globale et pacifique, et que cet objectif peut être atteint grâce à :
     l’abandon de toutes les formes de préjugés ;
     la garantie d’une égalité des chances pour les femmes et les hommes ;
     la reconnaissance de la cohérence et de la relativité de la vérité religieuse ;
     l’élimination de la pauvreté et de la richesse extrêmes ;
     la réalisation de l’éducation universelle ;
     la responsabilité de l’individu de s’engager dans une recherche personnelle de la vérité ;
     l’instauration d’une communauté mondiale des nations ;
     la reconnaissance de l’harmonie essentielle entre la raison et la quête de connaissances scientifiques et la religion authentique.

    • Merci pour ce commentaire. Je vais en profiter pour faire connaissance avec le bahaisme, c’est sans doute un voie. Je perçois seulement que la scence est devenus un dogme, mais qu’elle contient les germes de ce qui permet de se libérer pour atteindre une compréhesion Faisant appel à la raison, à l’intuition, ceci en toute lucidité et liberté.

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