Notre existence a-t-elle un sens? 6) Vers un réalisme non physique…deuxième partie



Notre existence a-t-elle un sens? 
6) Vers un réalisme non physique…deuxième partie 

Cette série d’articles dans la catégorie « notre existence a t-elle un sens »? est  l’expression de  ce que j’ai écrit dans la présentation de mon blog: « Les merveilles de la nature me fascinent. Mes réflexions: le sens de l’Univers et de l’existence. En moi, il y a deux mondes: le monde extérieur du « faire »et le monde de l’intérieur, non conscient, mais tout autant réel. Ma devise: l’essentiel, c’est l’amour, amour du sacré. Mes modèlesJésus (l’amour),Phytagore (la mathématique), Einstein (la physique) ».

Je voudrais faire partager la lecture du livre de Jean Staunenotre existence a-t-elle en sens,  avec mes réflexions et les liens qu’elle m’a permis découvrir à travers internet.

Ma quête est de retrouver (avec Jean Staune), le réanchantement du monde au cours des articles.


Mes articles déjà parus dans cette rubrique:

Notre existence a-telle un sens? 1) à propos de la préface du livre par Trinh Xuan Thuan

Notre existence a-t-elle un sens? 2) Le désenchantement du monde (et de l’homme!)

Notre existence a-t-elle un sens? 3) Comment ébaucher un « traité de la condition humaine »?

Notre existence a-t-elle un sens? 4) vers de nouvelles lumières.

Notre existence a-t-elle un sens? 5) première partie: Au-delà de cette limite, notre vision du monde n’est plus valable (naissance de la mécanique quantique).

Notre existence a-t-elle un sens? 5) deuxième partie : Au-delà de cette limite, notre vision du monde n’est plus valable (la non-localité).

Notre existence a-t-elle un sens 6) première partie) Vers un réalisme non physique…

Je consulte souvent aussi: astrosurf.com -UNE INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES

 

Exergue: « Très vite, on se prend à penser que l’espace et le temps n’ont pas de véritable réalité. » Richard BachJonathan Livingston, Le Goéland

 

1) Résumé de la première partie de cet article 6).


Nous sommes partis du cadre conceptuel auquel a abouti l’évolution des connaissances Jusqu’aux années 1900, puis de la naissance de la physique quantique et de son interprétation orthodoxe. Nous avons été amenés à nous poser la question: et… si la science n’avait rien à dire sur la réalité? Nous avons alors examiné diverses interprétations et théories qui veulent aller plus loin que l’interprétation orthodoxe pour expliquer l’apparence de notre monde et donner une chance de survie au réalisme classique, depuis Le réalisme non physique jusqu’à la théorie des mondes parallèles. 

Mais puisqu’il y a plusieurs façons d’interpréter la physique quantique, chacune se divisant en plusieurs sous-interprétations, toutes reposant sur le même formalisme, pourquoi en choisir une plutôt qu’une autre? 

 

2) Nouvelle physique et apparence du monde qui nous entoure.

 

On peut se satisfaire de l’interprétation de Copenhague et affirmer que la science ne nous dit rien sur la réalité et le réel, mais seulement sur la connaissance que nous pouvons en avoir, mais dans ce cas, il faut en assumer les conséquences.  Revenons donc sur les hypothèses vues dans l’article précédent: Notre existence t-elle un sens 6) première partie (vers un réalisme non physique)

caasv.discutbb.com décohérence

a) L’interprétation 4) (Notre conscience individuelle est-elle la cause de l’apparence de notre monde?) devient difficile à accepter, depuis que l’importance du phénomène de décohérence est mieux perçue  et explique la disparation de la superposition des états. 

En une vingtaine d’années, sous l’impulsion du physi-cien américain d’origine polonaise Wojciech Zurek, la compré-hension de ce phénomène s’est considérablement améliorée. La décohérence, responsable de la transition quantique/classique, peut être expliquée par la mécanique quantique. La réalité classique que nous percevons émergerait naturellement d’une description fondamentalement quantique, réconciliant ces deux visions d’un même monde.

La théorie de la décohérence « s’attaque donc au problème de la disparition des états quantiques superposés au niveau macroscopique. Son objectif est de démontrer que le postulat de réduction du paquet d’onde est une conséquence de l’équation de Schrödinger, et n’est pas en contradiction avec celle-ci. L’idée de base de la décohérence est qu’un système quantique ne doit pas être considéré comme isolé, mais en interaction avec un environnement possédant un grand nombre de degrés de liberté. Ce sont ces interactions qui provoquent la disparition rapide des états superposés. En effet, selon cette théorie, chaque éventualité d’un état superposé interagit avec son environnement ; mais la complexité des interactions est telle que les différentes possibilités deviennent rapidement incohérentes (d’où le nom de la théorie). On peut démontrer mathématiquement que chaque interaction « déphase » les fonctions d’onde des états les unes par rapport aux autres, jusqu’à devenir orthogonales et de produit scalaire nul. En conséquence, la probabilité d’observer un état superposé tend rapidement vers zéro. Seuls restent observables les états correspondant aux états observables macroscopiquement, par exemple – dans le cas du Chat de Schrödinger – mort ou bien vivant.

Autrement dit, les objets macroscopiques, comme les chats ou les instruments de mesure, ne sont jamais totalement isolés de leur environnement ». Jean Staune nous explique que « Le calcul montre que les déplacements d’une masse de quelques kg dans l’atmosphère d’une étoile comme Sirius, située à 8 années-lumière de la Terre, suffit à perturber la mouvement des molécules de l’atmosphère de la Terre. Toutefois, lorsqu’on les mesure, on ne s’en rend pas compte. Mais la théorie nous apprend que si on pouvait le faire, le monde n’aurait pas l’apparence du monde classique: il serait quantique. C’est uniquement parce que nos mesures ou nos perceptions sont obligées de se limiter à une seule partie des mesures possibles sur un système macroscopique, en négligeant l’essentiel des interactions qui existent avec son environnement, que que ce système macroscopique nous apparaît  sous forme classique « solide » et non pas sous la forme quantique. »
Ce résultat nous montre que les lois classiques sont une approximation des lois quantiques, un peu comme les lois de Newton sont une approximation des lois d’Einstein. Ainsi on peut avoir une vision du monde plus rationnelle que celle selon le monde macroscopique et le monde microscopique obéissent à deux sortes de physique radicalement différentes.

leclownlyrique.wordpress.com -dans la caverne de platon

b) Mais cela ne permet pas d’affirmer que les propriétés des objets quantiques sont des propriété objectives. Ces propriétés restent dépendantes de la façon dont nous les mesurons, tout comme dans l’image de l’arc en ciel (vu dans la première de cet article), la vitesse et la position de l’arc en ciel dépendent de notre propre comportement. Si on peut éliminer la nécessité de recourir à la conscience individuelle dans l’interprétation de la mécanique quantique, cela n’élimine pas la nécessité de faire référence à la conscience collective, celle de l’ensemble des observateurs humains. Les caractéristiques de la réalité sont encore « ce que nous pouvons connaître et elles dépendent de la façon dont nous les mesurons ». La conscience collective ne rétablit pas « l’objectivité forte », mais joue un rôle de filtre par lequel nous voyons non la réalité en soi mais une projection de celle-ci

c) Le solipsisme convivial est aussi une interprétation permettant de résoudre les problèmes soulevés par la superposition des états quantiques qui s’intègre dans le cadre de la théorie de la décohérence. Cette position,  présentée par  Hervé Zwirn s’intègre dans le cadre de la théorie de la décohérence. Elle suppose qu’on refuse de se placer dans le cadre du réalisme empirique pragmatique. Hervé Zwirn  se place  dans le cadre du réalisme métaphysique. Pour Hervé Zwirn (en résumé):  « La décohérence est alors le mécanisme qui explique l’apparence classique pour nous d’une réalité qui demeure essentiellement quantique, c’est-à-dire enchevêtrée. Le solipsisme convivial fait entrer l’observateur lui-même dans le grand système S. Le raisonnement conduit alors à considérer que l’observateur est aussi dans un état enchevêtré avec le système, l’appareil et l’environnement. Du point de vue de la réalité profonde (et non de l’apparence de cette réalité pour nous), seule une fonction d’ondes globale superposée « existe ». Dans cette fonction d’ondes, les différents résultats possibles de mesure sont présents et sont corrélés ainsi que tous les états correspondants de l’observateur. La décohérence intervient et permet de régler un certain nombre de problèmes que nous n’avons pas eu la possibilité d’évoquer: quelle est la grandeur mesurée par exemple, ce qui a pour effet de résoudre la difficulté que nous avons signalée à propos de l’interprétation d’Everett. Le solipsisme convivial consiste alors à considérer que la conscience de l’observateur est « accrochée » à l’une des branches de la fonction d’ondes ne lui permettant d’observer que la partie classique correspondante. La conscience joue en quelque sorte le rôle d’un filtre ne permettant de voir qu’une partie de la fonction d’ondes globale […] chaque observateur vit dans son monde qui peut être totalement différent de celui des autres, mais il n’existe aucun moyen de se rendre compte des désaccords et les observateurs sont en parfait accord. Ceci fournit une nouvelle explication de l’intersubjectivité : il n’y a aucun moyen de constater un désaccord […].

d) La réduction de la place accordée à la conscience. Elle permet de supprimer toute nécessité de faire appel à la parapsychologie. En effet, un physicien aussi éminent que Eugène Wigner fixait pour objectif à la physique la mise au point d’un détecteur « psychoélectrique » destiné à enregistrer l’action de la conscience sur les électrons. De même, pour d’autre physiciens comme Olivier  Costa de Beauregard, la parapsychologie, l’action de l’esprit sur la matière, n’est pas une curiosité mais un élément central du modèle. Mais rien dans la physique quantique ne prouve la réalité de la parapsychologie ni que des recherches dans ce domaine pourraient aider à résoudre les problèmes posés par les théories actuelles, même si elle n’interdit pas de croire à la parapsychologie et contient même des analogies (Einstein lui-même disait que si la non-localité existait, elle serait comme de la télépathie entre électrons). 

e) Que pouvons nous en conclure? A l’heure actuelle le mot quantique est mis à toutes les sauces: « corps quantique », astrologie quantique », médecine quantique ». Mais quelques résultats ne doivent pas être oubliés:

-« Nulle nécessité de faire appel à la parapsychologie ». 

-« Nulle nécessité de d’adopter une position dualiste dans laquelle matière et conscience seraient deux réalités en soi existant indépendamment l’une de l’autre et où la conscience individuelle […] serait susceptible d’agir à distance, par télépathie sur la matière. »

-« pas de possibilité de communiquer plus vite que la lumière et de créer des paradoxes temporels. »

-« Un pont existe entre le monde classique et le monde quantique ». 

-« Il est parfaitement possible d’adopter une vision réaliste selon laquelle il existerait une réalité indépendante de nous (les observateurs humains … ou tous les autres). »

liens: (compléments à ceux de l’article 6 première partie) staune.fr -Par Lothar Schäfer: L’importance des états virtuels dans l’émergence de l’ordre complexe dans l’univers

groupebena.org -Le réel quantique (Lothar Schäfer)

entropie métrique ou entropie de kolmogorov   Shannon entropy

fourier.ujf-grenoble.fr -Décohérence et Intrication quantique Sylvain Vogelsberger (stage de master)

cnrs.fr -Du monde quantique au monde macroscopique : la décohérence prise sur le fait

larecherche.fr -La décohérence, espoir du calcul quantique

asmp.fr -hervé zwirn et Le solipsisme convivial 
metapsychique.org -Parapsychologie      wikipedia.org -Parapsychologie


3) Au coeur de l’inconnaissable. 

portal.unesco.org -complémentarité

 

a) la non-localité (ou non séparabilité).  

Avec Henri Stapp, nous pouvons dire que « tout ce que nous savons de la nature s’accorde avec l’idée que son processus fondamental s’établit hors du temps et de l’espace, mais engendre des évènements qui peuvent être situés dans le temps et dans l »espace. »  Banesh Hoffmann le présente en disant qu’il « n’existe tout simplement aucun moyen satisfaisant de décrire les processus atomiques fondamentaux de la nature en termes d’espace, de temps et de causalité. »  La modernité avait déconstruit toutes les approches pré-scientifiques et avait refermé notre monde sur lui-même (Képler, n’ayant pas à sa disposition les lois de Newton pour expliquer la rotation des planètes, faisait appel à la « poussée des anges). » Mais voilà que  nous assistons à nouveau à une « réouverture » du monde sur un ou plusieurs autres niveaux de réalité, non par la mystique ou la philosophie, mais par la science elle-même. Il paraît y avoir un niveau de réalité situé hors de notre monde qui, dans certains cas, peut exercer une sorte  d’influence causale sur notre monde. Niels Bohr parle de « la nécessité de renoncer définitivement à l’idéal classique de causalité et de modifier de fond en comble notre attitude à l’égard de la réalité physique. » Pour Banesh Hoffmann« les paradoxes quantiques, c’est nous qui les avons fabriqués, car nous avons essayé de suivre le mouvement des particules individuelles à travers l’espace et le temps alors que ces particules n’ont pas d’existence dans l’espace et le temps. Ce sont l’espace et le temps qui existent en fonction d’elles. Une particule individuelle ne se trouve pas simultanément en deux endroits, elle n’est nulle part. »  

On ne peut donc se représenter les particules comme des objets, quels qu’ils soient. Comment  imaginer des entités qui soient à la fois des ondes et des particules? C’est pourtant ce qui correspond à la notion de complémentarité de Niels Bohr. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas nous représenter les particules comme évoluant dans le temps et l’espace et avec des positions et des trajectoires bien définies hors de l’observation. C’est un peu vertigineux quand on pense qu’il s’agit de ce qui nous constitue. La « couleuvre » de l’indéterminisme est bien plus facile à avaler.

b) « L’objectivité faible« .

C’est une dernière couleuvre de taille respectable à avaler. La décohérence permet de réduire le rôle de la conscience individuelle dans le monde qui nous environne, mais pas la nécessité de faire référence à la conscience collective pour mesurer les caractéristiques de la réalité empirique. Nous ne pouvons prétendre connaître les caractéristiques « en soi » des particules (dans une réalité indépendante de nous), mais uniquement celles des particules que nous mesurons. Avec, Bernard d’Espagnat, il faut admettre que la réalité est et restera voilée. Elle n’est cependant pas totalement inconnaissable, car nous pouvons avoir des lueurs sur elle, entre autres par le biais de la connaissance scientifique. 


4) 
 La physique quantique et la vision des philosophes matérialistes. 

a) Beaucoup de personnes semblent ne pas avoir encore intégré ces progrès. C’est le cas de Yvon Quiniou qui affirme « la vérité du matérialisme ». Pour lui, le matérialisme, refusant toute métaphysique, doit s’interdire toute affirmation transcendant les limites de ce qui est démontrable scientifiquement (il ne peut pas affirmer que « Dieu n’existe pas »). Il ajoute: « Mais du coup, le matérialisme, rendu à sa modestie, peut être d’autant plus assuré de son droit à se déclarer scientifique. En effet, il constitue un monisme ontologique dont la thèse est simple: toutes les réalités (connues ou connaissables par l’homme) ne sont, par-delà leur diversité, que des formes diverses d’une même réalité matérielle dont elles sont issues. » Cela revient à admettre une réalité matérielle objective extérieure à la pensée humaine et lui préexistant ou comme l’affirmais Engels: « l’unité réelle du monde consiste en sa matérialité ». Or dit Quiniou, « quelle  est l’instance qui nous le prouve désormais, même si on a pu le supposer spéculativement bien avant dans le cadre des divers matérialismes spéculatifs, et même si l’on estime que la preuve complète, circonstancielle et technique, n’en n’a pas été complètement été apportée dans tous les domaines? La science« .
Ainsi donc, pour Quiniou, la science prouverait la matérialité du monde, une réalité matérielle objective, extérieure à la pensée humaine. Toutes les réalités proviendraient d’une même réalité matérielle. Pourtant il ajoute avec prudence que ce n’est pas la science physique qui apporte cette preuve car « elle ne porte que sur la matière inanimée et n’impose qu’un réalisme de la nature physique« , mais « la théorie de l’évolution qui se prononce, elle, sur l’origine de la vie et de ses diverses formes, et donc sur le rapport de la pensée humaine à la réalité matérielle. » Or, comme nous l’avons vu, tout ce que la physique peut imposer, c’est « un réalisme de nature non physique » que Hervé Zwirn appelle un « réalisme métaphysique » (si on veut rester dans un cadre réaliste. Non seulement, comme l’a dit Quiniou, la preuve « la preuve complète que la matérialité du monde n’a pas été apportée », mais il a plus de 75 ans qu’une preuve quasiment complète du contraire a été avancée!

Pour ce qui est de la conscience, on ne peut dire que la pensée est un sous-produit de la matière. En effet, les neurones sont faits de molécules, elles-mêmes constituées d’atomes dont les caractéristiques dépendent… de la façon dont on les observe. Comme le dit Bernard d’Espagnat« les idées que ce matérialisme prend pour assises conceptuelles, celles d’atomes, de particules, etc, ne peuvent être, nous l’avons vu, que les composantes d’une description de la réalité empirique, voir épistémologique, c’est à dire d’un découpage du réel que nous effectuons par la pensée afin de rendre compte de notre expérience communicable. Il est clair qu’alors la thèse de la pensée comme simple épiphénomène (celle d’une pensée émanant d’un cerveau purement composé d’atomes), est logiquement incohérente puisque les objets qui y sont censés expliquer la pensée n’ont eux-mêmes que d’existence relative à la pensée. »  Avec Jean Staune, on peut dire que ce « matérialisme scientifique » est clairement antiscientifique, il nie une importante partie du progrès de nos connaissances.

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b) Le « néo-matérialisme ».
C’est ainsi que Bernard d’Espagnat appelle ceux qui ont accepté la mécanique quantique et qui ont renoncé à certains concepts qui étaient les piliers du matérialisme classique. Le principal représentant français de cette position est André Comte-Sponville« Un courant d’air n’est pas moins matériel qu’un caillou, ni une onde ou un flux d’énergie moins matériels qu’une « chose » ou qu’une particule. La vraie question n’est pas de savoir quelle est la consistance de la matière […], ni même quelle est sa structure intime […] mais si elle est de nature spirituelle, idéelle (autrement dit comparable à l’expérience intérieure […] ou bien de nature physique (comparable mais pas, bien sûr, identique à l’expérience que nous avons, au niveau macroscopique, des corps ou des forces que nous appelons matérielles).  

Cette approche part de la définition la plus large qui soit du matérialisme (le Petit Robert): « Théorie qui affirme qu’il n’existe qu’une seule substance, la matière). On appelle alors « matière » ce qui existe vraiment (la réalité indépendante) sans se soucier de savoir ce qu’elle est. L’unique chose qui lui est demandée c’est de ne pas avoir les caractéristiques de ce l’on sait être celles d’un esprit. Car, dit Comte Sponville, le matérialisme est avant tout une théorie de l’esprit, une théorie qui qui affirme que l’esprit est subordonné à quelque chose n’ayant pas les propriétés de l’esprit et qu’on appelle « matière », quelles que soient ses caractéristiques (voir « la sagesse des modernes selon A. Comte-Sponville et Luc Ferry ).

Ainsi défini, il semble que le matérialisme soit inattaquable. Il se retranche derrière des murailles a priori infranchissables, mais il n’occupe qu’une toute petite partie de l’immense territoire du matérialisme classique. Comme si ça na suffisait pas, Comte Sponville ajoute une barrière supplémentaire en affirmant que que la physique ne peut pas répondre à la question relative à la nature de cette substance primordiale qu’est la matière, tout en bâtissant un « pont-levis en disant: « nous pouvons opter pour l’une ou l’autre solution en s’appuyant sur la science et non par un choix arbitraire. » 
Ainsi que le dit Jean Staune, la forteresse semble inexpugnable, mais quatre fissures de taille apparaissent dans les murailles.

     * »Aucune interprétation de la physique ne repose sur des concepts « comparables à l’expérience que nous avons au niveau macroscopique des corps et des forces que nous appelons matérielles » évoquées par André Comte Sponville.

     *Si on ne sait pas ce qu’est la matière, comment être sûr qu’elle n’a pas les caractéristiques de l’esprit?

     *Pour la physique, la matière et la conscience peuvent toutes deux provenir de quelque chose d’autre, aucune n’engendrant l’autre. C’est une hypothèse soutenue par David Bohm, un dissident de la physique quantique orthodoxe dans la dernière partie de son ouvrage fondamental « la matière, la conscience et leur base commune« . De la même manière, Hervé Zwirn, loin d’être un spiritualiste, écrit: « La conscience n’est pas un objet physique si l’on considère qu’elle est dans le même rapport aux neurones que l’est un calcul aux puces aux puces d’un ordinateur […]. Ne peut-on alors pas postuler que la conscience n’a pas à être soumise aux lois de la physique? On pourrait alors déplacer le problème et nommer « matière » cette nouvelle entité qui serait à l’origine de la matière et de la conscience. Mais la physique ne nous indique pas que ses caractéristiques se rapprochent de celles d’un esprit, ce qui empêcherait de lui donner cette appellation (alors que Comte Sponville dit que « le matérialisme est avant tout une théorie de l’esprit »).

     *Alors apparaît la dernière fissure: peut-on être à la fois platonicien et matérialiste? Si on écarte à la fois l’interprétation de Copenhague (parce qu’elle interdit d’affirmer quoi que ce soit sur le réalité), l’interprétation qui donne la primauté de la conscience individuelle sue la matière, les univers parallèles (parce qu’on veut que le néo-matérialisme ne soit pas un matérialisme de science fiction) ou les particules fantômes de Bohm (parce qu’on ne veut pas qu’il dépende d’une interprétation dissidente de la mécanique quantique), il ne reste a priori que le réalisme non physiqueOr celui-ci repose sur une ontologie de type platonicien comme le dit Bernard d’Espagnat« Les Idées de Platon ne sont pas dans l’espace-temps mais elles existent indépendamment de l’esprit humain et sont les causes des phénomènes. » C’est pourquoi, le réalisme non physique du physicien (une réalité indépendante lointaine probablement non située dans l’espace-temps), peut difficilement na pas être un peu platonicien. Même Bohm, jadis porte-drapeau des physiciens « matérialistes », en est venu à dire que « les objets perçus que les objets perçus sont seulement les projections de ce qui est » (D’Espagnat dans un atome de sagesse).

Reste à savoir si le matérialiste peut avaler cette dernière « couleuvre »: être obligé de se prétendre au moins un peu platonicien. Si la réponse est oui, ce serait une évolution radicale, car le matérialisme s’est toujours tenu éloigné du platonisme comme de la peste. Si la réponse est non, il ne reste plus qu’à renoncer au matérialisme ou à adopter des modèles tels que les univers parallèles ou les variables cachées non locales…

liens: wikipedia.org -esprit quantique

admiroutes.asso.fr -A quoi sert la conscience humaine? La question de l’observateur en physique. 
wikipedia.org -Principe de complémentarité      rmitte.free.fr -complémentarité 
persee.fr -Einstein et la complémentarité au sens de Bohr : du retrait dans le tumulte aux arguments d’incomplétude  
persee.fr -L’évolution de la complémentarité dans les textes de Bohr (1927-1939)  
crea.polytechnique.fr -Objectivité faible et philosophie transcendantale par Jean Petitot 
uip.edu -Science et réalité, la physique quantique ou la fin de la vision mécaniste de l’univers 
francoisloth.wordpress.com -réalisme métaphysique (métaphysique), ontologie, esprit) 
asmp.fr -Physique quantique et réalité la réalité c’est quoi ? 
pseudo-sciences.org -Qu’est-ce que le matérialisme scientifique ? 
regard.blogspirit.com -LA SAGESSE DES MODERNES selon A. COMTE-SPONVILLE et L. FERRY 
onelittleangel.com -platonisme définition, histoire, origine

 

5) Conclusion de cette synthèse des conséquences de la physique quantique.

harmatheque.com rationalisme classique

a) Méditons d’abord cette citation de Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod, tous deux parfaitement agnostiques et les plus neutre possibles: « quant à la déliquescence de ce qu’on appelle […] « rationalisme« , elle ne gêne guère l’homme de la rue mais perturbe profondément bien des penseurs traditionnels. Mai un autre bouleversement devrait être considéré comme positif: c’est l’abolition du carcan matérialiste et l’émergence de nouvelles possibilités philosophiques. En effet, la science du XVIIIè siècle avait abouti au triomphe du matérialisme mécanique qui expliquait tout par l’agencement de morceaux de matière minuscules et invisibles, agencement réglé par diverses forces d’interaction qu’ils exerçaient entre eux. Cette vision assez primitive à laquelle se tiennent encore la plupart des biologistes avait pour conséquence l’inutilité des religions et des philosophies qui font appel à l’existence d’entités non matérielles. Le fait que ces morceaux de matière se soient révélés n’être en réalité que des abstractions mathématiques non locales, c’est à dire pouvant s’étendre sur tout l’espace et de plus n’obéissant pas au déterminisme, a porté un coup fatal à ce matérialisme classique. »

Le matérialisme est encore possible, mais ce serait un matérialisme quantique qu’il faudrait appeler « matérialisme fantastique » ou « matérialisme de science-fiction » (comme la théorie des univers parallèles), ce qui fait qu’il est devenu plus difficile à penser ce qui n’est pas le cas de l’athéisme. En effet, Yvon Quiniou place le matérialisme dans le champ de la science en affirmant que celui-ci peut être prouvé par la science, contrairement à l’athéisme. Rien en physique quantique ne parle en faveur du déisme, mais en balayant les systèmes de pensée qui avaient pour conséquence « l’inutilité des religions », elle a ouvert de nouvelles possibilités philosophiques et religieuses comme le disent Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod« une chose est certaine, la situation philosophique (et religieuse) n’est plus bouchée comme il y a quelques décennies. Tout devient possible, et la vision assez noire, selon laquelle nous serions le résultat éphémère et sans signification de chocs et de recombinaisons de « petites billes » errant dans l’espace, n’est plus la vision scientifique« . Cela redonne une certaine crédibilité à l’idée de l’existence de comme  l’a énonce Sir Athur Eddington dans une phrase célèbre: « La conclusion à tirer de ces arguments de la science moderne est que la religion redevint possible, pour un scientifique raisonnable, autour de l’année 1927. »

b) Nous vivons un changement complet de notre vision du monde, mais un siècle après son origine, elle a aussi peu pénétré les consciences que le firent les idées de Copernic et Galilée, un siècle après qu’elles furent émises. Pour Jean Staune, nous vivons aujourd’hui une situation identique à celle qui existait lorsque les idée de la modernité émergèrent, quand l’inquisition tenta de s’opposer à leur diffusion. Aujourd’hui, ceux qui se trouvent en position dominante sont les matérialistes et les scientistes. L’obscurantisme (s’opposer à la diffusion de la connaissance ou de la culture) n’est plus religieux, il est matérialiste et scientiste (même s’il ne concerne pas les matérialistes dans leur ensemble, de même que l’obscurantisme religieux ne concernait pas tous les clercs pendant l’inquisition). C’est la raison pour laquelle il est important d’informer le plus grand nombre des progrès de nos connaissance qui contredisent la vision classique, mécaniste et désenchantée du monde.  Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod concluent ainsi leur ouvrage: « La philosophie de base de notre civilisation reste le matérialisme mécaniste: les idées simples (voire simplistes) ont une force redoutable, et leurs échecs n’impressionnent que les spécialistes. Il a fallu des décennies pour que l’hypothèse de Galilée sur le rotation de la Terre soit acceptée et des siècles pour que sa condamnation par l’Eglise soit annulée. Combien de temps faudra-t-il pour ébranler les croyances actuelles? » Là est toute la question… 
harmatheque.com -rationalisme classique: quand le théologien éclaire l’économiste

2 réflexions au sujet de « Notre existence a-t-elle un sens? 6) Vers un réalisme non physique…deuxième partie »

  1. Si riches et denses vos articles, comme toujours. Je crois comme vous à la prédominance de ce monde « intérieur », certes, il est en sa plus grande partie inconscient mais tout le « travail » que nous faisons est de sortir cette partie, parfois sombre à la lumière de la Conscience, n’est-ce pas ?

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