Notre existence a-t-elle un sens? 5) deuxième partie : Au-delà de cette limite, notre vision du monde n’est plus valable.



Notre existence a-t-elle un sens? 5) deuxième partie: 
Au-delà de cette limite, notre vision du monde n’est plus valable. La non-localité

Cette série d’articles dans la catégorie « notre existence a t-elle un sens »? est  l’expression de  ce que j’ai écrit dans la présentation de mon blog: « Les merveilles de la nature me fascinent. Mes réflexions: le sens de l’Univers et de l’existence. En moi, il y a deux mondes: le monde extérieur du « faire »et le monde de l’intérieur, non conscient, mais tout autant réel. Ma devise: l’essentiel, c’est l’amour, amour du sacré. Mes modèlesJésus (l’amour),Phytagore (la mathématique), Einstein (la physique) ».

Je voudrais faire partager la lecture du livre de Jean Staunenotre existence a-t-elle en sens,  avec mes réflexions et les liens qu’elle m’a permis découvrir à travers internet. Ma quête est de retrouver (avec Jean Staune), le réanchantement du monde au cours des articles.

Mes articles déjà parus dans cette rubrique:

Notre existence a-telle un sens? 1) à propos de la préface du livre par Trinh Xuan Thuan

Notre existence a-t-elle un sens? 2) Le désenchantement du monde (et de l’homme!)

Notre existence a-t-elle un sens? 3) Comment ébaucher un « traité de la condition humaine »?

Notre existence a-t-elle un sens? 4) vers de nouvelles lumières.

Notre existence a-t-elle un sens? 5) première partie: Au-delà de cette limite, notre vision du monde n’est plus valable (naissance de la mécanique quantique).

Je consulte souvent aussi: astrosurf.com -UNE INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES

En préambule, Edgar Morin nous parle du réel…

 

À l’occasion des représentations de Enter the Ghost, d’après l’essai de Pier Paolo Pasolini Contre la télévision, de la compagnie la Llevantina (au Forum de Blanc-Mesnil du 15 au 17 novembre), Marie-José Malis, metteur en scène, était l’invitée du débat du dimanche 11 novembre aux Phares sur le thème « Qu’est-ce que la réalité ? ». Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par la fin : la réalité est ce paradoxe à la fois ineffable et dont on peut parler pendant deux heures. C’est un peu court ? C’est trop long ? À vous de juger.

En guise d’introduction, Marie-José Malis explique que Pasolini fait référence à deux émissions vues à la télévision italienne : un reportage sur saint François d’Assise et une émission littéraire. Il s’indigne de la façon dont la télévision traite la réalité, selon lui avec vulgarité voire avec haine. Pour le metteur en scène, la question devient : « Comment inventer un régime d’images qui puissent rendre compte de la réalité ? » Pour cela, il convient de trouver des outils pour distinguer le réel de la réalité, quelque chose qui résisterait à la domestication de la réalité, et que l’on nomme justement « le réel ». Comment accéder à ce réel de la réalité ?

Le débat engagé, la première intervention fut pour signaler qu’on ne voit le réel qu’à travers un prisme – le nôtre – et qu’en conséquence, on ne pouvait approcher LE réel en soi. En effet, la réalité vécue comme une représentation, et représentée, n’est déjà plus le réel. À chacun sa réalité. La seconde intervention distingua le réel comme « plus objectif que la réalité » qui, elle, serait une notion personnelle. Mais quelle notion n’est pas personnelle ? demanda l’animateur. Un troisième intervenant affirma que la réalité ne se distinguait pas de l’apparence ; un autre, que la réalité est ce qui excède tout ce que l’on peut en dire, ce qui existe indépendamment de soi (le temps, l’espace,…). La représentation ne serait qu’une subjectivité moins englobante que cette transcendance qui, selon Jaspers, embrasserait le morcellement du réel. Bref, autant demander à un poisson rouge de décrire l’eau de son bocal. La réalité s’annonce comme une notion « trop compliquée à définir », et je pensais que c’est peut-être une chance, car ce sont précisément ces notions-là qui font le miel des cafés-philo.

 

 

1) Résumé de l’article précédent

Après les réflexions exprimées dans les premiers articles,nous avons commencé par évoquer le cadre conceptuel auquel a abouti l’évolution des connaissances Jusqu’aux années 1900wikipedia.org -années 1900 en scienceLe déroulement de la science était plutôt serein au point qu’en 1900Lord Kelvin annonçait que la fin de la physique était proche: « Rien de nouveau ne sera désormais découvert en physique. Les seuls progrès consisteront en des mesures de plus en plus précises. » Pourtant, il était préoccupé par deux petits « nuages sombres », deux problèmes encore inexpliqués: l’expérience de Michelson et Morley et celle du rayonnement du corps noir.

Pour résoudre ce problème, Planck proposa en 1900 l’hypothèse des quantaMais les ravages de h ne faisaient que commencer. En 1905, Einstein découvrait l’effet pho-électrique.  Newton avait conçu la lumière comme ayant une nature corpusculaire, mais cette conception avait été abandonnée avec le succès de la théorie ondulatoire de Maxwell. L’expérience des fentes d’Young confirmait alors largement cette théorie. Einstein, en montrant que la lumière est composée de particules, jeta un grand trouble chez les physiciens ainsi que le rapporte Banesh Hoffmann qui fut l’élève d’Einstein, dans « Létrange histoire des quantas« . Puis ce fut le tour de la matière d’être prise dans le tourmente, en 1913, lorsque Niels Bohr introduit la discontinuité au coeur de l’atome, encore avec l’aide de h, en montrant que les électrons ne peuvent occuper que des orbites particulières autour du noyau. Ainsi, après la lumière, les quanta sont passés dans la matière. Mais ça n’était pas terminé. Là où la certitude régnait, dans les lois newtoniennes sur le mouvement et les trajectoires, Werner Heisenberg établit son fameux « principe d’incertitude » dans lequel h joue un rôle central. Une incertitude fondamentale existe donc dans la nature. On ne peut donc connaître de façon précise tout à la fois la position et la vitesse d’une particule.  La réalité est, en fait, bien plus étrange: on ne peut pas dire que les particules aient une position et une vitesse lorsqu’on ne les observe pas.

Nous avons aussi appris dans cet article que l’électron (et la matière en conséquence), interfère avec lui-même.  Tout se passe comme si l’électron était une onde lorsqu’on ne l’observe pas, ce qui lui permet de passer par les deux trous en même temps dans l’expérience et d’interférer avec lui-même. Mais dès qu’il est observé, ou qu’il interagit avec quelque chose (un photon par exemple), il montre son visage de particule. Une telle transition est possible car il se produit un phénomène étonnant: la « réduction du paquet d’ondes« . Les objets que nous connaissons, les êtres vivants, ne sont pas des assemblages de micro-objets mais des combinaisons d’entités élémentaires qui, elles, ne sont pas des objets. Non seulement la notion d’objet est remise en cause, mais c’est la notion de trajectoire qui disparaît. La physique quantique introduit donc un indéterminisme radical dans notre monde. Mais elle pourra prédire avec précision les figures que formeront des milliers de particules arrivant sur un écran.

lien: wikipedia.org -Postulats de la mécanique quantique 

initiationphilo.fr -LE MONDE QUANTIQUE L’INTERPRÉTATION DE COPENHAGUE

larecherche.fr -L’erreur d’Einstein Le monde quantique, une question de perspective

 

2) Le paradoxe EPR et la découverte de la non-localité, porte ouverte vers une autre réalité.

philippe.boeuf.pagesperso-orange.fr -congrès de Solvay 1927

http://www.maths-et-physique.net/article-32290192.html: une vidéo du congrès de Solvay en 1927

a) La controverse Einstein-Bohr. Nous avons découvert au chapitre 1) et dans l’article précédent les premiers « ravages » de la physique quantique, mais le pire était à venir. Niels Bohr pensait que la physique quantique était complète. Il défendait sa validité et sa portée universelles en estimant qu’elle ne pourrait pas être améliorée  et que la représentation de la réalité qui en découlait était la meilleure possible. Mais cette représentation était trop floue pour Einstein qui considérait qu’elle ne pouvait être qu’une théorie approximative, provisoire et vouée à être un jour dépassée. Leurs convictions respectives étaient dictées par des visions différentes de la nature de la réalité et de la manière dont le physicien peut en rendre compte (voir Einstein, Bohr et la mécanique quantique). Einstein réfutait les idées de Bohr en mettant au point des « expériences de pensée » dont le simple énoncé devait démontrer que la physique quantique était incomplète et Bohr démontrait illico que la physique quantique répondait à ces objections et donc gardait son statut de théorie achevée. 

La cible prioritaire d’Einstein était le principe d’incertitude (« Dieu ne joue pas au dés » disait-il). Werner Heisenberg a témoigné de l’intensité de ces « joutes intellectuelles » durant le célèbre congrès de Solvay. Ce cinquième Conseil international Solvay, en octobre 1927, dont le thème intitulé « Électrons et Photons » portait principalement sur la mécanique quantique : dix-sept des vingt-neuf personnalités présentes à ce congrès (soit plus de la moitié) étaient ou allaient devenir lauréats du prix NobelC’est à cette occasion qu’eurent lieu les échanges entre les représentants de l’« école de Copenhague » (Bohr, Heisenberg, Ehrenfest, etc.) et d’autres physiciens (Einstein, Schrödingerde Broglie notamment), partisans d’une physique quantique à caractère déterministe. Ce congrès se déroula à l’Institut de physiologie du parc Léopold, aujourd’hui bâtiment principal du Lycée Émile Jacqmain, près du Parlement européen à Bruxelles. Heisenberg raconte: « Nos controverses commençaient en généra tôt le matin, Einstein nous exposant au petit déjeuner une nouvelle expérience idéale susceptible de contredire le principe d’incertitudeBien entendu, nous commencions immédiatement à analyser cette expérience; et sur le chemin vers la salle de conférences, où j’accompagnais en général Bohr et Einstein, un première clarification de la question posée et de l’affirmation formulée était réalisée. Au cours de la journée, de nombreuses discussions étaient menées sur ce problème, et en général nous arrivions le soir à un point où Bohr prouvait à Einstein, au cours du dîner, que l’expérience envisagée ne pouvait pas aboutir à une réfutation du principe d’incertitude. Einstein était alors quelque peu inquiet, mais déjà le matin suivant, au petit déjeuner, il avait une autre expérience idéale, toute prête, à nous proposer, plus compliquée que la précédente, et à son avis susceptible de démentir définitivement le principe d’incertitude. Celle-ci devait elle aussi échouer le soir même… » Les remarques que lui faisait Paul Ehrenfest sur son attitude vis à vis de la théorie quantique le firent certainement réfléchir. Il mit une sourdine à ses attaques, mais ne renonça pas. Huit ans après, en 1935, il pensa frapper le coup décisif avec le « paradoxe EPR », du nom d’Einstein et de deux de ses collaborateurs, Boris Podolsky et Nathan Rosen


b) Le paradoxe EPRLeur article, l’un des plus célèbres de l’histoire de la physique, s’intitule: « Peut-on considérer que la mécanique quantique donne de la réalité physique une description complète? » Au terme de l’article, Einstein a dû savourer cette phrase: « nous nous voyons contraints de conclure que la description de la réalité physique donnée par les fonctions d’onde n’est pas complète« . 

Le paradoxe EPR, abréviation de Einstein-Podolsky-Rosen, est une expérience de pensée, élaborée par Albert Einstein, Boris Podolsky et Nathan Rosen, dont le but premier était de réfuter l’interprétation de Copenhague de la physique quantique. L’argument EPR, tel que présenté en 1935, est fondé sur le raisonnement suivant.

Tout d’abord il faut rappeler que le principe d’indétermination interdit de connaître simultanément la valeur précise de deux quantités physiques dites incompatibles (typiquement, la vitesse et la position d’une particule). Plus on mesure avec précision une quantité, plus la mesure de l’autre est indéterminée.En conséquence de ce principe, EPR en déduit deux affirmations mutuellement exclusives :

  1. Soit la description de la réalité donnée par la mécanique quantique n’est pas complète.
  2. Soit les deux quantités physiques incompatibles n’ont pas simultanément une réalité objective.

L’interprétation de Copenhague arrive à la conclusion que 2) est vrai et 1) est faux, alors que EPR entendent démontrer que 1) est vrai et 2) est faux.

Pour cela, ils mettent au point une expérience de pensée qui mène à la détermination simultanée de deux quantités physiques non-commutables, et donc à la conclusion que 2) est faux et par conséquent (les deux affirmations étant mutuellement exclusives) que 1) est vrai. Pour démontrer que 2) est faux, il est indispensable de définir précisément ce qu’est la notion de « réalité » d’une quantité physique (par exemple la « position »). EPR mettent en évidence une condition suffisante de « réalité » :

  • Si, sans perturber en aucune manière l’état d’un système, on peut prédire avec certitude (avec une probabilité égale à l’unité) la valeur d’une quantité physique de ce système, alors il existe un élément de réalité correspondant à cette quantité physique.

Le « dispositif expérimental » (de pensée) proposé en 1935 est assez complexe, mais peut être décrit de manière plus simple sans en changer l’esprit. Soient deux photons P1 et P2 intriqués de manière à avoir un moment angulaire total égal à zéro (spins anti-corrélés). Les deux quantités physiques non-commutables utilisées dans le raisonnement sont : 1) Le spin mesuré selon une direction Sx  2) Le spin mesuré selon une autre direction Sz. Si on mesure P1 selon Sx, alors – sans aucunement perturber P2 (on suppose le principe de localité) on connaît nécessairement la mesure de P2 selon cet axe (l’opposé). De même, si on mesure P2 selon Sz, alors – sans aucunement perturber P1, on connaît nécessairement la mesure de P1 selon cet axe (l’opposé également). Donc, la mesure de P1 selon un axe et de P2 selon l’autre permet de prédire avec certitude la valeur des deux quantités physiques. Ces deux quantités possèdent donc une réalité objective, et par conséquent 2) est faux et 1) est vrai.Tel est le paradoxe formulé initialement par EPR.


Afin de prévenir toute critique, Einstein a identifié une faille possible dans sa démonstration: « On pourrait affirmer que la mesure de A ne modifie pas seulement l’état de A mais également celui de B. Dans ce cas, la mesure effectuée de la vitesse de B serait V'(B), vitesse de B après mesure de la position de A. On en déduirait un V'(A) qui serait différent de V(A), valeur de la vitesse de A au moment où on a mesuré la position de A. Dans ce cas, le principe d’incertitude serait toujours valable. Mais c’est impossible car dans notre Univers, on ne peut dépasser la vitesse de la lumière selon la relativité restreinte. Donc il suffit que A et B soient suffisamment éloignés et que les mesures soient effectuées de manière suffisamment rapides,  pour qu’aucun signal ne puisse , partant de A, atteindre B avant que la mesure soit effectuée. On peut donc mesurer A sans perturber aucunement la mesure de B« .

Niels Bohr répondit immédiatement. Sa réponse est relativement obscure (Jean Staune), même pour des physiciens professionnels: « La question essentielle est celle d’une influence sur les conditions même qui définissent les types possibles de prédiction relatives au comportement futur du système. » Il semble affirmer que la mesure sur une particule aura bien un effet sur l’autre, où qu’elle se trouve.

Einstein n’accepta jamais cette réponse. En effet, une telle influence doit être supra-lumineuse. « On ne peut échapper à cette conclusion (que la théorie quantique est incomplète), qu’en supposant que la mesure pratiquée sur une particule modifie (télépathiquement?) la situation réelle de l’autre particule, ou qu’en niant l’indépendance de situations réelles relative à des objets qui sont séparés spatialement les uns des autres. L’une et l’autre branche de l’alternative me semblent entièrement inacceptables. » En effet, si lors de la mesure, les électrons sont suffisamment éloignés l’un de l’autre, un influence mutuelle doit être supralumineuse. Einstein soutenait le « principe de localité » et raillait cette « action fantôme à distance ». En physique, le principe de localité, connu également sous le nom de principe de séparabilité, stipule que des objets distants ne peuvent avoir une influence directe l’un sur l’autre; un objet ne peut être influencé que par son environnement immédiat. Ce principe, issu de la relativité restreinte, a été précisé en ces termes par Albert Einstein.


c) Jonh Bell apporte une réponse.

C’est en 1965 que jonh Bell montra qu’un test expérimental était possible, non avec des positions et des vitesses, mais avec les polarisations des photons. La polarisation d’un photon est aléatoirement « + » ou « – » quand elle est mesurée dans une direction donnée. Il est possible d’émettre un couple de photons (photons corrélés) qui donneront des réponses identiques quand on mesure leur polarisation selon une même direction. Mais si on mesure la polarisation des membres d’un couple selon des directions différentes, cette corrélation disparaît. Jean Staune compare cette situation à celle de jumeaux participant à un jeu télévisé. Ils donnent exactement les mêmes réponses aux mêmes questions. Il est possible qu’ils aient les mêmes aptitudes et qu’ils aient acquis les mêmes connaissances durant leur vie. Mais si la corrélation entre leurs réponses  continue au fur et à mesure qu’on leur pose de nouvelles questions, alors, une hypothèse peut venir à l’esprit: les jumeaux communiquent entre eux d’une façon ou d’une autre. Lorsqu’on constate ce type de corrélation, soit les réponses au questions préexistaient dans le cerveau des jumeaux avant le début du jeu, soit c’est grâce à une communication au moment où on leur pose la question que la corrélation peut exister. 

Dans une première hypothèse, les deux photons possèdent dès le début une polarisation, qui si elle est mesurée dans une direction quelconque X, donnera la réponse « + » par exemple. Mais, comme cela est vrai quelle que soit la direction X, chaque particule devrait porter en elle les caractéristiques de polarisation relatives à toutes les directions à la fois, ce qui est en contradiction avec les principes de base de la physique quantique. Il faut en conclure, et c’est la position d’Einstein, qu’il existe des variables cachées, qui, si elle étaient connues, permettraient de prédire le résultat des mesures. Mais il existe une deuxième possibilité à laquelle Bohr osait à peine faire référence lorsqu’il parlait « d’influence sur les conditions de l’expérience ». Les particules ne sont porteuses d’aucune polarisation durant leur parcours vers les instruments de mesure. A l’arrivée, lorsqu’une des particules répond, de façon totalement aléatoire, « + » par exemple, l’autre, de façon totalement coordonnée, répond la même chose. Si la mesure n’avait pas été effectuée sur la première, alors une mesure sur la deuxième particule aurait été totalement aléatoire. Mais si on observe la réponse « + » sur la première particule, on sait avec une certitude absolue que la deuxième particule répondra « + » aussi. Or, les deux particules peuvent être éloignées dans l’espace et les mesures effectuées de façon suffisamment rapprochées pour qu’aucun signa allant à la vitesse de la lumière de puisse « informer » la seconde particule qu’une mesure est effectuée sur la première. Comment savoir quelle est la bonne hypothèse? C’est à jonh Bell qu’on doit d’avoir montré dans son article de 1965 que si on pose la question aux deux photons: « quelle est la valeur de ta polarisation en direction X » pour l’un et « en direction Y » pour l’autre,  il existe des relations entre les résultats des mesures sur certains couples de photons, qui doivent être toujours être respectées si la première hypothèse est vraie. Ces relations sont exprimées par les « inégalités de Bell« . Elles portent sur les résultats de séries de mesures effectuées sur des couples de photons dont la polarisation de chaque membre du couple a été mesurée dans une direction différente de son « jumeau ». Si ces inégalités sont violées, c’est une démonstration de la fausseté de la première hypothèse (les particules portent en elles des propriétés bien déterminées avant la mesure). Il ne reste plus alors qu’à accepter la deuxième hypothèse. 

Ces inégalités permettaient de lever un des deux obstacles à la réalisation d’expériences EPR. Mais en 1964, les moyens techniques étaient toujours insuffisants pour mettre en place concrètement ce type d’expérience.


d) Les expériences d’Alain Aspect – www2.cnrs.fr -Alain Aspect. Un éclaireur dans la lumière 

La réalisation d’expériences EPR a commencé à être techniquement envisageable à partir de 1969, un article ayant été publié montrant la faisabilité d’une expérienceDeux universités, Harvard et Berkeley, ont commencé à mettre en œuvre un protocole expérimental sur ces bases, et les expériences ont eu lieu en 1972Les résultats furent contradictoires. Le problème  était notamment une source de particules intriquées peu fiable et à faible débit. En 1976, la même expérience fut répétée à Houston avec une meilleure source de photons intriqués, de débit plus élevé. Mais aussi  ces expériences n’étaient pas assez élaborées pour évacuer la possibilité de corrélations qui serait dues à une influence ou à un signal quelconque, classique, de vitesse infra-luminique se propageant entre les deux particules. En 1980, il manquait donc encore une expérience décisive vérifiant la réalité de l’état d’intrication quantique, sur la base de la violation des inégalités de Bell.

Alain Aspect a spécifié son expérience pour qu’elle puisse être la plus décisive possible, c’est-à-dire :

  • Elle doit avoir une excellente source de particules intriquées, afin d’avoir un temps d’expérience court, et une violation la plus nette possible des inégalités de Bell.
  • Elle doit mettre en évidence non seulement qu’il existe des corrélations de mesure, mais aussi que ces corrélations sont bien dues à un effet quantique (et par conséquent à une influence instantanée), et non à un effet classique qui se propagerait à une vitesse inférieure ou égale à celle de la lumière entre les deux particules.
  • Le schéma expérimental doit être le plus proche possible du schéma utilisé par John Bell pour démontrer ses inégalités, afin que l’accord entre les résultats mesurés et prédits soit le plus significatif possible.

Rappel du schéma « idéal » de John Bell (source wikipedia)

Expérience « idéale » EPR

Le schéma ci-dessus représente le schéma de principe à partir duquel John Bell a démontré ses inégalités : une source de photons intriqués S émet simultanément deux photons \nu 1 et \nu 2 dont la polarisation est préparée de telle manière que le vecteur d’état de l’ensemble des deux photons soit :

|\psi(\nu 1,\nu 2)\rangle = {1 \over \sqrt{2}} \left\{ | \uparrow , \uparrow\rangle + | \rightarrow , \rightarrow \rangle \right\}

Alain Aspectphilippe Grangier et Gérard Roger ont mis au point une expérience de ce type à l’université Paris XI. En 1982, l’expérience livra un verdict implacable: si l »on choisit d’effectuer ces mesures sur les photons dans certaines directions, les résultats violent les inégalités de Bell. Einstein avait tort, le principe de localité vole en éclats. 

Ainsi, la prédiction la plus incroyable de la physique quantique était vérifiée. Un des fondements de la science classique et de toute conception « raisonnable » du monde et du réel (selon la conception d’Einstein), venait de disparaître. [Si, sans perturber en aucune manière l’état d’un système, on peut prédire avec certitude (avec une probabilité égale à l’unité) la valeur d’une quantité physique de ce système, alors il existe un élément de réalité correspondant à cette quantité physique].

liens: La controverse Bohr-Einstein:  irsamc.ups-tlse.fr -Einstein, Bohr et la mécanique quantique

yannick.bezin.perso.sfr.fr -Werner HEISENBERG PHYSIQUE ET PHILOSOPHIE (1955 – 1956)

www2.cnrs.fr -le débat bohr-einstein et l’intrication quantique à l’épreuve de l’expérience 
linternaute.com -Ce paradoxe avec lequel Einstein rejetait le hasard

eanpierrevarlenge.com -Duel au sommet (catégorie poids lourd !) : A. Einstein vs N. Bohr

lalibre.be -Le combat du siècle : Einstein face à Bohr Guy Duplat

en.wikipedia.org -Bohr-Einstein débats     wikipedia.org -Congrés de Solvay (1927)

webastro.net/forum –Vidéo émouvante du congrès Solvay de 1927

futura-sciences.com -Atomes et miroir pour une expérience de pensée quantique d’Einstein

wikipedia.org -Principe de localité (physique) (soutenu par Einstein)

Le paradoxe EPR: wikipedia.org -Paradoxe EPR

reynal.ensea.fr -Paradoxe EPR

astronomes.com -Le paradoxe EPR et la non-séparabilité

astrosurf.com/luxorion -Le paradoxe EPR

techno-science.net -Paradoxe EPR

futura-sciences.com -Le paradoxe EPR, ou paradoxe d’Einstein-Podolski-Rosen,

bibnum.education.fr -L’argument de Einstein, Podolsky et Rosen

plato.stanford.edu -L’argument d’Einstein-Podolsky-Rosen dans la théorie quantique

fruitymag.com -La non-localité et enchevêtrement

asmp.fr -3- La non-localité et la théorie de Bohm Jean Bricmont

futura-sciences.com -Paradoxe EPR : des signaux plus rapides que la lumière ? 
wikipedia.org -Variable cachée

wikipedia.org -Intrication quantique

wikipedia.org -Chat de Schrödinger

wikipedia.org -Inégalités de Bell

cours.espci.fr -LE « PARADOXE » EPR & L’INEGALITE DE BELL

youtube.com -Olivier Costa de Beauregard – EPR – 1998.mov

wikipedia.org -Bell test experiments

les expériences d’Aspect:

youtube.com -questions à Alain Aspect 17 mars 2012

wikipedia.org -Expérience d’Aspect     feynman.phy.ulaval.ca -les expériences d’Aspect

ch.hubert.pagesperso-orange.fr -EXPERIENCE D’ASPECT par Charles Hubert

admiroutes.asso.fr -Expériences EPR, interaction d’échange et non localité

gate.free.fr -SOURCESDELUMIEREPOUR L’INFORMATIONQUANTIQUE

feynman.phy.ulaval.ca -LES EXPÉRIENCES D’ASPECT

 

3) La non-localité.

Suite à ce résultat pourtant inouï, une grande réunion fut organisée et de nombreux ouvrages furent édités et le résultat fur vulgarisé, mais il ne se passa rien ou presque. Pourtant, dorénavant, toute théorie physique relative à la nature du monde se devra d’intégrer la non-localité. Jonh Bell lui-même l’a proclamé à plusieurs reprises dans « speakable and unspeakable in quantum mechanics« : « nous ne pouvons que l’intervention sur l’un des côtés ait une influence causale sur l’autre« ; « Certaines corrélations particulières sont localement inexplicables. Elles ne peuvent être expliquées sans action à distance« … Même Jean Brickmont, l’un des porte-drapeau des physiciens les plus rationalistes et matérialistes l’a reconnu: « La non-localité est une propriété de la nature établie à partir d’expériences et de raisonnements élémentaires, indépendamment de l’interprétation que l’on donne au formalisme quantique. Par conséquent, toute théorie ultérieure qui pourrait remplacer la mécanique quantique devra également être non-locale« . 

Il y a deux façons de considérer le phénomène: soit il s’agit d’une influence qui ne peut être véhiculée par de la matière ou de l’énergie, car elle ne pourrait pas aller plus vite que la lumière, et qui s’exerce d’une particule sur l’autre (on parle alors de non-localité), soit, comme le pensent une majorité de physiciens actuels, les deux particules forment un seul et même objet, même lorsqu’on les mesure dans des instruments pouvant, en théorie, être séparés par des milliers de km. Dans ce cas on parle plutôt de non-séparabilité, car les particules ne peuvent être séparées (tant qu’on n’a pas fait de mesure sur elles). Les deux descriptions sont équivalentes (selon Bernard d’Espagnat) car dans les deux cas, une violation de la séparabilité einsteinienne nécessite une interaction instantanée à distance, soit entre deux systèmes distincts, soit à l’intérieur d’un seul et même système étendu à tout l’espace. Il n’y a donc pas d’échappatoire possible: « nous sommes conduits à réviser radicalement nos conceptions relatives aux fondements même de la réalité » (Jean Staune).

« C’est la raison pour laquelle ce résultat est d’une telle importance: Il s’agit d’une évolution majeure de nos connaissances. Au-delà de cette expérience, toutes une série de visions du monde ne sont plus valables… » (Jean Staune). Alors pourquoi chacune ne ne parle t-il pas de la non-localité? Sans doute pour les mêmes raisons qu’il a fallu deux siècles pour  nommer le VXIè siècle, le « siècle de la révolution copernicienne« , d’autant plus que nous sommes dans une période de changement de paradigme, et même les esprits les plus brillants abandonnent avec réticence les concepts sur lesquels reposent leur vision du monde. Pour Jean Staune, aujourd’hui, de nombreux physiciens tendent à diminuer l’importance de la non-séparabilité, voire racontent-ils des choses fausses à son sujet. Ainsi jean Brickmont Peut-il écrire: « La majorité des physiciens n’est pas dérangée par le paradoxe EPR. Mais cette majorité se divise en deux types. Ceux du premier type expliquent pourquoi cela ne les dérange pas. Leurs explications tendent à être entièrement à côté de la question ou à contenir des assertions dont on peut montrer qu’elles sont fausses. Ceux du deuxième type ne sont pas dérangés et refusent de dire pourquoi. Leur position est inattaquable (il existe une variante de ce type qui dit que Bohr a tout expliqué mais refuse de dire comment). » 

La désinformation la plus grave consiste à affirmer: « il n’y a aucune action à distance dans les expériences de type EPR » et à ne rien rajouter. On peut dire cela, à condition d’accepter que les deux particules forment un seul et même objet même lorsqu’elles sont dans des instruments de mesure séparés par de très grandes distances. Comment, dans une telle situation, parler d’action d’une particule sur l’autre puisqu’il n’y a plus qu’un seul objet. Il faut donc rajouter dans ce cas, que nos concepts familiers relatifs à l’espace et au temps doivent être remis en cause beaucoup plus profondément que s’il y avait une action fantôme.

Un exemple emblématique d’un scientifique effectuant ce type de démarche est celui du prix Nobel de physique Murray Gell-Man. Dans un ouvrage de vulgarisation, il affirme: « nul signal ne passe d’un photon à l’autre. Il n’y a aucune action à distance« , laissant ainsi le lecteur penser que rien ne vient perturber notre vision du monde. Ce qui paraît incroyable, c’est qu’il est l’auteur, avec Jim Hartle d’une interprétation de la mécanique quantique visant à à restaurer l’objectivité forte (La nature possède une réalité objective, indépendante de nos perceptions sensorielles ou de nos moyens d’investigation). Or, dans ce cas, l’action à distance est la seule interprétation possible, comme l’a montré Bernard d’Espagnat!
A l’inverse, Jean Bricmont, tout en pourfendant le rapprochement de la science et de la religion, est d’une lucidité et d’une honnêteté irréprochables: il compare la non-localité à magicien (il ne s’agit que d’une analogie) capable d’agir à distance sur une personne en manipulant son effigie quelle soit la distance qui les sépare. Certes, on ne peut pas transmettre d’information en utilisant la non-localité, « mais les autres aspects sont bien là et ils sont déconcertants: instantanéité, individualité, non-décroissance avec la distance […] contrairement à toutes les forces connues en physique […] se propage plus vite que la vitesse de la lumière. »  Et Brickmont n’hésite pas à parler de propriétés « magiques » de la non-localité. 


Pour conclure cet article, rappelons ce que disent Sven Ortoli et Jean Pierre Pharabod: « La physique quantique porte en elle les germes d’une immense révolution culturelle qui, pour le moment, n’a été réalisée qu’à l’intérieur d’un petit cénacle de scientifiques. » Alors, la non-localité, porte ouverte vers une autre réalité?


Dans le prochain article, nous continuerons notre quête avec l’aide de Jean staune: vers un réalisme non physique…

liens non-localité et intrication quantique:

br -Interventions dans le débat qui a suivi la conférence d’Alain Aspect

wikipedia.org -Principe de localité (physique)

outre-vie.forumactif.com -physique quantique: le principe de non localité

asmp.fr -La non-localité et la théorie de Bohm Jean Bricmont

unige.ch -De la non-localité ou le problème EPR2

forums.futura-sciences.com -non localité/intrication quantique

canal-u.tv/video -LA PHYSIQUE QUANTIQUE (SERGE HAROCHE)

chaouqi.net -La non-séparabilité

avec jonh wheeler: Un tour de magie quantique dans le passé avec des photons intriqués ?

wikipedia.org -Intrication quantique    futura-sciences.com -Intrication quantique

it.scribd.com -Bell-John: Speakable And Unspeakable In Quantum Mechanics

cortecs.org -Physique quantique, implications philosophiques et affaire Sokal par Jean Bricmont

scribd.com -Jean-Bricmont: CONTRE LA PHILOSOPHIEDE LA MECANIQUE QUANTIQUE

intelligence -Le quark et le jaguar. Voyage au coeur du simple et du complexe

vincent.devictor.free.fr -L’objectivité,dans,la,recherche,scientifique

cairn.info -Kuhn et le problème de l’objectivité

 

Mes liens pour les articles « notre existence a-t-elle un sens? »

Une réflexion au sujet de « Notre existence a-t-elle un sens? 5) deuxième partie : Au-delà de cette limite, notre vision du monde n’est plus valable. »

  1. Encore un article si riche, j’avoue, je suis un peu dépassé par les maths😀 mais votre recherche me passionne. Il y a un problème sur WordPress, je ne reçois plus les notifications de vos articles. Bon week-end

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s