Un brève histoire de l’avenir 2)La fin de l’Empire Américain


la fin de l’EmpireAméricain



Historique:

Article: Une brève histoire de l’avenir -1) Une très longue histoire, une brève histoire du capitalisme

Une brève histoire de l’avenir 2) La fin de l’Empire Américain.

Le livre de J Attali commence par le chapitre: Une très longue histoire. C’est l’histoire depuis les origines jusqu’aux neuf  « formes » de l’ordre marchand, avec neuf  « coeurs »,  dont le dernier est Los-Angelès… jusqu’à quand?

Là commence l’histoire de l’avenir, imprévisible. les questions sont devenues innombrables. chaque évènement influe sur le cours de l’histoire: Les Américains vont-ils se retirer de l’Irak? le pétrole manquera -il? Trouvera – t’on des énergies de substitutions? etc… Il apparaît une instabilité et une interdépendance entre tous les évènements et chacun peut influer sur la liberté de circulation des idées, des marchandises, des capitaux et des hommes et donc sur la croissance, l’emploi et la liberté. Pourtant, la plupart n’auront qu’un impact temporaire, car au-delà de des problèmes qui semblent aujourd’hui majeurs, et qui seront un jour résolus, de grandes tendances continueront d’être à l’oeuvre, quasi immuables. Depuis que la démocratie  et le marché sont apparus, l’évolution va dans une direction unique, elle généralise la liberté politique et canalise les désirs vers leur expression marchande. Les démocraties de marché se rassemblent en marché de plus en plus vaste et intégré autour d’un « coeur  » provisoire. Pour prendre la pouvoir, il doit être le plus grand noeud de communication du moment, et être doté d’un très puissant arrière-pays industriel et agricole. Il doit être capable de créer des institutions bancaires assez audacieuses pour oser financer les projets d’une classe créative, mettant en oeuvre des technologies nouvelles permettant de transformer le service le plus envahissant du moment en objet industriel. Enfin, il doit être capable de contrôler politiquement, socialement, culturellement et militairement les minorités hostiles, les lignes de communication et les sources de matières premières. Aujourd’hui, tout donne à penser que Los-Angelès, le « neuvième coeur » de l’ordre marchand sera encore capable longtemps de remplir un tel rôle. Pourtant les mêmes menaces que celles qui ont eu raison des « formes » précèdentes sont là: la sécurité est en péril, la classe créative n’est plus loyale, les progrès techniques industriellement exploitables  sont de plus en plus lents, l’industrie est de moins en moins rentable, la spéculation financière de plus en plus effrénée. les inégalités s’aggravent, la colère gronde, un endettement considérable se développe.

a) Le bel avenir de la neuvième forme.

Jamais la classe Californienne n’a été aussi inventive, riche et prometteuse et le niveau de vie aussi élevé. Jamais les profits des entreprises n’ont été aussi élevés, l’innovation industrielle et financière aussi triomphante, Les USA n’auront autant dominé le monde, militairement, politiquement, économiquement et culturellement.

Aucun rival crédible ne s’annonce (est ce sûr?) et aucun autre modèle de développement ne semble imaginable. Les Etats-Unis et le dollar semblent le meilleur refuge économique, politique et financier. Los Angelès demeurera le centre technologique, culturel et industriel, Washington la capitale politique,et New-York la métropole financière. Les déficits Américains continueront de fonctionner comme des machines à développer la consommation aux USA.

Même si la croissance peut être provisoirement interrompue par des crises financières, des récessions ou des conflits, l’essentiel des événements accentuera encore la suprématie des Etats-Unis. aussi longtemps qu’il sera possible de retarder les autres avenirs, la croissance mondiale continuera au rythme moyen de 4%/an. Un part significative des plus pauvres seront entrés dans l’économie de marché comme travailleurs et consommateurs avec des produits adaptés à leur pouvoir d’achat (le meilleur des mondes?). Les émigrés financeront leur pays d’origine par transfert de leur épargne.  Le micro-crédit et la micro-assurance s’étendront.  En 2025 (?) la moitié de la population ne survivra encore qu’avec 2 dollars/jour, mais la part participant à l’économie de marché et sachant lire et écrire aura notablement augmenté. Cette croissance économique étendra le champ de la démocratie. Aucun régime autoritaire n’a jamais résisté durablement à l’abondance et permis d’utiliser la forte croissance pour maintenir leur contrôle sur les classes moyennes.

L’Union Européenne ne sera vraisemblablement qu’un simple espace économique commun élargi, même si sa monnaie a des chances d’être de plus en plus utilisée dans le monde. 11 puissances économiques émergeront: Chine, Japon, Inde, Russie, Indonésie, Corée, Australie, Canada, Afrique du Sud, Brésil et Mexique, qu’Attali nomme les « onze ». L’Asie dominera et les 2/3 des échanges commerciaux se feront à travers le pacifique, sa production dépassera la moitié de celle du monde. La Chine sera la deuxième puissance économique du monde. Elle aura un excédent dans la balance des capitaux et continuera à financer les déficits de Etats-Unis. Le parti communiste deviendra de moins en moins capable d’organiser la vie urbaine et résoudre les immenses difficultés actuelles et à venir sans se réformer. Un grand désordre régnera et une nouvelle démocratie pourrait même surgir. Pour l’Inde, qui sera en 2025 le pays le plus peuplé du monde, un scénario similaire pourrait se produire. Le Japon continuera de vieillir et de décliner en valeur relative. La Corée du Sud deviendra la deuxième puissance d’Asie et le nouveau modèle économique et commercial, elle impressionnera par ses technologies et son dynamisme culturel. La pérennité de ce modèle dépendra de sa capacité à se frayer un chemin entre deux scénarios catastrophe, réunification suite à l’effondrement de la Corée du nord dont le coût économique serait insupportable, et celui d’une escalade militaire, peut-être nucléaire provoquée par la fuite en avant du régime Communiste. Le Viet-Nam sera sans doute un acteur majeur. L’indonésie souffrira de problèmes quasi-insolubles. La Russie, devenue le premier producteur d’or noir, aura à affronter en nouvelles menaces, Musulmane au sud et Chinoise à l’Est. En Amérique Latine deux puissances domineront. Le Mexique devra éviter une croissance désordonnée des villes, surmonter une pollution majeure, une extrême inégalité entre classes sociales et groupes ethniques, avec des révoltes politiques anti-Américaines. Le Brésil pourrait devenir la quatrième puissance économique du monde. L’Afrique ne réussira vraisemblablement pas à faire surgir une vaste classe moyenne, la croissance économique sera compensée par une plus forte croissance démographique. Le climat rend difficile l’organisation du travail avec des bouleversements climatique dans l’avenir; la population active, réduite pendant la période d’esclavage, et aujourd’hui par des pandémies et le sida sera encore insuffisamment formée. Les élites émigreront et le continent sera ravagé par les désordres politiques, la corruption et les violences. La part du monde Arabe augmentera, mais faiblement. Il n’y aura pas de stabilité politique, de cadre législatif, de séparation du religieux et du laïc, de mise en oeuvre des droits de l’homme et de la femme

Au total, cette croissance mondiale, la plus longue et la plus élevée de toute l’histoire de l’humanité, s’accompagnera d’une formidable accélération dans la mise en oeuvre de la globalisation et de la marchandisation du temps.

b) La marchandisation du temps.

Le temps des hommes sera de plus en plus utilisé  à des activités marchandes qui remplaceront des services, gratuits, volontaires ou forcés. L’évolution se fera de plus en plus vers: une agriculture industrielle, les travailleurs vers les villes, l’industrie globale, les frontières ouvertes aux capitaux et aux marchandises, les là où le coût global du travail est de plus en plus bas (vers l’Asie de l’Est puis l’Inde). Les services sophistiqués, les centres de recherche et les sièges sociaux se déplaceront vers les pays du Sud où on parle l’anglais, sur le marché local, ne seront plus assurées que les études de marché nécessaires à la commercialisation et au service après-vente. La vitesse des innovations s’accélèrera, la durée de vie des marques, des immeubles, des maisons de plus en plus brève. Les actionnaires deviendront de plus en plus volatils, capricieux, déloyaux, indifférents aux exigences de entreprises et soucieux des avantages immédiats. Les banquiers exigeront des comptes de plus en plus rapprochés, les dirigeants jugés par le marché versatile sur des critères de court-terme. La compétition entre travailleurs sera de plus en plus sévère, le savoir, remis en cause par les innovations, sera un actif majeur, la formation initiale essentielle, l’âge de la retraite sera reculé jusqu’à 70 ans, l’industrie du mieux-être deviendra industrie majeure. On distinguera de moins en moins entre travail, consommation, transport, distraction et formation. L’endettement augmentera dans le « coeur » et le « milieu ».  Il y aura un « nomadisme » urbain , l’habitation s’éloignera des centres.

Cette neuvième forme créera des conditions de vie de plus en plus solitaires et individualistes, dans des appartements de plus en plus exigus, avec des partenaires sexuels éphémères et la peur d’être lié et la séduction devenant l’indifférence apparente. La résidence secondaire sera l’habitat principal, le tourisme deviendra quête de silence, de solitude et de méditation, de retraite et de non-agir. La sédentarité sera l’ultime privilège des enfants qui vivront souvent avec leurs grands-parents dans des lieux protégés et stables, où les parents, pour l’essentiel séparés viendront passer un moment avec eux. Les transports, lieu de vie, de rencontre, de travail, d’achat, de distraction, occuperont un temps croissant, le travail de nuit et du dimanche se généralisera. Le voyage sera une part majeure de la formation universitaire et de l’ « employabilité », les grandes villes seront reliées par TGV. Il s’inventera un nouveau « droit de propriété », on passera de l’achat à l’accès et à l’usage dans la résidence, l’information la culture et l’éducation.

Des produits à bas prix permettront aux plus pauvres d’entrer dans l’économie de marché, le revenu des classes moyennes et supérieures sera utilisé pour l’achat de services, avec un revenu mutualisé, impôts et cotisations, les risques seront confiés aux assurances. Les échanges commerciaux, numérique et financiers échapperont en partie aux états ainsi privés d’une part significative des recettes fiscales. Deux industries domineront pour gérer ce temps marchand, l’assurance et la distraction pour fuir la précarité, c’est à dire se distancier et se protéger du présent. Tout s’organise autour de ces deux exigences, protéger et distraire.


C) L’ubiquité nomade.

Avant 2030, chacun, sauf les plus pauvres, sera connecté en tout lieu à tous les réseaux d’information par les infrastructures haut-débit, mobiles (HPDSA, WiBro, WiMax, et fibres optiques et sera ainsi en situation d’ubiquité nomade. Cette mise en réseau des membres de la classe créative, Les outils deviendront plus légers et plus simples, le téléphone mobile et l’ordinateur fusionneront et seront adaptés au mouvement en étant intégrés au vêtement et deviendront objet nomade universel (téléphone, agenda, lecteur de musique, téléviseur, chéquier, carte d’identité). Les propriétaires de contenu (éditeurs, musiciens, cinéastes, écrivains, journalistes…) seront rémunérés, ne pouvant plus imposer leurs brevets, seront rémunérés par les infrastructures numériques qui recevront une redevance et des revenus publicitaires. la plupart des médias papier deviendront virtuels et offriront des services de communauté instantanés, coopératifs et sur mesure (type Myspace, OhMyNews, Agoraxox. les citoyens apporteront leur perspective à l’information et au divertissement, plus subjective, passionnée, indiscrète et sur des thèmes méconnus ou délaissés. Les livres deviendront un nouvel objet nomade bon marché, e-paper et e-link. Ils ne remplaceront pas les livres mais seront utilisés pour des oeuvres éphémères et sans cesse réactualisées. Dans les nouvelles formes d’art on ne distinguera plus ce qui relève de la peinture, de la sculpture, de la littérature ou du cinéma. Le virtuel en trois dimensions se généralisera dans les livres, le cinéma, les communications à distance. L’ubiquité nomade et les robots envahiront tous les services.

Mais chacun étant ainsi connecté dans l’espace et dans le temps, l’ubiquité nomade s’inversera, vers 2030, en une hypersurveillance qui sera la caractéristique de la forme suivante de l’ordre marchand.

d) Le vieillissement du monde.

La croissance marchande favorisera l’allongement de la vie avec une baisse de la natalité et l’augmentation de l’espérance de vie qui se rapprochera du siècle. Avec la croissance de la liberté, en particulier celle des femmes, la natalité baissera au point de ne plus permettre, dans certains endroits, le renouvellement des générations. Cette liberté aidera les femmes à échapper à la domination masculine, et fera évoluer les religions. La priorité sera accordée au présent, en particulier chez les personnes âgées. Le poids du financement des retraites sera de plus en plus lourd, les pays qui refusent les étrangers verront leur population s’effondrer et il y aura une extraordinaire croissance des villes. Il y aura d’immenses mouvements de populations que les Etats-Unis, plus que d’autres sans doute, seront mieux préparés à affronter ou à accepter.

e) Demain les villes.

Les trajectoires linéaires indiquent que c’est dans le Sud que les migrations seront les plus massives, des campagnes vers les villes, de la misère rurale vers la misère urbaine, qu’aucune dictature, même en Chine ne réussira à ralentir. En 2007, 24 villes ont plus de 10 millions d’habitants, en 2025 il y en aura 30. et 7 de plus 20 millions et en 2050; un milliard d’habitants vivront dans 50  villes d’Asie de 20 à 30 millions d’habitants. Il faudra multiplier les infrastructures urbaines par 3 ou 4, ce qui se révélera pratiquement impossible,  Seules quelques villes réussiront à devenir vivable grâce à des techniques nouvelles et du microfinancement (marchés très rentables pour ceux qui sauront s’en saisir). A moins que les animateurs des mouvements sociaux et politiques, qui seront les moteurs de l’histoire et non plus les employés et professeurs, ne permettent une évolution, ces grandes cités ne seront que des juxtapositions de maisons précaires avec des zones de non-droit contrôlées par des mafias, cernant des quartiers riches transformés en bunkers. Des mouvements de masse auront lieu pour fuir ces zones (aussi vers des climats plus cléments), par exemple de la Chine vers la Sibérie… Toutes les migrations et aussi un transfert des élites, auront lieu pour se rapprocher des pays du Nord et des Etats-Unis. Les pays d’Europe, après avoir été une terre d’immigration deviendront eux aussi une terre d’accueil, et retrouveront du dynamisme et de la croissance, s’ils comprennent que les afflux de population bien maîtrisés sont les conditions de leur survie. Les mouvements se feront aussi d’un pays du Nord à un autre pays du Nord. Cela rendra plus facile le financement des retraites, mais pèsera sur les classes moyennes. Dans les 25 ans, 50 millions de personnes s’exileront tous les ans, pour changer d’identité et fuir les contraintes de leur pays (fiscalité ou autre), chercher une retraite dans des pays au climat plus cléments et au coût de vie moins élevé…

f) D’indépassables raretés.

Jusqu’à présent, l’ordre marchand a toujours réussi à faire surgir à temps de quoi remplacer les matières premières devenues rares, parfois au prix d’opérations militaires et de déplacement d’un « coeur » (les terres cultivables en Flandre, le charbon de bois en Angleterre, l’huile de baleine dans l’Atlantique, le charbon de terre…). Le monde craignait l’envahissement des villes par les excrément, l’environnement des villes s’est même amélioré, la pénurie d’énergie annoncée depuis plus d’un siècle, s’éloigne de jour en jour. Pourtant la consommation des ressources minérales a triplé durant les quarante dernières années et 900 milliards de barils de pétrole ont été brûlés. Avant 2035, la population urbaine et la demande de matières auront été multipliées par deux. Celles-ci se raréfieront mais avec le recyclage, elles seront encore disponibles et on les recherchera dans les océans et…sur la lune. Pour l’énergie, les données sont plus préoccupantes. Au rythme actuel de croissance, les réserves sont de 230 ans pour le charbon, 70 ans pour le gaz, 50 ans pour le pétrole. On s’attend pour ce dernier à des pénuries et des hausses de prix vers 2020. L’exploitation des sables et schistes bitumineux du Canada pourrait retarder la pénurie au prix de désagréments écologiques et d’un rapport énergétique faible. Le gaz semble plus durablement abondant moyennant de lourds investissements et des risques géopolitiques, il pourra être converti en produits pétroliers retardant ainsi la pénurie, qui n’est ainsi qu’une question de prix. L’énergie nucléaire sera de plus en plus utilisée si la gestion des déchets est politiquement acceptée. L’énergie solaire et éolienne ne deviendront des sources inépuisables que quand elles deviendront stockables. La biomasse sera difficile à développer à grande échelle sauf pour les voitures particulières. Les autres sources, houle, marées, géothermie ne semblent pas capables de répondre à une demande significative. La fusion thermonucléaire, à priori quasi-illimitée, semble difficilement praticable avant la fin du 21ème siècle. Tout cela incitera à remplacer les mouvements physiques par des mouvements immatériels.

Mais bien avant le manque d’énergie, d’autres raretés devront être surmontées, celles des produits agricoles et des forêts. Avant 2050, il faudra doubler la production agricole pour nourrir la planète. Cinq millions d’hectares disparaissent chaque année sous la pression de l’urbanisation, l’humanité a déjà consommé la moitié de la capacité des plantes à photosynthétiser la lumière l’utilisation des organismes génétiquement modifiés, dont rien ne garantit encore l’innocuité, devra être généralisée. Les forêts, elles, se feront de plus en plus rares. Elles ont été dévorées par les industries de l’armement naval, celles du papier, l’extension de l’agriculture et des villes. Dans les années 1990, 50% des réserves de l’Allemagne ont disparu, chaque heure, l’équivalent de sept terrains de football est déboisée; La Japon est responsable d’un tiers de ces dégâts. Les gaz, oxydes de soufre et d’azote, détruisent les arbres de la planète. L’économie de l’immatériel ne réduira pas avant longtemps la demande de papier d’impression. Dans 40 ans, les forêts auront disparu, sauf là où elles ont été entretenues (en Amérique et en Europe pour le moment). Cette disparition sera mortelle pour d’innombrables espèces vivantes et mettra en danger la survie de l’espèce humaine. Le pire danger est pourtant dans les émissions gazeuses rejetées dans l’atmosphère. La production de chlorofluorocarbones qui réduisent la couche d’ozone, semble aujourd’hui sous contrôle, 23 millions de tonnes de carbone sont annuellement déversées dans l’atmosphère et la réchauffent malgré tout, d’autres émissions vont s’aggraver. La Chine va construire l’équivalent d’une centra électrique de 1000 mégawatts par mois pendant trente ans. D’ici 2030, les émissions de CO2 par habitant auront doublé. Le réchauffement de la terre et les changements climatiques provoqueront sans doute des catastrophes naturelles aux conséquences financières gigantesques sur l’ensemble de la planète: écarts de température de plus en plus marqués, altérations de la nature (les arbres pousseront plus vite et seront plus fragiles, cigales en Scandinavie, mante religieuse et papillons en Méditerranée, plancton migrant vers la nord avec les poissons, suivis de la disparition des oiseaux marins), les côtes pourraient devenir inhabitables, 2 milliards de personnes vivront dans des zones menacées de désertification… Les émissions de gaz ne se réduiront pas aisément, les pays riches résisteront à modifier leur mode de vie, les pays du sud rejetteront longtemps toute restriction, le Brésil continuera de à brûler la forêt Amazonienne…Le changement ne sera sensible que le jour la gravité de la situation sera devenu trop sensible et sans doute sous la forte action du marché et la pression des compagnies d’assurances.

La sécheresse aura une autre conséquence: la rareté de l’eau potable. La moitié des cours d’eau sont en passe d’être gravement pollués par la production agricole, industrielle et urbaine. L’humanité a déjà consommé 80% de ses ressources d’eau douce naturelle. Plus de 1,5 milliard de personnes difficilement accès à l’eau potable et 3,5 milliards à une eau saine (le choléra atteint 200millions de personnes, 15000 sont tuées chaque jour par l’eau polluée). La situation va empirer, sauf si on améliore la gestion de l’eau douce et les systèmes de voirie urbaines. En fait, il existerait de l’eau douce pour 20 milliards de personnes en gérant mieux les prélèvements de l’agriculture et de l’industrie et en organisant à grande échelle le dessalement de l’eau de mer. Mais ici encore, cela impliquera une augmentation massive des prix pour le consommateur et le contribuable.

Enfin, les conséquences se feront sentir sur la diversité animale et végétale et l’accélération de la disparition des espèces. La disparition de la moitié des espèces d’ici la fin du 21ème siècle n’est pas à exclure et il n’est pas certain que l’espèce humaine puisse y survivre.


g) L’essoufflement technologique.

Deux progrès technologiques ont assuré l’expansion de la neuvième forme, l’augmentation de la capacité de stockage de l’information par les microprocesseurs et celle de l’énergie par les batteries.Mais les limites imposées par la loi de Moore et la capacité de stockage seront atteintes en 2030. Les innovations linéaires semblent aussi se ralentir: dans l’automobile, les équipements électro-ménagers, le téléphone portable et internet, la génétique. Les nouvelles énergies se font attendre, on voit fleurir de faux progrès, les ordinateurs portables sont 10 fois plus puissant et plus chers que ceux qui pourraient satisfaire les nécessités des consommateurs. Pour répondre aux besoins (énergie, eau, matériaux, produits alimentaires et   vestimentaires, moyens de transport et de communication, élimination des déchets),il faudra résoudre des problèmes scientifiques encore insolubles, et mettre en place des technologies et systèmes logistiques industriellement efficaces, financièrement praticables et socialement acceptables.

C’est l’ambition des biotechnologies et nanotechnologies, mais leur validité, leur praticabilité, leur sécurité et leur acceptabilité politique et sociale ne seront pas acquises avant 2025.

Pour obéir aux injonctions des marchés financiers, les laboratoires de recherche feront circuler de moins en moins d’informations et prendront de moins en moins de risques à investir, préférant les bénéfices de la spéculation financière. Une rareté semble durablement insurmontable, celle du temps.


h) La seule vraie rareté: le temps

On passera de moins en moins de temps à produire, travailler, cuisiner, manger. Par contre les produits mis sur le marché seront de plus en plus chronophages. D’abord augmentera le temps de transport avec la croissance des villes, temps esclave où on pourra continuer à consommer et travailler; il sera de plus en plus consacré à communiquer, intégrer des informations, voir des films, jouer et assister à des spectacles. On y écoutera des spectacles vivants tout en travaillant, des livres enregistrés et de la musique qui sera grande consolatrice devant les chagrins, les deuils, la solitude, la désespérance.

Mais beaucoup réaliseront qu’ils n’auront jamais le temps de tout lire, tout entendre, tout voir, tout visiter, tout apprendre. Tous les sept ans aujourd’hui, mais tous les 72 jours en 2030, doublera le temps nécessaire pour se tenir informé, apprendre, devenir et rester « employable », se soigner et s’entretenir. Mais ne changera pas le temps nécessaire pour aimer ou dormir.

Pour contourner cet obstacle qui limite la consommation, l’ordre marchand a inciter à stocker les objets chronophages (livres disques, films), de façon matérielle puis virtuelle, sans plus aucune relation avec la possibilité d’en faire usage, comme si on ne pouvait pas mourir sans sans avoir tout vu, lu…En vain, le temps est devenu obsession.

En fait, le temps est la seule réalité vraiment rare: nul ne peut en produire, vendre celui dont il dispose, personne ne sait l’accumuler.

On essayera d’allonger encore la durée de vie humaine (120 ans avec une durée de travail de 25 heures par semaine)? Pour aller plus loin, il faudra franchir des barrières à priori infranchissables: réduire les fonctions inhérentes à la vie, naître, dormir, apprendre, se soigner, aimer, décider.

On découvira (?) que la liberté, objectif majeur de l’homme depuis les débuts de l’ordre marchand, n’est que l’illusoire manifestion de d’un caprice à l’intérieur de la prison du temps. Viendra alors la crise de l’ordre marchand.

l) La fin de la neuvième forme.

Pour Jacques Attali, elle réussira, au moins jusqu’en 2025, à soutenir son progrès et son influence. La Californie restera le « coeur » et les Etats-Unis conserveront leur avance technologique par des commandes massives à leurs entreprises stratégiques, en particulier militaires, financées avec un déficit de plus en plus abyssal, couvert par des emprunts internationaux.

Le président a dit en 2005: « nous allons de l’avant avec une confiance absolue dans le triomphe de la liberté… L’Histoire voit la justice fluer et refluer, mais elle possède une direction visible, définie par le liberté et par l’Auteur de la liberté ».

Toute l’idéologie de l’ordre marchand et de sa neuvième forme est parfaitement résumée dans ces quelques lignes.

Mais , comme les « coeurs » précédents, il devra affronter les difficultés « globales » et les défis de plus en plus coûteux, qui entraîneront son déclin et sa perte.  Le défi viendra d’abord des entreprises virtuelles. Si internet est pour l’essentiel une colonie américaine, où on parle anglais, dont les richesses sont drainées vers la mère patrie, ce continent conquerra un jour son autonomie et deviendra une puissance en soi, entité autonome, faisant des profits hors du sol américain, et la mettra en cause. Ensuite, les entreprises réelles américaines  se détacheront elles aussi de l’Amérique et délocaliseront leurs productions et leurs recherches. Elles comprendront que leurs intérêts commerciaux ne se confondent plus avec ceux de leur gouvernement dont l’image dégradée nuira à la vente de leurs produits. Les fonds seront investis dans des paradis fiscaux à la nationalité indiscernable. Les actionnaires et l’état américain perdront l’essentiel de leurs profits et de leurs recettes fiscales. Le système financier, concentré autour d’institutions d’assurances et de fonds de couverture de risques hasardeux, s’en trouvera menacé.

Les frustrations des salariés seront de plus en plus mal ressenties. La classe moyenne, acteur de la démocratie de marché, retrouvera la précarité à laquelle elle croyait avoir échappé en se détachant de la classe ouvrière (cadres déclassés, ouvriers précaires, employés malmenés, familles à l’abandon, propriétaires endettés, consommateurs déçus, usagers révoltés, minorités frustrées, croyants en colère, énormité des injustices, violence des inégalités, désintégrations communautaires). Les salaires américains continueront de baisser et les écarts de revenus remettront en cause la légitimité de rêve américain.

Tout cela ressemble à ce qui arrivan en d’autre temps, à Venise, Gênes, Anvers, Amsterdam, Londres, Boston et New York. Les Etats-Unis pourraient devenir soit une social-démocratie de type scandinave, soit une dictature, voire l’une après l’autre. Pour sortir de la crise de la huitième forme, le premier dirigeant à appliquer ces principes fut Mussolini, le second  fut Hitler. Et Roosevelt, selon Attali, ne fut que le troisième. Une dixième forme pourrait voir le jour.

j) Une dixième forme de l’ordre marchant est-elle possible?

Lors de chacune des neuf précédentes mutations de l’ordre marchand, le sentiment aux contemporains que la forme en place, si menacée fût-elle, ne pouvait pas disparaître avec son coeur du moment. Souvent même, le pouvoir avait depuis longtemps changé de mains, sans que quiconque, dans le « coeur » en déclin ni alentour, s’en fût vraiment rendu compte. Les anciens maîtres continuaient de croire qu’ils dominaient le monde, alors qu’ils étaient en fait entrés dans une véritable décadence, et que d’autres avaient pris leur place.

C’est là que l’histoire trouve sa justification. Si, en effet, cette dixième forme ressemble aux précédentes, elle fera apparaître de nouveaux équilibres entre les nations; elle étendra la liberté des moeurs, de nouvelles technologies permettront de réduire encore les temps pour fabriquer les nouveaux produits, avec de nouvelles énergies. De nouveaux services seront transformés en produits et de nouveaux travailleurs en salariés précaires. Les richesses seront concentrées en un nombre de plus en plus restreint de privilégiés. Une plus grande variété de choix s’ouvrira aux consommateurs et aux citoyens en imposant aux travailleurs de nouvelles formes d’aliénation. Le « coeur » devra être, encore une fois, un très grand port ou aéroport maîtrisant les réseaux mondiaux de commerce. Un climat relationnel libéral et dynamique devra permettre à une classe créative de mettre en oeuvre à son profit des idées, des techniques, des valeurs, capables de résoudre les défis qu’affrontera l’Ordre marchand et de faire surgir les nouveaux objets de consommation nécessaires à la relance de la croissance mondiale.

Le plus vraisemblable (c’est l’opinion de J. Attali), est que ce dixième « coeur », s’il vient au jour, sera situé, pour la quatrième fois sur le territoire des Etats-Unis, parce que ce pays restera, même après la crise de 2025, la première puissance militaire, technologique, financière et culturelle du monde. Il sera, sans concurrence imaginable, le plus vaste marché et le refuge le plus sûr pour les élites et les capitaux. Parce que Washington restera la capitale politique du monde et l’armée américaine, de loin, la première force militaire de la planète. Parce que, enfin, l’Amérique restaurera un jour ses finances en trouvant les moyens – comme elle le fit pour l’automobile, puis avec les biens d’équipement ménagers, enfin avec les objets nomades – de relancer la croissance par la production industrielle, qui reste à définir, de nouveaux objets.

Ainsi on peut penser à un port Californien (comme il y eut deux « coeurs successifs », sur la côte est, Boston et New York), il serait plus au sud, à la frontière Mexicaine, proche d’un des ports les plus dynamiques du Pacifique (San Diégo), des industries de défense, de l’espace, des télécommunications, de la micro-électronique, des centres les plus importants en biotechnologies et nanotechnologies (La Jolla), des universités d’exception (Stanford et Berkeley). Ce dixième « coeur » s’étendrait du Mexique au Canada.

Pourtant, (toujours selon Attali), il y a peu de chances qu’un tel schéma voit le jour. Dans 20 ou 30 ans; les Etats-Unis seront…fatigués du pouvoir, de l’ingratitude; Ils auront besoin de souffler, de restaurer leurs finances, de panser leurs blessures, d’améliorer le bien-être de leurs propres habitants et surtout de se défendre sur leur propre sol. Ils seront pourtant une très grande nation, même sils ne sont plus le coeur. A quelle date? Difficile aujourd’hui d’être plus précis. L’Histoire nous apprend que la durée de vie des empires est de plus en plus brève: l’Empire romain d’Orient a duré 1058 ans, le Saint Empire romain germanique 1006 ans, les empires d’Orient 400 ans chacun, les empires chinois moins de 300 ans, les empires perses, mongols et européens 200 à 300 ans l’Empire hollandais 250 ans, l’empire Britannique 100 ans, l’Empire soviétique 70 ans, les tentatives allemandes, japonaises et italiennes, moins encore. L’Empire Américain a duré environ 120 ans, donc plus que la moyenne.

Cette perspective peut paraître inconcevable, aujourd’hui, la plupart des dirigeants pensent que l’Empire américain sera éternel. Pour eux, au demeurant, l’Amérique est une démocratie, pas un empire. Elle est investie d’une mission salvatrice à l’échelle de l’humanité. Ils se comportent comme si le temps, c’est à dire Dieu, ne pouvait que servir leurs intérêts: comme si, l’Amérique, invulnérable et sans reproche, allait encore la maîtresse de monde dans plusieurs siècles. Autour d’eux, certains y compris parmi leurs propres ennemis, agissent même comme si leur propre suicide pouvait seul menacer l’éternité du pouvoir américain.

Qui pourrai être alors le « coeur »? L’Histoire a montré qu’il n’est pas nécessaire qu’il soit situé sur le territoire de la nation la plus vaste ou la plus peuplée (voir Bruges ou Venise), Il leur a fallu trouver en elles-mêmes l’énergie, la force créatrice, le désir d’innover, de produire en masse, de s’exposer au monde et de dominer. Plusieurs villes pourraient être candidates. Londres d’abord, première place financière en Europe, pôle d’attraction des élites, proche des deux grandes universités mondiales. Mais cela ne suffira pas. Elle n’a plus l’arrière-pays industriel ni l’infrastructure. La City ne sera plus qu’une formidable plate-forme financière, sophistiquée et fragile, qui pourrait être délaissée à la moindre incertitude technologique ou militaire et que fuiront beaucoup à la prochaine explosion de la bulle immobilière. On peut penser aussi à la vaste conurbation le long de la ligne TGV de Londres à Francfort en passant par Bruxelles, Lille et Paris. Il y aura la puissance financière et industrielle nécessaires.  Il faudra une intégration politique, financière et industrielle sans lesquelles un « coeur » ne saurait tenir son rôle. Elle pourrait remplacer la Californie avec l’euro comme monnaie. Mais il lui faudrait cette volonté d’exister, de diriger, d’avancer ensemble, de rassembler les talents venus d’ailleurs, ce désir de prendre le pouvoir, stimulé par la peur du manque, ce courage de risquer sa vie et son âme qui ont façonné tous les autres « coeurs », mais qui semblent ne plus avoir de raisons de se manifester sans de terribles menaces (qui viendront sans doute plus tard).On peut aussi penser à aux pays scandinaves (StokholmHelsinkiOslo), mais ces pays semblent soucieux de se garder des dangers du monde. Aucune autre ville d’Europe n’est prête à assurer le dépenses de protection et d’expansion nécessaires, et le « coeur » ne semble pas prêt de retraverser l’Atlantique. Tokyo sera un autre candidat sérieux. Elle n’a pu saisir sa chance dans les années 1980 et ne le saura sans doute pas non plus en 2030. Shangaï et Bombay seront vers 2030 les deux premières villes des deux plus grandes économies du monde. Elles seront deux ports majeurs, recevant les produits d’un immense arrière-pays et lui apportant ce qui vient du reste du monde. Mais il faudrait mettre en place des réseaux de communications, des infrastructures urbaines, législatives, policières, militaires et technologiques, stabliliser leur environnement politique, trouver les emplois nécessaires pour occuper une population rurale en surnombre. L’Australie, quant à elle, elle est trop peuplée et trop isolée du reste du monde. La Russie et le Canada, au climat amélioré par le réchauffement climatique, ne seront pas pour autant, des candidats crédibles. L’Islam rêvera aussi d’acceuillir le « coeur », mais il sera loin, en 2035, d’en avoir les moyens financiers, culturels et politiques. Il y faudrait en outre, une liberté intellectuelle aujourd’hui impensable.

Enfin on peut penser à des « coeurs » qui basculent dans l’univers virtuel, ou qui migrent vers l’ouest, poursuivant le voyage entrepris il y a 3000ans, et passent successivement au Japon, en Chine, en Australie, en Inde, pour aboutir finalement au Moyen-Orient où l’Ordre marchand fut conçu, et pourquoi pas s’arrête à Jérusalem, devenue capitale de tous les états enfin en paix les uns avec les autres.

Mais, jusqu’à ce que se lèvent les trois « vagues » suivantes, un « coeur ne sera plus nécessaire au fonctionnement de l’Ordre: le marché sera devenu assez puissant et le coût des échanges de données assez faible, pour que  les membres de la classe créative n’aient plus besoin de vivre au même endroit pour diriger le monde. Le capitalisme en sera peut-être plus vivant, plus dynamique, plus prometteur, plus dominateur.

Maintenant, on peut envisager la première « vague de l’avenir », l’hyper-Empire.

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