edgar morin


lundi 21 novembre 2011

Edgar Morin… au nom de Dieu (1)

Je profite de cette vidéo pour faire un commentaire sur la pensée complexe par Edgar Morin exprimée dans le texte suivant dans actualités en psychopathologie.

Je trouve ce texte clair et complet. Je me retrouve bien dans la pensée complexe.Je pense qu’il faut l’appliquer jusque dans son comportement, ses idées philosophiques ou religieuses… C’est un point de départ qui mène à la tolérance, au respect. Je pense qu’il faut bien réfléchir à ce texte avant de prôner l’égalité, la tolérance pour qu’elles ne restent pas que des mots vains. J’irai même jusqu’à dire que l’essentiel c’est l’amour, au sens de La Boétie et Montaigne. Il est sans raison et inexplicable. Alors que vouloir être tolérant de façon raisonneé aboutit souvent à une forme d’intolérance. La pensée complexe permet de réfléchir à tous les aspects des choses avec ce qu’elles ont de calculable, de raisonné, de « logos », mais aussi de contradictions….

http://isabellesamyn.e-monsite.com/pages/approche-systemique/vers-un-nouveau-paradigme.html actualités en psychopathologie


Texte de Edgar Morin (sociologue, philosophe), issu du Sciences humaines dans . n°47, fév. 1995

La pensée de la complexité se présent comme un nouveau paradigme né à la fois du développement et des limites des sciences contemporaines. Elle n’abandonne pas les principes de la science classique mais les intègre dans un schéma plus large et plus riche.

La complexité : tel est le défin majeur de la pensée contemporaine, qui nécessite une réforme de notre mode de pensée. La pensée scientifique classique s’est édifiée sur trois piliers que sont ‘l’ordre’, la ‘séparabilité’, la ‘raison’. Or, les assises de chacun sont aujourd’hui ébranlées par les développements mêmes des sciences qui s’étaient à l’origine fondées sur ces trois piliers.

La notion ‘d’ordre’ se dégageait d’une conception déterministe et mécaniste du monde. Tout désordre apparent était considéré comme le fruit de notre ignorance provisoire. Derrière ce désordre apparent, il y avait un ordre caché à découvrir.

Les piliers de la science classique

Cette idée d’un ordre universel a été remise en cause d’abord par la thermodynamique qui a reconnu dans la chaleur une agitation moléculaire désordonnée, puis par la microphysique, puis par la cosmophysique, et aujourd’hui par la physique du chaos. Les idées d’ordre et de désordre cessent de s’exclure absolument l’une l’autre : d’une part un ordre organisationnel peut naître dans des conditions voisines de la turbulence, d’autre part des processus désordonnées peuvent naître à partir d’états initiaux déterministes.

La pensée complexe, loin de substituer l’idée de désordre à celle d’ordre, vise à mettre en dialogique l’ordre, le désordre et l’organisation.

Le second pilier de la pensée classique est la notion de ‘séparabilité’. Elle correspond au principe cartésien selon lequel il faut, pour étudier un phénomène ou résoudre un problème, le décomposer en éléments simples. Ce principe s’est traduit dans le domaine scientifique d’une part par la spécialisation, puis l’hyper spécialisation disciplinaire, d’autre part par l’idée que la réalité objective puisse être considérées sans tenir compte de son observateur.

Or, depuis un quart de siècle, se sont développées des ‘sciences systémiques’ qui relient ce qui est étudié séparément par les disciplines traditionnelles. Leur objet est constitué par les interactions entre éléments et non plus leur séparation. L’écologie-science a pour objet les écosystèmes et la biosphère, qui sont des ensembles de constituants interdépendants qui relèvent séparément de la zoologie, de la géographie, des sciences physiques, etc. Les sciences de la terre envisagent notre planète comme un système complexe qui s’autoproduit et s’auto-organise ; elles articulent entre elles des disciplines autrefois séparées comme l’étaient la géologie, la métérologie, la vulcanologie, la sismologie, etc.

Autre aspect de la séparabilité : celui de la disjonction entre l’observateur et son observation. Elle a également été remise en cause par la physique contemporaine. En microphysique nous savons, depuis Heisenberg, que l’observateur interfère avec son observation. Dans les sciences humaines et sociales, il paraît de plus en plus évident qu’il n’existe aucun sociologue ou économiste qui pourrait trôner, tel Sirius, au-dessus de la société. Il est un fragment à l’intérieur de cette société, et la société, en tant que tout, est à l’intérieur de lui.

La pensée complexe ne remplace pas la séparabilité par l’inséparabilité, elle appelle à une dialogique qui utilise le séparable mais l’insère dans l’insérapable.

Le troisième pilier de notre mode de pensée est celui de la logique inductive-déductive-identitaire identifiée à une raison absolue. La raison classique reposait sur les trois principes d’induction, de déduction et l’identité (c’est-à-dire le rejet de la contradiction). Le premier coup de boutoir a été donné par Karl Popper contre l’induction, qui permettait de tirer les lois générales d’exemples particuliers. K. Popper a justement fait remarquer que l’on ne pouvait, en toute rigueur, induire une loi universelle telle que ‘tous les cygnes sont blancs‘, du seul fait qu’on en avait jamais vu de noir. L’induction a incontestablement une valeur heuristique, mais non valeur de preuve absolue.

Le théorème d’incomplétude de Gödel montre par ailleurs qu’un système déductif formalisé ne peut trouver en lui-même la démonstration absolue de sa validité. C’est que qu’a montré également Tarski dans sa logique sémantique :  aucun système ne dispose de moyens suffisants pour s’auto-expliquer. Il est dans certains cas possible de trouver preuve ou explication dans des métasystèmes, mais ceux-ci comportent également en eux une brèche. On peut certes élaborer des ‘méta-points de vue’ : par exemple, pour connaître ma société, je peux comparer entre elles les sociétés contemporaines, étudier par contraste les sociétés ‘possibles’. Cela me permet d’édigier une sorte de mirador à partir duquel je peux observer d’autres sociétés extérieures tout en demeurant à l’intérieur de la mienne. Mais en aucun cas, il n’existe de métasystème théorique qui permettrait de dépasser notre condition sociale ou notre condition humaine, c’est-à-dire faire de nous des être métasociaux et métahumains.

Enfin, les développements de certaines sciences comme la microphysique ou la cosmophysique sont arrivées de façon empiricorationnelle à des contradictions insurmonables comme celles concernant l’apparente double nature contradictoire de la particuluer (onde-corpuscule) et celles concernant l’origine de l’univers, de la matière, du temps, de l’espace.

Ainsi, si nous ne pouvons nous passer de la logique inductive-déductive-identitaire, celle-ci ne peut être l’instrument de la certitude et de la preuve absolue. La pensée complexe appelle, non l’abandon de cette logique, mais une combinaison dialogique entre son utilisation segment par segment et sa transgression dans les trous noirs où elle cesse d’être opérationnelle.

Les trois théories

Ordre, séparabilité et raison absolue, ces trois piliers de notre mode de pensée ont donc été ébralés par les développements des sciences contemporaines. Dès lors, comment s’acheminer dans un univers où l’ordre n’est plus absolu, où la séparabilité est limitée, où la logique elle-même comporte des trous? Tel est le problème auquel s’affronte la pensée de la complexité.

Une première voie d’accès est ce que l’on peut appeler aujourd’hui ‘les trois théories’ que sont la théorie de l’information, la cybernétique et la théorie des systèmes. Ces trois théories, cousines inséparables, sont apparues au début des années 40 et se sont mutuellement fécondées.

– La théorie de l’information est un outil de traitement de l’incertitude, de la surprise, de l’inattendu. Ainsi, l’information qui indique quel est le vainqueur d’une bataille résout une incertitude ; celle qui annonce la mort subite d’un tyran apporte l’inattendu en même temps que la nouveauté.

Ce concept d’information permet d’entrer dans un univers où il y a à la fois de l’ordre (la redondance), du désordre (le bruit) et en extraire du nouveau (l’information elle-même). De plus, l’information peut prendre une forme organisatrice (programmatrice) au sein d’une machine cybernétique. L’information devient alors ce qui contrôle l’énergie et ce qui donne autonomie à une machine.

– La cybernétique est en elle-même une théorie des machines autonomes. L’idée de rétroaction, qu’introduit Norbert Wiener, rompt avec le principe de causalité linéaire en introduisant l’idée de boucle causale. A agit sur B et B agit en retour sur A. La cause agit sur l’effet, et l’effet sur la cause, comme dans un système de chauffage où le thermostat règle la marche de la chaudière. Ce mécanisme dit de ‘régulation’ est ce qui permet l’autonomie d’un système, ici l’autonomie thermique d’un appartement par rapport au froid extérieur. Comme Cannon l’a très bien montré dans The wisdom of body (1930), dans le cas d’un organisme vivant, ‘l’homéostasie’ est un ensemble de processus régulateurs fondés sur de multiples rétroactions. La boucle de rétroaction (appelée feed-back) permet, sous sa forme négative, de stabiliser un système, de réduire la déviance, comme c’est le cas pour l’homéostasie. Sous sa forme positive, le feed-back est un mécanisme amplificateur, par exemple dans la situation de la montée aux extrêmes d’un conflit armé. La violence d’un protagoniste entraîne une réaction violente qui, à son tour, entraîne une réaction encore plus violente. De telles rétroactions, inflationnistes ou stabilisatrices, sont légions dans les phénomènes économiques, sociaux, politiques ou psychologiques. L’idée de rétroaction avait été pressentie par Marx lorsqu’il disait que l’infrastructure matérielle d’une société produit la superstructure (sociale, politique, idéologique), mais qu’en retour, la superstructure rétroagit sur l’infrastructure matérielle…

– La théorie des systèmes jette également les bases d’une pensée de l’organisation. La première leçon systémique est que ‘le tout est plus que la somme des parties‘. Cela signifie qu’il existe des qualités émergentes qui naissent de l’organisation d’un tout, et qui peuvent rétroagir sur les parties. Ainsi, l’eau a des qualités émergentes par rapport à l’hydogène et l’oxygène qui la constituent. J’ajoute que le tout est également moins que la somme des parties car les parties peuvent avoir des qualités qui sont inhibées par l’organisation de l’ensemble.

La théorie des sytèmes nous aide également à penser les hiérarchies des niveaux d’organisation, les sous-systèmes et leurs imbrications, etc.

L’ensemble de ces trois théories – théorie de l’information, cybernétique et théorie des systèmes – nous introduit dans un univers des phénomènes organisés où l’organisation se fait avec et contre le désordre.

A ces trois théories, il faut ajouter les développement conceptuels apportés par l’idée d’auto-organisation. Ici, des noms doivent être mentionnés : von Neumannvon FoersterAtlan etPrigogine. Dans sa théorie des automates auto-organisateurs, von Neumann s’est posé la question de la différence entre machines artificielles et ‘machines vivantes’. Il a pointé ce paradoxe : les éléments des machines artifielles sont très bien usinés, très perfectionnés mais se dégradent dès que la machine commence à fonctionner. Par contre, les machines vivantes sont composés d’éléments très peu fiables, comme les protéines, qui se dégradent sans cesse ; mais ces machines possèdent d’étranges propriétés de se développer, de se reproduire, de s’autorégénérer en remplaçant justement les molécules dégradées par de nouvelles et les cellules mortes par des cellules neuves. La machine artificielle ne peut se réparer elle-même, s’auto-organiser et se développer, alors que la machine vivante se régénère en permanence à partir de la mort de ses cellules selon la formule d’Héraclite ‘vivre de mort, mourir de vie‘. L’apport de von Foerster réside dans sa découverte du principe de ‘l’ordre par le bruit’ (‘Order from noise‘). Ainsi, des cubes aimantés sur deux faces vont organiser un ensemble cohérent par assemblage spontané sous l’effet d’une énergie non directionnelle, à partir d’un principe d’ordre (l’aimantation). On assiste donc à la création d’un ordre à partir du désordre. Atlan a pu alors concervoir sa théorie du ‘hasard organisateur’. On retrouve une dialogique ordre/désordre/organisation à la naissance de l’univers à partir d’une agitation calorifique (désordre) où, dans certaines conditions (rencontres au hasard), des principes d’ordre vont permettre la constitution des noyaux, des atomes, des galaxies et des étoiles. On retrouve encore cette dialogique lors de l’émergence de la vie par rencontres entre macromolécules au sein d’une sorte de boucle autoproductrice qui finira par devenir auto-organisation vivante. Sous des formes les plus diverses, la dialogique entre l’ordre, le désordre et l’organisation, via d’innombrables inter-rétro-actions, est constamment en action dans les mondes physique, biologique et humain.

Prigogine, avec sa thermodynamique des processus irréversibles, a introduit d’une autre façon l’idée d’organisation à partir du désordre. Dans l’exemple des tourbillons de Benard on voit comment des structures cohérentes se constituent et s’auto-entretiennent, à partir d’un certain seuil d’agitation et en-deçà d’un autre seuil, dans des conditions qui seraient celles d’un désordre croissant. Bien entendu, ces organisations ont besoin d’être alimentées en énergie, de consommer, de ‘dissiper’ et l’énergie pour se maintenir. Dans le cas de l’être vivant, celui-ci est assez autonome pour puiser de l’énergie dans son environnement, et même d’en extraire des informaitons et d’en intégrer de l’organisation. C’est ce que j’ai appelé ‘l’auto-éco-organisation’.

La pensée de la complexité se présente donc comme un édifice à plusieurs étages. La base est formée à partir des trois théories (information, cybernétique et système) et comporte les outils nécessaires pour une théorie de l’organisation. Vient ensuite un deuxième étage avec les idées de von Neumann, von Foerster et Prigogine sur l’auto-organisation. A cet édifice, j’ai voulu apporter des éléments supplémentaires. Notamment, trois principes : le principe dialogique, le principe de récursion et le principe hologrammatique.

– Le principe dialogique unit deux principes ou notions antogonistes, qui apparemment devraient se repousser l’une l’autre, mais qui sont indissociables et indispensables pour comprendre une même réalité. Le physicien Niels Bohr a, par exemple, reconnu la nécessité de penser les particules physiques à la fois comme corpuscules et comme ondes. Comme le dit Pascal : ‘Le contraire d’une vérité n’est pas l’erreur mais une vérité contraire‘. N. Bohr le traduit à sa façon : ‘Le contraire d’une vérité triviale est une erreur stupide, mais le contraire d’une vérité profonde est toujours une autre vérité profonde‘. Le problème est donc d’unir des notions antagonistes pour penser les processus organisateurs, productifs, et créateurs dans le monde complexe de la vie et de l’histoire humaine.

– Le principe de récursion organisationnelle va au-delà du principe de la rétroaction (feed-back) ; il dépasse la notion de régulation pour celle d’auto-production et auto-organisation. C’est une boucle géné ratrice dans laquelle les produits eet les effets sont eux-mêmes créateurs de ce qui les produit. Ainsi nous, individus, sommes les produits d’un système de reproduction issus du fond des âges, mais ce système ne peut se reproduire que si nous-mêmes nous en devenons les producteurs en nous accouplant. Les individus humains produisent la société dans et par leurs interactions, mais la société, en tant que tout émergeant, produit l’humanité de ces individus en leur apportant le langage et la culture.

– Le princidpe ‘hologrammatique’ met en évidence cet apparent paradoxe de certains systèmes, où non seulement la partie est dans le tout, mais le tout est dans la partie. Ainsi, chaque cellule est une partie d’un tout – l’organisme global – mais le tout est lui-même dans la partie : la totalité du patrimoine génétique est présent dans chaque cellule individuelle. De la même façon, l’individu est une partie de la société, mais la société est présente dans chaque individu en tant que tout à travers son langage, sa culture, ses normes…

On le voit, la pensée complexe propose un certain nombre d’outils de pensée issus des trois théories, des conceptions de l’auto-organisation, et qui développe ses outils propres. Cette pensée de la complexité n’est nullement une pensée qui chasse la certitude pour mettre l’incertitude, ou qui chasse la séparation pour mettre à la place l’inséparabilité, ou encore qui chasse la logique pour s’autoriser toutes les transgressions.

La démarche consiste au contraire à faire un aller et retour incessant entre certitudes et incertitudes, entre l’élémentaire et le global, entre le séparable et l’inséparable. De même, on utilise la logique classique et les principes d’identité, de non-contradiction, de déduction, d’induction, mais on connaît leurs limites, on sait que dans certains cas, il faut les transgresser. Il ne s’agit donc pas d’abandonner les principes de la science classique – ordre, séparabilité et logique – mais de les intégrer dans un schéma qui est à la fois plus large et plus riche. Il ne s’agit pas d’opposer un holisme global à creux à un réductionnisme systématique ; il s’agit de rattacher le concret des parties à la totalité. Il faut articuler les principes d’ordre et de désordre, de séparation et de jonction, d’autonomie et de dépendance, qui sont en dialogique (complémentaires, concurrents et antagonistes) au sein de l’univers. En somme, la pensée complexe n’est pas le contraire de la pensée simplifiante, elle intègre celle-ci ; comme dirait Hegel, elle opère l’union de la simplicité et de la complexité, et même, dans le métasystème qu’elle constitue, elle fait apparaître sa propre simplicité. Le paradigme de complexité peut être énoncé non moins simplement que celui de simplification : ce dernier impose de disjoindre et de réduire ; le paradigme de complexité enjoint de relier tout en distinguant.

L’arrière fond philosophique

On trouve en fait dans l’histoire de la philosophie occidentale et orientale de nombreux éléments et prémisses d’une pensée de la complexité. Dès l’antiquité, Héraclite a posé la nécessité d’associer ensemble des termes contradictoires pour affirmer une vérité. A l’âge classique, Pascal est le penseur clé de la complexité ; rappelons le précepte qu’il formule dans ses Pensées : ‘Toute chose étant aidée et aidante, causée et causante, je tiens pour impossible de connaître le tout sans connaître les parties et de connaître les parties sans connaître le tout‘. Plus tard, E. Kant a mis en évidence les limites ou ‘apories de la raison’. Chez Spinoza, on trouve l’idée de l’autoproduction du monde par lui-même. Chez Hegel, dont la dialectique annonce la dialogique, cette autoconstitution devient le roman-feuilleton dans lequel l’esprit émerge de la nature pour arriver à son accomplissement ; Nietzsche a posé le premier la crise des fondements de la certitude. Dans le méta-marxisme, on trouve avecArdonoHorkheimer, et chez Lukacs, non seulement de nombreux éléments d’une critique de la raison classique, mais bien des ingrédients d’une conception de la complexité.

A l’époque contemporaine, la pensée complexe peut commencer son développement à la confluence de deux révolutions scientifiques. La première révolution a introduit l’incertitude avec la thermodynamique, la physique quantique, et la cosmophysique. Cette révolution scientifique a déclenché les réflexions épistémologiques de PopperKuhnHoltonLakatos,Feyerabend, qui ont montré que la science n’était pas la certitude mais l’hypothèse, qu’une théorie prouvée ne l’était pas définitivement et demeurait ‘falsifiable’, qu’il y avait du non-scientifique (postulats, paradigmes, themata) au sein de la scientificité même.

La seconde révolution scientifique, plus récente, encore indétectée, est la révolution systémique dans les sciences de la terre et la science écologique. Elle n’a pas encore trouvé son prolongement épistémologique (qu’annoncent mes propres travaux).

La pensée complexe est donc essentiellement la pensée qui traite avec l’incertitude et qui est capable de concevoir l’organisation. C’est la pensée capable de relier (complexus : ce qui est tissé ensemble) de contextualiser, de globaliser, mais en même temps capable de reconnaître le singulier, l’individu, le concret.

Compléments au texte d’E. Morin

Jusqu’en 1940, il existait la pensée classique, tous les scientifiques voyaient les choses par cette pensée. A partir des années 1940, les scientifiques se sont basés sur la pensée complexe, c’est-à-dire l’interaction des événements les uns avec les autres. Mais la pensée complexe ne va pas abandonner les principes fondamentaus de la pensée classique, elle va les regrouper.

La pensée classique

3 piliers :

– L’ordre est une conception mécaniste et déterministe du monde, ordre universel. Tout est déterminé, tout a un ordre, le désordre n’est qu’apparent, l’ignorance du scientifique.

– La séparabilité, étude d’un domaine en le décomposant. Ceci a amené les scientifiques à la spécialisation. Séparabilité entre observateur et objectifs, les scientifiques se voulaient neutres.

– La raison, tout doit être logique. L’induction, la déduction et l’identitaire.
L’induction, on part d’un sujet et on aboutit à des théories.
La déduction, on part d’hypothèses qu’on cherche à vérifier.
L’identitaire, refuser la contradiction, jamais prendre deux choses ensemble.

Ces trois piliers ont été critiqués :

– L’ordre : les scientifiques se sont rendus compte que le désordre existait aussi. L’ordre naissait à partir du désordre et inversement.

– La séparabilité, notion qui ne peut concevoir que l’on puisse s’intéresser à un domaine et en complémentaire établir des relations entre les différents éléments. Critique de la relation observateur – observation, l’un va forcément influer sur l’autre.

– La raison. Grâce à l’induction et à la déduction, nous pouvons découvrir des choses. Gödel, théorème d’incomplétude, l’induction, la déduction, l’identité ne peuvent être la preuve absolue.

La pensée complexe

3 théories :

– L’information : outil de traitement de l’incertitude

– La théorie de la cybernétique : A agit sur B et B agit sur A.
Rétroaction : Négative : permet l’homéostasie – Positive : effet amplificateur

– La théorie des systèmes, le tout est plus que la somme des parties, mais le tout est également moins que la somme des parties.

A ces trois théories va s’ajouter le concept d’auto-organisation.

E. Morin a ajouté trois principes :

– Principe dialogique : unir des notions antagonistes pour penser des processus organisateurs productifs et créateurs dans le monde de la pensée complexe.

– Principe de récursion : dépasse la notion de feed back, un sujet est issus d’un système de reproduction et, il est lui-même un système de reproduction

– Principe hologrammatique : la partie est dans le tout et le tout est dans la partie.

Conclusion

A partir du désordre, la pensée complexe est capable de relier.

Ouverture

Dans la pensée complexe, on a cru pendant longtemps qu’il y avait un observateur qui était en dehors du système qu’il regardait. La cybernétique a été de dire qu’on regardait avec une théorie, l’observateur fait parti de ce qu’il observe. En clinique, c’est d’une importance capitale, les premiers systémiciens pensaient qu’ils observaient la famille, hors ils observaient l’intervenant et la famille à partir de la glace sans teint.

Dans le système, il y a des entrées d’informations et des sorties, les modifications, la rétroaction. Un système humain ne peut pas être isolé de son environnement, il est sujet à des processus de transformation, perpétuel va et vient d’informations.

Système à transaction psychotique, famille avec un psychotique. Il y a peu d’entrées et de sorties d’informations, système fermé, rigide, il ne va pas de transformation.

Systèmes qui sont, à la fois, régulés et auto-régulés. L’être humain est lui-même un processus auto-régulé.

Système vivant / système artificiel

Pendant longtemps, les systèmes étaient comparés à des machines. Le système trivial, la machine artificielle, telle que Descartes la décrivit, était en système clos, elle obéit à un programme mais elle ne peut intégrer ou tolérer le désordre. La machine est vouée à une tâche spécialisée. S’il y a une altération quelconque, elle va tomber en panne, donc elle va nécessiter l’intervention d’un spécialiste = pensée médicale, on peut réparer.

L’idée de la pensée complexe est que l’on travaille sur un système ouvert en relation avec son environnement. Un système vivant est toujours connecté à un environnement. Un élément peut se dégrader mais en même temps se régénérer. Le programme s’inscrit dans la stimulation d’un contexte adapté. Le système vivant va s’adapter au désordre, le désordre est intégré. Les systèmes vivants sont fragiles mais inventifs et capables de s’autogénérer. Ils ne tombent pas en panne mais traversent des crises, ces crises sont nécessaires à leur évolution et à leur adaptation. Le système vivant ne se casse pas mais est susceptible de mourir. Ils sont soumis à deux systèmes différents ; un système biologique, cycle vital, temps évolutif. Comme l’homme est capable de se représenter l’éternité, il y a toujours le système symboliquequi est en concurrence avec le système biologique.

Le premier principe est celui de l’interaction et de l’interdépendance : chaque élémnet tire son informaiton des autres éléments et agit sur eux. Pour comprendre un élément, il faut le considérer dans le contexte avec lequel il interagit.

Le principe de totalité : lorsqu’il y a un regroupement d’éléments, la logique de groupe constituée prime sur celle de chaque élément qui le compose.

Le principe de rétroaction : appelé aussi feed back ou causalité circulaire : l’effet B produit par A agit en retour sur la cause A qui l’a produite. Deux types de causalités :
– Une linéaire, A produit B où B est causé par A. La plupart de nos raisonnements sont de la causalité linéaire.
– La causalité circulaire, A a un effet sur B qui a un effet sur C qui a un effet sur A. L’effet a une rétroaction causale. Tout est en feed back dans l’interaction humaine.
Feed back positif : la rétroaction amplifie la différence, apporte du changement
La négative est au service du statut quo, de la stabilité.
Pour que les systèmes soient équilibrés, il faut les deux. Concept relié au principe d’homéostasie.

Le principe d’homéostasie : lorsqu’un système subit une legere transformation (d’origine interne ou externe), il a tendance à revenir à son état antérieur. Equilibre entre les deux tendances. Equilibre dynamique qui permet de se transformer tout en restant le même. Il y a toujours un effort qui tend vers l’homéostasie.

Le principe d’équifinalité : on peut obtenir un résultat identique à partir de coordinations initiales différentes et en empruntant un chemin différent. Une pathologie peut être d’une condition initiale différente.
Boris CyrulnikUn merveilleux malheur, Odile Jacob, 2000

Tous ces principes de base ont à faire avec la clinique.

Conséquences méthodologiques

Approche psychanalytique

Approche systémique

Champ d’observation

Observation élargie

– l’individu
– ses déficits
– ses symptômes

Environnement, écosystème
/
Contexte : espace / temps
Hierarchie
Structure interactionnelle
Dynamique du changement

Evaluation

Diagnostic
Recherche des causes
Anamnèse

Pronostic
Recherche du comment
Recueil d’informations

Hypothèses

Causalité linéaire
A –> B
Pourquoi ?
De quoi c’est fait ?

Causalité circulaire
A
C <– B
A quoi ça sert ?

Objectifs

Supprimer le symptôme
Soigner

Mobiliser les ressources et les compétences

La démarche va être tout à fait différente. Il va avoir une méthodologie clinique totalement différente qui va s’appuyer sur trois grands axes :

– L’exploration et le pilotage du contexte
L’exploration : la situation va d’abord être explorée, puis les acteurs concernés par la situation vont être rencontrés
Pilotage : délimitation des sous-systèmes d’intervention. Est-ce que le travail va se faire avec les parents, la classe, le juge… Le cadre doit être posé, ainsi que les règles explicites du travail, puis définir son rôle dans la situation et qualifier sa relation (en utilisant le ‘je’).

– Travailler sur l’interaction : évaluer les modes d’échange, les aspects fonctionnels et disfonctionnels, et les aspects symboliques. Favoriser l’interactivité, le partenariat, ne pas accuser. Construire la demande ensemble en définissant le problème.

– Le problème est le changement. Innovation dans les modes de communication. Connoter positivement la démarche des gens.

BECHILLON DLes défis de la complexité : vers un nouveau paradigme de la connaissance ?, L’Harmattan, 1994

BIANCHI FLe fil des idées : une éco-biographie intellectuelle d’Edgar Morin, Seuil, 2001

DUPUY J-POrdres et désordres : enquête sur un nouveau paradigme, Seuil, 1990

FORTIN RComprendre la complexité. Introduction à la méthode d’Edgar Morin, L’Harmattan, 2002

MORIN EMes démons, Stock, 1998

MORIN ELa complexité humaine, Flammarion, 1998

TOURAINE AUn nouveau paradigme : pour comprendre le monde d’aujourd’hui, L.G.F., 2006

VIANELLO M, CARAMAZZA EUn nouveau paradigme pour les sciences sociales : genre, espace, pouvoir, L’Harmattan, 2003


Phytospiritualité: Edgar Morin… au nom de Dieu (1)

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