article 1) Perdons-nous connaissance? Avant – propos et première partie chapitres 1 et 2


article 1) Perdons-nous connaissance? 

 Ma lecture du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache:

Avant – propos et première partie chapitres 1 et 2

http://www.centrebethanie.org/2016/09/l-arbre-de-la-connaissance.html
http://www.centrebethanie.org/2016/09/l-arbre-de-la-connaissance.html

J’écris mon blog pour partager ma soif de connaissances, mes réflexions et mes passions et mes lectures. Dans ces articles, je voudrais partager « ma lecture » du livre de Lionel Naccache  « Perdons-nous connaissance?« . Ecrire ce que je retiens de mes lectures me permet de réfléchir à la compréhension que j’en ai. je mets entre guillemets les passages qui me semblent importants ou qui me frappent. Et par dessus tout je fais des recherches sur internet pour compléter ma lecture avec le maximum de liens que souhaite responsables, qui permettent aux lecteurs d’approfondir la connaissance du sujet.   

 Ma lecture du livre Perdons-nous connaissance? de Lionel Naccache: c’est-à-dire perdons-nous le sens de ce qu’est la connaissance (philosophie) alors que nous nous autoproclamons  » société de la connaissance « ? Aujourd’hui, la connaissance ne fait plus peur à personne, alors que depuis trois mille ans notre culture occidentale n’a cessé de la décrire comme vitale et dangereuse. Oui, dangereuse, qui s’en sou-vient encore? Cette rupture avec notre héritage constitue-t-elle un progrès ou une régression, une chute ou une ascension? La Mythologie et la Neurologie, sources de  » connaissance de la connaissance « , nous offriront de précieuses clés pour résoudre ce paradoxe inédit dans l’histoire de la pensée. 

1) Avant-propos.

Pourquoi cette question « Perdons-nos connaissance? » alors que nous avons cette merveilleuse faculté qui nous semble aller de soi, la capacité de connaître ce que nous ne connaissions pas encore à l’instant qui précédait. Notre société s’autoproclame en effet « société de la connaissance » comme elle ne l’avait jamais fait auparavant. Et pourtant, depuis les origines de notre culture, la connaissance est représentée comme un danger, un « poison vital ». Elle serait porteuse d’un certain danger existentiel qui a imprégné notre culture depuis plus de 3 000 ans jusqu’à l’époque moderne avec le siècle des Lumières que Bertrand Vergely a appelées « obscures Lumières« , et dont j’ai présenté ma lecture dans l’article de mon blog. Ce danger multi-millénaire s’est exprimé dans trois grands mythes qui ont façonné notre civilisation.

      1-1) Adam et Ève face à l’arbre de la connaissance. 

L’Arbre de la Connaissancele fruit défendu: « Yahvé (le tétragramme) Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient et il y mit l’homme qu’il avait modelé. Yahvé Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. […] Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder. Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : “Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien

et du mal tu ne toucheras pas, car le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort. » (Genèse, II, 8,9 et 15,17).

Examinons maintenant les interprétations de De Annick de Souzenelle.

Dans la revue3emillenaire.com on peut lire: « Tout est en nous. Nous avons en nous tous les symboles et tous les mythes, nous sommes habités par la connaissance, mais cette connaissance est en grande partie voilée. Il semblerait que l’embryon, le germe qu’est l’enfant dans le ventre de sa mère, soit totalement connaissant. Et puis cela s’en va. Quand ? C’est difficile à dire. Il y a perte totale de la mémoire et notre vie va consister à nous souvenir« .

Dans les interviews en 2012 avec Jean Moutappa, que je présente dans mon blog,  elle déclare: « Il n’y a pas de péché originel. Cela n’existe pas cette histoire-là. En fait c’est nous qui avons à chaque instant à choisir entre la vie et la mort. Alors je crois qu’il faut que nous rétablissions complètement notre regard sur ces textes sacrés pour comprendre que nous ne sommes pas les victimes de quelque chose qui s’est passé il y a des milliers d’années. Nous sommes responsables, dans l’instant, de faire ce choix : ou la vie, ou la mort […] L’arbre de la connaissance que nous sommes, n’est pas celui du bien et du mal. Il est celui de ce qui s’accomplit de nous, de ce qui émerge à la lumière, au conscient, de ce qui est encore dans le potentiel. C’est qu’il y a en nous toute une information, comme le gland qui contient toute la promesse du chêne, et comme nous ne le savons pas, nous contrevenons continuellement à cette information. D’où les maladies, d’où les drames, d’où toute la souffrance !!« 

Dans le site pagesorthodoxes.netAntoine ARJAKOVSKY apporte encore plus de précisions dans le chapitre V (Exégèse biblique : La Genèse) : Qu’on me permette d’achever cette brève présentation des quelques implications de l’œuvre anthropologique de Annick de Souzenelle par une courte évocation de son exégèse et en particulier de son livre Alliance de feu, une lecture chrétienne du texte hébreu de la Genèse. Je ne prendrai qu’un exemple là encore celui de sa traduction de Genèse, chapitre 2, versets 8-17. Prenons la traduction de la Bible de Jérusalem :

« Yahvé Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé. Yahvé Dieu fit pousser du sol toute espèces d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin et de là il se divisait pour former quatre bras. Le premier s’appelle le Pishôn. Il contourne tout le pays de Havila, où il y a de l’or ; l’or de ce pays est pur et là se trouve le bdellium et la pierre de cornaline. Le deuxième fleuve s’appelle le Gihon : il contourne tout le pays de Kush. Le troisième fleuve s’appelle le Tigre. Il coule à l’orient d’Assur. Le quatrième fleuve est l’Euphrate. Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder. Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : “Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort.”

Prenons cette fois la traduction de Annick de Souzenelle :

« Et plante YHVH-’Elohim un jardin en ‘Éden venant de l’Orient, Il place là l’’Adam que ’Il a formé. Fait germer YHVH-’Elohim, à partir de la Adamah tout arbre précieux pour la vue (ouvrir l’intelligence) et bon à manger (accompli et donc assimilable) et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance de l’accompli et du pas-encore-accompli (de la lumière et de son contraire, les ténèbres). Et un fleuve jaillit d’’Éden pour arroser le jardin ; et, de là, il se partage et devient quatre principes. Nom, le UN : Pîshon qui entoure (investit) toute la terre de Hawîlah. Là (se trouve) l’or, et l’or de cette terre est lumière accomplie. Là (se trouvent) l’ambre et la pierre d’onyx. Et NOM le fleuve le deuxième Guîhon, lui il investit toute la terre de Koush. Et le NOM du fleuve le troisième Hidequel =Tigre ; lui, il est le marchant, orient d’’Ashour, et le fleuve le quatrième, lui est Pherat. YHVH-’Elohim saisit le « Adam et le conduit dans le jardin de délices pour la travailler et la garder. Et commande YHVH-’Elohim sur l’’Adam en disant : de chaque arbre du jardin, manger absolument, tu mangeras. Mais de l’Arbre de la connaissance de l’accompli et du non-encore accompli tu ne mangeras pas de lui-de nous car dans le jour où tu mangeras de lui-de nous muter absolument tu muteras. »

L’auteur apporte un commentaire signifiant: « Je ne suis pas en mesure de commenter le bien-fondé de la traduction de Annick de Souzenelle. Une chose est sûre, cette lecture symbolique vaut mieux que la traduction traditionnelle qui fait de l’Irak contemporain l’héritier du paradis des premiers hommes ! Aussi, il me paraît éclairant d’attirer l’attention sur le caractère profondément mystique des commentaires de l’auteur, inspirés de la Kabbale et des Écritures, et sur leur indéniable originalité ».

Retenons: Le danger de la connaissance: en mourir ou muter?

     

     1-2) Le tragique destin d’Icare.

http://tpevolicare.e-monsite.com/http-tpevolicare-e-monsite-com-/partie-iii-1.html


Icare
 est le fils de l’architecte athénien Dédale et d’une esclave crétoiseNaupacté.

« Le Mythe selon wikipedia: « Dédale est un célèbre ingénieur travaillant au service du roi de Crète, Minos. La reine de Crète, Pasiphaé, s’éprend d’un taureau blanc donné par le dieu  Poséidon et demande à l’inventeur de créer un artifice lui permettant de s’accoupler avec l’animal sacré, requête à laquelle il accède. De cette union naît le Minotaure. Pour cacher le fruit de ce déshonneur, Dédale construit le labyrinthe qui enferme la bête. Dédale donne à Ariane l’idée du fil noué à la cheville de Thésée, lui permettant de fuir le labyrinthe après avoir tué le Minotaure. À cause de ses trahisons répétées, Dédale est jeté avec son fils Icare dans le labyrinthe dont il est l’architecte. Ne pouvant emprunter ni la voie des mers, que Minos contrôlait, ni celle de la terre, Dédale eut l’idée, pour fuir la Crète, de fabriquer des ailes semblables à celles des oiseaux, confectionnées avec de la cire et des plumes. Il met en garde son fils, lui interdisant de s’approcher trop près de la mer, à cause de l’humidité, et du Soleil, à cause de la chaleur. Mais Icare, grisé par le vol, oublie l’interdit et prend de plus en plus d’altitude. La chaleur fait fondre la cire jusqu’à ce que ses ailes finissent par le trahir. Il meurt précipité dans la mer qui porte désormais son nom : la mer Icarienne« .

Dédale, fou de douleur, nous dit le site iletaitunehistoire.com, « alla repêcher le corps sans vie de son fils. Le jeune homme, par défaut d’expérience et de sagesse, avait brûlé l’innocence de son jeune âge à l’attirante chaleur de l’astre solaire« . Ce mythe, s’il a hanté les rêves de l’humanité est resté, depuis des temps immémoriaux dans le domaine des peurs et des frustrations, tout comme le mystère de la connaissance. Ainsi que l’écrit les site Books.openedition.org, « les utopies politiques et techniques annexent Dédale et Icare, mais à l’Age industriel, c’est le seul Icare qui devient à la fois le pionnier de l’aéronautique et la figure impuissante de la sublimation artistique. La culture contemporaine, plus que jamais, retisse la fable« . Et le chapitre III de.Émancipation de l’image d’Icare dans l’« œuvre ouverte » poursuit en ces termes: « Un des curieux renversements qui travaillent le mythe dans les transformations que lui imprime la culture européenne, c’est l’affirmation exubérante du fils : il s’approprie les ailes de son père et convertit sa chute en motif d’exaltation. Là où l’Antiquité et le Moyen Âge prononçaient une irrévocable condamnation, les Temps modernes renversent toute négativité en élan et en gloire, voulant à toute force que le fils vole de ses propres ailes. Icare devient le prête-nom, l’homme de plume(s) d’un rêve d’absolu qui ne porte plus le nom d’hubris ».


     1-3) L’allégorie de la caverne de Platon.

https://www.institut-pandore.com/philosophie/caverne-platon/

L’allégorie de la caverne (et non pas le mythe de la caverne comme on trouve parfois dit ou écrit)  « Dans une « demeure souterraine », en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ils n’ont jamais vu directement la source de la lumière du jour, c’est-à-dire le soleil, dont: ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux. Des choses et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos. Pourtant, « ils nous ressemblent », observe Glaucon, l’interlocuteur de SocrateQue l’un d’entre eux soit libéré de ses chaînes et accompagné de force vers la sortie, il sera d’abord cruellement ébloui par une lumière qu’il n’a pas l’habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l’on veut lui montrer. Alors, « ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure » ? S’il persiste, il s’accoutumera. Il pourra voir « le monde supérieur », ce que Platon désigne comme « les merveilles du monde intelligible ». Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n’est qu’en se faisant violence qu’il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d’imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : « Ne le tueront-ils pas ? »

Ici aussi on retrouve la menace de la dangerosité de la connaissance, menace qui apparaît explicitement dans l’analyse de l’allégorie de la caverne dans le site .philo-bac.eu: « Le monde sensible, représenté par la caverne, est une illusion et un piège pour les hommes. La vérité est à l’opposé de ce que nous considérons comme le réel. Notre âme doit sortir de cette prison pour trouver la vérité. Mais le chemin qui mène à la connaissance est douloureux. Il exige un guide. Celui qui arrive au bout acquiert : Le SAVOIR, la LIBERTE, le BONHEUR, et la COMPASSION« .

     1-4) La figure de Faust.

https://reseauinternational.net/le-mythe-de-faust-lor-et-la-prochaine-debacle/

Faust, « héros d’un conte populaire allemand ayant rencontré du succès au xvie siècle, à l’origine de nombreuses réinterprétations. Cette histoire raconte le destin de Faust, un savant déçu par l’aporie à laquelle le condamne son art, qui contracte un pacte avec le Diable. Ce dernier met au service de Faust un de ses Esprits – dit Méphistophélès, afin de lui procurer un serviteur humain, l’étudiant Wagner. Wagner devient son famulus – et lui offre une seconde vie, tournée cette fois vers les plaisirs sensibles, au prix de son âme. Dans la plupart des versions populaires du récit fantastique, l’âme de Faust est damnée après sa mort, qui suit une longue période durant laquelle le Diable a exaucé la plupart de ses vœux.

Dans fabula.org André Dabezies retrace cinq siècles de production littéraire.  » l’ouvrage s’organise selon un ordonnancement chronologique — du xvie siècle au début des années 2000 — et tient compte de l’historicité du mythe et de ses réécritures, une donnée essentielle car, comme le souligne l’auteur, le « contexte historique, sociologique et (inter)culturel » est primordial en ce que les œuvres en « reflètent plus ou moins l’actualité »

Faust, de la damnation médiévale à la consécration romantique« .

Pour le site philophil.comnous somme à nouveau dans le cadre de la dangerosité de la dangerosité que représente la connaissance: « […] Le héros de la quête du savoir… Mais le mythe de Faust est aspiré par la dynamique de la Renaissance qui valorise la quête du savoir. Faust devient un héros de la connaissance assoiffé d’expériences. La veine romantique en fait l’incarnation de la condition humaine écartelée entre le plaisir immédiat et des aspirations plus audacieuses. Dans la version de Goethe le pacte avec le diable prend la forme d’un simple pari ( inspiré du livre de Job) : le diable parviendra-t-il à détourner les nobles aspirations de Faust vers la bestialité des plaisirs sensuels, les satisfactions matérielles et le plaisir de détruire? Dans la version finale du Faust de Goethe, Faust est sauvé : un cortège d’anges escorte son âme vers la lumière « celui qui s’efforce toujours et cherche dans la peine, nous pouvons le sauver ». 

Conclusion de cet avant-propos. La question « Perdons-nos connaissance? » n’est pas fortuite. Il est devenu extrêmement difficile pour nous, « citoyens éclairés des démocraties de l’ère numérique » de trouver un sens au péril que nous avons évoqué dans les chapitres précédents, péril qui a hanté l’humanité pendant les millénaires de culture occidentale. Nous ne sommes plus prêts à admettre l’existence d’une menace que l’homme pourrait encourir à exercer sa faculté de connaître. Cette conception de la connaissance est absente de nos discours et de nos représentations dominantes, si ce n’est dans les discours qui visent les possibles conséquences apocalyptiques des découvertes « scientifico-technologiques concernant des armes de destruction massive, les risques d’extinction de la vie sur Terre, les risque de disparition de l’espèce humaine (ce siècle selon Frank Fenner mais aussi de Stephen Hawking),  les risques technologies de manipulation de la vie (y compris le risque terroristeou la survie de notre planète dorénavant en danger….

Alors, « perdons-nous connaissance? », perdons-nous le sens de ce qu’est la connaissance alors que c’est maintenant, depuis qui les Lumières ont « balayé » l’obscurantisme, que nous croyons l’incarner? Nous verrons dans la troisième partie que les risques apocalyptiques que nous venons d’évoquer sont aussi le signe d’un malaise contemporain dans la connaissance.  

Je vais maintenant, après cet avant-propos, entamer « ma lecture » du livre de Lionel Naccache qui s’est tourné comme il le dit, vers « les deux bonnes fées qui me semblaient les plus à même de m’apporter leurs lumières! la Mythologie, envisagée comme le véhicule de nos représentations culturelles de la connaissance et la neurologie, en tant que science des fondements de la connaissance ». C’est ainsi que nous pourrons explorer l’énigme qui se cache derrière le symptôme que nous avons évoqué: avons-nous réussi à libérer la connaissance des menaces qu’on lui a associées depuis la nuit des temps, au point de ne plus pouvoir en imaginer l’existence, comme l’opinion commune le croit? Ou à l’inverse, serions-nous sous le coup de leurs inexorables et redoutables effets sans le savoir? Progrès ou régression? Chute ou ascension? 

2) Ma lecture du livre de Lionel Naccache. Première partie; une menace vieille comme le monde

Nous retrouvons ici la mythologie comme le véhicule de nos représentations culturelles, telle que nous avons amplement présentée au chapitre 1 dans l’avant-propos. Le risque intrinsèque à l’activité de connaissance traverse notre culture occidentale depuis ses origines et ceci sous des formes très variées qui produisent ensemble une formidable cohérence. Mais sommes-nous aujourd’hui capables d’attribuer une signification pertinente à ces menaces et que reste-il de ces mythes? Des ruines vestigiales, dernières traces d’un danger aujourd’hui disparu? Ou d’une sagesse antique qui ne demanderait qu’à nous parler et nous atteindre là où nous nous trouvons ici et maintenant. Cette première partie du livre rappelle le portrait de la connaissance brossé par les grandes traditions de pansée qui ont construit notre culture. Pour rechercher une signification intelligible de ce discours qui puisse résonner aux oreilles des citoyens occidentaux du XXIème siècle que nous sommes, Lionel Naccache a choisi trois sources, trois pôles et trois moments de la civilisation occidentale, sources que nous avons évoquées dans l’avant-propos: l’éternelle Athènes de la mythologie  antique, Jérusalem avec certains récits bibliques de la Torah et plusieurs pages de de littérature  talmudique qui fut en réalité rédigée au sein des académies d’Israêl et de Babylonie au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne et enfin le mythe Faustien qui plonge ses racines dans le haut Moyen-Àge  allemand. Commençons par Athènes:


     2-1) La connaissance menace Athènes l’éternelle –chapitre 1-

Les récits de la mythologie   grecque contiennent une profusion de personnages aux généalogies complexes, fruit des accouplements d’humains, de dieux et parfois de dieux qui empruntent l’apparence d’animaux. C’est une abondance de signifiants dont la connaissance exhaustive semble hors d’atteinte. 


     2-1-1) I comme Icare est significatif pour la problématique de la connaissance.

Icare, le fils de l’architecte athénien Dédale et d’une esclave crétoiseNaupacté.  a été présenté au chapitre 1. C’est Ovidequi est à l’origine de la narration de cet épisode dans les métamorphoses au livre VIII.  Pour continuer, prenons la narration qu’en fait Lionel Naccache. « Minos, roi de Cnossos sur l’île de Crète, lui-même fils de Zeus et d’Europe (fille d’Agénor), refusait de sacrifier à Poséidon le taureau blanc qui lui était pourtant promis (voir le site les origines du minotaure: « À la tête d’une immense flotte, il (Minos) règne en maître sur les Cyclades et fonde des colonies aux quatre coins de la Grèce. Quand Astérion, le roi de Crète, meurt sans laisser de descendance, Minos voit là l’occasion rêvée pour devenir enfin roi. Il présente aussitôt sa candidature qui est rejetée par l’aristocratie crétoise. Qui sont donc ces misérables pécores qui osent s’opposer au fils de Zeus en personne? Minos est légèrement remonté et assure que les Dieux lui accordent tout ce qu’il souhaite. Pour le prouver, il demande à Poséidon de faire surgir un taureau de la mer qu’il lui offrira ensuite en sacrifice. Sous les yeux émerveillés des Crétois, un magnifique taureau d’un blanc immaculé jaillit des flots. « Les Dieux sont avec Minos! », « Gloire à Minos! », « Minos, Président! »… Des voix s’élèvent d’un peu partout dans l’assemblée. Sans surprise, Minos est aussitôt proclamé roi de Crète. Après un tel prodige, comment pourrait-il en être autrement? Minos doit maintenant tenir sa promesse à Poséidon et lui sacrifier la bête. Mais le taureau est si beau, si pur qu’il ne peut se résoudre à l’égorger. Poséidon entre dans une colère noire! Le roi récemment nommé paiera cher de ne pas avoir tenu les termes de son contrat! En guise de vengeance, le Dieu s’arrange pour que Pasiphaé, l’épouse de Minos, tombe amoureuse du taureau. Et la ruse fonctionne assez bien: cette dernière va trouver Dédale dans l’espoir que celui-ci trouve une solution pour que son union avec la bête sauvage devienne possible. Ingénieux, ce dernier conçoit et fabrique une vache en bois montée sur des roulettes dans laquelle vient se cacher Pasiphaé […]. Neuf mois plus tard naît le fruit de cette union un peu bizarre: le Minotaure, au corps humain et à la tête de taureau. Forcément, Minos a un peu honte… Se faire cocufier par un taureau, c’est quand même pas très glorieux. Pour cacher le fruit de l’infidélité de son épouse aux yeux de ses sujets, il enferme ce monstre contre-nature dans un labyrinthe construit par l’architecte Dédale. Petit problème, il faut bien le nourrir, ce Minotaure! Minos déclare la guerre à Athènes, la gagne et lui impose un lourd tribut: la cité vaincue devra envoyer chaque année sept garçons et sept filles donnés en pâture au Minotaure. » 

Donc, comme on vient de le voir, épouse légitime de Minos, la belle Pasiphaéfille d’Hélios (le dieu soleil) et de Persé), fit les frais de cette friction avec Minos et fut maudite par Poséidon en personne. Elle chercha alors à s’accoupler avec ledit taureau et y parvint grâce au leurre fabriqué par l’ingénieux Dédale qui lui confectionna une vache en bois. Et de cette union naquit ainsi le Minotaure, créature mi-homme mi-taureau. A nouveau sollicité pour trouver une solution respectable à ce drame conjugal, Dédale a conçu le fameux labyrinthe dans lequel Minos fit enfermer le rejeton de son épouse adultère. Comme on vient de le voir, la cité vaincue il fallait envoyer chaque année sept garçons et sept filles donnés en pâture au Minotaure. Mais le fier Thésée Jugeant qu’il n’est pas possible de faire endurer cette infamie à son peuple, se porte volontaire pour être parmi les quatorze « sacrificiés » avec la ferme intention d’en découdre avec le minotaure! Mais Thésée, promis à une mort certaine lorsqu’il doit entrer  dans le labyrinthe pour combattre le Minotaure, séduit Ariane, la fille  Minos et de Pasiphaéqui avait posé des questions à Dédale, le constructeur du labyrinthe . Elle donne à Thésée un moyen de retrouver ensuite la sortie : il faut dérouler un fil le long du trajet. Au retour, il suffira de suivre le fil. C’est cette histoire qui a donné l’expression de « fil d’ariane ».Lorsque Thésée sort du labyrinthe et après avoir tué le Minotaure, il propose à Ariane de l’épouser. Il rentre chez lui mais, amoureux de Phèdre (la sœur d’Ariane), il abandonne Ariane sur l’île de Naxôs. Fou de rage,le malheureux Minos enferma Dédale et son fils Icare dans le maudit labyrinthe. Dédale l’architecte de génie, qui n’était pas résolu à mourir idiot, fabriqua alors des ailes avec des plumes et de la cire d’abeille pour son fils et lui. Et, ultime détail, dédale prévint Icare qu’il ne faudrait pas trop se rapprocher du soleil… Le jeune Icare s’envola donc dans les cieux, non pas de ses propres ailes mais de celles de son père. se rapprocha du soleil, bien trop près de lui, faisant fi de l’avertissement paternel; il voit la cire et ses ailes fondre et s’abîma au fond de la mer. Pour s’être rapproché du soleil, qui n’est autre que Hélios le père de Pasiphaé qui s’accoupla avec l’offrande promise à Poséidon, mais non offerte à ce dernier, Icare mourut dans le royaume de Poséidon! N’est-ce pas vertigineux?

Dédale « maudit un art trop funeste; il recueille le corps de son fils, l’ensevelit sur le rivage » selon Ovide. Il parvient ensuite à atterrir à Cumes, puis à gagner la Sicile. Il y est accueilli par le roi Cocalos, qui le cache et dont il devient l’architecte.

Signification et analyse du mythe.Depuis l’antiquité, durant des siècles jusqu’à nos jours les commentaires se sont accumulés sur ce que semble nous dire le mythe: une mortelle randonnée qui n’a cessé d’alimenter des œuvres  variées dont I comme Icare (1979). On peut retenir: Icare ou les dangers de l’hybris humaine, la démesure aveugle à elle-même, le symbole de la puissance du désir de transgression de l’ordre paternel (nécessaire?), le symbole de la pulsion de mort chère à Freud. Icare, c’est aussi la menace de se frotter à l’astre solaire, source même de la vie. Cette mortelle randonnée vers une recherche illimitée de la Vérité nous présente Icare comme la victime de d’un exercice de connaissance absolue. Cette lecture du mythe repose sur l’identification du soleil et de la connaissance.


La Vérité est, selon Pindarefille du souverain des dieux, rarement personnifiée, AlètheiaEn en se référant au site journals.openedition.org, on lit que c’est un mot composé du a- privatif et du nom propre « Léthé », ce fleuve mythique où l’âme humaine, après avoir contemplé les « idées vraies » et avant de revenir sur terre, doit se baigner dans ses « eaux oublieuses » le secret et l’Alètheia grecque. Il faut donc entendre que la Vérité, c’est ce que serait (saurait) une âme qui, revenue parmi les hommes, se souviendrait encore de ce « monde des idées ». Cette métaphore de la connaissance est fréquente. On la trouve dans le contraste entre les obscurantismes et la philosophie des lumièrespeut-être pas aussi lumineuses qu’on le dit en général selon Bertrand Vergely. dans son livre: obscures lumières. Notre vocabulaire n’en finit pas de tourner autour de cette identification de la connaissance à la lumière et au soleil, source et symbole originaire de la lumière. 

Pour en revenir à Icare, comment expliquer son comportement, au-delà des interprétations fondées sur son Hybris ou sa pulsion de mort? Dans la continuité avec les lumières et la pensée moderne, on peut le voir comme un acte plein de lucidité, dépourvu d’emportement et de plaisir auto-destructeur. Mais ne peut-on y voir aussi une anticipation sur la mort de Dieu et sur la désacralisation du monde post-moderne, Icare aurait saisi l’unique opportunité de prendre date dans l’Histoire en s’affranchissant de sa difficile condition de fils du génial Dédale, en fait de Dieu le Père. C’est un acte que Dédale, le père, trop attaché à la vie pour ne pas se rapprocher plus qu’il ne le faut de la connaissance ne commettrait jamais. Icare ne serait donc pas mort par par excès de confiance ou par plaisir masochiste, mais parce qu’il aurait décidé de se place sous le joug de la connaissance. Icare héros martyr de la connaissance: vivre pour savoir, pour connaître quitte à ne plus vivre! Son nom mythique est inscrit dans nos cerveaux depuis plus de 2 000 ans, rappelant ce danger de la connaissance, mais qui a été occulté de façon que beaucoup pensent définitive par les lumières de la science moderne.  

Une autre idée à rapprocher de cette fin, d’une vie qui disparaît dans son mouvement vers la connaissance est celle de NDE ou mort imminente (cf Moody). « Cette expression désigne un ensemble de « visions » et de « sensations » consécutives à une mort clinique ou à un coma avancé. Ces expériences correspondent à une caractérisation récurrente et spécifique contenant notamment : la décorporationN 1, la vision complète de sa propre existence, la vision d’un tunnel, la rencontre avec des entités spirituelles, la vision d’une lumière, un sentiment d’amour infini, de paix et de tranquillité, l’impression d’une expérience ineffable et d’union avec des principes divins ou supranormaux. » Les explications scientifiques proposées font appel à des mécanismes neurochimiques et à des similarités avec d’autres situations neurologiques plus simples comme le sommeil paradoxal.ou les simulations cérébrales qui provoquent un état d’autopsie. Ce phénomène suscite une extrême fascination dans notre société post-moderne où elle prend l’aspect d’un revival du projet d’Icare. Ainsi le sort d’Icare ne serait plus le nôtre? On pourrait se brûler les ailes et aller au bout du tunnel de lumière et en revenir sans séquelles? L’avenir avec les nouvelles technologies semble effectivement  donner la possibilité.de l’immortalité

Pour l’instant retenons que Icare vient de nous enseigner que connaître sans limites est une démesure  condamnable et dangereuse. Cette menace ainsi stigmatisée semble engager l’individu dans son rapport personnel et solitaire avec la connaissance.

     2-1-2) L’homme qui en savait trop. chapitre 1 suite: la connaissance menace Athènes

Le second texte choisi par Lionel Naccache pour illustrer l’idée des dangers véhiculés par la connaissance en utilisant aussi la métaphore de la lumière est le livre VII de La République de Platon que nous avons évoqué au chapitre 1-3) avec L’allégorie de la caverneRappel: Socrate y demande à Glaucon, jeune philosophe et neveu de Platon quelle est l’essence de la connaissance et quelles sont les modalités de son acquisition par l’homme. Pour cela, il lui demande de s’imaginer des hommes captifs dans une caverne, enchaînés dos à la sortie, et ne voyant du monde extérieur que les ombres d’objets ayant été placés derrière eux et que la lumière d’un feu projette sur la paroi qui leur fait face.

Le philosophe est celui qui brise ses chaînes, tourne la tête pour regarder ce qui se cache derrière lui, puis sort de la caverne et s’expose effectivement au monde extérieur. Il est celui qui s’arrache aux images, accède au monde réel et affronte la lumière éblouissante du Soleil, comprenant par là même que l’intérieur de la caverne n’est qu’un reflet déformé du monde réel, le monde intelligible. « L’antre souterrain, c’est ce monde visible : le feu qui l’éclaire, c’est la lumière du soleil : ce captif qui monte à la région supérieure et la contemple, c’est l’âme qui s’élève dans l’espace intelligible. Voilà du moins quelle est ma pensée, puisque tu veux la savoir. ». La sortie de la caverne est donc la métaphore de la dialectique ascendante présentée au Livre VI.
Cette métaphore de la condition humaine par Socrate n’est pas sans rappeler un des éléments clé du scénario de la trilogie Matrix des Andy et Larry Wachowski, sorti en 1999. « Ce film est un exemple du sous-genre cyberpunk. Il contient de nombreuses références à des idées philosophiques et religieuses, et rend hommage de façon proéminente à des œuvres telles que l’Allégorie de la caverne de PlatonSimulacres et simulation de Jean Baudrillard et Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll« 

Socrate en déduit un ensemble de conséquences sur le comportement mental des hommes. Ils sont enchaînés depuis leur naissance et ont du mal à en prendre conscience. En fait ils ne sont pas dépourvus d’organes sensoriels, mais ils n’ont pas accès à la source de leurs perceptions, donc objets eux-mêmes, mais uniquement aux ombres de ces objets situés dans leur dos et qui sont projetées face à eux sur le mur du fond de la caverne et aux échos renvoyés par les parois. C’est pourquoi Socrate suggère à Glaucon que de tels hommes, confrontés à des perceptions incompatibles avec celles qu’ils avaient jusqu’alors connues, ne pourraient commencer que par douter de la réalité. Avec la découverte de la lumière extérieure (du soleil de la connaissance), commence une authentique initiation à cette nouvelle condition d’homme affranchi, initiation marquée par la souffrance, l’effort de lutte contre les tentations de ne pas chercher à voir et à connaître ce qui s’offre à lui. Et à force d’éducation par des mains secourables panse Socrate, son intelligence va pouvoir se déployer et cet homme libre va accéder à la véritable connaissance. Alors, dit-il, « je pense que c’est seulement au terme de de cela qu’il serait enfin capable de discerner le soleil, non pas dans ses manifestations sur les eaux ou dans un lieu qui lui serait étranger, mais lui-même en lui-même, dans son espace propre, et le contempler tel qu’il est ». Ce à quoi Glaucon ne peut s’empêcher de répondre: « nécessairement« .

L’histoire pourrait s’arrêter là; mais Platon désire nous entretenir de la suite. En effet, un homme ne connaît pas seul, la connaissance n’est pas un exercice solipsiste; c’est une affaire sociale, une activité de transmission et d’échange. Platon veut donc nous entretenir de cet homme et se mission sociale, de son ambition narcissique à recevoir les honneurs dus à son savoir et de son désir de transmettre cette connaissance à ses anciens camarades toujours enchaînés et bercés par leur ignorance congénitale. Alorsn Socrate et Platon vont-ils faire l’apologie du « prosélytisme intellectuel » au service de la connaissance, le nouvel évangélisme post-moderne? Nullement. En effet, il pense que « s’il fallait de nouveau concourir avec les anciens camarades prisonniers et entreprendre de les détacher et de les conduire vers la lumière, et « s’ils avaient le pouvoir de s’emparer de lui de quelque façon et de le tuer, ne le tueraient-ils pas? A toute force répond Glaucon ».     
Conclusion: Pour Platon et Socrate, l’homme de connaissance serait l’inévitable victime de la violence du groupe qui l’entoure. Icare nous montrait les risques du rapport de l’individu face à la connaissance. Ici, Platon nous indique que l’homme qui connaît est également vécu comme une menace par ses congénères et que cette menace conduit à la disparition inéluctable de celui qui connaît, incapable de transmettre son savoir. Cela conduit à la préservation de l’ignorance, le fondement et la garantie de d’une certaine forme de paix ou de confort social. C’est un étonnant pessimisme pour ces philosophes aux yeux desquels la vie ne valait certainement pas d’être vécue sans l’aventure de la connaissance et qui ne s’aveuglaient pas sur les limites implacables de sa transmission, ni sur l’inévitable issue de cette aventure: le bol de ciguë pour Socrate, celui qui « corrompait les jeunes gens » d’Athènes et qui s’aventurait à offrir aux dieux de la cité des représentations nouvelles jamais encore révélées. 

     2-2) La connaissance menace Jérusalem chapitre 2-

Le passage d’Athènes à Jérusalem est plus qu’une question de distance, ni progrès ni régression, mais une révolution, car il s’agit d’un changement radical de regard posé sur la place de l’homme dans le monde et sur la signification de son existence. En témoigne, nous dit Lionel Naccache « l’ambivalence symptomatique » qu’éprouvaient les rabbins du Talmud à l’égard des hohme yavan, des savants grecs ». Il apparaîtrait que c’est un mélange d’admiration et de mépris, de fascination intellectuelle et de répulsion et même de frayeur à l’égard de ces représentations mentales manipulées. Les hohme yavan eurent-ils vent du contenu des discussions qui enflammèrent les académies talmudiques d’Israël et de Babylonie? Ils furent certainement intéressés par les développements du judaïsme   biblique puis pharisien. Ils furent suivis de nombreux autres courants. Trois récits, l’un biblique les deux autres talmudiques illustrent cette menace de la connaissance.


     2-2-1) Du paradis perdu au Pardes retrouvé.

« Le Pardès, littéralement jardin, verger, parc, qui s’apparente au mot paradisdésigne, dans la tradition de la Kabbale, un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. Ce terme est tiré d’une anecdote philosophique et mystique qui trouve une explication dans le Pardes Rimonim du Rav Moshe Cordovero. Celui-ci prend l’image de quatre rabbis (Elisha ben Abouya, [Rabbi] Shimon ben Azzaï, [Rabbi] Shimon ben Zoma et rabbi Akiva) pénétrant un verger mais dont les « niveaux » respectifs de pénétration du sens des Écritures ne sont pas équivalents ». 

Berechit vu par un physicien  https://www.cairn.info/revue-pardes-2001-2-page-85.htm?contenu=resume par Henri Bacry Dans Pardès

Dans le chapitre 1-1), en avant-propos, nous avons vu que depuis les origines de notre culture, la connaissance est représentée comme un danger, un « poison vital ».  Nous avons commencé par Adam et Ève  face à lArbre de la Connaissance et au fruit défendu. Une des sources mythiques des dangers de la connaissance réside dans le premier livre du pentateuque: le livre de Berechit (ou de la genèse) dans ce récit de l’expulsion d’Adam et Eve du jardin d’Eden. Nous avons vu dans ce chapitre l’interprétation de Annick de Souzenelle. Ce n’est pas « le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort », mais « de l’Arbre de la connaissance de l’accompli et du non-encore accompli tu ne mangeras pas de lui-de nous car dans le jour où tu mangeras de lui-de nous muter absolument tu muteras« . Quelle que soit l’interprétation, goûter au fruit de l’arbre de la connaissance, donc à la connaissance est intrinsèquement un danger qui a été considéré comme mortifère depuis des temps immémoriaux. Comme l’interprète Annick de Souzenelle, et Lionel Naccache semble partager ce avis, d’avantage qu’une punition infligée par Dieu, on peut lire dans ce passage une information délivrée à l’homme quant aux risques inhérents à l’acquisition de cette connaissance. Dieu ne punirait pas Adam et Eve de connaître, mais les informerait du prix véritable de la connaissance: devenir mortel (muter si on se réfère à A. de Souzenelle) et surtout le savoir consciemment, ce que les animaux ignorent probablement.
L’origine de notre condition humaine reposerait ainsi, selon la tradition biblique, sur notre relation à la connaissance, ou au moins sur celle du bien du  mal, nécessaire à toute forme d’éthique. 

Chez Icare ont été identifiés les dangers inhérents à notre rapport individuel à la connaissance. En remontant la pente de la caverne de Platon, ce sont les dangers de la connaissance envisagée comme une menace de la stabilité de la collectivité humaine qui apparaissent dans leur évidence. Dans le récit biblique, Adam n’est plus seul; l’interdit doit être respecté par les deux, Adam et Eve qui est tour uniment concernée par cet impératif négatif. La loi a été formulée pour et à deux êtres qui cohabitent.  Eve a croqué la première Mais les deux êtres sont liés par cet acte. Il semble grotesque d’imaginer que si Adam n’avait pas goûté au fruit, il aurait pu se la couler douce, alors qu’Eve aurait été chassée de l’Eden; mortelle et enfantant dans la douleur. L’interdit biblique n’a de sens que s’il est respecté, ou transgressé par un couple, par le couple. Consommer du fruit de la connaissance est un acte que l’on commet à deux. L’éthique vise cette relation duelle, qui me relie moi à l’autre, non pas moi à tous les autres, mais à l’autre, cet autre moi, objet de mes représentations, de mon désir. Levinas parle de l’Autre ou l’éthique comme philosophie première. Le texte biblique, lui, nous rappelle la première occurrence de la relation sexuelle amoureuse dans le livre de la genèse: « Et l’homme connut Eve sa femme ». L’amour charnel serait donc aussi une authentique modalité de notre aptitude à connaître. Ainsi, après intérieure et la paix sociale, voici que la paix des ménages est en péril!

https://philitt.fr/2013/10/09/levinas-lautre-ou-lethique-comme-philosophie-premiere/: Levinas l’Autre ou l’éthique comme philosophie première

Alors est-il possible de rêver à un éventuel retour, eschatologique (cf aussi eschatologie chrétienne), au paradis perdu? L’intuition pourrait nous orienter vers le confinement de la connaissance: si la connaissance est porteuse de tant de malheurs, une solution pourrait être de s’en éloigner le plus possible et à la bannir de notre quotidien. Mais la tradition juive talmudique, elle, propose au contraire une solution contre-intuitive en recommandant de plonger corps et âme dans la connaissance du texte biblique plutôt que de le fuir. Aux yeux du judaïsme, l’étude de la signification du texte révélé, écrit sous la dictée de Dieu, est la quête infinie de cette forme de connaissance, à commencer par savoir qu’il y a un Dieu et c’est le plus important des 613 commandements divins, 613  mitzvot en hébreu,  qui sont, selon la tradition rabbinique, contenus dans la Torah. C’est de ce commandement que découle le sens de l’existence du juif pieux et les autres commandements dont le mise en pratique, sinon, se réduirait à une ritualisation obsessionnelle et aliénante. Le juif traditionaliste semble vouloir dépasser la contradiction interne dû à la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance mortifère par son idéal de l’existence sous le signe quasi exclusif de la connaissance. Ce projet revêt une forme allégorique dans l‘herméneutique (en hommage à Paul Ricoeur) juive dans un acronyme qui condense les quatre niveaux de signification postulés du texte de la Torah. Chaque verset peut résonner à la fois dans sa signification littérale (Peshat):[P esh a t ( פְּשָׁט ) – « surface » (« droit ») ou le sens littéral (direct)], dans un sens allusif (Remez[R emez ( רֶמֶז ) – « allusions » ou sens profond (allégorique: caché ou symbolique) au-delà du sens littéral], dans un sens d’exposition (Derach) [De rash ( רַשׁ ) – de l’hébreu darash : « enquire » (« chercher ») – le sens comparatif (midrashique)] et dans un sens secret (Sod[S od ( סוֹד ) (prononcé avec un long O comme dans ‘lore’) – « secret » (« mystère ») ou le sens ésotérique / mystique, donné par l’inspiration ou la révélation]. La réunion des initiales de ces quatre mots compose en hébreu le groupe de consonnes « PRDS » qui permet de prononcer et d’entendre le mot qu’il réalise le « Pardès« , qui signifie « paradis ». Du Paradis perdu au Paradis retrouvé, c’est le Paradis de l’interprétation et pour le retrouver, les juifs traditionalistes plongent dans la connaissance infinie en étant devenus des êtres de connaissance. Le Pardès (Kabbale) « est un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. Ce terme est tiré d’une anecdote philosophique et mystique qui trouve une explication dans le Pardes Rimonim du Rav Moshe Cordovero. Celui-ci prend l’image de quatre rabbis (Elisha ben Abouya, [Rabbi] Shimon ben Azzaï, [Rabbi] Shimon ben Zoma et rabbi Akiva) pénétrant un verger mais dont les « niveaux » respectifs de pénétration du sens des Écritures ne sont pas équivalent« .  

Selon le judaïsme  pharisien il est possible de prendre conscience des risques inhérents à la connaissance sans la bannir du quotidien, bien au contraire. Mais la tradition juive représente cet itinéraire comme ardu et risqué. Le Talmud ne cesse de rappeler l’extrême dangerosité de la connaissance tout en enjoignant de s’y livrer sans limite. Nous sommes chassés de l’Eden, devenus mortels et lucides, mais ce ce n’est pas pour cela que que nous n’avons plus à redouter les effets délétères de la connaissance. nous sommes mortels, mais pire, nous pourrions mourir tout de suite! 

Ces avertissements talmudiques se retrouvent sous la forme de nombreux récits allégoriques qui ont alimenté des siècles de commentaires dont deux d’entre eux vont faire l’objet des deux chapitre suivants.

     2-2-2) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance

Rabbi Ben Abouva ou les risques de l’Autre:

Le Pardès (Kabbale) « est un lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. Ce terme est tiré d’une anecdote philosophique et mystique qui trouve une explication dans le Pardes Rimonim du Rav Moshe Cordovero. Celui-ci prend l’image de quatre rabbis (Elisha ben Abouya, [Rabbi] Shimon ben Azzaï, [Rabbi] Shimon ben Zoma et rabbi Akiva) pénétrant un verger mais dont les « niveaux » respectifs de pénétration du sens des Écritures ne sont pas équivalent.

Aux textes fondateurs du judaïsme, la Torah (ou pentateuque) ont été rajoutés des textes ultérieurs définissant le canon biblique [On distingue l’établissement ou la construction des canons de la Bible hébraïque (Tanakh), celui de la Septante et des versions en grec, celui de la Peshitta et des versions en araméen, celui du Nouveau Testament, puis les canons des Églises. Par exemple, le canon biblique de l’Église catholique a été fixé à 46 livres de l’Ancien Testament et 27 livres du Nouveau Testamentou Talmud, qui est une version écrite de la tradition dite orale [Rédigé dans un mélange d’hébreu et de judéo-araméen et composé de la Mishna et de la Guemara, il compile les discussions rabbiniques sur les divers sujets de la Loi juive telle qu’exposée dans la Bible hébraïque et son versant oral].  « Il a été  rédigé sur plusieurs siècles et correspond à 2 projets successifs et complémentaires. Les 6 ensembles ou ordres de la Mishna ont été rédigés approximativement entre -30 et -120. C’est ensuite que les rabbins ont rédigé la Guemara, commentaire de la Mishna, qui est une œuvre monumentale totalisant 63 traités visant à expliciter dans ses moindres détails les textes de la Mishna. Les auteurs de la Gémara sont appelés les Amoraïm (« ceux qui parlent » ou « ceux qui expliquent »). Elle fut rédigée simultanément, au vie siècle, en Galilée et en Mésopotamie, notamment sous l’impulsion de Rav Achi et RavinaLa Michna hébraïque et la Gémara araméenne constituent le Talmud. Du fait de l’existence de deux Gémarotes qui diffèrent par le contenu et l’ampleur, il existe deux versions du Talmud : le Talmud de Jérusalem et le Talmud de Babylone, dont l’autorité est bien supérieure au précédent. Le Talmud de Babylone est plus développée que le Talmud de Jérusalem, mais l’une et l’autre ne commentent pas la totalité des traités de la Michna. Le Talmud de Babylone fut composé jusqu’au VIe siècle.


Le traité Haguiga du Talmud de Babylone rapporte l’édifiante et tragique histoire citée dans l’exergue à ce chapitre de 4 figures rabbiniques ayant réussi l’exploit de pénétrer à l’intérieur de ce Pardès, paradis de la connaissance; Temporellement, le cadre historique de cette Hagada se situe quelques décennies après  la destruction du second temple de Jérusalem, en l’an 70. L’épisode débute ainsi (Haguiga 14 b): « Nos sages ont enseigné: « quatre hommes sont entrés au Pardès; Shimon ben AzzaïShimon ben ZomaElisha ben Abouya plus connu sous le nom de ah’er (אחר) : l’autre en hébreu, et rabbi Akiva« . Lionel Naccache nous dit: « Quelques lignes plus tard, le destin de ces hommes est scellé. Ben Azaï est mort sur place, abattu par ce qu’il contemplait. Ben Zoma a perdu à tout jamais ses esprits, et A’her a sombré dans l’hérésie. Seul le quatrième de ces Maîtres, Rabbi Akiva, revint plein d’usage et de raison de cette aventure, comme le dit la suite du texte: « Rabbi Akiva entra en paix et sortit en paix ». 

Que signifie ce texte? Une espèce d’expédition commando en « terra incognita » menée par un groupe d’élite guidé par un objectif commun, l’accès au Pardès, l’accomplissement ultime de l’apologie de la connaissance que chante le Talmud, comme on l’a vu en 2-2-1? Puis la brutale désillusion pour les trois » géants du savoir », la mort, la folie, l’hérésie? Serait-ce un démenti brutal d’une propagande diffusée au fond des instituts d’études talmudiques par des recruteurs qui enrôleraient dans cette macabre équipée les plus brillants des jeunes esprits?  Je partage l’avis de Lionel Naccache lorsqu’il dit que « en réalité, la signification de ce récit est plus fine que cela, et donc plus intéressante ». Ce n’est pas un extrait d’un quelconque « livre noir du Talmud », qui en dénoncerait les graves dangers, mais l’héritage talmudique lui-même. qui invite au voyage infini dans l’univers de la connaissance. C’est un aveu paradoxal que la vie d’un homme ne saurait être conçue sans cet immense appétit pour la connaissance et l’étude des textes sacrés qui conduiront presque immanquablement à la mort, à la folie, ou à l’hérésie. La mort et la folie, qui sont sans appel, sont toutes deux des connaissances néfastes, celles qui menacent depuis des millénaires et que nous avons vu jusqu’à maintenant dans les chapitres précédents. Mais l’hérésie d’A’her ne serait-elle pas une forme de liberté plutôt qu’un drame, une échappée au cadre restreint de la connaissance tel qu’il est défini par le judaïsme? A’her ne pourrait-il correspondre à un type de juif émancipé dont le destin ne serait pas une pure tragédie, au-delà des purs intérêts du Talmud voire du Judaïsme mais à un épanouissement pour ce dernier? Ne serai-il pas comparable à Baruch Spinoza dans son rejet libérateur? Spinoza, destiné aux plus hautes destinées par ses maîtres spirituels de la communauté juive d’Amsterdam fut certes excommunié, mais gagna sa liberté en inventant sa philosophie de l’existence et de la joie. Comme lui, A’her s’est-il libéré dans ce que le Talmud qualifie d’hérésie? Lionel Naccache nous dit non ! En réalité, il s’appelait Elisha ben Abouya avant son hérésie et était considéré comme l’un des esprits rabbiniques les plus profonds de son temps. A’her signifie « l’autre », celui dont on ne veut plus prononcer le nom et dont on efface le nom sur les tablettes pour le remplacer par ce qualificatif anonyme. Qu’a t-il fait une fois son hérésie consommée? (Il est comme le midrach, toujours au seuil, dans un non-lieu sans savoir reconnu ni place où s’établir. N’ayant pas d’identité, il est toujours en passage, comme l’hébreu. N’ayant pas de lien, il est lié à l’inconnu. Il affirme la différence, l’inattendu. Par son rire, il fait éclater toute pensée qui cultiverait l’illusion de la vérité). Il ne s’est donc pas livré à une expérience de nihiliste, ni tourné vers la philosophie des « sages de la Grèce« , dont il avait très certainement connaissance, ni transformé en hédoniste résolu ou adhéré à une vision zoroastrienne ou bouddhique de la vie. Il n’a pas non plus préfiguré un esprit des Lumières, ni un héros annonciateur de le science moderne et du libre savoir. Le Talmud continue à raconter ses péripéties, une fois son patronyme effacé de ses pages et de ses enseignements. Comme on l’a vu plus haut, il est devenu un homme vidé de tout ressort ontologique, un être intellectuellement annihilé et brisé. S’il ne respectait plus les lois de la Torah, il continuait à leur porter un intérêt intellectuel. Il avait un élève Rabbi Meïr qui tenait à recevoir les enseignements de ce maître déchu dont les exploits absurdes ne sont pas sans évoquer Don Quichotte, comme dans un passage 15a  du traité Haguiga lorsqu’il chevauche une monture un jour de Chabbat, ce qui en est une transgression majeure des lois du « repos ». A’her était devenu un être dépourvu de croyances, non seulement religieuses, mais aussi et surtout de croyances identitaires et existentielles. Il n’a pu remplacer les lois de la Torah par rien d’autre dans son esprit, tout en ne leur reconnaissant aucune valeur. Il attendait de mourir sans pouvoir croire croire en rien ni en lui-même.Il était devenu fou aussi mort dès sa sortie du paradis de la connaissance.

Il est temps maintenant d’examiner le cas du quatrième entré dans le Pardès, rabbi Akiva, dans le chapitre suivant.

liens:

https://hal.univ-lille3.fr/hal-01671068/document: Elisha ben Abouyah, une figure de l’autre dans la littérature rabbinique ancienne Christophe Batsch

Quatre entrèrent au Pardès 

    2-2-3) Vie et destin de quatre talmudistes en quête de connaissance suite: le cas de rabbi Akiva -La connaissance? Une vraie boucherie!

Le voyage au Pardès de Rabbi Akiva semble s’être achevé très différemment de celui des trois figures rabbiniques précédentes. Comme nous l’avons vu, « Rabbi Akiva entra en paix et sortit en paix« . C’est l’unique rescapé de cette « folle échappée ». Est-ce que cela peut nous convaincre qu’il est possible d’être « un citoyen serein du paradis de la connaissance et que ce texte pourrait n’être qu’une allégorie à visée pédagogique visant à enseigner comment la connaissance doit être appréhender afin d’en recevoir les bienfaits sans y laisser trop de plumes? Rabbi Avika serait-il le modèle d’un rapport réussi et sain à la connaissance? Mais le Talmud tempère cette note d’optimisme en racontant dans un autre traité la fin de de sa biographie qui aboutit à la mort et au martyr de celui qui demeure une référence majeure du judaïsme orthodoxe contemporain. Les circonstances de cette mort sont aussi enseignées à l’occasion d’une autre histoire talmudique qui se trouve dans la traité Menachot (page 29b), une célèbre allégorie de la capacité humaine à dévoiler de nouvelles significations de la Torah au fil des générations tout en demeurant fidèle au message originel de la tradition (une forme d’infini dans la totalité de la révélation divine?). Dans le site promenadepardes.blogspot.com on peut lire ce dialogue surprenant évoqué par Lionel Naccache; « Traité Menakhot, page 29b

Moïse monte au ciel pour recevoir les tables de la loi. Il trouve Dieu occupé à mettre des couronnes sur les lettres.
Moïse : « qui à côté de Toi retient ce que Tu as écrit ? » ( En d’autres termes : qui T’empêche d’achever Ton Texte avec les lettres conventionnelles, qui T’oblige d’y ajouter ces fioritures ?)
Et voici la réponse divine :
« Après bien des générations, viendra un homme, son nom sera Akiva ben Yossef. Il construira des montagnes de hala’hah (des lois de conduite, des lois en marche,évolutives) à partir de chacune de ces pointes (sur les lettres) »
Moïse, interloqué demande : « Montre-moi cet homme. Ainsi, je ne reçois pas une loi achevée. Celle-ci continuera à être construite dans le futur par un homme qui n’est ni prophète ni saint»
Dieu : « retourne-toi »
Moïse s’assied modestement derrière la dernière rangée des élèves pour écouter l’enseignement du Maître Akiva. Mais il n’y comprend rien, dépassé qu’il est par les sujets en discussion et par le style des développements. Cela le déprime. Mais, subitement, après que Rabbi Akiva ait énoncé une décision qui semble arbitraire aux élèves, ne s’appuyant sur aucun raisonnement conforme aux règles herméneutiques, ces derniers demandent :
« Rabbi, d’où te vient cette décision ? C’est une loi (hala’hah) reçue par Moïse à Sinaï »
Moïse est rassuré par cette référence à lui qui prouve que l’enseignement porte sur la Torah qu’il a reçue à Sinaï, bien qu’il n’ait aucun souvenir de cette loi.
« Tu as un tel homme et Tu me donnes la Torah à moi ? »
Réponse : « Tais- toi, c’est ainsi que cela est monté en pensée devant Moi »
« Montre-moi sa récompense ».
« Retourne-toi »
Regarde ce qui se passe de l’autre côté, dans le monde des hommes
Et Moïse voit que l’on débite la chair de R. Akiba dans les échoppes, après l’avoir torturé et assassiné pour avoir enseigné, malgré l’interdit promulgué par le pouvoir.
« Maître du monde, est-ce cela la Torah ? Est-ce cela son salaire ? »
« Tais-toi, c’est cela Mon dessein »

Moïse avait compris, lorsque Rabbi Akiva avait dit « C’est une loi (hala’hah) reçue par Moïse à Sinaï « , que l’on ne peut être le dépositaire d’un savoir dont la portée ne se révélera que progressivement à travers les efforts d’exégèse, de lecture et d’interprétation des générations à venir. C’est bien ce que fait la tradition judaïque dont la vitalité est sous-tendue par par la conjugaison d’une capacité de lecture infinie du texte révélé avec fidélité et une reconnaissance de la chaîne de transmission qui remonte jusqu’à la révélation sinaïtique. Mais la fin du texte donne, avec la parcimonie lapidaire des termes du Talmud l’image insupportable de la fin de Rabbi Akiva en 3 petits mots écrits en araméen: « chechokelin bessaro bemakolin » (sa chair qui pendait aux étals), 3 petits mots qui suffisent à exprimer l’horreur et à donner à voir tout ce que les 3 petits mots ne disent pas, mais suggèrent. Ainsi, contrairement à Ben Azaï, Ben Zoma et A’her, Rabbi Akiva ne périt pas de son face à face direct avec la connaissance. Il faut rappeler, pour comprendre l’origine de cette effroyable fin, que la Judée, au IIè siècle est en guerre contre Rome et son empereur Hadrien. Rome va mettre au pas cette province et faire raser la ville de Jérusalem. Bar Kokhba, instigateur de la révolte, se replia dans la forteresse de Betar, au sud-ouest de Jérusalem, mais les Romains finirent par la prendre, et massacrèrent tous ses défenseurs en 135Shimon bar Kochba était considéré comme le Messie par nombre de ses partisans, dont le plus célèbre est Rabbi Akiva. Ce dernier avait continué à enseigner publiquement, au mépris des diktats romains et à former une nouvelle génération de disciples. Quintus Tinneius Rufus (connu sous le nom de Tyrannus ouTurnus Rufus), alors gouverneur de la province de Judée, fut responsable de la déjudaïsation de Jérusalem et a Judée fut, sur ordre d’Hadrien, rebaptisée Palestine, comme pour en effacer toute judéité. Turnus Rufus fit arrêter Akiva et le supplicia sur la place publique. Ses chairs seront exposées aux étals du marché, le « fleishmarket », suspendues à des crochets de boucherie. 


Conclusion

A ses amis qui lui recommandaient de de se protéger et de suspendre l’enseignement de ses connaissances à la jeunesse de Jérusalem, Rabbi Avika répondait par une parabole: « Un renard, voyant un poisson se débattre pour échapper aux filets des pêcheurs, lui dit « Poisson, mon ami, ne viendrais-tu pas vivre avec moi sur la terre ferme? » Le poisson lui répond: « Renard, on te dit le plus sage, mais en réalité, tu es le sot des animaux. Si vivre dans l’eau qui est mon élément m’est difficile, que crois-tu qu’il en serait sur la terre? » Ce que l’eau est au poisson, la Torah l’est à Akiva. La connaissance semble ici prendre l’aspect de ce « poison vital ». N’y a t-il pas ici une impression de déjà-vu? Les allégories sur la connaissance s’avèrent d’une troublante convergence entre Athènes (aux chapitres 2-1-1 avec Icare et chapitre 2-1-2 avec Platon et Socrate) et Jérusalem. Le mythe d’Icare se rapproche des dangers d’une trop grande proximité de l’individu avec la connaissance à laquelle répondent les sombres péripéties de Ben Azaï, Ben Zoma et A’her dans le jardin du Pardès et celles d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden. Par contre, à l’allégorie platonicienne de la caverne, qui, comme  on l’a vu, représente la violence du groupe social à l’encontre de ceux qui répandent leur connaissance « corrosive pour la jeunesse », comme Socrate, répond le tragique destin de Rabbi Akiva, qui ne cessa pas, ce que Tumus Rufus lui fit payer très cher, de « corrompre la jeunesse de Jérusalem« . On voit donc avec Lionel Naccache que ce n’est pas seulement dans les histoires que la connaissance tue !Ainsi se termine ma lecture de l’Avant – propos et première partie chapitres 1 et 2 du livre de Lionel Naccache « Perdons-nous connaissance? » Dans l’article 2 nous verrons comment après la Grèce et Jérusalem, la connaissance menace outre-Rhin avec Johann Georg Sabellicus Alias Docteur Faust avant d’examiner le chapitre 4: « Des mythes à la réalité ou l’art de la mauvaise solution », qui précède ce qu’on connait de nos jours, « bienvenue dans la société de la connaissance » où connaissance et information sont confondues peut-être pour le meilleur et… pour le pire.


liens:
 Jésus et Rabbi Avika deux martyrs juifs de l’ « accomplissement ».

Berechit lu par un physicien

http://blog.univ-angers.fr/namurdamyths/2018/05/02/pantheon-mythologie-grecque-dieux/ : Les dieux grecs et la cosmogonie

https://www.grecevacances.com/pages/histoire-du-pays/mythologie-grecque/mythologie-dieux-grecques.html: Mythologie et généalogie des dieux grecs

http://l-univers-magique.over-blog.com/2019/01/poseidon.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail: Rédigé par EVY et publié depuis over-blog – l’histoire des dieux, Poséidon

http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Jung_ConceptsJungiens.htm : 

SOMMAIRE  Le soi et l’inconscient  Le moi  Inconscient collectif  Archétypes  Énergie  Symbole Le symbole du mandala Mana, démon, Dieu et l’inconscient Libido Individuation Compensation Complexe Types psychologiques Extraverti / Introverti 4 fonctions psychologiques fondamentales : Intuition / Sensation — Pensée / Sentiment Animus et Anima Persona Psychologie analytique : Dieu, fonction de l’inconscient  Le côté sombre de Dieu : Psychanalyse de Yahvé Je n’insiste jamais ; le remède peut être un poison 

L’arbre de la connaissance du bien et du mal et Annick de souzenelle

http://pncds72.free.fr/1600_esoterisme/1600_7_souzenelle_bible_revisitee.pdf: La lecture symbolique de la Bible hébraïque selon Annick de Souzenelle : Une supercherie « gnostique »

http://pncds72.free.fr/1600_esoterisme/1600_7_souzenelle_bible_revisitee.pdf: Analyse réalisée par l’abbé Philippe Loiseau, bibliste, à partir de la lecture du livre de dialogue avec Frédéric Lenoir : L’Alliance oubliée, La Bible revisitée, Albin Michel, 2005. voir 4) Le refus de la différence des sexes qui est perçue comme la perte de l’unité originaire et l’entrée dans la régression de l’animalité et de la procréation

https://www.cairn.info/revue-pardes-2001-2-page-85.htm?contenu=resume : Berechit lu par un physicien Henri Bacry Dans Pardès


Obscures lumières de Bertrand Vergely

https://fr.aleteia.org/2018/05/29/bertrand-vergely-les-lumieres-nous-rendent-tranquillement-sadiques/ : Loin de libérer l’homme, pense-t-il, elles l’ont amputé d’une part essentielle de son identité et portent en elles les germes de la Terreur et du totalitarisme.

https://monblogdereflexions.blogspot.com/2018/05/obscures-lumieres-par-bertrand-vergely.html#.XEcA3lxKj4a : On voudrait nous faire croire que les Lumières ont été totalement lumineuses. Mais la Révolution française a débouché sur la Terreur, avant d’accoucher de l’Empire. Est-ce un accident ? Il n’en est rien. Il y a dans la Révolution française une double contradiction. Alors qu’elle se veut antireligieuse, elle donne naissance avec Robespierre au culte de l’Être Suprême. Alors qu’elle se veut morale, elle fait le lit du libertinage poussé au paroxysme par Sade. Il y a une raison à cela. La Révolution française a voulu être révolutionnaire. Elle a cru qu’elle pouvait l’être. Mais elle a été dévorée inconsciemment par l’Ancien Régime dont elle ne s’est jamais vraiment débarrassée. Cette ombre a pesé sur elle. Elle pèse encore sur nous. Bertrand Vergely est philosophe et théologien. Normalien, agrégé de philosophie et professeur de khâgne, il enseigne également à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’Institut Saint-Serge. Il est l’auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (2001), Le Silence de Dieu : face aux malheurs du monde (2006) et Une vie pour se mettre au monde »

https://fr.aleteia.org/2018/05/29/bertrand-vergely-les-lumieres-nous-rendent-tranquillement-sadiques/ : Bertrand Vergely : « Les Lumières nous rendent tranquillement sadiques »

Le destin d’Icare

http://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/OVIDE_METAMORPHOSES_08.pdf: LES MÉTAMORPHOSES Livre VIII. OVIDE Traduction nouvelle avec le texte latin, suivie d’une analyse de l’explication des fables, de notes géographiques, historiques, mythologiques et critiques par M. G. T. Villenave ;. 1806

https://fr.wikipedia.org/wiki/IcareIcare (en grec ancien Ἴκαρος / Ikaros) est le fils de l’architecte athénien Dédale et d’une esclave crétoise, Naupacté (également appelée Naucraté). Il est connu principalement pour être mort après avoir volé trop près du Soleil alors qu’il s’échappait du labyrinthe avec des ailes de cire créées par son père.

https://www.cairn.info/revue-imaginaire-et-inconscient-2006-2-page-169.htm: Icare, un enfant dans l’imaginaire des origines par Madeleine Natanson

https://www.iletaitunehistoire.com/genres/contes-legendes/lire/icare-biblidcon_066: Icare avait grandi parmi les inventions de son père Dédale, célèbre artisan de Crète. La plus fameuse de ses créations avait permis à la reine Pasiphaé de séduire un taureau, revêtant pour cela le faux costume d’une belle génisse.

https://books.openedition.org/editionscnrs/4919?lang=fr: Un des curieux renversements qui travaillent le mythe dans les transformations que lui imprime la culture européenne, c’est l’affirmation exubérante du fils : il s’approprie les ailes de son père et convertit sa chute en motif d’exaltation. Là où l’Antiquité et le Moyen Âge prononçaient une irrévocable condamnation, les Temps modernes renversent toute négativité en élan et en gloire, voulant à toute force que le fils vole de ses propres ailes. Icare devient le prête-nom, l’homme de plume(s) d’un rêve d’absolu qui ne porte plus le nom d’hubris.

http://tpevolicare.e-monsite.com/http-tpevolicare-e-monsite-com-/partie-i-1.html: La première version du mythe: Les métamorphoses d’Ovide

http://tpevolicare.e-monsite.com/http-tpevolicare-e-monsite-com-/partie-iii-1.htmlLa Chute d’Icare, Carlo Saraceni (peint entre 1600 et 1607)

https://www.mythologie.ca/heros/icare.html : Icare fut enfermé dans le labyrinthe

http://www.mythologica.info/mythologie-grecque/dedale-larchitecte-de-genie/: Dédale, l’architecte de génie, La trahison de Dédale, la fuite par les airs

https://books.openedition.org/editionscnrs/4919?lang=fr: Un des curieux renversements qui travaillent le mythe dans les transformations que lui imprime la culture européenne, c’est l’affirmation exubérante du fils : il s’approprie les ailes de son père et convertit sa chute en motif d’exaltation. Là où l’Antiquité et le Moyen Âge prononçaient une irrévocable condamnation, les Temps modernes renversent toute négativité en élan et en gloire, voulant à toute force que le fils vole de ses propres ailes. Icare devient le prête-nom, l’homme de plume(s) d’un rêve d’absolu qui ne porte plus le nom d’hubris. 

L’allégorie de la caverne de Platon

http://rozsavolgyi.free.fr/cours/civilisations/platon/: La république de platon, résumé et thèmes

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%A9publique:La République est un des dialogues de Platon portant principalement sur la justice dans l’individu et dans la Cité. Platon fait la critique de la démocratie dans sa dégénérescence en démagogie et en tyrannie à cause de l’attrait qu’exerce le prestige du pouvoir. voir la théorie des Formes que Platon y expose et défend

https://fr.wikipedia.org/wiki/All%C3%A9gorie_de_la_caverne

http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Platon_LaCaverneDePlaton.htm: Allégorie de la caverne de Platon

https://la-philosophie.com/platon-caverne-allegorie: L’allégorie de la Caverne présente la théorie des Idées de Platon, qui constitue à la fois sa métaphysique (= sa théorie de la connaissance) et son ontologie (= sa théorie de l’être et du réel).

http://www.philo-bac.eu/auteurs/platon/caverne.html: Le monde sensible, représenté par la caverne, est une illusion et un piège pour les hommes. La vérité est à l’opposé de ce que nous considérons comme le réel. Notre âme doit sortir de cette prison pour trouver la vérité. Mais le chemin qui mène à la connaissance est douloureux. Il exige un guide. Celui qui arrive au bout acquiert : Le SAVOIR, la LIBERTE, le BONHEUR, et la COMPASSION.

La connaissance menace Jérusalem:

https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1962_L’activité herméneutique des scribes dans la transmission du texte de l’Ancien Testament
http://letalmud.blogspot.com/2010/01/blog-post.html: Le talmud, En une époque de chaos, les rabbins décident d’agir à l’encontre de tous les précédents : rédiger la Loi Orale https://fr.wikipedia.org/wiki/Elizabeth_  Ses recherches portent sur le développement et la nature d’une petite collection de systèmes cognitifs qui constitueraient, dès les premiers mois de la vie, les principaux éléments de la connaissance non langagière.

https://www.cairn.info/revue-pardes-2002-1-page- La lecture juive – une approche patiente

https://www.massorti.com/Le-Pardes-et-ses-quatre-veritesUne mise au point historique sur le fameux Pardès, les quatre niveaux de sens de la Tora.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Talmud_de_J%C3%A9rusalem : Le Talmud de Jérusalem (hébreu : תלמוד ירושלמי Talmoud Yeroushalmi) est une somme de commentaires et discussions rabbiniques sur la Mishnplus qu’une a, depuis le IIe siècle jusqu’au ve siècle. Contrairement à ce que son nom laisse entendre, il n’est pas rédigé à Jérusalem, alors interdite aux Juifs, mais dans les académies talmudiques de la terre d’Israël, qui se trouvent pour la plupart en Galilée.

http://cicad.ch/fr/les-livres-fondamentaux-du-juda%C3%AFsme.htmlLes livres fondamentaux du Judaïsme

https://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mies_talmudiques_en_Babylonie: Les académies talmudiques (yeshivot) de Babylonie, également appelées les académies gaoniques, bien qu’elles aient été fondées à la période des docteurs du Talmud, quelques siècles plus tôt, étaient le centre de l’éducation juive et du développement de la Loi juive en Mésopotamie d’à peu près 220 EC à 1038 EC (ou, selon les dates hébraïques, de 3980 AM à 4798 AM). C’est sur leur modèle que furent conçues les académies talmudiques ultérieures.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mies_talmudiques_en_terre_d%27Isra%C3%ABl:Les académies talmudiques (yeshivot) de la terre d’Israël étaient le centre de l’éducation juive et du développement de la Loi juive en terre d’Israël depuis l’ère du Second Temple jusqu’à 400 EC environ. Un centre persiste et se développe lors de la période des Gueonim, rivalisant avec les académiques talmudiques de Babylonie sans parvenir à leur niveau. Divers centres de faible importance subsistent ensuite, entretenus par les dons de la diaspora juive

https://fr.wikipedia.org/wiki/PaRDeSPeshat ou Pshat (פְּשָׁט), littérale2 Remez (רֶמֶז), allégorique2 Drash (דְּרַשׁ), homilétique2 Sod (סוֹד), mystique2

La renaissance du temps article 8 (Lee Smolin Partie II chap. 15)  L’émergence de l’espace


La renaissance du temps article 8 (Lee Smolin Partie II chap. 15)  L’émergence de l’espace

la renaissance du temps

J’écris mon blog pour partager ma soif de connaissances, mes réflexions et mes passions et mes lectures. Dans ces articles, je voudrais partager « ma lecture » du livre de Carlo Rovelli « par-delà le visible ». Ecrire ce que je retiens de mes lectures me permet de réfléchir à la compréhension que j’en ai. je mets entre guillemets les passages qui me semblent importants ou qui me frappent. Et par dessus tout je fais des recherches sur internet pour compléter ma lecture avec le maximum de liens que souhaite responsables, qui permettent aux lecteurs d’approfondir la connaissance du sujet.   

The singular universe and the reality of time

La renaissance du temps article 1: (Partie II chap. 8) Einstein insatisfait – L’erreur et le dilemme cosmologique

La renaissance du temps (Partie II chap. 9) Le défi cosmologique

La renaissance du temps article 3 (Partie II chap. 10) Nouveaux principes de cosmologie


http://www.philipmaulion.com/article-bienvenu-au-moment-present-de-lee-smolin-117515126.html: Bienvenue au ‘Moment Présent’ de Lee Smolin.

http://www.philipmaulion.com/2017/05/emergence-pourquoi-les-physiciens-recourent-ils-a-cette-notion.htm:l Emergence : pourquoi les physiciens recourent-ils à cette notion ?
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lee_Smolin:

Lee Smolin et Roberto Mangabeira Unger ont construit un ensemble d’hypothèses constituant une philosophie de la nature1 :

  1. Il n’y a qu’un seul Univers. Il n’y en a pas d’autre ni quoi que ce soit qui lui soit isomorphe.
  2. Tout ce qui est réel est réel à un instant donné, qui est une succession d’instants. Tout ce qui est vrai est vrai à l’instant présent.
  3. Tout ce qui est réel à un instant est un processus de modification menant à l’instant suivant ou au futur. Tout ce qui est réel est donc le résultat d’un processus à l’intérieur duquel il est la cause, ou il implique, les instants futurs.
  4. Les mathématiques sont déduites de l’expérience comme une généralisation de régularités observées où le temps et les particularités sont supprimées.

« La gravitation quantique à boucles décrit l’espace comme un réseau dynamique de relations »2.

Grosso modo, l’espace-temps ne serait pas continu et uniforme, mais granulaire et discontinu. Il existerait un espace et un temps indivisibles. Cette théorie simple à se représenter et élégante a fait ses preuves sur plusieurs points de vue, comme l’explication des aires et des volumes en géométrie, mais laisse à désirer encore sur la dynamique

Dans son livre The Life of the Cosmos, Smolin propose d’appliquer la sélection naturelle à la cosmologie, de sorte que l’univers que nous connaissons serait le résultat de l’évolution par mutation d’univers plus anciens. C’est la théorie des univers féconds.

Smolin avance qu’un univers pourrait en engendrer un autre lors de la formation d’un trou noir. Les constantes fondamentales de la physique, comme la célérité de la lumière dans le vide, seraient différentes d’un univers à l’autre.

boucles.html#.XBQYhVxKj4YLa gravitation quantique à boucles

Pour commencer à connaître avec quelques sites internet regroupés sur une même page pour une lecture plus aisée et des liens supplémentaires.

http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2013/136/smolin.htm

(Time Reborn: From the Crisis in Physics to the Future of the Universe)

http://www.paris8philo.com/article-33714241.html: à propos de rien ne va plus en physique: « billet de Jean Zin, pour une physique pluraliste, qui nous paraît essentiel pour comprendre les enjeux des théories physiques actuelles qui souvent tendent vers l’impossible, hors toute avancée, toute brèche se fait par dissymétrie, sans souci du qu’en-dira-t-on il suffit de voir l’attitude de Grigori Perelman, si non-chalante vis-à-vis de la communauté scientifique, ou devrait-on dire l’etablishment. Jean Zin reste un grand guetteur de ce qui se passe en science, nous vous recommandons ses articles. »

Préambule: Ceci est la suite des articles de mon blog à propos des univers multiples d’Aurélien Barrau pour les quels je retiens ici les commentaires suivants: 

D’après Aurélien Barrau, Univers multiples Chap 1)les propositions nouvelles face aux problèmes et paradoxes de la physique « peuvent constituer une « pulsion inchoactive » qui poussera vers une découverte sans précédent ou bien vers un réenchantement de ce que l’on savait déjà sans en avoir pris la « dé-mesure » et finalement vers une nouvelle sacralisation du « monde ».
D’après Aurélien Barrau, Univers multiples. La gravitation quantique chp. 9 L) Conclusion:
Cet article fait suite à mon article « D’après Aurélien Barrau, Univers multiples Chap 1) » que j’avais écrit: aujourd’hui, la physique est en crise, le monde est en crise. Avec Lee Smolin et son « rien ne va plus en physique« , Carlo rovelli Parle de la schizophrénie bipolaire des physiciens (voir une révolution inachevée). La vision anthropique de Trin Xhuan Thuan et ma vision évangélique du monde, qui s’origine dans les mythes de l’Un et de l’ordre, émergeant du Chaos initial, semblent exclus de la vision de bien des physiciens et cosmologues qui découvrent, comme l’a fait Jean Pierre Luminet, que l’Univers ne peut avoir été infiniment dense et donc que le big bang ne peut avoir été tel qu’on se l’imaginait depuis de nombreuses décennies. La possibilité d’un avant big bang a été mise en évidence avec un univers précédent qui se serait condensé jusqu’à une taille extrêmement petite mais non nulle et qui aurait « rebondi » en un big bounce pour donner notre Univers actuel en expansion après le phénomène d’inflation cosmique. Un des derniers rebondissements de ces recherches, avec Lee Smolin, pourrait bien aboutir avec sa « renaissance du temps » à une solution de la contradiction entre la physique quantique et la théorie de la relativité. A priori, ce serait une théorie unifiée des interactions fondamentales.

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Nous avons vu , au cours de ce long article, de nombreuses théories nouvelles ou hypothèses qui proposent l’unification de la physique ou tout au moins des explications aux dilemmes et paradoxes que la cosmologie moderne a mis en évidence. Mais, au chapitre 8, dans « la renaissance du temps« , Lee Smolin prévient: Le paradigme newtonien ne peut même pas apporter un embryon de réponse à ces questions et dilemmes: Pourquoi ces lois? Pourquoi ces conditions initiales de l’univers? Quel mécanisme les a t-il sélectionnées parmi une multitude infinie de possibilités? etc. Il appelle ceci « l’erreur cosmologique »: appliquer à l’Univers entier dans sa globalité des lois établies et vérifiées sur des sous-systèmes. Dans le paradigme newtonien, ce que nous appelons une loi doit s’appliquer dans tous les cas. Mais l’application d’une loi à n’importe quel morceau d’univers implique une approximation, parce que nous devons négliger toutes les interactions entre ce morceau et le reste de l’univers. Donc les applications vérifiables d’une loi sont toutes des approximations. Smolin fait remarquer en particulier que les lois se vérifient sur beaucoup de sous-systèmes. Mais si on veut appliquer une loi de la nature sans approximation, c’est à l’univers entier qu’il faudrait l’appliquer, alors que nous n’avons qu’un seul Univers sous la main. Et un seul cas n’apporte pas suffisamment d’indices pour justifier l’affirmation qu’une loi particulière de la nature s’applique. C’est ce que Lee Smolin appelle le dilemme cosmologique (faire de la physique dans une boiteon considère un petit sous-système isolé du reste de l’univers dans lequel on néglige certains effets pour ne s’intéresser qu’à certaines variables qui définissent un espace de configuration, atemporel. ). Et pourquoi cette loi et pas une autre? De plus, beaucoup de théories cosmologiques (théorie des cordeséquation d’Einstein …) admettent en réalité une infinité de solutions, parmi lesquelles une seule correspond à notre univers. Doit-on se résoudre à admettre l’existence d’une infinité d’Univers inaccessibles pour pouvoir justifier le notre par un principe anthropique

Nous pensions, dit Lee Smolin, savoir comment répondre à ces questions. Une théorie unique mathématiquement cohérente pourrait incorporer les 4 lois fondamentales de la nature. Mais cet espoir a été anéanti. On se trouve face à ce qu’il appelle « le défi cosmologique ». On vient de voir qu’il faudrait étendre la science à une théorie de l’Univers entier. Le défi est qu’il ne peut pas exister de composante statique qui puisse servir de cadre de référence, car tout dans l’Univers change et il n’existe aucun extérieur., rien qui puisse être qualifié de fond par rapport auquel les mouvements du reste de l’Univers (que nous négligeons). Or, toutes les théories physiques divisent le monde en deux parties, une partie « dynamique », qui change, et une statique, qui contient un « fond » de choses immuables, comme les constantes fondamentales.  Le « défi cosmologique » consiste à formuler une théorie de l’univers « indépendante du fond », purement dynamique afin de ne rien supposer d’extérieur à l’Univers: « Lorsqu’on fait de la « physique dans une boite », le « fond » comprend notamment les conditions initiales, et la méthode expérimentale permet de contrôler les conditions initiales afin de s’assurer que les lois sont indépendantes de ces conditions. En cosmologie, cette distinction entre « lois » et « conditions initiales » aggrave le problème qu’elle résout « dans une boite » : si nos observations du fond diffus cosmologique ne correspondent pas bien à la théorie de l’inflation cosmologique, faut-il corriger la loi ou les conditions initiales? Smolin critique aussi les théories effectives qui décrivent bien ce qui se passe à une certaine échelle de grandeur, mais en négligeant l’influence de ce qui est beaucoup plus grand ou plus petit. » Pour Smolin, la théorie issue du défi cosmologique doit tenir compte de tout, sans rien négliger. »

Je vais retracer « ma lecture » du livre de Lee Smolin en ne commençant pas par la partie I (« le poids: le mort du temps), mais par la partie II « Lumière: la renaissance du temps ». « La mort du temps » est l’épilogue de la constatation de Lee Smolin: « rien ne va plus en physique (l’échec de la théorie des cordes) » et Problèmes du modèle standard et physique au-delà du modèleJ’ai commencé cette partie II par ma lecture des chapitre 8 (Mon article 1) Einstein insatisfait – L’erreur et le dilemme cosmologique) 9 mon article 2 (le défi cosmologique)10 mon article 3 (Nouveaux principes de cosmologie)11 mon article 4 (les lois évolutives) 12 mon article 5 (la mécanique quantique et le libération de l’atome)13 mon article 6 (le combat de la relativité et du quantum)Puis j’ai fait une pause pour approfondir l’interprétation non dominante de la mécanique quantique de Bohm dans La physique quantique version variables cachées et le dialogue Bohm et Krishnamurti

J’ai poursuivi par le chapitre 14 « la renaissance du temps par la relativité » (Lee Smolin Partie II chap. 14) dont j’ai donné « ma lecture » dans mon article 7 (La renaissance du temps par la relativité): le temps vient d’être redécouvert. L’article conclut par: « La notion globale de temps que nous venons de voir implique qu’en chaque événement il existe un observateur privilégié dont l’horloge mesure la passage du temps. Mais il n’y a aucun moyen de le choisir par une mesure qu’on pourrait faire dans une petite région, ce qui confirme le principe de relativité à des échelles plus petites que celle l’univers. Ce choix d’un temps global particulier est déterminé par la façon dont est distribuée la matière dans l’univers. La dynamique des formes constitue donc « un pont » entre le principe de relativité et le temps global qu’exigent les théories telles que celle à laquelle aspire Lee Smolin avec des lois évolutives ou celles qui expliquent les phénomènes individuels au moyen de variables cachées. Il y a une grandeur par contre qui n’a pas le droit de changer lorsqu’on agrandit ou qu’on rapetisse les échelles, c’est le volume de l’univers à chaque instant, même s’in évolue au cours du temps. Ceci donne donc un sens à la taille totale de l’univers et à son expansion et nous fournit une horloge physique universelle. LE TEMPS VIENT D’ÊTRE REDECOUVERT« .


1) Et maintenant, après le chapitre 14, je vais aborder le chapitre 15 de
 « la renaissance du temps (voir le site du Dr Goulu) , L’émergence de l’espace

« Pour le Dr Goulu, « Ce long chapitre est le plat de résistance du livre. C’est là que ça passe où ça casse, et j’ai mis plus de deux semaines à le digérer avec peine. Il commence très fort: L’aspect le plus mystérieux du monde est juste sous nos yeux. Rien n’est plus banal que l’espace, et pourtant lorsque nous l’examinons de près, rien n’est plus mystérieux. Je crois que le temps est réel et essentiel à une description fondamentale de la nature. Mais je crois probable que l’espace va s’avérer n’être qu’une illusion. […] Selon Smolin, l’existence d’un temps réel est indispensable pour réconcilier les deux pans de la physique, mais l’espace ne l’est pas. Parmi les théories ayant exploré l’idée que l’espace émerge d’une structure de graphe plus fondamentale, la première est la “triangulation dynamique causale” […].

     1-1) Préambule. Je reprends maintenant la rédaction de cet article, que j’avais commencé avant de rédiger ce que m’a inspiré ma lecture du livre de Carlo Rovelli « Par-delà le visible », dont le dernier article a pour titre celui du dernier chapitre du livre: « Le mystère« . j’y ai trouvé le mystère de l’Information et je trouve maintenant le mystère de l’espace avec Lee Smolin. Comme on l’a vu dans mes articles précédents (dont le dernier, l’article 7: « la renaissance du temps par la relativité »), il affirme la renaissance du Temps alors que la plupart des scientifiques, y compris Carlo Rovelli disent que « le temps n’existe pas« . Nous avons vu dans le chapitre 3 de mon article 6) l’Information, que C. Rovelli parle d’un temps thermique: Chapitre 3) « Le temps thermique. 3-1) introduction. C’est cette thermodynamique de la relativité générale, la mécanique des quanta d’espace qui sera l’objet de cette dernière idée physique de Carlo Rovelli et de son livre « par-delà le visible », le temps thermique ». Dans Carlo Rovelli, par-delà le visible Mon article 2, nous avons vu que ce dernier va même plus loin que dans son livre « Et si le temps n’existait pas? » en affirmant « le temps n’existe pas« . On peut lire dans le site 2012un-nouveau-paradigme.com: «On constate que le temps disparaît de l’équation Wheeler-DeWitt », explique Carlo Rovelli, physicien à l’Université de la Méditerranée de Marseille »… « C’est un problème qui laisse perplexes de nombreux théoriciens. Ils se peut que la meilleure façon de penser à la réalité quantique soit en abandonnant la notion du temps car la description fondamentale de l’univers doit être intemporelle.» Donc, dit C. Rovelli, ce qui n’est pas le cas de Lee Smolin, il vaut mieux oublier complètement cette notion, le temps ne joue aucun rôle fondamental. On constate par ailleurs que dans la physique, des notions quotidiennes ne jouent plus non plus aucun rôle dans les équations fondamentales et disparaissent dans la théorie. C’est le cas de « haut » et bas », « chaud » et « froid ». On ne sait pas exactement ce que c’est, mais le bas indique simplement la direction dont la gravité nous attire vers une grosse masse. De même il n’y a pas de choses « chaudes » ou « froides » au niveau microscopique, mais dès que nous décrivons un très grand nombre de constituants (par exemple des molécules), en termes de valeurs moyennes, alors apparaît la notion de chaud (un corps est plus chaud qu’un autre si la valeurs moyenne des vitesses de ses molécules est plus élevé). Il doit se passer quelque chose de semblable pour le temps. Mais si cette notion ne joue aucun rôle au niveau élémentaire (des quanta d’espace), elle joue cependant un rôle significatif dans la vie de tous les jours, tout comme le « chaud » ou le « haut ». 

C’est la notion de « temps thermique » qui offre une réponse à la question que signifie « du temps a passé » alors que le temps ne fait pas partie de la description fondamentale du monde: l’origine du temps est semblable à celle de la température pour laquelle on établit des moyennes de multiples variables microscopiques. Il y a un lien profond (que personne n’a jamais bien compris) entre température et temps. Tous les phénomènes que nous lions à l’écoulement du temps impliquent la température. Ce qui caractérise le temps, c’est son irréversibilité, il va en avant, vers le futur, et non en arrière. Lorsque la chaleur n’entre pas en jeu, les phénomènes qualifiés de « mécaniques », sont toujours réversibles. Si on les filme et qu’on passe le film à l’envers, les deux films sont réalistes. C’est le cas d’un pendule ou d’un caillou jeté en l’air; qui monte puis redescend Cette séquence est réversible. Par contre on n’a jamais vu un caillou qui jaillit tout seul de la terre. Et quand le caillou qui est descendu arrive à terre, il s’arrête. Que se passe t-il alors. Le mouvement est stoppé; mais l’énergie cinétique du caillou est transformée en chaleur à ce moment précis. Et c’est un phénomène irréversible. Il distingue le film normal du film inversé, le passé du futur. En dernière analyse c’est toujours la chaleur qui distingue le passé du futur. 
C’est le phénomène d’irréversibilité qui fait qu’un objet qui brûle se transforme en fumée, ou que l’eau chaude refroidit mais ne peut se réchauffer sans apport extérieur de chaleur, mais que l’inverse n’est pas possible. C’est aussi pourquoi nous vieillissons ou que les objets matériels vieillissent et s’usent avec le temps, ils nous produisent de la chaleur dans les frottements. C’est le cas pour tous les phénomènes dans notre Univers. Toutes les fois que se produit un phénomène qui garantit l’écoulement du temps, il y a production de chaleur. « Et la chaleur, c’est faire des moyennes sur de nombreuses variables selon la mécanique statistique » nous dit C. Rovelli. 
3-2) L’idée du temps thermique, ce n’est pas de comprendre pourquoi le temps produit une dissipation de chaleur…mais pourquoi la dissipation de chaleur produit le temps? […].

     1-2) Mais quid de l’espace?

Pour Carlo Rovelli et la gravité quantique à boucles, nous avons vu dans mes articles que le monde est aussi sans espace, ce que nous dit bien le site laviedesidees.fr: « La proposition est vertigineuse. Presque grotesque. Une de ces farces que seul un physicien échevelé pourrait inventer : un monde sans espace et sans temps ! Un monde où les champs physiques, éventuellement quantiques, vivraient sur (ou dans) le champ gravitationnel, tenant lui-même lieu d’espace ». 

Il en est bien de même pour Lee Smolin dont nous allons regarder maintenant la vision de l’espace. Dans les premières lignes du chapitre 15, il précise: « je crois que le temps est réel et est essentiel à une description fondamentale de la nature. Mais je crois probable que l’espace va s’avérer n’être qu’une illusion au même titre que la température et la pression. – une manière d’organiser nos impressions sur les choses à grande échelle mais une manière de vois le monde en tant que tout, grossière et émergente ». C’est le même langage qu’utilise Carlo Rovelli lorsqu’il parle du « Temps thermique » qu’on a évoqué au chapitre 1).

La théorie de la relativité a fait fusionner l’espace et le temps avec la vision de ce qu’on appelle l’Univers-bloc que le Dr Goulu présente comme « une solution de l’équation d’Einstein, dans lequel le temps est une 4ème dimension imaginaire au sens mathématique du terme ». Les 4 coordonnées sont x, y, z (réelles) et t (t imaginaire).Dans l’espace de MinkowskiLa pseudo-métrique, notée \ \Delta sest définie pa \ \Delta s^{{2}}=-c^{{2}}(\Delta t)^{2}+(\Delta x)^{{2}}+(\Delta y)^{{2}}+(\Delta z)^{{2}} où c²(Delta t)² est positif.

Dans Wkipedia, on lit que l’Univers-bloc « est une conception du temps selon laquelle l’Univers tout entier se déploie dans un continuum d’espace-temps où tous les événements présents, passés et futurs existent de la même façon. Cette vision est renforcée par le constat de l’inexistence d’une simultanéité absolue valable pour l’univers entier, mis en évidence par la relativité restreinte. Le « présent » devenant une notion relative à un observateur, avec un même événement pouvant être dans le passé d’un observateur et le futur d’un autre se croisant au même endroit au même moment, il devient difficile de soutenir que le réel n’est que ce qui existe maintenant. Cela conduit à considérer l’existence de l’univers dans toute son extension temporelle sans donner une importance particulière au présent. Cette vision éternaliste s’oppose au présentisme« .

Donc, “l »éternalisme”, découle logiquement de la théorie de la relativité c’est la théorie de l’Univers-Bloc. Le “présentisme”, lui, résulte résulte d’une vision quantique du monde.

     –Dans l’Univers-bloc, écrit le Dr Goulu« […] le passé et le futur sont des notions “locales” (principe selon lequel des objets distants ne peuvent avoir une influence directe l’un sur l’autre ; un objet ne peut être influencé que par son environnement immédiat. Ce principe, issu de la relativité restreinte), le seul moyen de rendre le passé d’un point cohérent avec le futur des autres est de considérer que tout “préexiste”.Dans l’Univers-bloc, le passé existe encore et le futur existe déjà. Ils sont prédéfinis. L’Univers-bloc est déterministe, figé, et notre libre-arbitre est une magnifique illusion […]. |Voir aussi wikipedia Univers-bloc]
 –Les « présentistes », eux,  » […] soutiennent que seul le présent existe. L’univers est défini par un seul “état” que l’on peut imaginer comme un très grand vecteur contenant les positions, vitesses charge électrique etc. de toutes les particules de l’Univers. Les variations de ce vecteur selon les lois statistiques de la mécanique quantique définissent la “flèche du temps” qui pointe en direction d’un Univers plus probable à chaque instant […]. 

     –fabien.besnard.pagesperso-orange.fr/articles/temps.pdf: « Temps des philosophes, temps des physiciens, temps des mathématiciens. Par Fabien Besnard 9 juin 2010. Résumé: La question de la compatibilité du présentisme et du possibilisme avec la Relativité a fait couler beaucoup d’encre depuis l’argument initialement propos´e par Rietdijk et Putnam. L’objectif de ce texte est d’étudier les implications de la Relativité, Restreinte et Générale, ainsi que de la Mécanique Quantique, sur le présentisme, le possibilisme et l’éternalisme, en dégageant clairement les présupposés métaphysiques sous-jacents à ces trois approches de la question du temps…. »

Nous retrouvons ici le conflit relativité générale – mécanique quantique qui a amené des chercheurs à se tourner vers de nouvelles théories,comme la théorie des cordes (John SchwarzMichel Green ou David Gross) ou C. Rovelli et Lee Smolin pour la gravité quantique à boucles. Pour Lee Smolin, dans la vision de l’univers-bloc, l’espace et le temps sont compris comme des façons subjectives de diviser une réalité à 4 dimensions. L’hypothèse de la réalité du temps (la renaissance du temps) qu’il appelle de ses vœux, « nous libère des fausses contraintes l’espace de cette unification« . Il faut comprendre par là que le temps est très différent de l’espace. En émancipant le temps de l’espace, cela libère aussi l’espace, ouvrant la porte à une meilleure compréhension de la nature de celui-ci. Comme nous allons le voir, l’espace, au niveau quantique, n’est pas fondamental, mais émerge d’un ordre plus profond.

     1-2) Première approche de l’espace dans notre quotidien. 

Qu’est-ce qui fait que les objets de notre quotidien peuvent être « organisés en termes de « proche » ou de « loin »? Pour C. Rovelli, c’est le fait que l’espace existe que les choses soient « locales« pour nous affecter (voir wikipedia: « le principe de localité est un principe selon lequel des objets distants ne peuvent avoir une influence directe l’un sur l’autre ; un objet ne peut être influencé que par son environnement immédiat. Ce principe, issu de la relativité restreinte, a été précisé en ces termes par Albert Einstein« ). 

L’évolution a amené les êtres vivants et nous-mêmes à réagir avec l’environnement pour notre survie et notre protection. Les choses peuvent présenter un danger ou une opportunité mais on n’est pas concerné par tout et à tout moment au même degré comme l’écrit C. Rovelli: « Les tigres des pays de l’autre côté de l’océan vous dévoreraient en une minute s’ils le pouvaient, mais vous n’avez pas à vous inquiéter, parce qu’ils ne sont pas vraiment tout près. C’est le grand cadeau de l’espace; presque tout est loin de nous et peut être ignoré pour le moment ». Imaginons que notre monde quotidien soit non local, sans « l’organisation de l’espace » et contienne une multitude d’objets. Tout tout pourrait avoir un effet sur tout et à tout instant. Il n’y aurait aucune distance pour garder les choses séparées. Dans cet espace, nous avons conscients, à travers nos sens de ce qui est proche de nous. Et le fait que peu de choses puissent occuper les espaces les plus proches de nous est une propriété de cet espace. C’est une conséquence de sa « faible dimensionnalité« . Par exemple, combien ai-je de voisins les plus proches de moi? Il y en a deux dans un espace de dimension 1 (à droite et à gauche), quatre dans un espace de dimension 2 (droite, gauche, face arrière), 6 dans un espace de dimension 3 (il faut rajouter dessus, dessous). Ce nombre de voisins les plus proches augmente proportionnellement au nombre de dimensions (2 fois ce nombre). Dans un espace à 50 dimensions, on aurait 100 plus proches voisins. Ainsi nous sommes coincés dans un monde de faible dimensionnalité. Cela pose problème quand on veut avoir des interactions spontanées directes entre les personnes d’un groupe qui on des idées et des centres d’intérêt différents. S’il n’y a que quelques personnes, les relations spontanées sont relativement faciles. Mais avec une centaine de personnes, cela devient un défi (augmenter le nombre de dimensions de l’immeuble?). C’est ce qui se passait avant l’arrivée de « la technologie ». La surface de la terre étant bidimensionnelle, les personnes restaient relativement isolées. Au moyen-âge par exemple, la plupart des gens ne rencontraient en moyenne guère plus que quelques centaines de personnes au cours d’une vie, celles qui se trouvaient à des distances atteignables en marchant. Il y avait bien les fêtes avec les villages voisins, mais seuls les aventuriers et les intrépides s’aventuraient à l’étranger. Au final, l’espace faisait qu’en général,les gens étaient presque tous des étrangers. 

     1-2) Notre espace modifié par la technologie? Est-il une illusion?

Mais la technologie a « trompé » ces limitations inhérentes à notre espace quotidien de faible dimensionnalité. Dans la perspective où je subis l’effet téléphone portable, j’ai la possibilité de parler ou communiquer par SMS à une des 5 milliards de personnes vivant sur cette Terre, qui possèdent un portable. Cette technologie a en fait dissous l’espace, car dans la perspective « téléphone portable », nous vivons dans un espace de dimension 2,5 milliards, dans lequel presque tous nos semblables humains sont devenus nos plus proches voisins. Internet a bien sûr un effet similaire en créant un réseau de connexions qui nous rapprochent tous les uns des autres, en dissolvant l’espace. Le monde devient de plus un monde où nous pourrons choisir de vivre dans un espace de dimension plus élevée, ceci avec toujours un peu plus de réalité virtuelle. C. Rovelli le voit tel qu’un appel téléphonique d’un portable déclenchera notre hologramme là où la personne appelée se trouve alors. 

Dans ce monde de haute dimensionnalité avec un potentiel quasi illimité de connexions, le nombre de choix est très (infiniment) supérieur à ce qu’il était dans le monde physique à 3 dimensions. Cela engendre tellement de défis du monde câblé dans cette mer immense démesurément agrandie de plus en plus gérée et exploitée par des médias sociaux! Dans ce monde et cet espace de grande dimensionnalité, Imaginons, dit C. Rovelli, un enfant élevé dans ce monde virtuel où l’espace ordinaire que nous avons connu ne joue plus aucun rôle. Il le pensera comme « un vaste réseau dans lequel un fluide et des systèmes dynamiques de connexions placent chaque individu à deux pas de n’importe quel autre« . Si la prise qui alimente ce monde est retirée, et le courant coupé, les habitants de ce réseau virtuel, dont cet enfant, tombent dans un un monde « plus contraint » et qu’ils vont certainement trouver moins stimulant. Ils découvrent alors, « qu’en réalité », ils vivent dans un monde de trois dimensions et que c’est l’espace qui sépare les gens. Le monde des voisins s’écroule de 5 milliards à quelques personnes et presque toutes deviennent soudain très lointaines. 

     1-3) L’espace revisité par Lee Smolin et la gravité quantique.

Carlo Rovelli pense que cette image est une métaphore pour la manière dont certains physiciens, dont lui-même pensent maintenant l’espace. Mais n’est-ce qu’une métaphore? Notre esprit et surtout celui de nos enfants n’est-il pas dores et déjà formaté par de nouveaux réseaux de relations? Pour mieux connaître notre monde, suivons maintenant cette piste: « l’espace est une illusion et les vraies relations qui forment le monde sont des réseaux dynamiques un peu comme internet ou les réseaux de téléphonie portable. Nous faisons l’expérience de l’illusion de l’espace parce que la plupart des interconnexions possibles sont désactivées, repoussant tout très loin de nous« . 

L’approche que propose Lee Smolin fait émerger l’image que nous venons d’évoquer d’une catégorie d’approches de la gravitation quantique dans lesquelles l’espace n’est pas considéré comme fondamental alors qu’il considère que le temps l’est (avec la renaissance du temps (2/2)). Ce type d’approches postule une structure quantique fondamentale qui n’a pas besoin de l’espace pour être définie. L’espace en émergerait, comme la thermodynamique émerge de la physique des atomes. Le site actualite.housseniawriting.com explique qu’au début de 2009, Mark Van Raamsdonk a décidé de s’attaquer à l’un des plus grands mystères de la physique: La relation entre la mécanique quantique et la gravitation. Selon Van Raamsdonk, l’espace-temps est seulement la structure géométrique sur la manière dont le système quantique est intriqué. Son idée a évolué et aujourd’hui, de nombreux physiciens pensent que l’intrication est l’essence de l’étrangeté quantique et certains d’entre eux suggèrent désormais que l’intrication pourrait être aussi la source de la géométrie de l’espace-temps en dépit des objections d’Einstein. De plus ces approches vont dans le sens de la recherche de Lee Smolin, telle qu’on l’a examinée dans les articles 2 et dans l’article 3, recherche qui pourra peut-être déboucher sur une vraie théorie de l’univers entier, (voir le chapitre 2 de l’article 3): une telle théorie doit éviter le dilemme cosmologique et être indépendante du fond, ne supposant donc aucune division du monde en deux parties, l’une contenant les variables dynamiques en évolution, et l’autre le fond, c’est à dire les structures fixes qui constituent l’arrière-plan donnant du sens aux parties en évolution. Une théorie de l’univers « indépendante du fond », est purement dynamique afin de ne rien supposer d’extérieur à l’Univers. A la place de le géométrie de fond fixe, la notion primitive est est celle de graphe ou de réseau défini intrinsèquement, sans référence à l’espace. 


2) Les différentes approches et l’émergence de l’espace.

     2-1) Les triangulations dynamiques causales.

    

fig 2-1 https://slideplayer.fr/slide/3230011/ Réunion Béna 10 oct 2009

  C’est la première des approches à avoir été développée. Une triangulation est une surface construite en assemblant de nombreux triangles comme dans un dôme géodésique. La triangulation dynamique causale est, selon le site  médiapart.fr, « parmi les théories plus abordables de la LQG, qui commencent à circuler. Elle est est dite en anglais causal dynamical triangulation (CDT)  (voir dans le site Médiapart le chapitre La « causal dynamical triangulation »). […] Selon celle-ci, l’univers serait composé d’unités d’espace-temps s’organisant en pyramides de base triangulaire (comme sur la fig 2-2 et 2-3).

fig 2-2 http://inspirehep.net/record/1304278
fig 2-3


La façon dont ces pyramides triangulaires s’assemblent entre elles génère une dynamique conférant à notre espace-temps la courbure que la relativité générale attribue à la présence de masse et d’énergie. Ce sont évidemment des simulations mathématiques, et non l’observation, qui donnent naissance à ces descriptions. Ces simulations sont en compétition et, de temps à autres, la plus convaincante réussit à s’imposer […].

Elle a été théorisée par Renate LollJan Ambjørn et Jerzy Jurkiewicz, et popularisée par Fotini Markopoulou et Lee Smolin

Pour une approche plus approfondie; voir Introduction à la triangulation dynamique causale par Alex Forcier (https://arxiv.org/pdf/1109.3879.pdf)


     2-2) Cette approche a été suivie par la graphité quantique, soit en format .pdf:

 https://arxiv.org/pdf/0801.0861.pdf  (voir aussi la vidéo). Elle est ainsi appelée car elle propose que les entités fondamentales dans la nature soient des graphes. La tentative se place dans la continuité avec les principes de symétrie qui ont permis la connaissance des lois de la physique et en particulier de la covariance générale ou invariance de difféomorphisme qui est la symétrie qu’Einstein a utilisé pour la relativité générale. La symétrie évenementielle ou symétrie d’événement inclut les principes d’invariance qui ont été utilisés dans certaines approches discrètes de la gravité quantique où cette invariance de difféomorphisme de la relativité générale peut être étendue à une covariance sous chaque permutation d’événements espace-temps. La graphité quantique s’inclue dans cette démarche de recherche de symétrie. Dans le chapitre Graphité quantique et autres modèles de graphes aléatoires on trouve: « Dans un modèle de graphique aléatoire de l’espace-temps, les points de l’espace ou les événements de l’espace-temps sont représentés par les nœuds d’un graphique. Chaque nœud peut être connecté à un autre nœud par un lien. En termes mathématiques, cette structure s’appelle un graphe. Le plus petit nombre de liens qu’il faut pour aller entre deux nœuds du graphique peut être interprété comme une mesure de la distance qui les sépare dans l’espace. La dynamique peut être représentée soit en utilisant un formalisme hamiltonien si les nœuds sont des points dans l’espace, soit un formalisme lagrangien si les nœuds sont des événements dans l’espace-temps. Dans les deux cas, la dynamique permet aux liens de se connecter ou de se déconnecter de manière aléatoire en fonction de la règle de probabilité spécifiée. Le modèle est symétrique par rapport aux événements si les règles sont invariantes quelle que soit la permutation des noeuds du graphe[…] L’application à la gravité quantique est venue plus tard. Les premiers modèles de graphes aléatoires spatio-temporels ont été proposés par Frank Antonsen (1993), Manfred Requardt (1996) [6] et Thomas Filk (2000) [6][8] Tomasz Konopka, Fotini Markopoulou-Kalamara , Simone Severini et Lee Smolin de l’ Institut canadien de Perimeter pour la physique théorique ont présenté un modèle graphique appelé Quantum Graphity . 

Lee Smolin explique que l’image intuitive que nous avons vue en 1-2 d’un monde virtuel de haute dimensionnalité faisant émerger notre espace tridimensionnel lorsqu’on éteint « l’alimentation » donc les connexions correspond très étroitement au modèle de « graphité quantique ».

Un autre avis sur la graphité quantique est donné par motls.blogspot.com: « Les événements dans l’espace-temps ne sont pas symétriques. La structure causale ne pourrait jamais émerger de ce point de départ. De manière plus évidente, la symétrie entre les événements – les points du graphe – donne l’impression que l’espace-temps en gravité quantique peut être discret mais reste fondamental. La dernière décennie en physique théorique a simplement réglé cette question – que cela plaise ou non – et la réponse est « Non ». La géométrie de l’espace-temps ne peut pas être fondamentale à l’échelle de Planck. Il est sujet aux transitions, aux dualités et à l’holographie, entre autres phénomènes qui prouvent qu’il doit être flexible et qu’il ne peut pas découler d’un graphe car un graphe est trop local. Aucune des descriptions existantes ne permet de trouver un espace-temps discret et il semble plutôt improbable qu’il existe une description dans laquelle il est discret ». (Motls cite:

  https://arxiv.org/find/grp_physics/1/au:+Gibbs_Phil/0/1/0/all/0/1: voir » L’univers est-il uniquement déterminé par invariance sous quantification? Phil E. Gibbs).

Motls a t-il raison? A suivre…Examinons maintenant d’autres approches.

     2-3) Approche dans lesquelles le temps est fondamental.

Elle fut introduite par Petr Hořava. Wikipédia nous dit: La Lifshitz (ou gravité de Hořava) « est une théorie de la gravité quantique proposée par Petr Hořava en 2009. [1] Elle résout le problème des différents concepts de temps dans la théorie des champs quantiques et la relativité générale en considérant le concept quantique comme le plus fondamental. de sorte que l’espace et le temps ne sont pas équivalents ( anisotropes ) à un niveau d’énergie élevé. Le concept relativiste du temps avec son invariance de Lorentz émerge à grande distance. La théorie repose sur la théorie des feuilletages pour produire sa structure causale. […] la vitesse de la lumière va à l’infini aux hautes énergies. La nouveauté de cette approche, comparée aux approches précédentes de la gravitation quantique telle que la gravitation quantique à boucle , réside dans le fait qu’elle utilise des concepts issus de la physique de la matière condensée, tels que les phénomènes quantiques critiques  […] ». Voir aussi: Quantum Gravity at a Lifshitz Point (https://arxiv.org/pdf/0901.3775.pdf).

Certaines approches de le théorie des cordes, appelées approches à modèles de matrices, peuvent être aussi décrites de cette manière dit Lee Smolin. C’est le cas de celle présentée par T. Banks , W. Fischler , SH Shenker , L. SusskindLa théorie M en tant que modèle matriciel: une conjecture (https://arxiv.org/pdf/hep-th/9610043.pdf). 


Ces approches diffèrent de celles qui sont indépendantes du fond et qui postulent que l’espace-temps, ensemble, comme dans l’univers bloc, doit émerger d’une description plus fondamentale où ni l’espace ni le temps ne sont originels, ce qui est le cas de de la gravitation quantique à boucles et des ensembles causaux et autres approches de la théorie des cordes. 


3) Suite de l’histoire.

     3-1) Comment les approches de la gravitation quantique indépendantes du fond envisagent le monde?

fig 3-1

Dans plusieurs des approches de la gravitation quantique, nous l’avons évoqué, il est imaginé d’utiliser la métaphore d’un espace non continu mais constitué d’un réseau de points discrets. Les particules vivent sur les sites du réseau et se déplacent en sautant vers les plus proches voisins. Elles exercent un force et s’influencent mutuellement seulement si elles sont voisines. Si le réseau est de basse dimensionnalité, c’est ce que nous avons vu au chapitre 1-2, le nombre de particules disponibles pour interagir est faible. Ce nombre augmente donc avec la dimensionnalité. Prenons maintenant l’exemple de photons qui voyagent de site voisin en site voisin au long de ce réseau. Envoyer un photon à une particule lointaine implique des sauts d’autant plus nombreux que la dimensionnalité est faible et cela prend du temps.Avec une forte dimensionnalité et un réseau ayant des connexions beaucoup plus nombreuses, les choses sont plus proches les unes des autres. Cela prend moins de sauts pour se connecter entre n’importe quelle paire de noeuds du réseau. Les principes de la nouvelle cosmologie que préconise Lee Smolin « stipule que rien ne devrait agir sans qu’on puisse agir dessus« . Donc ce réseau devrait lui aussi changer en réaction aux positions des particules. Ainsi, ce monde qui est un réseau dynamique de relations, sujet à évolution, tout comme la structure de ce réseau, nous donnerait une image du monde physique pas tellement différente de notre monde humain interconnecté. 

lien: la théorie des graphes

     3-2) La théorie de la gravitation quantique à boucles est la plus ancienne et la plus développée des approches indépendantes du fond… Commençons par elle!

fig 3-2 wikipedia.org/wiki/R%C3%A9seau_de_spin

L’espace y est décrit comme un réseau dynamique de relations. L’état quantique de la géométrie y est représentée comme un graphe constitué par la donnée de nombreux « points », appelés nœuds ou sommets (en référence aux polyèdres), et de « liens » entre ces points. Voir la fig 3-2. ci-contre: « réseau de spin ». Les bords ont des étiquettes qui spécifient les relations entre les nœud. qu’ils connectent. Les nœuds ont aussi des étiquettes, non représentées sur le schéma (voir la fig 3-3 N°2 au chapitre 3-3). En physique quantique, on sait que l’énergie est quantifiée et seulement certains états avec certaines énergies discrètes ont des valeurs d’énergie définies. Dans la théorie de la gravitation quantique à boucles, les volumes de régions de l’espace sont également quantifiées et ne peuvent adopter et occuper que des valeurs discrètes de volume, de même que les aires des surfaces. Lee Smolin signale quelques difficultés pour les aires et volumes qui ne sont pas invariants par difféomorphisme et donc ne pourraient pas être des observables physiques. Mais il précise qu’il existe des où ils sont physiques. La théorie donne alors des prédictions précises pour les spectres de volume et d’aire qui ont potentiellement des conséquences observables par exemple sur les spectres de rayonnement qui pourraient être observés émanant de petits trous noirs: voir par exemple Aurélien Barrau , Xiangyu Cao , Jacobo Diaz-Polo , Julien Grain , Thomas CailleteauBoucle de sondage Gravité quantique avec trous noirs évaporés (https://arxiv.org/pdf/1109.4239.pdf). 

Nous savons déjà que la matière, qui nous semble lisse et continue à notre échelle, est constituée d’atomes en un arrangement régulier, connectés les uns autres à l’échelle atomique. De même,l‘espace nous semble lisse ou continu, mais si la gravitation quantique à boucles est correcte, il est lui-même composé, à l’échelle de Planck, d’unités discrètes, qu’on peut penser comme des « atomes » d’espace. En relativité générale, la géométrie de l’espace est dynamique, elle évolue avec le temps, comme la matière qui détermine cette géométrie ou les ondes gravitationnelles qui s’y propagent. A l’échelle quantique, des changements dans la géométrie de l’espace doivent être issus de de ceux qui se produisent à cette échelle, par exemple, il doit y avoir des oscillations dans la géométrie quantique au passage d’une onde gravitationnelle. La gravitation quantique à boucles permet de coder la dynamique de l’espace-temps donnée par les équations d’Einstein, en règles simples donnant la manière dont le graphe évolue dans le temps. Ce codage des équations d’Einstein fonctionne dans les deux sens. 

On peut partir d’une théorie classique et suivre une procédure pour transformer en théorie quantique, ce qui a été développé et testé pour de nombreuses théories. L’appliquer à la relativité générale est un exercice techniquement difficile dit Lee Smolin, « mais lorsqu’on le fait proprement, cela mène à la vision que nous avons décrite ici, avec des règles précises pour que les graphes évoluent dans le temps. De cette manière, nous appelons la gravitation quantique à boucles la « quantification » de la relativité générale ». Dans l’approche de la gravitation quantique à boucles, le graphe a été considéré comme contenu dans un espace tridimensionnel avec les propriétés les plus simples. Dans cet espace, rien de ce qui peut être mesuré n’y est fixé (longueur, surface, volume…), comme c’est le cas dans un espace affine où on omet les notions d’angle et de distance. Seuls le nombre de dimensions spatiales, la connectivité de l’espace ou sa topologie sont fixés (Dans wikipedia.org, on trouve: « La topologie est l’étude des déformations spatiales par des transformations continues (sans arrachages ni recollement des structures). La topologie s’intéresse plus précisément aux espaces topologiques et aux applications qui les lient, dites « continues ». Elle permet de classer ces espaces, notamment les nœuds, entre autres par leur dimension (qui peut être aussi bien nulle qu’infinie). Elle s’intéresse aussi à leurs déformations ». Par exemple, on peut déformer en douceur une sphère pour qu’elle prenne une diversité de formes, mais on ne peut la déformer en douceur pour qu’elle devienne un tore. Une fois que la topologie de l’espace est fixée, on peut considérer les diverses manières dont un graphe peut y être inséré. Par exemple les bords du graphe peuvent être couturés, tressés ou connectés. Chaque façon d’insérer un graphe dans un espace produit un état quantique de géométrie spécifique, même si les graphes sont actuellement définis sans référence à une quelconque insertion, comme le précise Carlo Rovelli.  

A l’inverse, on peut partir des règles quantiques pour faire que les graphiques changent et se demander si on peut en dériver les règles de la relativité générale comme première approximation. C’est un peu comme se demander comment dériver les équations qui décrivent l’écoulement de l’eau à partir des lois fondamentales suivies par les atomes qui la constituent. Cela paraît fou, mais, nous dit C. Rovelli, il y a eu récemment des résultats positifs dans la gravitation quantique à boucles dans une approche d’espace-temps quantique appelée modèle de mousse de spins dans laquelle le réseau sous-tendant la géométrie de l’espace est considéré comme une partie d’un réseau plus grande qui englobe à la fois l’espace et le temps. C’est donc une version quantique de ce que nous avons vu comme étant l’univers bloc, où on aurait l’espace et le temps unifiés au sein d’une même structure. Ainsi, la relativité générale pourrait émerger des modèles de mousses de spins. 

Voir les travaux suivants:– « Un Modèles de mousses de spin pour la gravité quantique en 3 dimensions » [https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00337352/document]Cette thèse présente plusieurs résultats nouveaux pour les modèles de mousses de spin pour la gravité quantique en 3 dimensions. A partir des modèles de Ponzano-Regge et Turaev-Viro [https://arxiv.org/pdf/hep-th/9304164.pdf], nous montrons qu’il est possible de réaliser une fixation de jauge de la symétrie par difféomorphisme. Nous introduisons dans ces modèles des particules ponctuelles pour réaliser ainsi un couplage de ces modèles de gravité quantique à de la matière. – Voir aussi: « Asymptotics of Spinfoam Amplitude on Simplicial Manifold: Lorentzian Theory » [https://arxiv.org/pdf/1109.0499.pdf] par Muxin Han , Mingyi Zhang– Voir aussi: Emergence de la gravité à partir des mousses de spins   [https://arxiv.org/pdf/1108.2258.pdf] par Elena MagliaroClaudio Perini qui écrivent; « Nous trouvons un régime non trivial de gravité quantique de « spinfoam » qui reproduit les équations d’Einstein classiques. Il s’agit de la limite de double échelonnement du petit paramètre Immirzi (gamma), des grandes spins (j) avec une aire physique (temps gamma j) constante. En plus des corrections quantiques dans la constante de Planck, nous trouvons de nouvelles corrections dans le paramètre Immirzi dues à la discrétion quantique de l’espace-temps. Le résultat est une preuve convaincante que la quantification covariante de la relativité générale par spinfoam possède la limite classique correcte ».Voir aussi: Lorentzian spinfoam propagator [https://arxiv.org/pdf/1109.6538.pdf] par Eugenio Bianchi , Vous Ding.Voir aussi: Amplitudes de mousse de spin lorentzienne: calcul graphique et asymptotique   [https://arxiv.org/pdf/0907.2440.pdfpar John W. Barrett , Richard J. Dowdall , Winston J. Fairbairn , Frank Hellmann , Roberto Pereira.Voir aussi: Sur la limite semi-classique des modèles en mousse de spin 4d   [https://arxiv.org/pdf/0809.2280.pdf] par Florian Conrady , Laurent Freidel.Voir aussi: La relativité générale comme équation d’état de la mousse de spin [https://arxiv.org/pdf/1205.5529v1.pdf] par Lee Smolin: « En me basant sur les récents résultats significatifs de Ernesto FroddenJewel Kumar Ghosh et Alejandro Perez (« FGP ») et Eugenio Bianchi, je présente une version quantique de l’argument de Jacobson selon lequel les équations d’Einstein apparaissent comme l’équation d’état d’un système gravitationnel quantique. Je donne trois critères qu’une théorie quantique de la gravité doit satisfaire si elle veut que l’argument de Jacobson soit exécuté. Je montre ensuite que les résultats de FGP et de Bianchi prouvent que la gravitation quantique en boucle satisfait à deux de ces critères et soutiennent que le troisième devrait également être satisfait en gravimétrie quantique en boucle. Je montre également que l’énergie définie par « FGP » est l’énergie canonique associée au terme limite de l’action de Holst« .

     3-3) Continuons, toujours avec Lee Smolin, en ajoutant la matière.

A cette image des graphes de la géométrie quantique, on peut ajouter la matière. Il faut opérer de le même manière qu’u chapitre 3-2 où l‘espace est décrit comme un réseau dynamique de relations. Maintenant, c’est le réseau qui change. On peut placer des particules sur les nœud ou sur des sommets. vues de loin, alors qu’on ne voit le graphe et les nœud, mais la géométrie « lisse » dont ils sont une approximation, les particules se déplacent en sautant de nœud en nœud et semblent voyager à travers l’espace. La gravitation quantique à boucles nous invite t-elle à imaginer que ce qui se passe réellement lorsque nous lançons une balle, ce sont les sauts que font les atomes de la balle d’atome d’espace en atome d’espace? 

Cependant, la description montrant la relativité générale émergeant de la LQG présente quelques limitations. Parfois, elle est limitée à une petite région d’espace-temps entourée par une frontière. Cela veut dire que la LQG est mieux conçue comme une description d’une petite région d’espace-temps et que, de ce fait elle est bien en accord avec le paradigme  newtonien. Cela représente t-il une réelle limitation? Lee Smolin ne le précise pas ici. Mais il écrit que des résultats en théorie des cordes suggèrent que l’espace-temps peut émerger dans une région bornée de l’espace, au moins lorsque la constante cosmologique prend une valeur négative. Cela arrive dans le contexte de la dualité entre la relativité générale et la théorie élaborée par Juan Maldacena, qui a été évoquée dans mon article la renaissance du temps chapitre 14 (chapitre 2-3-2: la dualité et la redécouverte du temps). C’est la conjecture de Maldacena [https://arxiv.org/pdf/hep-th/9902131.pdf]. On lit dans le blog de Jean-Pierre Luminet, « qu’une théorie de jauge  4D (Stanley Mandelstam

démontra également que la théorie de jauge supersymétrique 4d  N=4 est preuve que cette théorie est invariante d’échelle pour tout ordre de théorie de perturbation, premier exemple d’une théorie des champs où tous les infinis des diagramme de Feynman s’annulent) est une théorie des champs conforme (CFT), à savoir une variété particulière de théorie quantique des champs admettant comme groupe de symétrie le groupe conforme, lequel caractérise une invariance d’échelle. La conjecture de Maldacena a donc été rebaptisée « correspondance AdS/CFT », ou encore « dualité jauge/gravité ».

[A propos de la symétrie conforme: En physique des hautes énergies plusieurs théories possèdent la symétrie conforme. La théorie de Yang-Mills supersymétrique N=4. La théorie des champs vivant sur la surface d’univers des cordes dans le cadre de la théorie des cordes. A voir: la Transformation conforme et le diagramme de penrose].

Si la conjecture est correcte, (de nombreux résultats vont dans ce sens), alors l’espace-temps classique peut émerger à l’intérieur d’une région dont la frontière possède une géométrie fixe. Ainsi, la gravitation quantique à boucles, aussi bien que le théorie des cordes, suggèrent que la gravitation quantique peut être comprise comme décrivant des régions de l’espace-temps avec des frontières, ce qui est en accord avec le paradigme  newtonien. Il faut savoir que ces résultats sont obtenus dans le contexte de « la physique dans une boite » 

Faisons une digression pour approfondir cette expression « faire la physique dans une boite ». Dans mon article 2 nous avons vu au chapitre 2): Quelle est la différence entre la cosmologie et des expériences en laboratoire?: « D’ordinaire, en faisant « de la physique dans une boite », en contrôlant les conditions initiales de l’expérience, nous pouvons par la même occasion tester les hypothèses concernant les lois. Mais en cosmologie, il faut tester simultanément les hypothèses sur les lois et les conditions initiales, ce qui affaiblit l’efficacité de chaque test ». Et au chapitre 4) nous avons donné en conclusion de cet article que pour Lee Smolin, la seule manière d’échapper aux problèmes, dilemmes et paradoxes qui se présentent devant la physique actuelle, c’est d’adopter une méthodologie qui va au-delà du paradigme newtonien, c’est à dire chercher un nouveau paradigme applicable à la physique à l’échelle de l’univers. Sinon, on se place face au risque que la physique finisse dans l’irrationalité et le mysticisme.On l’a vu, l’application d’une loi à n’importe quel morceau de l’univers implique une approximation parce que c’est faire de la physique dans une boite, et il faut alors négliger toutes les interactions entre ce morceau et le reste de l’univers. Donc, les applications vérifiables d’une loi de la nature sont toutes des approximations et si on veut appliquer une loi sans approximation, c’est à l’univers entier qu’il faudrait l’appliquer. Mais il n’existe qu’un univers, ce qui signifie qu’appliquer une loi particulière à un cas unique et cela ne peut apporter suffisamment d’indices pour affirmer qu’une loi particulière s’y applique. Lee Smolin suggère d’appeler ceci le dilemme cosmologique. Rien dans la chair des théories existantes ne peut nourrir une théorie vraiment fondamentale affirme t-il avec force. Ce partage du monde en ses composantes dynamiques et un fond qui « le cerne » est comme on vient de la voir la caractéristique géniale du paradigme newtonien. C’est elle qui a contribué au succès fulgurants des modèles scientifiques relativiste et quantique. Mais c’est paradoxalement ce qui rend ce paradigme inapplicable dans sa globalité. En effet, il ne peut pas exister de composante statique car tout dans l’univers change et il n’existe aucun extérieur, rien par rapport à quoi les mouvements du reste puissent être mesurés si l’univers est ce qui contient TOUT. Surmonter cet obstacle est ce que Lee Smolin appelle le défi cosmologique. Mais comment surmonter cet obstacle et relever le défi? Nous devons formuler une théorie nouvelle, que nous pourrons appliquer de façon consistante (sans incohérence) à TOUT l’univers.

C’est pour cela que Lee Smolin dit que ces résultats les plus solides de la gravitation quantique à boucles et de la théorie des cordes, qui sont obtenus dans le contexte de « la physique dans une boite », le sont sans aborder la question de savoir si cette description peut être étendue ou non à une théorie de l’univers fermé dans sa totalité. 


      3-4) Localité et non-localité.

Examinons maintenant une autre hypothèse de la gravitation quantique à boucles sur l’émergence de l’espace-temps, que Lee Smolin explicite ainsi: « Les graphes décrivant la géométrie quantique de l’espace sont limités à ceux qui ressemblent déjà à une image discrète de basse dimensionnalité« . On peut le traduire par: « le dual d’une triangulation est une 3-variété« .  Voir dans « De la gravitation quantique à boucles« , l’encadré 1 intitulé « les réseaux de spins« (le graphe bleu dans la figure E1): « L’espace des états de la gravitation quantique à boucle peut être écrit comme limite d’une famille d’espaces d’états associés à des graphes. Pour chaque graphe, l’espace d’états est le même que celui d’une théorie de gauge SU(2) sur réseau : l’espace de Hilbert des fonctions de L éléments de SU(2) associés aux liens, invariantes sous N transformations « de jauge » sur les nœuds. Pour comprendre l’origine de ces graphes, la façon la plus simple est de penser à une discrétisation de l’espace physique en N cellules séparées par L faces. Si on « efface » de l’espace physique les segments de la discrétisation, on obtient une variété M à topologie non triviale. L’espace des états de la gravitation quantique à boucle est la quantification de l’espace des connections SU(2) plates sur M. Le graphe est le dual de la discrétisation On montre que cet espace d’états admet une base, la base des réseaux de spin, labellée par le graphe, un spin j sur chaque lien du graphe, et un tenseur invariant v sous SU(2) sur chaque nœud. Les spins sont les nombres quantiques qui déterminent l’aire de chaque face de la triangulation initiale, et les tenseurs invariants sont les nombres quantiques qui déterminent le volume des cellules. Les deux sont discrets. Un théorème établi par Roger Penrose montre que les états semi-classiques dans un tel espace d’Hilbert admettent une interprétation géométrique, qui associe un polyèdre à chaque nœud, comme dans la figure E2, où il faut penser les petits polyèdres verts (les quanta d’espace) comme collés les uns aux autres, pour « construire » l’espace physique. L’observation la plus importante est que ces états quantiques ne sont pas des états « dans l’espace », mais des états « de » l’espace« .

Fig 3-3 n°1 Etiquettes et liens entre noeuds, source  astrosurf.com/luxorion/gravite-quantique-boucles-lqg2.htm
Fig 3-3 N° 2 astrosurf.com/luxorion/gravite-quantique-boucles-lqg2.htm

Dans ce cas, on saisit la localité de l’espace en connectant chaque sommet (ou nœud) à un petit nombre nombre d’autres sommets seulement. C’est comme dans un voisinage où on n’a que peu de voisins proches. Pour qu’une particule ou un quantum transportant de l’information se déplace sur une grande distance, elle doit faire de nombreux sauts et « cela prend du temps ». C’est ainsi qu’émerge la description du monde avec la vitesse de la lumière finie. 

Cependant de nombreuses descriptions de la géométrie quantique montrent des graphes où chaque nœud est connecté à tous les autres en seulement quelques mailles. Par exemple les nœuds M et S (très?) distants l’un de l’autre peuvent être directement connectés. C’est une géométrie quantique où M et S sont voisins. C’est comme s’ils avaient acheté un téléphone portable: l’espace qui les sépare a disparu. Lee Smolin pense que la localité émerge du « design » particulier de la géométrie quantique, qui le reproduit. Et la géométrie quantique peut ressembler, aux grandes échelles, à une géométrie classique si chacun des nœuds qui la compose est connecté seulement à quelques voisins proches comme ce que l’on vient de voir dans le cas de la localité de l’espace (il y a peut-être 10180 nœuds à l’intérieur de notre Univers observable soit un nœud par cube-planck). Dans ce cas, il y a le même nombre d’arêtes que de nœuds, parce que chaque nœud est connecté à seulement quelques voisins. Mais, en ajoutant seulement une ou quelques arêtes au nombre gigantesque des 10180 arêtes composant la géométrie quantique, nous dérogeons au principe de localité de l’espace. Et dans ce cas, nous autorisons les points M et S à communiquer instantanément. Cela s’appelle « désordonner la localité » et la ou les arêtes ainsi ainsi ajoutées s’appellent « liens non-locaux ». Voir: « Disordered locality » dans les états de gravité quantique à boucles par Fotini Markopoulou et Lee Smolin

Il est facile de désordonner la localité en ajoutant juste un lien non local. Il serait un parmi les 10180 arêtes dans l’univers observable mais il y a 1018010180/210180/2 soit 10360

endroits possibles pour insérer ce lien non local. Si on ajoute un lien au hasard dans un graphe contenant 10180 nœuds, il y a beaucoup de chances qu’il soit non-local plutôt que local. car le nombre de manières d’ajouter un lien non-local est beaucoup plus grand que celui de l’ajouter localement. Si on veut fabriquer une connexion locale, le nœud est relié à un petit nombre d’autres nœuds. Mais si on « se moque de la localité », l’autre extrémité peut se brancher à n’importe quel nœud de l’univers. On voit ainsi en quoi la localité est une énorme contrainte. 
Mais comme c’est celle qu’on constate dans la vie courante, on peut se demander combien de liens non-locaux peuvent être ajoutés à la géométrie quantique de l’espace avant que cela se remarque dans le monde macroscopique. Du fait que les particules ont des longueurs d’onde quantiques 
( \mathbf{ \lambda =  { h\over\ p} } ) plus grandes que la longueur de Planck (1,616 10−35 m) par de nombreux ordres de grandeur, la probabilité qu’un photon de lumière visible se trouve à l’extrémité d’un lien non-local (ce qui lui permettrait de sauter directement de S vers M dans notre exemple ci-dessus), est très faible. Des estimations suggèrent, c’est ce que dit Lee Smolin, qu’il faudrait ajouter au moins de l’ordre de 10100 liens non-locaux avant qu’on puisse détecter des communications plus rapides que la lumière. C’est un nombre énorme, mais loin de d’approcher les 10180 nœuds de l’univers observable qui ont été évoqués précédemment. Mais malgré tout, il semblerait que les nœuds reliés non-localement à des endroits à l’autre bout de l’univers pourraient être relativement communs. Il y en aurait en moyenne plus d’un par nanomètre cube d’espace.

Dès que des liens non-locaux sont autorisés, il existe de nombreuses façons de désordonner la réalité. Par exemple, quelques nœuds reliés à de très nombreux autres nœuds, qu’on pourrait qualifier de très sociaux, fonctionneraient comme certains font du commérage dans les réseaux sociaux, véhiculant beaucoup d’informations à travers l’univers, faisant ainsi office de court-circuit. 

     3-4) Quelques hypothèses sur la non-localité.

     -Une première idée est que l’intrication quantique et d’autres manifestations de la non-localité quantique sont des exemples de localité désordonnée. Peut-être dit Lee Smolin, tout est-il potentiellement connecté au tout et le niveau fondamental de description, dans lequel il n’y a pas d’espace, est-il juste un réseau d’interactions? Ce serait peut-être la théorie (à variables cachées dont Lee Smolin a plaidé l’existence au chapitre 14 de « la renaissance du temps » (voir mon article 73) Conclusion: le temps vient d’être redécouvert: La notion globale de temps que nous venons de voir implique qu’en chaque événement il existe un observateur privilégié dont l’horloge mesure la passage du temps. Mais il n’y a aucun moyen de le choisir par une mesure qu’on pourrait faire dans une petite région, ce qui confirme le principe de relativité à des échelles plus petites que celle l’univers. Ce choix d’un temps global particulier est déterminé par la façon dont est distribuée la matière dans l’univers. La dynamique des formes et la dualité avec la correspondance ADS/CFT constituent donc « un pont » entre le principe de relativité et le temps global qu’exigent les théories telles que celle à laquelle aspire Lee Smolin avec des lois évolutives ou celles qui expliquent les phénomènes quantiques au moyen de variables cachées. 

Il y a une grandeur par contre qui n’a pas le droit de changer lorsqu’on agrandit ou qu’on rapetisse les échelles, c’est le volume de l’univers à chaque instant, même s’in évolue au cours du temps. Ceci donne donc un sens à la taille totale de l’univers et à son expansion et nous fournit une horloge physique universelle. LE TEMPS VIENT D’ÊTRE REDECOUVERT). 

 Si c’est le cas, alors la théorie quantique et l’espace émergeraient ensemble.

[Voir à ce sujet le programme de recherche sur lequel a travaillé Lee Smolin: 

*La théorie quantique à partir de la gravité quantique (https://arxiv.org/pdf/gr-qc/0311059.pdfpar Fotini Markopoulou et Lee Smolin.

*Extremal variety as the foundation of a cosmological quantum theory   (https://arxiv.org/pdf/hep-th/9203041.pdf) par Julian Barbour et Lee Smolin*Modèles de matrice en tant que théories de variables cachées non locales    (https://arxiv.org/pdf/hep-th/0201031.pdf) par Lee Smolin

Fluctuations quantiques et inertie par Lee Smolin; Voir Fluctuations quantiques et inertie (https://arxiv.org/pdf/quant-ph/9506006.pdf) par Marc-Thierry Jaekel et Serge Reynaud 

*Stochastic mechanics, hidden variables, and gravity par Lee Smolin

     -Une autre hypothèse peut-être que les liens non-locaux expliquent la mystérieuse énergie noire dont on pense qu’elle peut-être la cause de l’accélération de l’expansion de notre univers

          *Cette énergie noire ou énergie sombre, peut-être une notion directement reliée à la constante cosmologique, qui apparaît dans le second membre de l’équation d’Einstein « modifiée » : G_{{\alpha \beta }}=8\pi T_{{\alpha \beta }}+\Lambda g_{{\alpha \beta }}. »Du point de vue de la physique des particules, la constante cosmologique apparaît comme la densité d’énergie du vide. Or, les calculs de cette densité d’énergie à l’aide du modèle standard donne une valeur gigantesque de l’ordre de {\displaystyle \rho _{vide}=10^{74}GeV^{4}}alors que la valeur attendue de la constante cosmologique est extrêmement faible, de l’ordre de {\displaystyle \rho _{\Lambda }=10^{-47}GeV^{4}} […] Cette différence de plus de 120 ordres de grandeur entre la valeur théorique et mesurée n’est pas comprise. Il n’existe aucune explication ou théorie physique des champs donnant une valeur faible et non nulle pour l’énergie du vide ». Futura-science.com nous dit aussi que « cette énergie semble émerger naturellement des fluctuations quantique des champs de forces et de matière (comme ceux de l’électron ou des neutrinos), quand ils sont décrits en appliquant la mécanique quantique. Ces fluctuations sont gouvernées par les inégalités de Heisenberg, qui conduisent à l’existence des états de plus basses énergies pour ces champs, et donc finalement à celui du vide quantique ». Le site continue: « Supposons que l’accélération soit bien un effet de l’énergie du vide quantique. Cela implique quand même que quelque chose cloche dans la façon dont nous calculons l’énergie de ce vide quantique dans le cadre du Modèle standard. Le problème pourrait se situer plus spécifiquement au niveau d’une théorie quantique de la gravitation mais, malgré des tentatives ingénieuses, comme la théorie des supercordes ou la gravitation quantique à boucles, force est de constater que nous ne disposons pas encore d’une telle théorie. Futura-sciences.com poursuit en évoquant un article écrit par 3 chercheurs qui n’ont donc pas été découragés (Qingdi WangZhen Zhu et William G. Unruh): Comment l’énorme énergie du vide quantique incite-t-elle à accélérer la lente expansion de l’Univers?

Selon Futura-sciences.com, « les trois chercheurs sont partis d’une constatation simple. En première approximation, la densité d’énergie du vide quantique que l’on calcule ne représente qu’un état moyen, une valeur qui est constante dans l’espace et dans le temps. Mais les fluctuations autour de cette moyenne sont très grandes, comme viennent de l’établir les trois physiciens. Il semble que l’on puisse alors montrer que ces fluctuations se produisant sur des distances beaucoup plus petites qu’un proton font fluctuer de façon très inhomogène la géométrie de l’espace-temps. De sorte que d’une toute petite région à une autre, celui-ci entre en expansion ou au contraire se contracte, tout cela variant aussi dans le temps. Magiquement, dans une moyenne de ce phénomène à plus grandes échelles, les fluctuations spatiales de la géométrie et de l’énergie du vide quantique au niveau microscopique se compensent avec celles qui donnent l’énergie de base du vide quantique. La valeur à l’échelle macroscopique devient compatible avec celle que l’on observe ». Mais reste à voir ce que va dire la communauté scientifique?
*La localité désordonnée comme explication de l’énergie noire par 
Chanda Prescod-Weinstein et Lee Smolin. Pour Lee Smolin cette hypothèse où les liens non-locaux expliquent cette mystérieuse énergie noire qui cause l’augmentation du rythme d’expansion de notre univers est seulement doucement dingue.
Une hypothèse encor
e plus hardie (mais moins plausible), serait qu’ils puissent expliquer la matière noire. C’est une forme hypothétique de matière qui n’émet aucune lumière mais qui est nécessaire pour expliquer les rotations de galaxies sur la base des lois de Newton. « Différentes hypothèses sont explorées sur sa composition: gaz moléculaire, étoiles mortes, naines brunes en grand nombre, trous noirs, etc. Cependant, les estimations de la densité de l’Univers et du nombre d’atomes impliquent une nature non baryonique. Des astrophysiciens supposent d’autres particules, peut-être des superpartenaires tels que le neutralino, regroupées sous le nom générique de « WIMP ». La matière noire aurait pourtant une abondance au moins cinq fois plus importante que la matière baryonique, pour constituer environ 27 % de la densité d’énergie totale de l’Univers observable, selon les modèles de formation et d’évolution des galaxies, ainsi que les modèles cosmologique« . 

Une hypothèse encore plus folle serait que les particules chargées ne seraient rien d’autre que les extrémités de liens non-locaux (voir fermions et topologie par Lee Smolin): « La théorie canonique de la gravité quantique dans la représentation de boucle peut être étendue pour incorporer un changement de topologie, dans le cas simple qui fait référence à la création ou à l’annihilation de « trous de ver minimalistes » dans lesquels deux points de la variété spatiale sont identifiés […]. 

Cela rappelle une vieille idée citée dans futura-sciences.com: un « […] mécanisme de régularisation similaire à celui déjà esquissé par John Wheeler dans les années 1950/60 avec la structure en écume de l’espace-temps. Des trous de vers et des trous noirs apparaissant et disparaissant sans cesse à l’échelle de Planck rendent l’espace-temps turbulent et topologiquement compliqué. Ils introduisaient ainsi une nouvelle contribution à l’énergie du vide en se comportant un peu comme celles de nouvelles particules s’attirant mutuellement. Wheeler pensait que l’énergie potentielle d’interaction résultante pouvait peut-être contrebalancer celle du vide quantique calculé de façon naïve ». Les Trous de ver sont d’hypothétiques tunnels qui relient deux feuillets distincts ou deux régions distinctes très éloignées de l’espace-temps et se manifestent, d’un côté, comme un trou noir et, de l’autre côté, comme un trou blanc. Un trou de ver formerait un raccourci à travers l’espace-temps. Les lignes de champ d’un champ électrique se terminent sur des particules chargées comme on le voit sur la Fig 3-4 N°2 ci-dessous. Mais elles semblent aussi apparaître, pense-t-on à l’extrémité de trous de ver où elles sautent à travers le tunnel et ressortent à l’autre bout comme on peut le représenter dans la Fig 3-4 N°2. Une extrémité agirait comme une particule avec une charge positive, l’autre comme une particule de charge négative. Selon cette « hypothèse encore plus folle », un lien non-local pourrait faire la même chose. Il piégerait une ligne de champ électrique et ressemblerait à une particule et à une antiparticule éloignée.

Fig 3-4 N°1 futura-sciences.com/sciences/dossiers/physique-singularitestrou-ver-voyage-spatiotemporel-614/page/4/
Fig 3-4 N°2: https://fr.wikipedia.org/wiki/Champ_%C3%A9lectrique

Voir à ce sujet le dossier de futura-sciences. com intitulé: Le pont d’Einstein-Rosen et les trous de ver de Wheeler-Misner

     3-5) Que se passe-t-il s’il y a trop de connexions non-locales: le « problème inverse ».
S’il y a trop de connexions locales, il y a des difficultés à faire émerger l’espace.En effet, il est facile d’approcher une surface bidimensionnelle lisse par un réseau de triangles, comme la triangulation de Delaunay. C’est ce fit 
Richard Buckminster Fuller lorsqu’il inventa le dôme géodésique. Voir Fig 3-5 ci-dessous.

Fig 3-5 N°1https://fr.wikipedia.org/wiki/Biosph%C3%A8re_(Montr%C3%A9al)

Une autre méthode est celle des triangulations implicites par contour dual.

Mais considérons le problème inverse. Essayons, à partir d’un grand nombres de triangles, de construire une structure, simplement en en les collant ensemble, bord à bord, sans aucune autre directive que de d’assembler au hasard la surface à partir des triangles. Il est extrêmement improbable que nous obtenions une sphère ou un surface lisse. Il est plus probable que le résultat soit une surface « démente » du genre de celles que Lee Smolin présente dans son livre en page 202 ou celle de la carte brownienne, limite continue des grandes cartes planaires aléatoires représentée sur la Fig 3-5 ci-dessous.

Fig 3-5 N°2

Mais les résultats montrent que la relativité générale peut émerger de la gravitation quantique à boucles, échappant ainsi à ce problème inverse. C’est parce qu’ils sont basés sur un choix particulier de graphes qui peuvent construits par triangulation de l’espace. C’est déjà un résultat impressionnant, mais cela ne dit pas encore comment décrire l’évolution de graphes qui posséderaient de nombreuses connexions non-locales. Cela montre à quel point la localité de l’espace est particulière et contraignante. Le fait que chaque atome d’espace n’ait que quelques voisins immédiats doit être « forcé » parce que cela ne se produit pas si on les laisse s’assembler de manière aléatoire. Si l’espace émerge d’une structure quantique, il doit y avoir une force ou un principe qui les guide dans leur assemblage d’une façon qui limite les arrangements possibles au arrangements qui « ressemblent » à de l’espace qu’on connait. 

La question soulevée par le « problème de inverse » touche aussi d’autres approches de la gravitation quantique l’idée que l’espace ou l’espace-temps possède l’équivalent d’une structure atomique. C’est le cas des approches comme la théorie des ensemble causaux, de la théorie des cordes à modèle de matrice et de la triangulation dynamique. Cette question, rappelons-le est: pourquoi le monde ressemble-t-il à l’espace tridimensionnel que nous connaissons plutôt qu’à un réseau hautement interconnecté. 

     3-6) Retour sur le voisinage, les réseaux et l’origine de l’espace.

Pour apprécier la difficulté, Lee Smolin nous propose d’imaginer que nous vivons dans le réseau des utilisateurs de téléphone portable. L’espace n’y existe pas et la seule notion de distance et de voisinage est provient de qui appelle qui. Si je vous parle à au moins une fois par jour,  on peut considérer que sous sommes plus proches voisins. Moins j’appelle une personne, plus j’en suis éloigné. Cette notion de distance est bien éloigné de celle que nous « ressentons » dans notre monde ordinaire, dans un espace où tout le monde a le même nombre de voisins, c’est à dire, contrairement à un réseau de téléphones portables, pas plus de six dans les trois dimensions (gauche, droite, devant, derrière, au-dessus, au-dessous).
Dans un réseau de portables, on est libre d’être aussi proche ou éloigné d’un autre utilisateur qu’on le souhaite, et il faut une quantité bien plus grande d’information pour spécifier comment il est organisé que de spécifier comment sont disposés les objets dans un espace bi- ou tri-dimensionnel. pour spécifier la connexion des environ 5 milliards d’utilisateurs du téléphone, on a besoin d’un bit d’information distinct pour chaque paire potentielle d’utilisateurs, soit de l’ordre du carré de 5 milliards (2,5 10
19). Mais pour spécifier l’emplacement de chaque utilisateur à la surface de la Terre, on a seulement besoin de deux nombres, sa longitude et sa latitude, soit seulement 10 milliards de nombres (2X109). Donc, si notre espace ordinaire émerge de l’extinction de dont les liens non-locaux que nous avons évoqués, alors un nombre connexions potentielles doivent être éteintes. 
Mais comment ces connexions sont-elles éteintes? On peut supposer que qu’il faut de l’énergie pour créer et maintenir des connexions au sein d’un réseau. Cependant cela demande beaucoup moins d’énergie de créer un réseau bi- ou tri-dimensionnel comme celui vu au Chapitre 3, Fig 3-1 que de créer des réseaux de plus grande dimensionnalité. Cela suggère que l’univers primordial étant très chaud et énergétique; toutes les connexions actives pouvaient être maintenues. Ainsi, tout était connecté avec tout, dans une extrême proximité. Puis, lorsque l’univers se refroidit, des connexions commencèrent à s’interrompre jusqu’à ne restent que les « quelques » connexions nécessaires à la réalisation d’un réseau tridimensionnel. Cela expliquerait l’émergence de notre espace quotidien que certains collègues de Lee Smolin appellent Big Freeze
 plutôt que Big Bang (par analogie avec le Big Freeze décrit pour une fin de l’univers). Ce processus a aussi été appelé « géométrogenèse » Il est décrit dans « Conserved Quantities in Background Independent Theories«  par Fotini Markopoulou Kalamara: « Nous discutons des difficultés que rencontrent les théories indépendantes de fond basées sur la géométrie quantique pour dériver la relativité générale en tant que limite de basse énergie. Nous suivons un scénario de géométrogenèse d’une phase de transition d’une théorie pré-géométrique à une phase géométrique suggérant qu’un premier pas vers la limite de basse énergie consiste à rechercher les excitations collectives efficaces qui la caractériseront. En utilisant la correspondance entre la théorie indépendante du fond pré-géométrique et un processeur d’informations quantiques, nous sommes en mesure d’utiliser la méthode des sous-systèmes sans bruit pour extraire de telles excitations collectives cohérentes. Nous illustrons cela dans le cas de graphiques en évolution locale » [https://arxiv.org/pdf/gr-qc/0703027.pdf: voir le chapitre 4] .

Pour Lee Smolin, la géométrogenèse peut expliquer certains faits énigmatiques concernant les conditions initiales de l’univers. Pourquoi le fonds diffus cosmologique CMB vient au-devant de nous dans toutes les directions avec la même température et le même spectre de fluctuation? Smolin répond: « c’est parce qu’initialement l’univers  était un système hautement interconnecté. La géométrogenèse nous offre ainsi une alternative à l’hypothèse que l‘univers aurait subi une inflation colossale au début de son existence ».
La raison pour laquelle le BIG Freeze devrait aboutir à une structure régulière, comme le réseau bidimensionnel mentionné au chapitre 3 (Fig 3-1), plutôt qu’à une structure plus chaotique.

Elle fait actuellement l’objet de recherches citées dans la note 20 page 318 du livre de Lee Smolin:

Localité désordonnée et relations de dispersion de Lorentz: un modèle explicite de la mousse quantique [https://arxiv.org/pdf/1201.3206.pdfpar Francesco Caravelli , Fotini Markopoulou: « En utilisant la structure de Quantum Graphity, nous construisons un modèle explicite d’une mousse quantique, un espace-temps quantique avec des liens spatiaux non locaux. Les états dépendent de deux paramètres: la taille minimale du lien et leur densité par rapport à cette longueur. L’invariance macroscopique de Lorentz nécessite que la superposition quantique d’espaces-temps soit supprimée par la longueur de ces liens non locaux ». 

Propriétés de la graphité quantique à basse température par Francesco Caravelli , Fotini Markopoulou [https://arxiv.org/pdf/1008.1340.pdf] (Graphité quantique: voir  http://chaours.rv.pagesperso-orange.fr/physique/Quant/qgrav.htm)   

Surfaces piégées et espaces courbes émergents dans le modèle de Bose-Hubbard par Francesco Caravelli , Alioscia Hamma , Fotini Markopoulou , Arnau Riera: [https://arxiv.org/pdf/1108.2013.pdf] « Un modèle de Bose-Hubbard sur un réseau dynamique a été introduit dans des travaux antérieurs en tant qu’analogue du système de spin de la géométrie et de la gravité émergentes. Les graphiques présentant des régions de haute connectivité dans le réseau ont été identifiés comme analogues candidats des géométries espace-temps contenant des surfaces piégées. Nous réalisons une étude détaillée de ces systèmes et montrons explicitement que les sous-graphes hautement connectés piègent la matière ». 

L’espace comme régime de graphes à basse température par Florian Conrady: « Je définis un modèle statistique de graphes dans lequel des espaces bidimensionnels apparaissent à basse température. Les configurations sont données par des graphes avec un nombre d’arêtes fixe et l’hamiltonien est une simple fonction locale des graphes. Les simulations montrent qu’il existe une transition entre un régime à basse température dans lequel les graphiques forment des triangulations de surfaces bidimensionnelles et un régime à haute température dans lequel les surfaces disparaissent ».

Holographie et invariance d’échelle des fluctuations de densité par Joao Magueijo , Lee Smolin , Carlo R. Contaldi[https://arxiv.org/pdf/astro-ph/0611695.pdf]: « Nous étudions un scénario pour l’univers très précoce dans lequel il existe une transition rapide de phase non géométrique à haute température à une phase géométrique à basse température décrite par une solution classique aux équations d’Einstein. Malgré l’absence d’une métrique classique, la thermodynamique de la phase à haute température peut être décrite en utilisant le principe holographique. Le spectre thermique des fluctuations de la phase à haute température se manifeste après la transition de phase sous forme de spectre de fluctuations invariant par l’échelle« .

 3-7) Résoudre le problème inverse (voir le chapitre 3-5) apprend deux leçons au sujet de la nature du temps.

-La première concerne le temps. L’espace a plus de chances d’émerger dans les modèles d’univers quantique qui supposent l’existence d’une variable temps global. On en trouve l’illustration des les modèles de triangulation dynamique que nous avons vues au chapitre2:  [Rappel: Une triangulation est une surface construite en assemblant de nombreux triangles comme dans un dôme géodésique. Une théorie dite en anglais causal dynamical triangulation (CDT) est, selon médiapart.fr, « parmi des théories plus abordables que la LQG  (voir dans le site Médiapart le chapitre la « causal dynamical triangulation »). […] Selon celle-ci, l’univers serait composé d’unités d’espace-temps s’organisant en pyramides de base triangulaire (comme sur la fig 2-2 et 2-3) voir introduction aux triangulations dynamiques causales].

Un espace courbe à 3 dimensions peut être construit ainsi, en jouxtant des tétraèdres, l’équivalent de triangles en 3 dimensions. Un modèle de triangulation dynamique les utilise comme atomes d’espace. Une géométrie quantique est alors décrite non par un graphe, comme en graphité quantiquemais par un arrangement de tétraèdres collés face contre face. Il est à noter que les graphes et les triangulations sont étroitement liés. En effet, étant donnée une triangulation, on peut fabriquer un graphe dans lequel les nœuds représentent les tétraèdres et 2 nœuds sont connectés par un bord si les tétraèdres correspondants sont jointifs à une face. selon Lee Smolin, « une telle configuration d’espace évolue dans le temps pour construire une version discrète triangulée dans un espace-temps à 4 dimensions ». On a vu au chapitre 2 que « la façon dont ces pyramides triangulaires s’assemblent entre elles génère une dynamique conférant à notre espace-temps la courbure que la relativité générale attribue à la présence de masse et d’énergie. Ce sont évidemment des simulations mathématiques, et non l’observation, qui donnent naissance à ces descriptions. Ces simulations sont en compétition et, de temps à autres, la plus convaincante réussit à s’imposer […] ».

Il existe deux sortes d’approches de triangulation dynamique.

     -Celle où ce qui va émerger est un espace-temps constitué d’atomes, comme celui de la vision de l’univers-bloc de la relativité générale 

     -Celle où on suppose une notion de temps universel (« Il est temps que la physique reconnaisse que le temps est réel. » et où ce n’est plus l’espace, mais le temps qui émerge. 

Mais les deux constructions sont similaires et un espace-temps cohérent émerge seulement dans les modèles où le temps est supposé réel. Dans les autres modèles, ceux dépourvus de temps global croulent sous une multitude de géométries qui ont été qualifiées de démentes au chapitre 3-5 (Fig 3-5 N°2) et qui ne ressemblent en rien à de l’espace. Les modèles qui résolvent le problème inverse sont les triangulations dynamiques causales inventées par Renate Loll , Jan Ambjørn et Jerzy Jurkiewicz et popularisée par Fotini Markopoulou et Lee Smolin.  Ils sont les premiers exemples d’univers quantiques à ressembler, aux grandes échelles aux solutions de la relativité générale et qui doivent se dilater de le façon qu’exigent les équations au cours du temps. Un autre défi est de savoir s’ils savent reproduire des phénomènes que les ondes gravitationnels ou les trous noirs et comprendre ce que deviendra la notion de temps global contenu dans les équations. Est-ce le temps réel attendu par Lee Smolin?  Une autre question est ancienne revient à se demander si la notion de temps global transgresse le principe de symétrie de la relativité générale du temps ramifié (voir la page 69 du livre « la renaissance du temps » (Fig 6-3): Dans la notion usuelle du temps, celui-ci file partout au même rythme; de sorte que les surfaces de temps égal sont uniformément espacées, vers le futur. En relativité générale, le temps peut être mesuré en chaque point par une horloge différente, chacune pulsant de façon arbitraire et indépendamment des autres. On dit que la liberté du temps est ramifiée (« many fringed »). Cela revient à se demander si la relativité générale est, ou peut être retrouvée à travers la dynamique des formes (vue par Bernard Dugué) qui, comme on l’a vu dans article 7  au chapitre 2-3) est une théorie du temps global équivalente à la relativité générale: 

-La deuxième leçon du fait que l’espace soit émergent, est qu’alors il ne peut y avoir de relativité de la simultanéité au niveau le plus profond, car tout est connecté avec tout et alors le temps doit être global (cf encore l’article 7). En effet, on peut envoyer un signal entre nœuds éloignés en seulement 1 ou 2 étapes et il n’y a aucune difficulté à synchroniser le temps. 

4) Conclusion.

Cela est illustré par les résultats des modèles de graphité quantique, 

 [https://arxiv.org/pdf/0801.0861.pdf en format .pdf (voir aussi la vidéo)]. On se trouve ici avec un graphe à grand nombre de nœuds dont n’importe quelle paire est reliée à n’importe quelle paire ou… ne l’est pas. Les géométries quantiques incluent tous les graphes, qui interconnectent tous les nœuds. Plusieurs modèles ont été étudiés en leur supposant des lois qui permettent de mettre les arêtes sur « ON » ou sur « OFF ». Ces modèles ont fait apparaître 2 phases analogues aux phases de l’eau. Dans la phase haute température, presque toutes les arêtes sont activées et chaque nœud est étroitement connecté à tout autre nœud en très peu d’étapes. Il n’y a pas de localité parce que l’information est peut sauter rapidement et facilement entre n’importe quelle parties des nœuds. Dans cette phase il n’y a pas d’espace ni rien qui lui ressemble. Mais si on refroidit le modèle, on assiste à une transition vers une phase gelée où presque toutes les arêtes sont éteintes. Chaque  nœud  n’a qu’un petit nombre de plus proches voisins, comme dans un espace de faible dimensionnalité. Il faut de nombreux sauts pour relier des nœud qui sont alors éloignés. 

On peut aussi mettre de la matière dans un modèle de graphité quantique. Les particules y vivent sur des nœuds et peuvent sauter d’un nœud à l’autre, à la condition que l’arête correspondante soir activée. Cette dynamique peut être comparée au principe d’action réciproque de la relativité générale selon lequel la géométrie dicte à la matière la direction vers laquelle elle doit se déplacer et la matière dit à la géométrie comment elle doit évoluer. Dans ces modèles, on trouve aussi des phénomènes de type gravitationnel, analogues des trous noirs quantiques dans lesquels des particules peuvent être piégées et s’évaporent à la manière du processus décrit par S. Hawking.

Ces modèles doivent être encore travaillés pour savoir s’ils sont réalistes, mais estime Lee Smolin, ils montrent déjà que si tout est relié à tout, alors il doit y avoir un temps global. On sait qu’en relativité restreinte il est impossible de déterminer si des événements distants sont simultanés car la vitesse de la lumière impose une limite supérieurs à la transmission des signaux. On ne peut déterminer la simultanéité que que pour deux événements qui se trouvent au même endroit. La relativité de la simultanéité est uns conséquence de la localité. Mais dans un univers quantique où tout est relié à tout, toute particule est potentiellement « à un pas » de n’importe quelle autre. Tout est « essentiellement » au « même endroit ». C’est ce qui fait qu’il n’y a aucun problème pour synchroniser les horloges et que dans ces univers il existe un temps universel. 


L’espace émerge dans de tels modèles et avec lui émerge la localité ainsi que l’existence d’une vitesse limite pour la transmission des signaux. Cela a été démontré dans les modèles de graphité quantique. Voir par exemple « les limites de Lieb-Robinson et la vitesse de la lumière de l’ordre topologique »  [ https://arxiv.org/pdf/0808.2495.pdf ] par Alioscia HammaFotini MarkopoulouIsabeau Premont-Schwarz et Simone Severini. Dossier: les limites de Lieb-Robinson.

Tant qu’on ne regarde les phénomènes que dans l’espace émergeant sans les sonder à l’échelle des atomes d’espace-temps, lla relativité restreinte semble approximativement vraie. cu qui confirmera ce que Lee Smolin nous apprend dans son livre: « l’espace pourrait bien n’être qu’une illusion, mais le temps doit réel« . 

L’avenir nous dira si toutes ces approches réussissent. Celles qui réussiront le mieux, pense Lee Smolin seront celles qui, « si elles s’accordent avec le paradigme newtonien, nous parleront d’espace-temps quantique dans une boite; et si elles remportent le défi cosmologique, elles nous montreront le chemin vers la réalité du temps ».

liens:     

l’espace chez Merleau Ponty

L’eidétique de l’espace chez Merleau-Ponty

recherche des plus proches voisins

Graphité quantique

https://scholar.google.com/citations?user=Z-EXYCkAAAAJ&hl=en Edgar Witten écrits
https://www.telerama.fr/idees/carlo-rovelli,-physicien-le-present-est-une-notion-locale,-pas-globale
Carlo Rovelli, physicien : “Le présent est une notion locale, pas globale”

https://actualite.housseniawriting.com/science/physique/physique-quantique/2015/11/18/la-source-quantique-de-lespace-temps/10611/: De nombreux physiciens pensent que l’intrication est l’essence de l’étrangeté quantique et certains d’entre eux suggèrent désormais que l’intrication pourrait être aussi la source de la géométrie de l’espace-temps.

http://www.sciences.ch/htmlfr/geometrie/ De manière générale, un graphe permet de représenter la structure, les connexions d’un ensemble complexe en exprimant les relations entre ses éléments: réseau de communication, réseaux routiers, interaction de diverses espèces animales, circuits électriques, …
https://perso.liris.cnrs.fr/samba-ndojh.ndiaye/fichiers/App_ : Quelques rappels sur la théorie des graphes
http://guillemant.net/pdf/ITV_PG_KAIZEN_HS10.pdf: philippe guillemand – l’espace un saut dans le vide? superposition quantique de tous les états possibles?

https://studylibfr.com/doc/3188620/gravitation-quantique: La gravitation quantique, le manuscrit de carlo rovelli

http://www-cosmosaf.iap.fr/gravitation%20quantique.htmGravitation quantique à boucles VS théorie des cordes !

http://chaours.rv.pagesperso-orange.fr/physique/Quant/qgrav.htmLa démarche suivie par les tenants de la gravitation quantique à boucles est complètement différente de celle des cordistes. Elle part de l’hypothèse que la géométrie de l’espace-temps s’identifie au champ gravitationnel. La géométrie peut donc être assimilée à un champ. Or, la physique quantique est une théorie des champs. Que se passe-t-il si on cherche à quantifier le champ représentatif de la géométrie de l’espace-temps ? variables d’ashtekar 
https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/2-la-gravite-quantique-elaboree-178582:

2 La gravité quantique élaborée comme une physique de l’information https://arxiv.org/pdf/gr-qc/ INTRODUCTION TO LOOP QUANTUM GRAVITY AND SPIN FOAMS par ALEJANDRO PEREZ ∗ 

http://www.ens-lyon.fr/DSM/SDMsite/M2/stages_M2/Dupuis.pdf: Mousses de spin en gravit´e quantique https://arxiv.org/pdf/1705.01597.pdf: Testing different approaches to quantum gravity with cosmology: An overview Aurélien Barrau – Among the available quantum gravity proposals, string theory, loop quantum gravity, noncommutative geometry, group field theory, causal sets, asymptotic safety, causal dynamical triangulation (voir VIII. CAUSAL DYNAMICAL TRIANGULATION), emergent gravity are among the best motivated models. https://actualite.housseniawriting.com/science/physique/physique-quantique/2015/11/18/la-source-quantique-de-lespace-temps/10611/De nombreux physiciens pensent que l’intrication est l’essence de l’étrangeté quantique et certains d’entre eux suggèrent désormais que l’intrication pourrait être aussi la source de la géométrie de l’espace-temps.

http://www.philipmaulion.com/2017/05/emergence-pourquoi-les-physiciens-recourent-ils-a-cette-notion.html: Emergence : pourquoi les physiciens recourent-ils à cette notion ?

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http://fabien.besnard.pagesperso-orange.fr/articles/temps.pdfCE QU’EN DISENT LES PHYSICIENS Le temps est devenu un casse-tête pour les physiciens. Il leur pose des problèmes à la fois formels, conceptuels et philosophiques dans des disciplines aussi diversifiées que la mécanique quantique, la thermodynamique et la théorie de la relativité.

http://fabien.besnard.pagesperso-orange.fr/articles/temps.pdf: Temps des philosophes, temps des physiciens, temps des mathématiciens Fabien Besnard 9 juin 2010 Résumé La question de la compatibilité du présentisme et du possibilisme avec la Relativité a fait couler beaucoup d’encre depuis l’argument initialement proposé par Rietdijk et Putnam….

http://ungraindesable.blogspot.com/2013/06/presentisme-et-theorie-de-la-relativite.html: I) Présentisme et théorie de la relatisité

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http://interlivrehypertexte.over-blog.com/2018/04/le-temps-est-une-emotion-carlo-rovelli-l-ordre-du-temps.htm: le mystère du temps est lié à la nature de notre conscience, le temps est une émotion. Notre cerveau enregistre des changements qui se produisent dans le corps et dans sa perspective, et des sentiments (feelings, voire rasa) émergent de cette mise en mouvement cérébrale. Sentiments qui, à leur tour, propulsent toute une culture (A. Damasio, L’ordre étrange des choses,

https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Causalit%C3%A9_(physique): wikipedia, causalité et physique. Voir théories indépendantes du fond.

https://blogs.mediapart.fr/michel-pinault/blog/010318/crise-de-la-culture-scientifique-crise-de-la-scienceCrise de la culture scientifique, crise de « la science »

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http://opportunisme-cognitif.blogspot.com/2010/06/epistemologie-relationnelle-de-la.html: Épistémologie relationnelle de la physique quantique Kant, nouveau sage tibétain de la physique quantique ? par Hicham-Stéphane Afeissa

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/la-bataille-decisive-entre-172128: La «bataille décisive» entre physique quantique et relativité générale a déjà commencé

par Bernard Dugué (son site)

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http://www.neotrouve.com/?p=348: Physique Quantique : entre Science et Conscience
http://guillemant.net/index.phpcate=articles&part=physique_information&page=Un_univers_dinformations.htm: P
hilippe Guillemant – L’idée selon laquelle notre univers serait un espace-temps composé d’informations a été considérablement popularisée par un film de science fiction : Matrix. La réalité pourrait rejoindre la fiction puisqu’il s’agit là d’une idée qui reçoit de plus en plus d’appuis scientifiques.

http://internetactu.blog.lemonde.fr/2014/09/03/vers-une-physique-de-linformation/Vers une physique de l’information

http://www.pileface.com/sollers/pdf/Le%20temps.pdf: Le temps, ça n’existe pas : le physicien Carlo Rovelli nous explique pourquoi. « Seule la thermodynamique connaît la direction du temps »

https://www.rocq.inria.fr/secret/Nicolas.Sendrier/thinfo.pdf; École polytechnique Informatique Introduction à la théorie de l’information Nicolas Sendrier 

https://books.openedition.org/cdf/527?lang=fr: Physique quantique

Leçon inaugurale prononcée le jeudi 13 décembre 2001 par Serge Haroche

https://www.miniwebtool.com/log-base-2-calculator/: calcul des logarithmes à base 2

https://www.jp-petit.org/science/smolin/SmolinLivre.pdf: Sur le livre de Lee Smolin rien ne va plus en physique parMichel Mizony juillet 2007

Carlo Rovelli par-delà le visible Mon article 7 Le mystère


Carlo Rovelli par-delà le visible Mon article 7 Le mystère

Livre de carlo rovelli par-delà le visible http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article673

J’écris mon blog pour partager ma soif de connaissances, mes réflexions et mes passions et mes lectures. Dans ces articles, je voudrais partager « ma lecture » du livre de Carlo Rovelli « par-delà le visible ». Ecrire ce que je retiens de mes lectures me permet de réfléchir à la compréhension que j’en ai. je mets entre guillemets les passages qui me semblent importants ou qui me frappent. Et par dessus tout je fais des recherches sur internet pour compléter ma lecture avec le maximum de liens que souhaite responsables, qui permettent aux lecteurs d’approfondir la connaissance du sujet.   

http://www.cnrs.fr/publications/imagesdelaphysique/couv-PDF/IdP2011/06_Rovelli.pdf (La « théorie des boucles » est une théorie quantique pour le champ gravitationnel. Son objectif est de décrire les phénomènes gravitationnels quand leurs effets quantiques ne peuvent pas être négligés)

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3814 (Comment la physique se prépare à une nouvelle révolution conceptuelle fondamentale?)

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-la-poursuite-de-l-espace-temps-quantique-38387.php  À la poursuite de l’espace-temps quantique. L’espace et le temps émergeraient de l’intrication quantique de minuscules bribes d’information : telle est l’audacieuse hypothèse explorée par le projet collaboratif It from Qubit (https://arxiv.org/pdf/1306.0545.pdf). Clara Moskowitz]

https://perimeterinstitute.ca/people/research-area/quantum-gravity (liste des chercheurs en gravité quantique)

Site conçu dans le cadre des TPE (Travaux Personnels Encadrés) en classe de Terminale S:

http://gravitations.pagesperso-orange.fr/plan.htm

http://gravitations.pagesperso-orange.fr/boucles.htm (la gravitation quantique à boucles)





1) Préambule.

Comme je l’ai dit dans Dans mon article 1, j’ai interrompu mes articles à propos du  livre de Lee Smolin « La renaissance du temps » au chapitre 14 Je vais d’abord approfondir la question du temps avec la lecture du livre de Carlo Rovelli « par-delà le visible, la réalité du monde physique et la gravité quantique« . Dans l’article 1), j’ai sauté directement à la troisième partie:  espace quantique et temps relationnel. Après les rappels historiques passionnants et des explications dont Carlo Rovelli a le secret concernant la relativité et la physique quantique, leurs limites et questionnements et qui ont abouti à ce que Lee Smolin décrit comme la crise de la physique avec son « rien ne va plus en physique« , nous abordons ici les mystères de la gravitation quantique dont l’ambition est de dépasser ces problèmes et limites par une nouvelle théorie qui en réalisera peut-être l’unification. Dans l’article 2, nous avons vu que l’espace est un réseau de spins, dont les noeuds représentent les grains élémentaires, et les liens leurs relations de voisinage. L’espace-temps est créé à partir des processus où ces réseaux de spins se transforment les uns en les autres, et ces processus sont exprimés par des sommes de Mousses de spins, où une mousse représente un parcours idéal d’un réseau de spins, c’est à dire un espace-temps granulaire, où les sommets du réseau se combinent et se séparent. Ce pullulement microscopique de quanta à l’origine de l’espace et du temps obéit au calme apparent de la réalité macroscopique qui nous entoure. Chaque centimètre cube d’espace et chaque seconde de temps qui passe sont le résultat de cette mousse dansante de quanta minuscules….

Tous mes articles sur « ma lecture du livre de Carlo Rovelli « par-delà le visible:

Qu’avons-nous appris dans cet article 6?

Carlo Rovelli revient à la théorie et examine ce qu’il appelle un véritable fantôme qui va hanter la physique théorique en suscitant enthousiasme et confusion: « l’INFORMATION ». Il pense que de nombreux scientifiques soupçonnent que le concept d’information peut être fondamental pour accomplir de nouveaux pas en avant en physique. Et quel rapport a t-elle avec la gravité quantique?

En 2-1) Introduction sur l’information: on a vu que l’information ne mesure pas ce qu’on sait, mais le nombre d’alternatives possiblesc’est la capacité de distinguer entre des alternatives, la possibilité pour les systèmes physiques de communiquer entre eux.

En 2-2) les réseaux d’information: On a vu que l’idée de Shannon de compter les alternatives et sa  théorie de l’information pouvaient conduire à cette vision de l’information comme interconnexion du monde puis comme connaissance du réel?

En 2-3Ludwig Boltzmann et la chaleur, l’entropie est l’information manquante:  on a vu que si un liquide se refroidit, un peu de son énergie est transmise à l’air. Les molécules s’agitent plus lentement, et celles de l’air plus rapidement. Et si on calcule l’information manquante, on trouve qu’elle a augmenté. C’est ce manque d’information que Boltzmann avait pressenti en comprenant ce qu’est la chaleur et pourquoi une tasse d’un liquide chaud laissé seul ne peut que se refroidir au lieu de s’échauffer. Cela a conduit à introduire la notion d‘entropie. En physique (source wikipedia), « l’entropie est une grandeur thermodynamique associée à un système de particules, en théorie de l’information, elle quantifie le manque d’information »; toujours selon wikipedia « c’est une propriété étendue d’un système thermodynamique, étroitement liée au nombre Ω de configurations microscopiques (micro-états ) qui correspondent aux quantités macroscopiques qui caractérisent le système (telles que son volume, sa pression et sa température). En supposant que chaque micro-état est également probable, l’entropie S est le logarithme naturel du nombre de micro-états , multiplié par la constante de Boltzmann: S = k . ln Ω

En 2-4) Information et quantique. Jean Zin dans L’entropie, l’énergie et l’information au chapitre « L’entropie est une probabilité statistique (égalisation des températures) « […] pour expliquer l’entropie il faut donc faire intervenir une perte d’information à chaque collision ou interaction, un oubli des conditions initiales (ou pour suivre le Prigogine de 1962, le fait qu’il y a des composantes négligeables, au regard des composantes principales, dont l’influence est donc perdue. C’est un effet de seuil semble-t-il)… Et plus loin; il dit: « L’information c’est le contraire de l’entropie ». 

Selon Carlo Rovelli, la structure de la mécanique quantique peut être vue en termes d’information. En effet, sa structure formelle et ses axiomes peuvent être déduits de deux postulats simples:

     1) L’information importante dans tout système physique est finie (Il caractérise la granularité de la mécanique quantique)

     2) On peut toujours obtenir une nouvelle information sur un système physique (Il caractérise l’indétermination, le fait qu’il y ait toujours quelque chose d’imprévisible, ce qui permet une nouvelle information). L’information que nous avons sur un système donné peut être vue comme conséquence de nos interactions passées avec lui, information qui nous permet de prévoir quel sera l’effet, sur nous de future interactions avec le système. 

Pour C. Rovelli, Jonh Wheeler a été un des premiers « à saisir que la notion d’information est fondamentale pour comprendre la réalité quantique ». L’équation dite de Wheeler-De Witt a ce ouvert la voie à  la gravitation quantique à boucles et à la cosmologie quantiqueWheeler a forgé le concept « it from bit« : « tout vient du bit »c’est à dire de l’unité d’information, le choix (alternative minimale) entre un oui et un non. Le sens est donc: TOUT EST INFORMATION. Wheeler croyait qu’une analyse minutieuse de ce qu’est une information et de sa signification peut nous apprendre à connaître la réalité. Carlo Rovelli nous dit qu’en gravité quantique à boucles, « l’aire d’une surface quelconque » .. . »est déterminée par les spins des boucles qui coupent cette surface ». Ce sont des quantités discrètes, quantifiées, et chacun d’eux contribue à l’aire. Et il continue: « Et donc, si je connais l’aire de de la surface, mais que je ne sais pas comment sont distribués ses quanta d’aire, j’ai de l’information manquante sur la surface ». 

C’est Jacob Bekenstein qui, le premier a suspecté que l’information perdue peut apparaître, vue de l’extérieur, comme une entropie associée à l’aire du trou noir.  il est le précurseur de la thermodynamique des trous noirs. Il a également abordé divers aspects des liens entre gravitation et informationOn parle maintenant de l‘entropie de Bekenstein-Hawking. Les trous noirs émettent une radiation thermique de Hawking, deviennent plus petits et finissent par s’évaporer jusqu’à disparaître en posant donc le redoutable problème connu sous le non de paradoxe de l’information qui n’est pas encore résolu. Voir l’article de futura-sciences.com – Trou noir et paradoxe de l’information: le dernier article posthume de Hawking apporte-t-il la solution? Il a été vu sous une nouvelle lumière alors que Cumrun Vafa et Andrew Strominger ont montré que l’on pouvait expliquer la formule de Hawking-Bekenstein pour l’entropie de certains trous noirs, bien particuliers, dans le cadre de la théorie des cordes. L‘évaporation complète de ces trous noirs exotiques devait assurer la conservation quantique de l’information, selon la conjecture holographique de
Maldacena. Voir le site futura-sciences.com où il est rappelé que « Bekenstein d’abord, puis Hawking ont montré que la surface de l’horizon des événements d’un trou noir était effectivement une mesure de l’entropie associée à la perte d’information. 
Pour Gérard ‘t Hooft et Léonard Susskindcela voulait dire que l’information perdue concernant un objet en 3D tombant dans un trou noir était caractérisée par un objet en 2D. Ils baptisèrent cette conjecture le principe holographique. Aujourd’hui, certains physiciens supposent qu’il peut s’agir d’une loi universelle. Et Rovelli pense « qu’en réalité, personne n’a bien compris ce qu’est ce principe holographique ». On calcule la probabilité de ce qui se trouve sur le bord, mais on en peut jamais décrire ce qui se passe exactement à l’intérieur. Il semble que la réalité en refuse la description complète. Il est question de la relation entre les systèmes et de l’information qu’ils ont les uns sur les autres. C’est cette information que les système s’échangent au bord entre un processus et un autre. De fait, on a toujours des corrélations entre des systèmes au-delà du bord, c’est à dire une situation « statistique ». Carlo Rovelli envisage qu’à la base de notre compréhension du monde, outre la relativité générale et la mécanique quantique, il faut inclure la théorie de la chaleur, c’est à dire la mécanique statistique et la thermodynamique, donc la théorie de l’information.

En 3) 3-1introduction. Le temps thermique. Quand un caillou arrive à terre, il s’arrête, le mouvement est stoppé; mais l’énergie cinétique est transformée en chaleur à ce moment précis. Et c’est un phénomène irréversible. Il distingue le film normal du film inversé de la chute, réversible, le passé du futur. En dernière analyse c’est toujours la chaleur qui distingue le passé du futur.Toutes les fois que se produit un phénomène qui garantit l’écoulement du temps,  il y a production de chaleur. Et la chaleur, c’est faire des moyennes sur de nombreuses variables selon la mécanique statistique.

 En 3-2) L’idée du temps thermique. Ce n’est pas de comprendre pourquoi le temps produit une dissipation de chaleur…mais pourquoi la dissipation de chaleur produit intrinsèquement, produit et génère du temps? Dans notre vie quotidienne, nous ne regardons pas les molécules, mais les objets macroscopiques, nous sommes toujours corrélés avec des moyennes. Et les moyennes dégagent de la chaleur et intrinsèquement, génèrent du temps. Pour comprendre le temps, il faut donc dépasser notre intuition, car le temps n’est « qu’un effet de notre négligence à l’égard des micro-états physiques des choses », c’est l’information que nous n’avons pas. Le temps est notre ignorance.

En 4) Réalité et informationLa question qu’est-ce que le réel? est une question fondamentale de la connaissance humaineD »Espagnat parle « du réel voilé« , qu’on peut mettre en perspective avec le Védanta. Lrévolution quantique et  la philosophie de BOHR, HEISENBERG et SCHRÖDINGERLa nouvelle physique montre la prétention de la mécanique classique à connaître une réalité indépendante est impossibleNous venons de voir que le temps est notre ignorance. Dans notre intuition, nous confondons ce que nous savons d’un système avec « son état absolu », la réalité indépendante. Ce que nous savons est toujours quelque chose à propos de notre relation entre « nous » et le système. Tout savoir est une relation et dépend donc à la fois de l’objet et du sujet. Il n’y a pas de savoir absolu. C’est pourquoi la notion d’information joue un rôle aussi central. Lorsqu’il est dit que « nous avons de l’information » sur la température mais pas sur la vitesse des molécules, cela n’est pas à comprendre en termes d’idées abstraite ou d’états mentaux. Cela exprime seulement que les lois de la physique ont fait qu’il existe une corrélation entre nous et la température (par ex, nous avons regardé un thermomètre), mais il n’y en a pas entre nous et les vitesses individuelles des molécules. Quand in dit ‘la bille blanche dans tes mains a de l’information », c’est le fait qu’elle soit blanche aussi au lieu d’être rouge, ce qui est une des N possibilités du tirage lorsqu’on n’ a vérifié ensemble la couleur. car alors, il n’y aurait pas d’information. La bille peut avoir de l’information, même si elle n’a pas d’état mental et ne pense pas, tout comme une clé USB contient de l’information même si elle ne pense pas: c’est le nombre de Gigabits gravés sur la clé qui contient l’information qu’elle peut contenir. 

Cette information, ces corrélations entre états des systèmes sont partout dans l’Univers. Carlo Rovelli pense pour comprendre le réalité, il faut savoir que nous nous référons  et nous parlons de quelque chose qui est étroitement lié à ce réseau de relations, d’information réciproque, qui tisse le monde. Nous avons morcelé cette réalité en objets mais « en réalité », elle n’est pas faite d’objets, c’est un flux continuel et variable. Nous avons établi des frontières aux objets. Mais où commencent et où finissent les vagues, les montagnes? Pourtant elles ont une réalité. Mais la question a t-elle un sens? Car ce ne sont pas des objets « en soi« , mais de habitudes que nous avons prises de découper le monde pour pouvoir en parler plus facilement.  Leurs frontières sont arbitraires, conventionnelles et commodes. Ce sont des façons d’organiser l’information ou mieux, des formes de l’information dont nous disposons. Il en est de même de la notion de « système physique », cette notion abstraite qui n’est qu’une idéalisation, une façon d’organiser notre notre information « fluctuante » sur le réel. 

Synthèse: 

A propos du vivantC’est un système particulier qui se reproduit, se reforme sans cesse, semblable à lui-même et interagit sans arrêt avec le monde extérieur. Comme ne subsistent que les plus efficaces à le faire, dans les systèmes existants, se manifestent les propriétés qui les font subsister; celles qui rendent leur subsistance possible – c’est pour cela qu’ils sont interprétables et que nous interprétons en termes d’intentionnalité, de finalité. Ainsi, selon C. Rovelli la découverte de Darwin est l’expression, c’est à dire le nom, que nous donnons au résultat de le sélection des formes complexes. Mais la façon la plus efficace pour subsister dans un milieu est de bien gérer ses corrélations avec le monde extérieur, donc l’information qu’on a sur lui (savoir la recueillir, l’emmagasiner, la transmettre et l’élaborer). Pour maximaliser l’efficacité de cette gestion de l’information, les outils on évolué depuis les codes ADN, les systèmes immunitaires, les organes sensoriels, les systèmes nerveux et les cerveaux complexes jusqu’à des langages, des livres, les illustres bibliothèques comme celle d’Alexandrie, les ordinateurs et …?

A propos de l’information: C. Rovelli approfondit le sens de l’information en rappelant comment « la bille blanche que tu tiens dans ta main » peut te dire que la mienne est blanche aussi. Si, sur l’ensemble de N couleurs différentes, nous voyons tous les deux la même couleur blanche, la quantité d’information est égale à -Log2 N. C’est comme une mesure de la diversité. On peut mettre ceci sur le même plan que celui que C. Rovelli cite à propos d’Aristote: « La statue qu’Aristote voit dans un bloc de marbre existe; elle est réelle et c’est quelque chose en plus du bloc de marbre, mais qui ne s’épuise pas dans la statue même: c’est quelque chose qui réside dans l’interaction entre le cerveau d’Aristote, ou le nôtre, et le marbre. C’est quelque chose qui concerne l’information que le marbre a avec quelque chose d’autre et qui significatif pour Aristote et… pour nous. C’est quelque chose de très complexe qui concerne un discobolePhidias, Aristote et le marbre, et qui réside dans la disposition corrélée des atomes de la statue et dans les corrélations entre ceux-ci et mille autres dans notre tête et celle d’Aristote. »

2) Le dernier chapitre du livre « par-delà le visible »:  Le mystère

L’aveugle-né


En exergue:
Platon dans « Théétète » :

« S’étonner, voilà un sentiment qui est tout à fait d’un philosophe. La philosophie n’a pas d’autre origine ». 

(Théetète est un dialogue de Platon sur la science et sa définition. Ce dialogue est le premier d’une série de trois (avec Le Sophiste et Le Politique), ou de quatre, si l’on compte Le Philosophe).

Aristote dans « Métaphysique » :
« Le commencement de toutes les sciences, c’est l’étonnement de ce que les choses sont ce qu’elles sont…. Ce fut l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, ce furent les difficultés les plus apparentes qui les frappèrent, puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils cherchèrent à résoudre des problèmes plus importants, tels les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des Étoiles, enfin la genèse de l’univers. Apercevoir une difficulté et s’étonner, c’est reconnaître sa propre ignorance (et c’est pourquoi aimer les mythes est, en quelque manière se montrer philosophe, car le mythe est composé de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, il est clair qu’ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire. »

     2-1) Ignorance et connaissance. Carlo Rovelli a terminé le chapitre 12 de « Par-delà le visible » par ces lignes:

« En tant qu’hommes, nous sommes ce que les autres connaissent de nous, et ce que nous connaissons de nous, d’une part et de ce que les autres connaissent de nous, d’autre part. Nous sommes des noeuds complexes dans un réseau très riche d’informations réciproques. Tout cela n’est pas une théorie. Ce sont des traces, sur lesquelles nous évoluons – je crois – pour tenter de comprendre un peu mieux notre monde intérieur. Il nous reste beaucoup à comprendre ». 

En retraçant le développement des idées clé de la physique fondamentale et les grandes découvertes de la physique du XXè siècle, avec une image du monde en train d’apparaître dans les recherches orientées vers la gravité quantique, Carlo Rovelli est-il sûr de tout cela? Il répond non sans hésiter.

Il écrit qu’un des premiers à avouer ne pas être sûr du savoir de son temps a été Socrate. Une premières et plus belles pages de l’histoire des sciences est celle du Phédon de Platon dans lequel Socrate explique la forme de la Terre. On lit en LVIII: « -Alors Simmias prit la parole : « Que dis-tu là, Socrate ? Au sujet de la terre j’ai entendu dire, moi aussi, bien des choses, mais qui ne sont pas celles dont tu es convaincu ; aussi j’aurais plaisir à t’entendre.

– Pour exposer ce qui en est, Simmias, je ne crois pas qu’on ait besoin de l’art de Glaucos ; mais d’en prouver la vérité, la difficulté me paraît excéder l’art de Glaucos. Peut-être même n’en suis-je pas capable, et à supposer même que je le sois, le temps qui me reste à vivre ne suffirait sans doute pas à une si longue exposition. Néanmoins rien ne m’empêche de dire quelle idée on m’a donnée de la forme et des différents lieux de la terre […] Eh bien donc, je suis persuadé pour ma part que tout d’abord, si la terre est de forme sphérique et placée au milieu du ciel, elle n’a besoin, pour ne pas tomber, ni d’air ni d’aucune autre pression du même genre, mais que l’homogénéité parfaite du ciel seul et l’équilibre de la terre seule suffisent à la maintenir ; car une chose en équilibre, placée au milieu d’un élément homogène, ne pourra ni peu ni prou pencher d’aucun côté et dans cette situation elle restera fixe. Voilà, ajouta-t-il, le premier point dont je suis convaincu […]. Ainsi, Socrate « croit » que la terre est une sphère. C. Rovelli parle avec enthousiasme de ce texte, le plus ancien qui soit parvenu jusqu’à nous et qui dise explicitement que le Terre est ronde. Mais, tel un bon scientifique, Platon reconnaît les limites du savoir de son époque. « Je n’en suis pas sûr » dit Socrate. C’est cette conscience aiguë de notre ignorance qui est au coeur de la pensée scientifique. Comme mis en exergue, Aristote, dans Métaphysique, la situe dans la capacité de s’étonner« […] Ce fut l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques […] Ainsi donc, si ce fut pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, il est clair qu’ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire.» Aujourd’hui, l’homme explore ce qui se trouve au bord de notre savoir. Dans son livre les limites de la connaissanceHervé Zwirn « constate que, alors que la fin du 19ème siècle était pleine des promesses d’une science progressant de façon certaine et assurée vers la connaissance parfaite et complète de la nature, la fin du 20ème siècle ne peut que constater l’échec de cet espoir ». C’est cette manifestation et l’expression de mon étonnement qui m’ont amené à donner « ma lecture » de ce livre dans les articles de mon blog dans la catégorie « les limites de la connaissance », à voir en fin de cet article 7. Le dernier étant Les limites de la connaissance 6-8) Conclusion la cécité empirique: « La science nous permettra-t-elle un jour de tout savoir? Ne rêve-t-elle pas d’une formule qui explique tout? N’y aurait-il rien qui entrave sa marche triomphale? Le monde deviendra-t-il transparent à l’intelligence humaine? Tout mystère pourra-il être à jamais dissipé? Hervé Zwirn pense qu’il n’en n’est rien.La science, en même temps qu’elle progresse à pas de géant marque elle même ses limites. C’est ce que montre la découverte des propositions indécidables qui ont suivi le théorème de Gôdel. Ou celle des propriétés surprenantes du chaos déterministe. Ou encore les paradoxes de la théorie quantique qui ont opposé Einstein et Bohr en mettant en cause toute notre manière de penser. L’analyse de ces limites que la science découvre à sa propre connaissance conduit à poser une question plus profonde: qu’est ce que le réel? »

Liens: 

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/phedonfr.htm: Le phédon de Platon
https://archipel.uqam.ca/773/1/M10030.pdf: LES ÉLÉMENTS ORPHIQUES DANS LE PHÉDON DE PLATONhttps://journals.openedition.org/asr/1247Les interprétations néoplatoniciennes du Phédon de Platon


     2-2) Connaissance et certitude.

Mais la conscience des limites de notre connaissance doit aussi être conscience du fait que ce que nous savons, ou croyons savoir peut s’avérer imprécis, voire erroné… des ombres projetées sur la paroi de la caverne de Platon. La science naît de cette attitude d’humilité, il ne faut pas se fier aveuglément à ses intuitions ou à ce que tout le monde dit, ni à la connaissance accumulée par nos pères et nos aïeux. En effet, nous n’apprenons rien si nous croyons que l’essentiel a été dit ou écrit et que c’est suffisant. Il est vrai que durant les siècles durant lesquels les hommes ont eu une « foi aveugle » en ce qu’ils croyaient, tout restait figé et on n’apprenait rien de nouveau. C’est parce qu’ils ont remis en cause les croyances et les savoirs de leurs aïeux que Copernic, Newton et Einstein ont permis à notre savoir de progresser. Mais même le savoir le plus élaboré de son époque, celui de Newton, peut se révéler finalement naïf, comme l’a montré Einstein. Contrairement à ce qu’on reproche souvent à la science, « celle-ci » ou plutôt les « véritables » scientifiques ne prétendent pas tout expliquer. Faire de le science, c’est signifie se confronter quotidiennement à ses limites, à ses propres limites ou aux limites de la connaissance, à tout ce qu’on ignore ou qu’on ne parvient pas à faire; on est loin de la prétention à tout expliquer. Et c’est bien ce qui se passe dans le cas des recherches sur la gravité quantique à boucles.

Mais, si on n’est sûr de rien, comment pouvons-nous nous fier à ce que dit la science? La réponse de C. Rovelli est: « ce n’est pas parce qu’elle nous donne des réponses certaines, mais parce qu’elle nous donne nous fournit les meilleures réponses au moment présent,les meilleures réponses trouvées jusque là ». C’est son ouverture à l’apprentissage et à la remise en question du savoir qui garantit que les réponses qu’elle offre sont les meilleures disponibles et si on trouve de meilleures, ces nouvelles réponses deviennent de la science. Par conséquent, les réponses de la science ne sont pas fiables parce que’elles sont définitives mais parce que ce sont les meilleures disponibles à l’heure actuelle et ceci parce qu’elles ne sont pas considérées comme définitives, et c’est la raison pour laquelle les scientifiques sont toujours disposés à les améliorer. Pour Carlo Rovelli, ce n’est pas la certitude dont nous avons besoin, c’est la fiabilité. Car on n’a pas de vraies  certitudes et on n’en n’aura jamais. Les réponses les plus fiables sont les réponses scientifiques. 

La science plonge ses racines dans une histoire qui remonte à des millénaires, peut-être beaucoup plus. C. Rovelli, dans son livre, fait remonter cette histoire à la culture grecque. Pour le site actuphilosophia.com, « il défend « une certaine idée de la science ainsi qu’une épistémologie résolument matérialiste et extrêmement sévère, l’amenant à critiquer parfois vertement certaines physiques de l’Antiquité qui se trouvent moins condamnées pour leur ancienneté que pour leur refus de suivre les intuitions de Démocrite. La référence pourtant inaugurale de Rovelli demeure Anaximandre auquel il a consacré un bel ouvrage [Anaximandre de Milet ou la naissance de la pensée scientifique] […] Ainsi ouvre-t-il son ouvrage « Par-delà  le visible » par une assez longue description de ce que fut la science grecque, en insistant évidemment sur ses chers Milésiens. Il rend un hommage appuyé à Anaximandre, mais aussi à Démocrite et Leucippe qui avaient compris la nature illimitée de l’espace, la nécessité de raisonner avec des atomes, et l’ineptie d’un haut et d’un bas absolus. Et l’auteur n’hésite pas à tracer une sorte de longue chaîne des siècles qui, partie des atomistes antiques, trouverait une confirmation définitive avec Einstein… »  On a vu aussi en l’exergue  à ce chapitre qu’avec Platon et Aristote, « Le commencement de toutes les sciences, c’est l’étonnement ». Cette histoire dont on a tiré profit de chaque pensée, la science n’a pas hésité à en rejeter une partie quand il en était trouvé une plus efficace. La pensée scientifique est par nature critique, rebelle, elle ne tolère pas les vérités intouchables. Elle ne se nourrit pas de certitudes mais d’un manque radical de certitudes. Cela signifie qu’elle n’accorde pas son crédit à qui prétend détenir la vérité. C’est pourquoi la science et la religion se trouvent souvent opposées. Mais sont-elles incompatibles?   science et foi s’opposent-elles?  dieu et la science: le débat existe-t-il?  Dieu, le Big Bang et le débat science/foi


      2-3) Le dernier chapitre du livre « par-delà le visible: le mystère.

Pour aborder ces questions, voyons ce qui se passe quand il y a un manque radical de certitudes. Accepter l’incertitude de notre savoir, c’est accepter de vivre plongés dans l’ignorance et donc dans le mystère. C’est vivre avec des questions auxquelles nous ne savons pas (peut-être pas encore, voire jamais) répondre. Face à l’incertitude, née de la conscience de ses propres limites, les réponses et le attitudes sont très variables. C. Rovelli l’analyse ainsi: certains préfèrent n’importe quelle certitude, même non fondée. « D’autres préfèrent croire à une histoire juste parce qu’y croyaient les anciens de la tribu – peu importe qu’elle soit vraie ou fausse – plutôt que d’accepter le courage de la sincérité: accepter que nous vivions sans savoir tout ce que nous aimerions savoir ». L’ignorance peut faire peur et je comprends l’analyse de C. Rovelli lorsqu’il dit « Par peur, nous pouvons nous raconter une histoire qui nous rassure, quelque chose qui calme notre inquiétude ». Les religions on inventé les paradis et les jardins enchantés. « Peu importe si c’est vrai; nous pouvons décider d’avoir foi en cette rassurante histoire, mais elle nous ôte l’envie d’apprendre« .  Rovelli insiste beaucoup sur cette prétention de tous ceux qui prétendent avoir des réponses ultimes et détenir la Vérité, qu’ils l’aient apprise de leurs pères, lue dans un Grand Livre ou reçue directement d’un Dieu. Il voit aussi une réponse à cette peur dans celle que Saint Augustin a entendue (cité dans les confessions au chapitre XII) pour la question « que faisait Dieu avant de créer le monde? »: C. Rovelli dit seulement: « Alta… scrutantibus gehennas parabat » (Il préparait des supplices à ceux qui scrutent ces profonds mystères). Mais on trouve une réponse plus complète et subtile dans ce site « Et je réponds à cette demande : Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre? Je réponds, non comme celui qui éluda, dit on, les assauts d’une telle question par cette plaisanterie : Dieu préparait des supplices aux sondeurs de mystères. Rire n’est pas répondre. Et je ne réponds pas ainsi. Et j’aimerais mieux confesser mon ignorance, que d’appeler la raillerie sur une demande profonde, et l’éloge sur une réponse ridicule. Mais je dis, ô mon Dieu, que vous êtes le père de toute créature, et s’il faut entendre toute créature par ces noms du ciel et de la terre, je le déclare hautement: avant de créer le ciel et la terre, Dieu ne faisait rien. Car ce qu’il eût pu faire alors, ne saurait être que créature. Oh ! que n’ai-je la connaissance de tout ce qu’il m’importe de connaître, comme je sais que la créature n’était pas avant la création ! »  Et Rovelli cite cette même « profondeur » de l’abîme où Démocrite dit qu’il va chercher la vérité: « La vérité est au fond de l’abîme » (cité par Diogène Laërce dans « vie doctrines et sentences des philosophes illustres« ).         

C. Rovelli préfère « regarder notre ignorance en face, l’accepter et tenter de regarder au-delà, d’essayer de comprendre… ». Je partage son point de vue, c’est bien la meilleure façon de faire face à la superstition et aux préjugés et… la plus vraie, la plus belle et la plus honnête. C’est aussi l’émerveillement que j’ai découvert dans le village de mon enfance où j‘avais reçu en cadeau d’anniversaire le livre « les merveilles de la nature« , livre magnifique s’il en est. Je l’ai gardé toute ma vie. C’est là que j’ai eu une fascination pour ces merveilles qui constituent l’essence et le titre de mon blog. Je ne me lassais pas des images d’astronomie, comme celle d’une éclipse de soleil, de paléontologie avec les dinosaures, des plantes, d’animaux… Comme C. Rovelli, j’aime ces choses splendides qui donnent sens à la vie, comme la curiosité d’apprendre, de découvrir et regarder au-delà du paysage, contempler le ciel… 

Certes, « le monde est plus extraordinaire et profond que n’importe laquelle des fables que nous racontent nos pères ». Accepter l’incertitude ne nous enlève pas la goût du mystère. Suivons l’enthousiasme justifié (et que je comprends) de Rovelli, qui le libère dans ce dernier paragraphe du livre. « Nous sommes plongés dans le mystère et dans la beauté du monde. Le monde dévoilé par la gravité quantique est un monde nouveau, étrange, encore plein de mystère, mais cohérent dans sa beauté simple et limpide. C’est un monde qui n’existe pas dans l’espace et qui n’évolue pas dans le temps. Un monde fait seulement de champs quantiques en interaction, dont le pullulement de quanta engendre, à travers un réseau dense d’interactions réciproques, espace,temps, particules, ondes et lumière. Un monde sans infinis, où l’infiniment petit n’existe pas, car une échelle minimale, au-dessous de laquelle il n’y a rien, s’y oppose. Des quanta d’espace se confondent dans la mousse de l’espace-temps et de la structure des choses naît de l’information réciproque que tissent les corrélations entre les régions du monde. Un monde que nous savons décrire par une ensemble d’équations… qu’il faudra sans doute corriger« .   


3) En guise d’épilogue au livre de C. Rovelli.

3-1) Une solution à la crise de la physique?

Nous avons vu dans mes articles 123456 précédents articles que le science était arrivé à un point crucial, qui permet à Lee Smolin de dire « rien ne va plus en physique« . Comme solution, il propose « la renaissance du temps » dont je donne ma lecture dans mes articles dans cette catégorie « la renaissance du temps« . Aurélien Barrau en parle en ces termes: « les propositions nouvelles face aux problèmes et paradoxes de la physique « peuvent constituer une « pulsion inchoactive » qui poussera vers une découverte sans précédent ou bien vers un réenchantement de ce que l’on savait déjà sans en avoir pris la « dé-mesure » et finalement vers une nouvelle sacralisation du « monde ».

Carlo Rovelli, lui, dans « Par-delà le visible » dont mes articles à sont « ma lecture », propose une fresque des grandes avancées de la science au-delà de ces difficultés avec l’approche de la gravité quantique à boucles. Il me semble qu’il voit dans les secrets de l’INFORMATION le creuset qui permettra peut-être aux chercheurs intrépides actuels ou des nouvelles générations de sortir de l’impasse. C’est ce que nous avons vu dans mon article 5 (la fin de l’infini) où il est dit: « comme  selon d’Espagnatle réel est voiléil n’est pas impossible qu’au bout du compte Max Tegmark  ait vu juste: l’Univers n’est pas simplement décrit par les mathématiques, il EST un objet mathématique« . Et dans ce cas, un des éléments essentiels pour la connaissance de ce qui est, c’est l’information. C’est l’objet du dernier chapitre du livre de Carlo Rovelli et de mon article 6 (l’information).   Nous conclurons avec Vincent VerschooreInformation, réalité fondamentale de l’Univers?   « L’information fait partie de notre quotidien, elle en est même l’élément central. Rien n’est possible sans la récolte, le traitement et la transmission d’information, quels qu’en soient les moyens. Et pourtant aucune des grandes théories de la physique, mécanique quantique ou relativité, ne définissent la notion d’information – ni même ne proposent de manière de la mesurer. En outre l’information a une caractéristique particulière qui est la contrafactualité physique ou philosophique: un message est sans information si un message alternatif n’est pas possible. On doit toujours pouvoir poser la question « Et si…  » . Nous ne saurons donc  pas encore si le questionnement de Carlo Rovelli est la piste qui permettra (avec la gravité quantique à boucles) de sortir de cette crise de la physique… à suivre!

     3-2) A propos du « mystère ».

Retour sur le questionnement de C. Rovelli du chapitre 2-2): la pensée scientifique est par nature critique, rebelle, elle ne tolère pas les vérités intouchables. Elle ne se nourrit pas de certitudes mais d’un manque radical de certitudes. Cela signifie qu’elle n’accorde pas son crédit à qui prétend détenir la vérité. C’est pourquoi la science et la religion se trouvent souvent opposées. Mais sont-elles incompatibles?   science et foi s’opposent-elles?  dieu et la science: le débat existe-t-il?  Dieu, le Big Bang et le débat science/foi.  Et au chapitre 2-3) nous avons vu que C. Rovelli pense de certains qu »ils préfèrent n’importe quelle certitude, même non fondée. « D’autres préfèrent croire à une histoire juste parce qu’y croyaient les anciens de la tribu – peu importe qu’elle soit vraie ou fausse – plutôt que d’accepter le courage de la sincérité: accepter que nous vivions sans savoir tout ce que nous aimerions savoir » et « Par peur, nous pouvons nous raconter une histoire qui nous rassure, quelque chose qui calme notre inquiétude ». Il dit que les religions ont inventé les paradis et les jardins enchantés et « Peu importe si c’est vrai; nous pouvons décider d’avoir foi en cette rassurante histoire, mais elle nous ôte l’envie d’apprendre« . Il insiste beaucoup sur cette prétention de tous ceux qui prétendent avoir des réponses ultimes et détenir la Vérité, qu’ils l’aient apprise de leurs pères, lue dans un Grand Livre ou reçue directement d’un Dieu. Et enfin Il voit aussi une réponse à cette peur dans celle que Saint Augustin a entendue (cité dans les confessions au chapitre XII), réponse à la question « que faisait Dieu avant de créer le monde? : « Alta… scrutantibus gehennas parabat?«  Il préparait des supplices à ceux qui scrutent ces profonds mystères nous dit seulement Rovelli.  Mais on trouve une réponse plus complète et subtile dans ce site « Et je réponds à cette demande : Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre? Je réponds, non comme celui qui éluda, dit on, les assauts d’une telle question par cette plaisanterie : Dieu préparait des supplices aux sondeurs de mystères. Rire n’est pas répondre. Et je ne réponds pas ainsi. Et j’aimerais mieux confesser mon ignorance, que d’appeler la raillerie sur une demande profonde, et l’éloge sur une réponse ridicule. Mais je dis, ô mon Dieu, que vous êtes le père de toute créature, et s’il faut entendre toute créature par ces noms du ciel et de la terre, je le déclare hautement: avant de créer le ciel et la terre, Dieu ne faisait rien. Car ce qu’il eût pu faire alors, ne saurait être que créature. Oh ! que n’ai-je la connaissance de tout ce qu’il m’importe de connaître, comme je sais que la créature n’était pas avant la création ! » N’est-ce pas une façon de regarder le « mystère » avant que la science ne prenne un essor vertigineux avec Copernic et n’aboutisse à la crise actuelle de la physique? Et C. Rovelli nous a bien dit « Accepter l’incertitude ne nous enlève pas le goût du mystère« .


     3-3)  Les lumières et la science – Science et religion– Problématique de la science.

     -Les lumières et la science

Dans le chapitre 3) de mon article 5 nous avons vu que la science moderne, « cette façon de connaître le monde, a pris son essor au XVIIe siècle. À partir de ce moment inaugural, en moins d’un siècle, on est passé d’une nature mystérieuse, où intervient Dieu ou des forces occultes et que l’on tente de comprendre de manière spéculative, à un univers mécanique explicable par la raison appuyée sur l’expérimentation ». 

Cette science victorieuse et dominatrice qui occulte la révélation dont parle René Girard a certes permis ce que l’on nomme dorénavant le progrès d’abord scientifique, mais de plus en plus technologique. Il semble irrésistible, mais on en aperçoit maintenant les limites et les dangers. C’est ce qu’a bien vu Bertrand Vergely dans obscures lumières et que j’ai voulu partager dans un article de mon blog: Obscures lumières par Bertrand Vergely -le prologue – « On voudrait nous faire croire que les Lumières ont été totalement lumineuses. Mais la Révolution française a débouché sur la Terreur, avant d’accoucher de l’Empire. Est-ce un accident ? Il n’en est rien. Il y a dans la Révolution française une double contradiction. Alors qu’elle se veut antireligieuse, elle donne naissance avec Robespierre au culte de l’Être Suprême. Alors qu’elle se veut morale, elle fait le lit du libertinage poussé au paroxysme par Sade. Il y a une raison à cela. La Révolution française a voulu être révolutionnaire. Elle a cru qu’elle pouvait l’être. Mais elle a été dévorée inconsciemment par l’Ancien Régime dont elle ne s’est jamais vraiment débarrassée. Cette ombre a pesé sur elle. Elle pèse encore sur nous. » Dans un autre passage, on peut lire: « En reje­tant la contem­pla­tion au pro­fit de l’action per­pé­tuelle, Dide­rot place la force au centre de l’histoire. « Toute la vio­lence de la moder­nité et des Lumières, écrit avec rai­son Ver­gely, se trouve là. » Et on n’insistera pas sur l’âme d’exterminateur de Vol­taire qui trai­tait les Juifs d’ennemi du genre humain…Bref, les Lumières créent un monde qui « domine tout, qui maîîtrise tout, par la poli­tique et par la science », ce que furent exac­te­ment les uto­pies tota­li­taires… ».

Par cette science, notre culture semble avoir dépassé le stade du mythe parce que l’opinion dominante  pense que la représentation objective de la science moderne nous en débarrassés. Mais est-ce si sûr? Les mythes technologiques (manipulations génétiques, réalité virtuelle) avec leur problématique et leur questionnement ne sont-ils pas la suite des mythes de l’antiquité, grecque en particulier? Auguste Comte n’a-t’il pas créé la religion positivisteNoam Chomsky se demande si L’intelligibilité du monde est à portée de la science et répond par la négative et la réponse à la question « la science est-elle vraie » ne va pas de soi « Au XXe siècle, le chaos et le hasard ont fait irruption dans la science. La philosophie des sciences a dû s’affirmer pour accompagner cette évolution sans se trouver elle-même rejetée dans ce chaos. On ne sait pas si la science est vraie, mais on peut affirmer tout de même qu’elle s’appuie sur des faits et sur des idées, sur des expériences et sur des paradigmes. On doit également renoncer à démontrer la primauté du fait sur l’idée ou de l’idée sur le fait. L’époque n’est plus aux philosophies fermées mais aux idées complexes, ouvertes, comme aurait dit Gaston Bachelard. Les faits et les idées s’influencent réciproquement, avancent ensemble, cahin-caha. Ainsi marche la connaissance d’un pas d’écrevisse vers un but indéfini ».

     -Science et religion: le débat reste ouvert

Mais sont-elles incompatibles?   Science et foi s’opposent-elles?  Dieu et la science: le débat existe-t-il?  Dieu, le Big Bang et le débat science/foi.    Hubert Reeves: la science et la religion ne sont pas incompatibles, mais il vaut mieux les séparer.   Science et religion n’ont rien à se dire.   Le christianisme est-il une foi aveugle?
Pour ces questions, ce sera un autre débat. On assiste, est-il dit dans le site huet.blog.lemonde.fr à une ’ »expulsion lente et inexorable de Dieu » et est-ce 
«l’intersection vide de deux univers de discours?». Il me semble que le questionnement de C. Rovelli et d’autres chercheurs sur « ce Mystère » où l’information joue un rôle fondamental peut converger vers une vision holistique du monde où la scission sujet/objet décelée par Shrödinger trouvera sa ré-solution.

Le blog de guykarl.canalblog.com propose cependant une réflexion qui me donne à réfléchir: « La mystique propose une sorte de fusion du sujet dans le Tout, que nous pouvons certes expérimenter à l’occasion, mais qui ne fournit aucune sorte de connaissance communicable, qui repose sur l’effusion du sentiment, et parfois, il faut bien le dire, sur une élation pathologique. De telles extases sont vécues par les poètes, elles nous ravissent, et nous déçoivent tout aussitôt. Voir par exemple les superbes développements de Hölderlin dans les premières pages de son Hypérion : l’exaltation cosmique l’emporte au-delà des bornes de la subjectivité, le dissout dans l’illimité de la nature, et soudain l’abandonne. Le sentiment de perte est encore plus vif après tant de sublimes espérances. La raison ne peut dépasser l’opposition puisqu’elle repose sur elle. Le sentiment nous égare. Que reste-t-il ? Il nous reste cet humble témoignage de l’expérience. A de certains moments quand nous renonçons à penser, quand nous nous abandonnons au cours du Grand Fleuve, nous sommes au plus près de l’énigme. Sans passion, sans raison, sans exaltation, nous expérimentons cette grande paix qui nous délasse du souci et du travail de pensée. C’est la simple présence de l’être-là où se donne ce que nul ne cherche, et qui s’en va, et qui reviendra peut-être. En tout cas cela n’a rien à voir avec la connaissance, ni avec le sentiment : il y a, et cela suffit ». Nous avons peut-être atteint ici la limite extrême de la connaissance dont « nous ne pouvons juger de la valeur faute de critère extérieur à nous »  et comme le dit Guy Karl: « […] si, comme chez Descartes, Dieu en personne venait garantir la validité de nos lois la cause serait entendue. Mais il n’en est rien. Depuis longtemps Dieu a raccroché son téléphone« .

Mais Dieu a t-il vraiment raccroché? Dieu, le big bang et le débat science-foi cite ces paroles incompréhensibles pour un scientifique qui n’a pas la foi: « Quand Christ devint homme ce fut comme si l’auteur de la création s’écrivait un rôle dans sa propre pièce. Certains furent confus et offensés par ses déclarations. Quand Jésus dit: Avant qu’Abraham fut, moi, je suis ! (Jean 8 : 58). »

     -Problématique de la science.

     *Commençons par un article de Léna Solercertitudes, incertitudes et enjeux de la philosophie des sciences contemporainElle écrit, en résumé: « le présent article dresse un inventaire des principaux problèmes, mis en évidence par la philosophie des sciences contemporaines, auxquels se heurte la conception commune de la science comme ensemble de propositions bien assurées issues de l’observation et fondées sur elle. Il examine à partir de là ce qui peut encore être soustrait au doute, et soutient finalement que si la science n’est peut-être pas exactement ce que l’on avait cru, il n’y a pas pour autant lieu de conclure au relativisme extrême ». Et on trouve dans l’ensemble des conclusions de Léna Soler:

79- Bref, l’histoire des sciences aurait pu être autre (même si elle n’aurait pas pu être n’importe quoi) : le contenu des théories scientifiques retenues à chaque étape aurait pu être différent. L’on n’a donc pas affaire à une évolution nécessaire. Et l’on n’est jamais autorisé à conclure que les données disponibles à un moment donnée imposent à tout être raisonnable une théorie déterminée, sorte de double approximatif du réel.
80- Les certitudes et incertitudes associées à une telle conception de l’histoire des sciences sont-elles beaucoup ou sont-elles peu ? Portent-elles un coup fatal, ou ne font-elle qu’égratigner l’image et la valeur de la science ?

Cela semble ne pas être en contradiction avec tout ce que nous avons vu ni avec ce que C. Rovelli dit au chapitre 2-3): « regarder notre ignorance en face, l’accepter et tenter de regarder au-delà, d’essayer de comprendre… ».

     *Et plus grave: 

Peut-on encore se fier aux études scientifiques?. C’est la question que pose Vincent Lucchese: « La science est invoquée aussi bien pour prouver l’innocuité du glyphosate que sa toxicité. On apprend un jour que des chercheurs n’arrivent à reproduire les résultats que de la moitié des études de leurs confrères et un autre jour que 2 % des scientifiques interrogés par Nature ont déjà falsifié des résultats. Publier est devenu le Graal de la science, la condition pour obtenir des financements. Le nombre d’études explose : plus de 2,5 millions d’articles écrits tous les ans selon Le Monde. Entre fraudes, controverses et conflits d’intérêt, il y a de quoi se perdre dans cette jungle de littérature scientifique. « Qu’est-ce que la vérité scientifique ? », en vient à se demander le CNRS lors de son forum. Nous nous sommes penchés sur la question ».

La fiabilité des études scientifiques en question (Fraudes, business et politique) par www.egaliteetreconciliation.fr, fondé par Alain Soral. L’article titre: « L’analyse de nombreuses études publiées dans les grandes revues médicales et scientifiques le montre : elles sont souvent fausses. La majorité d’entre elles n’est pas « réplicable ». C’est flagrant en psychologie, en pharmacie et d’une manière générale dans les sciences humaines, mais le phénomène touche aussi une science dure comme la physique des particules. La proportion des études fiables régresse« .

Les deux problèmes précédents doivent être regardés avec sérieux car ils n’ont pas de solution facile. La science est de plus en complexes et les intervenants de plus en plus en plus variés, avec des intérêts qui ne convergent pas forcément: scientifiques, individus sociaux (qui peuvent être les mêmes avec des intérêts divergents), catégories sociales, organisations ou associations, groupes financiers, politiques…. 

4) Pour terminer: le mystère et l’information avec ma lecture du livre des frères Bogdanov « au commencement du temps« 

https://www.youtube.com/watch?v=YwuJxomtO1o: L’Univers a t-il connu un instant zéro? Par Etienne Klein

J’ai terminé cette lecture par deux de mes articles consacrés à ce qui pourrait être un suite imaginaire (?)  du mystère que Carlo Rovelli nous a fait découvrir à la fin de son livre. Ce serait L’Univers information deuxième partie et L’Univers information première partie   

Dans la première partie, nous avons vu que notre quête du commencement du temps  et « La recherche de l’ombre portée par la cinquième dimension dans notre réalité s’achève. » Nous avons rencontré à de nombreuses reprises le concept d’information. Il se retrouve aux deux bouts de la chaîne du temps: là où il commence, au coeur de la singularité initiale, et là où il s’achève, dans le « piège » de la singularité finale. Dans les deux cas, c’est là où, pour les frères Bogdanov, il devient imaginaire. Nous concluons cette quête du commencement du temps par un dernier article, celui de l’Univers information. Qu’allons y trouver de nouveau?

Comme la plupart des interrogations touchant à l’essence même des choses et au sens caché de notre existence, celles-ci semblent « comme reflétées, portées et déjà présentes au sein de la question unique, l’une des plus fascinantes de toutes: le temps a-t-il eu un commencement? » Et ce commencement ressemble-t-il à ce que nous avons vu au cours de nos articles, dont le dernier, Au commencement du temps 4-8) Au fond d’un trou noir? Est-il raisonnable et pensable de considérer avec les frères Bogdanov que l’Univers est né d’un prodigieux « flot » d’information qui aurait trouvé sa source dans le zéro?

a) La réponse à cette question passe, pour commencer, par l’étrangeté du monde qui nous entoure. Derrière les scènes de la vie quotidienne et les divers objets qui nous environnent, se dissimulent des forces fondamentales. En fait, il n’existe en tout et pour tout que quatre forces dans la nature. Elles expliquent à la fois le comportement des atomes et celui des étoiles, la désintégration des particules élémentaires ou la course des galaxies dans l’immensité de l’Univers. Certains pensent qu’il existe peut-être une cinquième force responsable de l’accélération accélérée de l’Univers, mais pour le moment il s’agit d’hypothèses. 
b) Et si l’une des forces, la gravitation par exemple, pour une raison inconnue, cesse d’être active (Que se passerait-il si le soleil disparaissait d’un coup?).

c) Mais qu’en est-il des trois autres forces? Commençons par la force électromagnétique que nous côtoyons à chaque instant. C’est elle qui assure la cohésion de la matière solide et qui s’oppose à la dissolution pure et simple de tous ces objets. Elle est portée par les photons.Mais que se passerait-il si elle venait à disparaître subitement? Cette fois, nous serions confrontés à des conséquences encore plus épouvantables que dans le cas de la gravitation: tous les objets se dissocieraient en quelques instants. Pour la disparition de la force nucléaire faible  le scénario serait aussi désastreux. Nous assisterions, impuissants à l’extinction pure et simple du soleil. Pourquoi? Parce que la   fusion   thermonucléaire est à l’origine de son rayonnement et il repose sur les interactions nucléaires faibles. On peut imaginer ce qui se produirait si l’effet de l’interaction nucléaire forteun peu comparable à une sorte de « colle » qui assure la cohésion du noyau atomique, cessait brutalement. Les protons, de charge positive, se repousseraient violemment avant de se dissocier à leur tour en particules infinitésimales. Tout dans l’Univers, serait transformé en vapeur de « quarks » ultimes constituants du proton (et du neutron).

e) Qu’est-ce que la réalité? Dans la vie courante, la réalité nous apparaît sous une forme tangible. Nous pensons que les objets sont composés de particules à propos desquels nous supposons, intuitivement qu’il s’agit de petits grains de matière. Mais en même temps, lorsque nous lâchons l’objet, la réalité se manifeste sous une autre forme, immatérielle: la force de gravitation, qui agit sur la matière et sur ses particules.

Dans mon article 6), nous avons examiné la question qu’est-ce que le réel?  au chapitre 2-2) Que sont les réseaux d’information? et au chapitre (4) Réalité et information. C’est une question fondamentale de la connaissance humaine et nous  avons noté avec le site Physique quantique et Vedanta une mise en perspective de l’école Védanta, en particulier de l’Advaïta védanta  avec le « réel voilé » et la « physique et réalité » de B.d’Espagnat, c’est à dire un rapprochement des pensées indiennes et de la science moderne. Dans ce chapitre 4) nous avons aussi vu que le temps est notre ignorance. De plus, dans notre intuition, nous confondons ce que nous savons d’un système avec « son état absolu » (le réel?). Ce que nous savons est toujours quelque chose à propos de notre relation entre « nous » et le système qu’on étudie. La prétention de la mécanique classique à connaître une réalité indépendante est impossible. C’est pourquoi la notion d’information joue un rôle aussi central

La deuxième partie de l’article 9) rappelle qu’au voisinage du mur de Planck et à fortiori avant, les lois, dans le meilleur des cas, se transforment, et au pire, s’effondrent. Mais la singularité garde tout son mystère. Les physiciens n’ont pas la moindre idée (actuellement) de ce qu’elle est. 

Pour Etienne Klein, on ne peut expliquer l’Origine de quelque chose en invoquant autre chose. On n’exprime l’être que par l’être et pas par du devenir. Si on dit qu’à l’Origine il y avait déjà ceci ou quelque chose, on n’explique pas l’Origine, sauf à invoquer que la chose a toujours été là, donc qu’il n’y a pas d’Origine. En fait, pour lui, la science ne peut dire que deux choses:
-1) Il n’est pas prouvé que l’Univers a eu une Origine, qui serait le transit qui fait passer de l’absence de toute chose à au moins une chose.
-2) Il n’est pas prouvé que l’Univers n’a pas d’Origine.
C’est donc, comme la question de Dieu (si on se réfère à des philosophes comme Kant), du domaine de l’indécidable au sens de Gödel
Rappel des points importants de cet article 9):

a) Avant de répondre à la question « est-il raisonnable et pensable de considérer que l’Univers est né d’un prodigieux flot d’information qui aurait trouvé sa source dans le zéro? », nous avons d’abord pénétré dans l’étrangeté du monde qui nous entoure. plongeons maintenant dans cet Univers information et mathématique, en rejoignant en cela Max Tegmark (Notre univers mathématique En quête de la nature ultime du Réel). Nous nous dirigerons ainsi vers les questions: existe-t-il un code initial? Une information initiale et finale?

b) Leibniz et le mystère l’origine (l’équation Bogdanov?Répondre à la question « qu’y a t-il au commencement du temps« , c’est aller jusqu’au pourquoi des choses et jusqu’à  l’interrogation vertigineuse formulée par Leibniz au XVIIè sièclepourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien? Leibniz pensait cette question en philosophe et en mathématicien.

c) De la relativité au calcul binaire. Leibniz, qui s’est fortement opposé à l’idée de temps absolu de Newton, en incroyable précurseur, comme s’il avait « vu » la relativité deux siècles en avance est le découvreur du calcul binaire. Dans un compte-rendu de l’académie des sciences daté de 1703, on trouve un article prophétiquement intitulé  « explication de l’arithmétique binaire, qui se sert des seules caractères 0 et 1« . Un quart de millénaire avant la naissance de l’informatique, on y sent passer le souffle du futur. Selon les frères Bogdanov, il s’interrogea « longuement sur les applications possibles de ce calcul binaire, s’émerveillant de la facilité d’un tel procédé pour tout calculer: non seulement des chiffres mais aussi des choses!« 

https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/physique-ordinateur-quantique-apres-qubits-voila-qutrits-14778/


d) 
Vers l’Univers informationLe réel, une scène banale sur une photographie, si simple à interpréter, va devenir incompréhensible si je la réduis à ce qu’elle est réellement, une image numérique, une suite: 01100010001101100011100000011… Comment puis-je établir le moindre rapport entre cette suite de 0 et de 1 et la couleur d’un chapeau sur la photo. La réalité n’est donc pas ce qui paraît sur l’écran. La substance ultime de ce que j’interprète m’est totalement inaccessible. Ce qui est vrai pour cette photo l’est pour la réalité toute entière. L’essence profonde des objets qui nous entourent nous échappe. Nous savons(?) que ces matériaux se décomposent en molécules, qui elles-mêmes, se décomposent en atomes. « Au-dessous » des atomes, il y a des particules élémentaires, des électrons, des protons, des neutrons…Et ce que nous pouvons « voir » à ce niveau, c’est surtout du « vide ». Le premier niveau, le tissu des choses est  incroyablement loin… Ce qui, à notre échelle, dans notre monde ordinaire, représente une chaise cohérente, n’est plus qu’un essaim de particules tourbillonnant dans tous les sens, essaim auquel nous ne comprenons plus rien et dont on est bien incapable de dire qu’il forme une chaise. La seule chose qui compte, nous dit la physique, ce sont les interactions entre particules. Et  à ce niveau profond de la réalité, nous allons retrouver les 0 et les 1 nous disent les théoriciens de la physique numérique. 

jeanzin.fr écrit à propos de notre ère actuelle (information et communication) : « Nous vivons une révolution comme l’humanité en a connu bien peu dans son histoire, un véritable changement d’ère qui se produit à une rapidité inouïe et dont nous arrivons difficilement à prendre toute la mesure. Les technologies numériques et informatiques ont bouleversé nos modes de vie et de production […] ». 

fr.wikipedia.org/wiki/Om%C3%A9ga_de_Chaitin Oméga de Chaitin

e) La Théorie de l’information et l’Univers. Grégory Chaitin, père du vertigineux « nombre de Chaitin« , et qui tient Leibniz pour son premier maître a écrit : »Dans les bits 0 et 1, Leibniz pressentait véritablement une puissance combinatoire capable de donner naissance à l’Univers tout entier« . Jonh Wheeler a lancé une formule légendaire « it from bit« , qui marque le point de départ d’un mouvement conceptuel qui paraît maintenant irréversible. Pour lui, « It from bit symbolise l’idée que chaque élément du monde physique a un fondement très profond dans la plupart des cas, correspondant à une source immatérielle. ce que nous appelons réalité provient, en dernière instance, des questions « oui » ou « non ». [D’où vient « it fir bit »? ou https://arxiv.org/pdf/1306.0545.pdf]

Les idées et les interrogations de Lubos Motl vont dans cette nouvelle direction. Pour lui, « peut-être que la forme la plus fondamentale de l’existence se situe hors de l’espace et repose sur différentes formes d’information qui n’admettent pas une interprétation géométrique simple » (voir l’équation Bogdanov. que nous retrouverons à la fin de cet article) Alors le « fond » de la réalité ne serait pas ait d’atomes et de particules élémentaires, mais de bits et de qubits d’information? Ces nouvelles idées sur l’information commencent à s’implanter. Une nouvelle communauté de chercheurs s’est regroupée autour de Seth LLoydStephen WolframCharles BennettDavid Deutsch (son livre: l’étoffe de la réalité. Il est aussi darwiniste « fort, comme Dawkins), Peter Shor et beaucoup d’autres. On retrouve chez eux l’hypothèse avancée par Leibniz trois siècles plus tôt: le fond de la réalité, son étoffe première, n’est pas composé de particules matérielles mais d’information. David Deutsch, professeur de physique à l’université d’Oxford, lauréat du prix Dirac, a été le premier à fournir un algorithme complet de calcul quantique, à l’origine des premiers ordinateurs quantiques. Le mot préféré de Deutsch (est « it from qubit »). A ses yeux, la substance de la réalité n’a rien de matériel, mais se réduit à un nuage binaire fait de 0 et de 1: « La séquence infinie de zéros et de un dans son expansion binaire (une quantité infinie d’information observable), se trouve présente dans n’importe quel objet habituel » (dans Science and Ultimate Reality: Quantum Theory, Cosmology and Complexity -2003). Les 0 et les 1 sont, comme on l’a vu, la « matière première » des qubits, les unités d’information quantique qui existent dans l’infiniment petit, ce qui permet à Deutsch de conclure, sûr de lui: « le monde est fait de qubits ». [A noter l’ultra matérialisme de L’Étoffe de la réalité (The Fabric of Reality en anglais) est un ouvrage grand public du physicien britannique David Deutsch, où il présente quatre mécanismes de base comme présidant à la construction du monde réel, aussi bien que de notre connaissance progressive de celui-ci :

Ce point de vue est partagé par presque tous les membres de cette « l’école informationnelle » dont on vient de parler. Il débouche sur la résolution de la très ancienne question, soulevée cinq siècles avant J.-C par les philosophes grecs, notamment Zénon d’Elée avec son célèbre paradoxe d’Achille et la tortue: la réalité est-elle discrète ou continue? Pour les fondateurs de la théorie de l’information quantique, le réel (parce qu’il est constitué de qubits), est à la fois discret et continu, résultat de la dualité onde-particule. Cela permet de résoudre l’une des impasses sur laquelle butait la physique numérique. Mais, cette description, sans doute valide à l’échelle des phénomènes quantiques, a t-elle atteint  le fond ultime de la réalité? N’y a t-il pas encore quelque chose qui existe à l’échelle zéro de l’espace-temps, que nous avons entrevu lors de notre plongée vers l’origine du temps dans mes premiers articles? C’est ce que pensent les frères Bogdanov.

eL’échelle zéro.

Posons-nous d’abord la question: l’Univers a t-il connu un instant zéro? (par Etienne Klein)

souriez la fin de l’univers: dans un gogol d’années

Pour Etienne Kleinon ne peut expliquer l’Origine de quelque chose en invoquant autre chose. On n’exprime l’être que par l’être et pas par du devenir. Si on dit qu’à l’Origine il y avait déjà ceci ou quelque chose, on n’explique pas l’Origine, sauf à invoquer que le chose a toujours été là, donc qu’il n’y a pas d’Origine. En fait, pour lui, la science(?) ne peut dire que deux choses: 

a) Il n’est pas prouvé que l’Univers a eu une Origine, qui serait le transit qui fait passer de l’absence de toute chose à au moins une chose.

b) Il n’est pas prouvé que l’Univers n’a pas d’Origine.

Si on se réfère à des philosophes comme Kant, on peut dire que, de même que les questions relatives à Dieu, cette question relève du domaine de l’inconnaissable. mais de nos jours, les limites reculent de plus en plus mais il reste l’indécidable au sens de Gödel même si les théories fusent comme la théorie des cordes ou la gravitation quantique à boucles et les univers en rebond.

Ici se situe la redoutable singularité de Friedmann, ce point marquant, en temps imaginaire pur selon les frères Bogdanov, l’origine de tout ce qui est, comme on peut le voir dans mon article Au commencement du temps 3-11) l’instant zéro

Comment les Bogdanov voient-ils cet instant? : Il pourrait « encoder », sous une forme mathématique, la totalité des informations qui ont donné naissance à notre Univers. Il n’y existe plus que deux types de « particules »: les monopôles et les instantons. ce sont eux les premiers habitants de l’Univers avant le Big Bang, les premier « Parisiens », avant toutes les autres particules…

Comment peut-on imaginer ce moment unique? Le temps fluctue à l’échelle de Planck entre la direction réelle et la direction imaginaire. Les monopôles et les instantons se couplent et se découplent, les deux familles se transforment l’une dans l’autre à un rythme frénétique, mais chacune a son territoire. Au voisinage de la longueur de Planck, immédiatement avant et après le Big Bang, ce sont les monopôles qui dominent, les instantons sont encore rares et n’apparaissent qu’avec de fortes fluctuations quantiques, qui détruisent l’enveloppe du cône de lumière de l’espace-temps. 

Puis peu à peu, à mesure qu’on s’enfonce vers la singularité initiale, leur nombre augmente. A mi-chemin (ce mot a certes peu de sens, mais l’échelle nous est fournie par les populations respectives d’instantons et de monopôles), il y a autant d’instantons que de monopôles. Les particules (monopôles) se transforment en pseudo-particules (c’est le nom qu’a donné le physicien russe Alexander Polyakov en 1975 aux instantons).

Ces transformations illustrent les fluctuations de la quatrième coordonnée de l’espace-temps, (le temps), mais elles expriment aussi la transition d’une configuration portant de l’énergie (les monopôles) vers une configuration portant de l’information (les instantons). 

Poursuivons notre descente. Nous parvenons finalement à une région où les terribles remous quantiques se sont calmés. Autour de nous, tout est d’un grand calme, silencieux, d’une immobilité presque glacée. Il n’y a pratiquement plus de monopôles, rien que des instantons dont le rayon décroît à mesure qu’on se rapproche de la singularité initiale. Notre voyage touche à sa fin. Nous sommes en bas du cône de lumière dont les contours s’estompent. Nous « voyons » à présent la nappe lumineuse, inouïe de la singularité initiale de l’espace-temps. 

(On peut sans doute se poser la question: est-ce que le voyage que nous venons de faire serait similaire si on pénétrait dans un trou noir?).

Et arrivons à l’instanton initial de taille zéro.

Nous pouvons voir cette nappe lumineuse qui vient de nous apparaître, entamons une nouvelle descente. A présent, les instantons, devenus totalement stables, dominent le paysage. Ils se mettent à converger en une étonnante spirale vers le point zéro. A mesure qu’ils s’en rapprochent, leur rayon diminue et ils commencent à se superposer et à se fondre les uns dans les autres. En effet, une propriété de ces objets existant en temps imaginaire est de pouvoir se condenser en un seul point. Ce fait me semble « similaire » à la propriété des photons qui n’obéissent pas au principe d’exclusion contrairement aux particules de matière comme les électrons. Ainsi, il se produit une chose importante: la densité de charge topologique, c’est à dire l’information augmente au voisinage du point zéro. Elle peut même devenir infinie si le nombre d’instantons tombés sur ce point est lui-même infini.

Un nouveau phénomène apparaît alors: les instantons (tous les instantons) finissent par disparaître au sein du tout dernier (du tout premier?) instant présent à l’instant zéro, l’instanton singulier de taille zéro. Invraisemblable?

Au milieu des années 1990, le théorie des instantons de taille zéro a été étudiée par de grands physiciens dont Edgar Witten qui a écrit en 1995 un article intitulé « petits instantons en théorie des cordes » où il montre l’existence et les étranges propriétés de ces instantons. En particulier, il se demande ce qui va se passer lorsqu’un « instanton rétrécit jusqu’à la taille zéro ». Dans notre hypothèse, cela signifie: il correspond à ce que pourrait être la singularité initiale.

Instanton initial et information originelle.

La singularité initiale devient de plus en plus sensible. Nous voici près de toucher cet instanton initial qui marque le début absolu des choses. Il pourrait contenir, en temps imaginaire, l’information indispensable à la naissance et à l’évolution de l’Univers tout entier. Le monde physique a disparu, cédant la place à la place d’un monde de mathématiques pures. Le temps réel et a cessé d’exister, de même que l’énergie. Ils sont remplacés par du temps imaginaire, de zéro jusqu’à l’infini. Est-ce ainsi que Platon aurait pu voir le monde des idéesEn imageant ceci, c’est un peu comme dans les sillons d’un DVD: lorsqu’il est dans sa boite, l’image qu’il contient n’existe (n’est en fait codée), que dans le temps imaginaire. Elle ne deviendra réelle que lorsque le DVD est placé dans un lecteur, pour alors se dérouler dans le temps réel. Selon cette vision, on peut s’imaginer l’instanton singulier de taille zéro comme la source, en temps imaginaire, du « scénario » cosmologique de l’Univers. Au moment du Big Bangce scénario commence à se dérouler dans le temps réel et une infinité d’évènements vont se retrouver étalés dans le temps tout au long de l’histoire de l’Univers. Une question me paraît cependant encore mystérieuse à ce point du voyage: les conditions initiales et le « choix » des lois physiques sont-ils aussi l’issue de cette source? 

f) De l’énergie à l’information?
     Premier constat: au point zéro, le temps réel, celui que nous connaissons à la surface de cette « plongée » dans le temps jusqu’à l’instant zéro, a bel et bien disparu sans laisser de traces. Nous sommes baignés dans un océan sans fond, sans limites de temps imaginaire dont les « particules » représentatives sont les instantons. Une particularité de l’Univers au voisinage de cette singularité initiale est que son entropie, (son désordre) est nulle.
     Deuxième constatation: toute échelle de distance s’est évanouie, tous les repères qui nous permettent d’établir l’échelle des objets s’évanouissent également. Nous sommes immergés dans une sorte d’absolu qui n’a ni haut ni bas, ni proximité ni limite, à la fois ponctuel et infini, en fait indescriptible par la métrique habituelle. 

     Troisième observation.

L’énergie, celle qui déferlera en de furieux torrents à l’échelle de Planck, au moment du Big Bang, n’existe plus du tout, ou plutôt pas encore, de même que le temps réel. Donc, contrairement à l’image habituelle proposée par les astrophysiciens, la singularité initiale n’est pas caractérisée par une température infinie, une courbure divergente et une énergie infinie. Elle est dominée par une réalité duale de l’énergie, l’information initiale. C’est une conséquence de la nullité de l’entropie. Entropie et information sont « inverses » l’une de l’autre. Une entropie nulle signifie que la quantité d’information du « système Univers » est alors maximale. « L’information initiale « codée » au point zéro pourrait, par construction, atteindre une valeur infinie (même si l’information finale – sous forme de complexité- est, elle, très grande, mais finie) ». 

      Pourquoi parle-t-on d’information? L’évolution d’un système en mécanique quantique, en fait son énergie, est décrite par l’équation de Erwin Schrödinger. Le temps y est représenté explicitement par le symbole t. Que se passe-t-il si nous y remplaçons le temps réel par le temps imaginaire, opération qu’on appelle prolongement analytique? On tombe alors sur une équation plus ancienne, mais tout aussi célèbre, appelée « équation de la chaleur« . Léquation de Schrödinger apparaît en effet comme une équation de la chaleur en temps imaginaire. Or, l’équation de la chaleur ne donne plus accès à une évolution en termes d’énergie, mais, étrangement  en termes d’information (entropie = inverse de l’ information). On retrouve cette correspondance entre énergie et information en partant d’autres formes mathématiques comme l’opérateur d’évolution de Heisenberg, équation qui décrit l’évolution d’un système en temps réel  Il est possible, à partir de l’état d’équilibre de retrouver la même équation, mais construite en temps imaginaire pur. 

Quelle conclusion peut-on en tirer? « L’état d’équilibre idéal que représente l’échelle zéro peut-être vu comme équivalent à une évolution du pré-Univers en temps imaginaire. Autrement dit, à un codage à l’instant zéro de l’information initiale ».

     Densité de charge topologique et information de l’instanton. Une des propriétés fondamentales de l’instanton est sa « charge topologique ». Là se trouve « stockée » toute l’information qui le caractérise. Or, cette propriété est indépendante de sa taille. Cela veut dire que la charge topologique, l’information, est conservée et existe toujours, même si l’instanton a un rayon nul.  Or, l’instanton singulier de taille zéro résulte de l’accumulation en un point singulier de tous les instantons, d’une infinité d’instantons selon le principe de superposition. Ce résultat implique deux choses:

a) Ce qu’on va trouver sur notre instanton singulier, c’est sa charge topologique, c’est à dire une information initiale précieuse. Ce qui est considéré comme information la plus importante est un nombre entier qui caractérise l’instanton et que les experts appellent le « nombre d’instanton« . S’agissant de l’instanton singulier qui, par construction est unique, ce nombre est 1. 

b) Mais comme l’instanton initial résulte de l’accumulation d’une infinité d’autres instantons, la charge topologique atteint une valeur infinie

Cela voudrait donc dire que l’information portée par l’instanton singulier de taille zéro a une valeur infinie.

A ce sujet, les frères Bogdanov font remarquer qu’Edward Witten observe dans son article consacré aux instantons de taille zéro: « Lorsqu’un instanton rétrécit jusqu’à la taille zéro, l’espace-temps développe un tube infini dans lequel le dilaton (voir aussi dilatondevient infini« . Qu’est ce que dilaton? Un champ primordial de type scalaire qui agit sur la facteur d’échelle de l’Univers. Il peut permettre de comprendre l’expansion de l’Univers et en particulier la phase appelée inflation. Le fait que pour Witten, l’espace-temps développe un « tube infini » lorsqu’un instanton a un rayon nul, débouche ainsi sur l’infini de la densité de charge topologique. 

g)  Les nombre-univers

Comme nous venons de le voir, la charge topologique de l’instanton est caractérisée par un nombre entier (généralement 1). Sa densité de charge peut être vue comme la suite infinie des nombres entiers. A partir de là, on peut construire tous les nombres, réels et imaginaires. Le temps (pas encore le temps réel ou le temps imaginaire) peut être vu alors comme la suite de nombres (réels ou imaginaires). L’expansion de l’instanton initial de taille zéro dans ce qu’on appellera « l’espace des modules » de l’instanton peut donner une idée du changement d’échelle (Nous retrouvons le dilaton de Witten (https://arxiv.org/pdf/hep-th/9407118.pdf) grâce auquel on peut décrire le commencement du flot temporel). Il est également possible d’écrire cette suite en langage binaire et de construire ce que les mathématiciens appellent un « nombre-univers »  dans lequel se trouve n’importe quelle succession de chiffres de longueur finie. A partir de là, nous disposons potentiellement le moyen de « coder » toutes les séquences d’information possibles et imaginables et donc de quoi engendrer les 10120 bits d’information qui selon Seth Lloyd ou Stephen Wolfram suffisent pour coder notre Univers tout entier et appelé la limite de LloydCe chiffre paraît relativement petit? oui et non! c’est le plus grand nombre qui ait un sens du point de vue physique. Il est supérieur aux nombre de particules composant l’Univers. En revanche, il est ridiculement petit, presque inexistant, face aux très grands nombres calculés par les mathématiciens, nombres qui donnent le vertige. Partons par exemple du « gogol« , qui a donné son nom à « google« , le moteur de recherche inventé en 1938, et qui vaut 10 puissance 100, nombre encore plus petit que le nombre de bits calculé par Lloyd. L’ascension commence avec le « googleplex » défini comme (10 puissance  gogol), soit ((10 puissance 10) puissance 100). Ce nombre est tellement grand, que, s’il fallait l’écrire en entier, à la vitesse de 3 chiffres/seconde, il faudrait 100 mille milliards de milliards, de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards d’années, c’est à dire des milliards de milliards de fois plus de temps qu’il ne s’en n’est écoulé depuis le commencement du temps. Et pour le stocker avec tous ses chiffres dans un ordinateur, il faudrait une mémoire de la taille de l’Univers! C’est impressionnant. En 1933, alors qu’il était étudiant à Cambridge, il a eu l’idée, surprenante de simplicité, de construire ce nombre très particulier, qui est une constante, la constante de ChampernowneCe nombre est étonnamment simple à construire: en base 10il est formé de 0, d’une virgule et ensuite de la suite des nombres entiers. Ce qui nous donne   0,1234567891011… C’est un nombre univers dans lequel nous pouvons retrouver notre date de naissance, notre première dissertation, le livre que nous tenons dans la main, la Bible ou les oeuvres complètes de Victor Hugo. Il contient absolument tout ce qui existe dans l’Univers. Si maintenant, nous écrivons notre constante de Champernowne en base 2, le début s’écrit: 0,1101110010111…Nous avons donc, en principe, de quoi écrire en langage binaire le grand nombre 10120 correspondant, comme nous l’avons vu avec Seth Lloyd, au nombre de bits d’information de l’Univers entier.


h) Y a t-il un code ( cosmologique) initial comme le pensent les frères Bogdanov? 

Dans l’infiniment petit,il apparaît raisonnable de penser que, lorsque la physique quantique domine tous les phénomènes, les bits habituels d’information, ceux qu’on retrouve à notre échelle de tous les jours, sont remplacés par des qubits. Au delà du mur de Planck, avant le Big Bang, le pré-Univers (selon le point de vue David Deutsch), est « fait de « qubits ». Ce sont ainsi eux qui règlent les fluctuations entre le temps réel et le temps imaginaire. Mais si la plupart des théoriciens s’arrêtent à ce stade, les frères Bogdanov pensent que les qubits ne constituent pas les entités d’information ultimes. Pourquoi? Parce que le niveau quantique, bien qu’essentiel pour comprendre l’Univers, n’en constitue pas la trame fondamentale. Il y a encore autre chose de plus bas, « au-dessous ». Où donc?

Est-ce là le secret des choses? Nous venons de voir qu’au point zéro, l’énergie n’existe pas encore. A la place nous trouvons une information primordiale. A la suite des travaux des mathématiciens sur les théories dites « topologiques« , elle est appelée un « invariant topologique » (en travaillant sur les propriétés des instanton et la topologie, le mathématicien anglais Simon Donaldson, les a découverts (en particulier le premier invariant de Donaldson, voir sa théorieet a obtenu la médaille Fields) . 

Cet invariant initial est une sorte d’être mathématique, un « code » qu’on appellera « code cosmologique ». Par « construction », cet « être mathématique » pourra contenir toute l’information qui va permettre par la suite à l’Univers d’apparaître et d’évoluer dans le temps. On pourrait en donner l’image d’un code similaire au code génétique qui contient sous forme « codée » toute l’information qui va permettre à un organisme de se développer. Sous une forme binaire, nous pouvons en extraire n’importe quel type d’information. Cependant, il est impossible d’en connaître la loi initiale, l’algorithme qui permet de le déchiffrer. Peut-être ce qu’on peut extraire de l’Origine, de ce point zéro, est-il l’existence d’un « trace » comme en algèbre, ou en topologie? Ici, la somme est calculée sur le nombre d’instantons de la théorie qui est dans l’hypothèse retenue, infini. Retenons donc que c’est cette trace qui renferme la « loi » à partir de laquelle le code cosmologique pourrait être élaboré, tel un code génétique..


Question ultime avant de terminer le voyage de zéro à l’infini: pourquoi va-t-on passer de la taille zéro (taille de l’Univers à l’instant zéro) à tout ce qui existe aujourd’hui qui s’est « étalé » sur des milliards d’années-lumière tel le DVD qui nous a servi d’image pour illustrer le déroulement de cette histoire du monde initialement dans le zéro de cet instanton initial et se déroulant maintenant dans le temps réel? Quel est donc le « premier moteur »  à partir duquel le temps va commencer sa longue course?

Que voyons nous face à cette singularité initiale? A vrai dire rien ! ce n’est qu’un point mathématique, une abstraction invisible qu’on peut représenter par 0, « ce zéro dont va jaillir, des milliards d’années plus tard, notre galaxie, puis la Terre, les insectes géants, les dinosaures et, bien plus tard encore, la Gaule et tous ses habitants puis la France, Paris, la place du Trocadéro et ses cafés, le champ de Mars et la tour Eiffel », bref, tout ce que nous avons vu dans mes articles (voir à la fin de cet article), au cours de ce voyage à l’envers dans le temps et cette plongée dans le passé.

Tout serait contenu dans le zéro? Tel était sans doute le rêve de ce moine anonyme, dans les brumes solitaires du Moyen-Age, au IIè siècle, lorsqu’il écrivait dans le codex de Salem ainsi que le cite lestoutespremieresfois.com « chaque nombre jusqu’à l’infini a jailli de 1 et, par conséquent, de 0. En ceci réside un profond mystère ».… Omnia ex nihilo creat, conservat, et gubernat. » Les frères Bogdanov citent une anecdote que raconte Jonh Von Neumann, fasciné par ce nombre, avait pour répondre avec un sourire sarcastique à ceux qui se plaignaient que les mathématiques étaient incompréhensibles: « On ne comprend pas les mathématiques! Tout au plus peut-on s’habituer à elles. » 

Selon lui, le zéro permet d’engendrer, à partir d’un ensemble vide noté \varnothing \,, tous les nombres réelsil est ainsi possible, à partir de zéro, d’assister à un véritable « Big Bang » numérique. Comment? en utilisant la théorie des ensembles et c’est ce qu’a fait le grand Von NeumannSelon la définition donnée par John von Neumann dans les années 1920, l’ensemble des nombres entiers naturels ℕ a pour éléments 0 = Ø, 1 = {Ø} = {0}, 2 = {Ø, {Ø}} = {0, 1},…, « successeur de n » = {0, 1, 2, …, n}, etc., le successeur de n étant noté < […]

La première étape consiste donc à partir de l’ensemble vide qui ne contient rien, puis en deuxième étape, on place cet ensemble dans un autre ensemble vide. Et miracle(?), nous avons engendré un élément  et donc « créé » le chiffre 1 à partir du zéro. On fait ainsi surgir tous les nombre possibles: les entiers, les relatifs, les algébriques, les transcendants, les imaginaires etc. On peut ainsi fabriquer les espaces multiples à 2, 3, 4…dimensions et bien d’autres choses. Il n’y a en théorie aucune limite à ce qu’il est possible d’engendrer!

C’est peut-être cette intuition qui amena la mathématicien allemand Léopold Kronecker (ennemi juré de Cantor, autre mathématicien de génie) à s’exclamer: « Dieu a créé les nombres entiers. L’homme a fait le reste. » Est-ce cette possibilité qui a mis Von Neumann sur la piste du premier logiciel informatique, avec l’ordinateur ENIAC en 1945?

Et qu’est-ce que le zéro serait capable d »engendrer? Le nombre de Lloyd dont nous avons parlé au chapitre g), soit 10120 bits. Selon lui, ce nombre majore le nombre de bits d’information traités par l’univers depuis le Big Bang. Combien de temps a t-il fallu à l’Univers pour « dérouler » ce nombre? 13 milliards 700 millions d’années! Mais, à l’échelle de l’infini qu’engendre le zéro, ce nombre est ridiculement petit. 

Une autre caractéristique du 0 est le fait que n’importe quel nombre élevé à la puissance 0 soit 1. La meilleure (?)  convention possible adoptée aujourd’hui par la plupart des mathématiciens concernant la valeur de 0 puissance 0 est non pas une valeur indéterminée mais 1de même, la factorielle de 0 n’est pas 0, mais à nouveau par convention. On touche ainsi du doigt le formidable « potentiel d’engendrement » du zéro  qui a fasciné tant de mathématiciens. 

Mais il y a encore un propriété du zéro, peut-être la plus extraordinaire: ce nombre est à la fois réel et imaginaire pur, autrement dit il peut être vu comme un nombre complexe. En effet, il peut s’écrire 0 + 0i. Quelle est la conséquence de ce fait mathématique simple? A l’Origine, le zéro n’est pas un être stable, il a un contenu dynamique lié au faut qu’il fluctue, qu’il oscille entre sa forme réelle et sa forme imaginaire pure. C’est peut-être là l’origine profonde, la plus fondamentale de ce qui a été appelé par les frères Bogdanov la fluctuation quantique de la métrique originelle, la fluctuation du temps entre sa forme réelle et sa forme imaginaire pure. Le secret du commencement du temps – l’infini -à partir de zéro. C’est donc avec cette image-miroir  énigmatique, le reflet de l’infini au fond du zéro, que s’achève notre fabuleux voyage, la remontée du temps vers l’Origine.

En conclusion, les frères Bogdanov proposent l’existence à l’origine d’une information initiale portée par un algorithme (une loi simple d’engendrement), dont la structure est essentiellement numérique, la base adoptée étant, comme pour les calculs informatiques, la base binaire entrevue par Leibniz.

a) La singularité initiale porte donc une seule information: l’information initiale. En effet, comme le temps réel n’existe pas encore, il n’y a aucune complexité à cet instant zéro. L’information finale est donc nulle. Cette singularité initiale peut être considérée comme l’objet le plus simple de notre univers. Comment peut-on expliciter l’information initiale? C’est l’entropie du pré-Univers à l’échelle zéro qui peut en suggérer l’existence et la quantité. Cette entropie, le désordre de l’Univers, doit être considérée comme nulle, ce qui a deux conséquences. En premier lieu, un système caractérisé par une entropie nulle ne peut exister en temps réel. Le point zéro ne peut donc exister qu’en temps imaginaire pur. La deuxième conséquence est que l‘information initiale portée par le point zéro est nécessairement infinie (l’entropie est l’inverse de l’information).

b) En conséquence, l’information initiale déroule une infinité de bits, infiniment plus que que les 10 puissance 120 bits nécessaires pour « construire » l’Univers (la limite de Lloyd, qui majore le nombre debits d’information traités par l’univers depuis le Big Bang. Cette limite est estimée par ses calculs à 10120 bits).

Elle pourrait correspondre l’existence de ce que Lloyd, Deutsch, Wolfram, Bennet et d’autres appellent un programme. A quoi pourrait ressembler un tel code? Impossible de le dire, on peut seulement en suggérer l’existence et quelque unes de ses caractéristiques telles qu’on peut les supposer. 

Pour la première, il devrait s’agir d’une structure numérique, voire digitale. A partir de là, il est plausible de d’imaginer à l’échelle zéro l’existence d’un invariant, en fait d’une constante. C’est le cas de la constante de Champernowne. En continuant dans cette voie, on peut construire un algorithme permettant de générer le nombre univers de Champernowne en binaire. Nous touchons alors à la dernière étape: à partir de zéro et d’un algorithme simple, il est possible d’engendrer en base binaire un nombre univers la plus simple, le nombre de Champernowne. Ce nombre, comme nous l’avons vu, contient toutes les suites numériques (les suites digitales) possibles et imaginables. 

c) C’est comme le pensait Leibniz, un nombre plus vaste que l’Univers. Ainsi, « dans ce temps imaginaire, ce temps de la première aube, le nombre univers le plus simple pourrait bien contenir la complexité la plus haute que l’esprit humain puisse entrevoir. Peut-être est-ce dans ce sens qu’il faut comprendre  ces mots que Jonh Wheeler répétait souvent vers la fin de sa vie: « A présent, je pense que tout, absolument tout dans l’Univers, se résout, finalement, à de l’information ». » (Jonh Wheeler dans Geons, Black Holes, and Quantum Foam).

La singularité initiale porte donc une seule information: l’information initiale. Le point zéro ne peut exister qu’en temps imaginaire pur. La conséquence est que l‘information initiale portée par le point zéro est nécessairement infinie. Si nous suivons Jonh Wheeler, tout, absolument tout dans l’Univers, se résout, finalement, à de l’information.

Le Mystère qu’évoque Carlo Rovelli et qui est le titre de cet article nous a amenés à La singularité initiale, qui porte une seule informationl’information initiale. Selon les frères Bogdanov, le point zéro ne peut exister qu’en temps imaginaire pur. La conséquence est que l‘information initiale portée par le point zéro est nécessairement infinie. 

Si nous suivons Jonh Wheeler, tout, absolument tout dans l’Univers, se résout, finalement, à de l’information. 

Je rajoute en complément deux éléments qui vont aussi orienter mes futures réflexions.

a) Mon article récent « Equation du tout et …information »

b) Un article de Mario Cosentino (http://fdier.free.fr/UniversQuantique.pdf): Une cosmologie quantique par la théorie de l’information: Comment notre Univers se comporte comme un  gigantesque  ordinateur  calculateur programmé par les  paramètres  fondamentaux  de  la  physique

c) Un article du blog dieuexiste.com: « Le fameux Max Tegmark, dont j’ai généreusement parlé dans le post précédent » (La richesse de l’univers trouve son explication en Dieu).a proposé le schéma suivant dans son article »: Is “the theory of everything” merely the ultimate ensemble theory?

L’équation Bogdanov par le Pr de Luboš Motl 

son blog: https://motls.blogspot.com/

Les Bogdanov auraient-ils percé le secret de l’origine de l’Univers ? Un ancien chercheur de Harvard, le Pr Lubos Motl, répond à cette question.Existait-il  » quelque chose  » avant le big bang ? Telle est la question que se sont posée Igor et Grichka Bogdanov. Pour la première fois, un des plus grands spécialistes du sujet, le Pr Lubos Motl, analyse et confirme. En 2002, les frères Bogdanov déclenchent une tempête dans le monde scientifique en publiant six articles sur l’origine de l’Univers. Des articles parus dans les meilleures revues de physique théorique, notamment la prestigieuse Annals of Physics dont les experts ont conclu que les Bogdanov apportaient des solutions nouvelles aux problèmes de l’origine du temps et de l’espace en dessous de l’échelle de Planck, avant le big bang. Dans les laboratoires, les discussions s’enflamment. Les Bogdanov sont-ils de véritables chercheurs ou bien s’agit-il d’un canular ?
Un expert, ancien professeur de l’Université de Harvard, a analysé en profondeur leurs travaux. Il nous livre ses conclusions dans cet ouvrage : les Bogdanov proposent rien de moins qu’une théorie alternative à la gravité quantique. De même qu’il existe un code génétique à l’origine des êtres vivants, il pourrait ainsi exister un  » code mathématique  » à l’origine de l’Univers tout entier.

Mes autres articles déjà parus dans cette rubrique « au commencement du temps:

https://monblogdereflexions.blogspot.com/2012/03/mes-liens-pour-les-articles-au.html#.XAgcsWhKj4ZMes liens pour les articles: au commencement du temps

Mes articles catégorie « les limites de la connaissance.

Les limites de la connaissance 6-8) Conclusion- la cécité empirique.Les limites de la connaissance 6-8) Conclusion la cécité empirique. La « La science nous permettra-t-elle un jour de tout savoir? Ne rêve-t-elle pas d’une formule qui explique tout? N’y aurait-il rien qui entrave sa marche triomphale? Le monde deviendra-t-il transparent à l’intelligence humaine? Tout mystère pourra-il être à jamais dissipé?

Les limites de la connaissance 6-7) Positions et attitudes philosophiques (deuxième partie).

Les limites de la connaissance 6-7) Positions et attitudes philosophiques (première partie).

Les limites de la connaissance 6-6) Premier contact avec les limites.

Les limites de la connaissance 6-5) Réalisme et monde quantique: conséquences philosophiques.

Les limites de la connaissance 6-4) Réalisme et monde quantique Le principe de la mesure

Les limites de la connaissance 6-3) Réalisme et monde quantique:ébauche d’analyse des implications ontologiques. théories à variables cachées, non-séparabilité et le problème de la mesure.

Les limites de la connaissance 6-2) Réalisme et monde quantique éléments de physique quantique

Les limites de la connaissance 6) Réalisme et monde quantique 6-1: introduction

Les limites de la connaissance 5) déterminisme et chaos. deuxième partie: le chaos déterministe

Les limites de la connaissance 5) déterminisme et chaos. Première partie)

Les limites de la connaissance 3) le programme de Hilbert et les indécidables. Partie 2) les indécidables.

Les limites de la connaissance 3) le programme de Hilbert et les indécidables. Partie 1) le programme de Hilbert.

Les limites de la connaissance 2) l’effondrement des fondations, L’empirisme logique

Les limites de la connaissance1) présentation

Les limites de la connaissances. Le chaos quantique

Théorie de Hans et Dicke (Concurrente de la relativité générale) Article pour réfléchir sur une théorie difficile.

liens:

Carlo Rovelli: la naissance de la science       Mécanique quantique relationnelle     

Physique numérique (théorique) univers escriptible par l’information, donc calculable     

formulation hamiltonienne de la gravitation         axiomes de la mécanique quantique    l’information quantique est finie   Le Qubit   le paradoxe de l’information    

chaleur     température   chaleur et température?     les principes de la thermodynamique     

Les concepts fondamentaux de la mécanique quantique       théorie de l’information  Théorème du viriel    équation du viriel     théorie mathématique de la communication     Polytechnique: Introduction à la théorie de l’information   Architecture de Von Neuman    la limite de Shannon  Entropie de Shannon

corrélation    vers une physique de l’information le solipsisme convivial de Hervé Zwirn   

Jakob Bekenstein     Gérard ‘t Hooft     Léonard Susskind      Cumrun Vafa     Hervé Zwirn   Andrew Strominger      

Jonh Wheeler    Norbert Wiener   Claude Shannon   AlanTuring   Jonh Von Neumann   

BNF- Tous les savoirs du monde     Ludwig Boltzmann    Ernst Mach    Ylia Prigogine

loi de Stefan-Boltzmann   constante de Boltzmann  équation de Boltzmann    Distribution de Boltzmann    Chronologie de la thermodynamique et de la physique statistique    statistique de Maxwell-Boltzmann

la connaissance humaine    le développement de la connaissance humaine d’après Saint Thomas      Berkeley: Traité des principes de la connaissance humaine (1/4)     l’Advaïta védanta  Oeuvres complètes de Saint Augustin


https://arxiv.org/  La physique:

Mathématiques:

Autres liens: 

La science et la religion se trouvent souvent opposées. Mais sont-elles incompatibles   science et foi s’opposent-elles?  dieu et la science: le débat existe-t-il?  Dieu, le Big Bang et le débat science/foi. Science et foi sont-elles compatibles? La science est-telle vraie?     Hubert Reeves: la science et la religion ne sont pas incompatibles, mais il vaut mieux les séparer    Science et religion n’ont rien à se dire

http://www.doublecause.net/index.php?page=physique_de_demain.htm: Vers la physique de demain La physique de l’information

http://www.wikistrike.com/2018/05/notre-univers-est-il-une-simulation-informatique.html:   Notre univers est-il une simulation informatique ?

http://www.internetactu.net/2009/06/03/wolframalpha-une-nouvelle-sorte-de-science-pour-une-nouvelle-sorte-de-moteur-de-recherche/ WolframAlpha : Une nouvelle sorte de science pour une nouvelle sorte de moteur de recherche

https://www.davrous.com/2018/04/20/lia-et-la-fin-du-silicium-introduction-aux-ordinateurs-quantiques/L’IA et la fin du Silicium : introduction aux ordinateurs quantiques

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/la-mecanique-quantique-conduit-206835La mécanique quantique conduit vers une révolution philosophique par Bernard Dugué (son site)

http://www.globenet.org/transversales/grit/informat.htm: par jean zin, Théorie de l’information et physique. voir le chapitre  Information, biologie et régulation – L’enjeu politique de la théorie de l’information:

https://www.rocq.inria.fr/secret/Nicolas.Sendrier/thinfo.pdf: Introduction à la théorie de l’information Nicolas Sendrier

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/information-realite-fondamentale-163860: Information, Réalité fondamentale de l’Univers… ? par Vincent Verschoore (son site) 

https://www.amazon.fr/Theory-Applications-Instanton-Calculations/dp/1107155479The Theory and Applications of Instanton Calculationsde Manu Paranjape (Auteur)

https://blogs.mediapart.fr/michel-pinault/blog/010318/crise-de-la-culture-scientifique-crise-de-la-science: Crise de la culture scientifique, crise de « la science »

https://blogs.mediapart.fr/michel-pinault/blog/010318/crise-de-la-culture-scientifique-crise-de-la-scienceCrise de la culture scientifique, crise de « la science »

http://www.doublecause.net/index.php?page=Carlo_Rovelli.htm: Carlo Rovelli, Et si le temps n’existait pas ? Un peu de science subversive

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/2-la-gravite-quantique-elaboree-178582 : La gravité quantique élaborée comme une physique de l’information

https://laviedesidees.fr/Un-monde-sans-temps-ni-espace.html: Un monde sans temps ni espace À propos de deux ouvrages de Carlo Rovelli.

http://interlivrehypertexte.over-blog.com/2018/04/le-temps-est-une-emotion-carlo-rovelli-l-ordre-du-temps.htm: le mystère du temps est lié à la nature de notre conscience, le temps est une émotion. Notre cerveau enregistre des changements qui se produisent dans le corps et dans sa perspective, et des sentiments (feelings, voire rasa) émergent de cette mise en mouvement cérébrale. Sentiments qui, à leur tour, propulsent toute une culture (A. Damasio, L’ordre étrange des choses,

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/2-la-gravite-quantique-elaboree-178582 : La gravité quantique élaborée comme une physique de l’information

http://michel.bitbol.pagesperso-orange.fr/Relations_Mauss.pdf: La mécanique quantique comme théorie essentiellement relationnelle1 Michel Bitbol 

https://arxiv.org/pdf/quant-ph/9609002.pdfRelational Quantum Mechanics Carlo Rovelli

http://opportunisme-cognitif.blogspot.com/2010/06/epistemologie-relationnelle-de-la.html: Épistémologie relationnelle de la physique quantique Kant, nouveau sage tibétain de la physique quantique ? par Hicham-Stéphane Afeissa

https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/la-bataille-decisive-entre-172128: La «bataille décisive» entre physique quantique et relativité générale a déjà commencé

par Bernard Dugué (son site)

https://hal.archives-ouvertes.fr/jpa-00220690/document: RÉFLEXIONS SUR LA PHILOSOPHIE DE BOHR, HEISENBERG ET SCHRÖDINGER A. Shimony

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Principes_de_la_connaissance_humaine/IntroductionGeorge Berkeley Les Principes de la connaissance humaine Traduction par Charles Renouvier

http://www.blog-chaman-esoterisme.com/2018/09/l-incroyable-hypothese-de-rupert-sheldrak-la-resonance-morphique-une-theorie-holistique-de-la-realite.html: l’hypothèse holistique de Rupert Sheldrake, la raisonnance morphique


http://www.neotrouve.com/?p=348: Physique Quantique : entre Science et Conscience
http://guillemant.net/index.phpcate=articles&part=physique_information&page=Un_univers_dinformations.htm: Philippe Guillemant – L’idée selon laquelle notre univers serait un espace-temps composé d’informations a été considérablement popularisée par un film de science fiction : Matrix. La réalité pourrait rejoindre la fiction puisqu’il s’agit là d’une idée qui reçoit de plus en plus d’appuis scientifiques.

http://internetactu.blog.lemonde.fr/2014/09/03/vers-une-physique-de-linformation/: Vers une physique de l’information

http://www.pileface.com/sollers/pdf/Le%20temps.pdf: Le temps, ça n’existe pas : le physicien Carlo Rovelli nous explique pourquoi. « Seule la thermodynamique connaît la direction du temps »

https://www.rocq.inria.fr/secret/Nicolas.Sendrier/thinfo.pdf; École polytechnique Informatique Introduction à la théorie de l’information Nicolas Sendrier 

https://books.openedition.org/cdf/527?lang=fr: Physique quantique

Leçon inaugurale prononcée le jeudi 13 décembre 2001 par Serge Haroche

https://www.miniwebtool.com/log-base-2-calculator/: calcul des logarithmes à base 2

https://www.jp-petit.org/science/smolin/SmolinLivre.pdf: Sur le livre de Lee Smolin rien ne va plus en physique parMichel Mizony juillet 2007


Mes articles catégorie « les limites de la connaissance.

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https://monblogdereflexions.blogspot.com/2011/11/les-limites-de-la-connaissance-6-8.html#.W_22TOhKj4YLes limites de la connaissance 6-8) Conclusion la cécité empirique. La « La science nous permettra-t-elle un jour de tout savoir? Ne rêve-t-elle pas d’une formule qui explique tout? N’y aurait-il rien qui entrave sa marche triomphale? Le monde deviendra-t-il transparent à l’intelligence humaine? Tout mystère pourra-il être à jamais dissipé?




Carlo Rovelli par-delà le visible Mon article 6: l’information


Carlo Rovelli par-delà le visible Mon article 6: l’information




J’écris mon blog pour partager ma soif de connaissances, mes réflexions et mes passions et mes lectures. Dans ces articles, je voudrais partager « ma lecture » du livre de Carlo Rovelli « par-delà le visible ». Ecrire ce que je retiens de mes lectures me permet de réfléchir à la compréhension que j’en ai. je mets entre guillemets les passages qui me semblent importants ou qui me frappent. Et par dessus tout je fais des recherches sur internet pour compléter ma lecture avec le maximum de liens que souhaite responsables, qui permettent aux lecteurs d’approfondir la connaissance du sujet.   

https://libreinfotv.com/2017/03/03/lenergie-libre-pourquoi-en-sommes-nous-rendu-la/
Livre de carlo rovelli par-delà le visible http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article673

https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/cosmologie-hawking-multivers-buzz-fake-news-70583/?utm_content=futura&utm_medium=push&utm_source=wonderpush&utm_campaign=wonderpush: (Il se produit actuellement, et d’abord dans les médias anglo-saxons, un véritable buzz autour du dernier article scientifique de Stephen Hawking, présenté comme révolutionnaire et fournissant un moyen de tester l’existence d’univers parallèles. La communauté scientifique doit s’étrangler et estimer se retrouver parfois quasiment devant une fake news. Bien que brillant et fort intéressant, l’article en question est en effet à des années-lumière de ces affirmations)

http://www.cnrs.fr/publications/imagesdelaphysique/couv-PDF/IdP2011/06_Rovelli.pdf (La « théorie des boucles » est une théorie quantique pour le champ gravitationnel. Son objectif est de décrire les phénomènes gravitationnels quand leurs effets quantiques ne peuvent pas être négligés)

http://www.doublecause.net/index.php?page=Carlo_Rovelli.htm (Et si le temps n’existait pas par carlo rovelli)

http://www.astrosurf.com/luxorion/temps-nexistepas.htm (Et si le temps n’existait pas?)

http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article673 (Carlo Rovelli: Par-delà le visible)

http://www.wearealgerians.com/up/uploads/139910915883722.pdf (rien ne va plus en physique, l’échec de la théorie des cordes préface d’alain connes…Dieu pourrait être ou ne pas être. Ou les dieux. Pourtant, il y a quelque chose qui nous ennoblit dans notre quête du divin. Quelque chose d’humanisant, dans chacun des pas qui mènent les hommes vers la recherche d’une vérité plus profonde. Certains cherchent la transcendance dans la méditation ou la prière…)

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3814 (Comment la physique se prépare à une nouvelle révolution conceptuelle fondamentale?)

https://arxiv.org/abs/physics/0401128 (Ruediger Vaas au-delà de l’espace et du temps:  Une introduction informelle à la géométrie quantique (gravité quantique en boucle), les réseaux de spin, les trous noirs quantiques et le travail d’Abhay Ashtekar, Carlo Rovelli, Lee Smolin et autres.

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-la-poursuite-de-l-espace-temps-quantique-38387.php  [À la poursuite de l’espace-temps quantique. L’espace et le temps émergeraient de l’intrication quantique de minuscules bribes d’information : telle est l’audacieuse hypothèse explorée par le projet collaboratif It from Qubit (https://arxiv.org/pdf/1306.0545.pdf). Clara Moskowitz]

https://perimeterinstitute.ca/people/research-area/quantum-gravity (liste des chercheurs en gravité quantique)

http://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/physique-gravitation-quantique-boucles-8832/ (La gravitation quantique à boucles)

http://www.ens-lyon.fr/DSM/SDMsite/M2/stages_M2/Gerardin.pdf  (Étude des contraintes de simplicité dans les modèles de mousses de spins)

Site conçu dans le cadre des TPE (Travaux Personnels Encadrés) en classe de Terminale S:

http://gravitations.pagesperso-orange.fr/plan.htm

http://gravitations.pagesperso-orange.fr/boucles.htm (la gravitation quantique à boucles)


https://arxiv.org/abs/1801.01479 (les trous noirs comme condensats de gravité quantique)

Comme je l’ai dit dans Dans mon article 1, j’ai interrompu mes articles à propos du  livre de Lee Smolin « La renaissance du temps » au chapitre 14 Je vais d’abord approfondir la question du temps avec la lecture du livre de Carlo Rovelli « par-delà le visible, la réalité du monde physique et la gravité quantique« . Dans l’article 1), j’ai sauté directement à la troisième partie:  espace quantique et temps relationnel. Après les rappels historiques passionnants et des explications dont Carlo Rovelli a le secret concernant la relativité et la physique quantique, leurs limites et questionnements et qui ont abouti à ce que Lee Smolin décrit comme la crise de la physique avec son « rien ne va plus en physique« , nous abordons ici les mystères de la gravitation quantique dont l’ambition est de dépasser ces problèmes et limites par une nouvelle théorie qui en réalisera peut-être l’unification. Dans l’article 2, nous avons vu que l’espace est un réseau de spins, dont les noeuds représentent les grains élémentaires, et les liens leurs relations de voisinage. L’espace-temps est créé à partir des processus où ces réseaux de spins se transforment les uns en les autres, et ces processus sont exprimés par des sommes de Mousses de spins, où une mousse représente un parcours idéal d’un réseau de spins, c’est à dire un espace-temps granulaire, où les sommets du réseau se combinent et se séparent. Ce pullulement microscopique de quanta à l’origine de l’espace et du temps obéit au calme apparent de la réalité macroscopique qui nous entoure. Chaque centimètre cube d’espace et chaque seconde de temps qui passe sont le résultat de cette mousse dansante de quanta minuscules….

Tous mes articles sur « ma lecture du livre de Carlo Rovelli « par-delà le visible:

Carlo Rovelli par-delà le visible mon article 1: Espace quantique et temps relationnel

Maintenant, dans l’article 6), poursuivons notre découverte des recherches de Carlo Rovelli  avec le chapitre 12 de son livre « par-delà le visible: Information.


2) L’information.

     2-1) Introduction sur l’information.

Après avoir évoqué les applications concrètes de la gravité quantique avec la description de ce qui est arrivé à l’Univers aux alentours du big bang, les propriétés thermiques des trous noirs et la suppression des infinis, Carlo Rovelli revient à la théorie et examine ce qu’il appelle un véritable fantôme qui va hanter la physique théorique en suscitant enthousiasme et confusion: « l’INFORMATION ». Il pense que de nombreux scientifiques soupçonnent que le concept d’information peut être fondamental pour accomplir de nouveaux pas en avant en physique. Quel rapport a t-elle avec la gravité quantique?

Voyons d’abord qu’est-ce que l’information? On en parle en thermodynamique et dans les sciences de la chaleur ou dans les fondements de la mécanique quantique ou dans de nombreux domaines, souvent de manière très imprécise. Dans wikipedia, on trouve: information « L’information est un concept des sciences de la communication. Au sens étymologique, l’information est ce qui donne une forme à l’esprit. Elle vient du verbe latin informare, qui signifie « donner forme à » ou « se former une idée de ». L’information désigne à la fois le message à communiquer et les symboles utilisés pour l’écrire. Elle utilise un code de signes porteurs de sens tels qu’un alphabet de lettres, une base de chiffres2, des idéogrammes ou pictogrammes. […] c’est ce qui lie notre expérience du monde avec le monde lui même« .

Notons que Jérôme Segal retrace dans « le zéro et le un » l’histoire de la notion scientifique d’information   avec « les origines lointaines de la théorie de l’information à la croisée de la statistique, de la physique et des techniques de télécommunication dans les années 1920. Puis il étudie la naissance, il y a cinquante ans, de cette notion marquée par les travaux de Norbert Wiener sur la cybernétique et de Claude E. Shannon sur la théorie mathématique de la communication« 

C’est ce texte qui, en 1948, a jeté les bases de notre société connectée, des réseaux omniprésents (Internet, téléphone, satellites, etc…). L’informatique en est alors à ses débuts et Shannon montre l’importance de l’algèbre de Boole dans la conception des circuits électriques. Parmi les travaux précurseurs, il y a eu la machine à calculer de Pascal au XVIIe siècle, le métier à tisser inventé par Jacquard en 1801, le développement par Ada Lovelace du premier programme informatique, résultat de son travail sur un ancêtre de l’ordinateur : la machine analytique de Charles Babbage dans les années 1830. Mais pour passer à l’informatique, il fallait au moins trois ingrédients supplémentaires : 1) un système de codage   symbolique qui remplacera les cartes perforées des machines anciennes, l’électricité puis 2) l’électronique, et sur le plan purement conceptuel, 3) la logique mathématique. Pour le codage symbolique, la base est le système binaire qui permet de représenter n’importe quel nombre, mais aussi les lettres, les couleurs, les niveaux de gris, les fréquences et donc les images, les sons, la musique…L’électronique et les circuits électriques, la deuxième condition nécessaire, émergen dans les années 1930. Ils prennent appui sur le codage zéro-un (1: le courant passe. 0: il ne passe pas). Enfin, troisième condition, il n’y aurait pas eu d’informatique dans les années 1940 sans le développement de la logique mathématique entre la fin du XIXe et les années 1930, et l’article fondateur de Turing en 1936, et les travaux de von Neumann et d’autres après la guerre. La théorie de l’information a connu un développement prodigieux depuis 1948 pour aboutir à l’internet qu’on connait de nos jours.

Pour résumer et simplifier, l’information, c’est une mesure du nombre possible d’alternatives pour quelque chose. Par exemple un dé peut tomber sur 6 faces. S’il est tombé sur une face particulière (la face **), on a une quantité d’information N = 6, car il y avait 6 possibilités. Au lieu du nombre d’alternatives, on utilise le logarithme à base 2 de N appelé S. L’information de Shannon est donc S = log2 où N est le nombre d’alternatives. Donc, l’unité de mesure de l’information, S = 1 correspond à N = 2, car 1 = log2 2. C’est l’alternative minimale, qui comprend seulement deux possibilités. Pour un dé à 6 faces, l’information S = calcul  log6 = 2.584962500721156 (c.à.d log2 6). L’unité de mesure S = 1 est l’information entre seulement deux alternatives et elle est appelée bit (voir wikipedia: dans la théorie de l’information, un bit est la quantité minimale d’information transmise par un message, et constitue à ce titre l’unité de mesure de base de l’information en informatique. La quantité d’information effectivement transmise s’exprime en shannons, et ne peut dépasser la taille du message en bits). A la roulette, quand on sait qu’un numéro rouge est sorti au lieu d’un noir, on a une information de 1 bit. Quand on sait qu’un rouge-pair est sorti, on a 2 bits d’information (qui correspondent à 4 alternatives). Si c’est un rouge-pair-manque, on a 3 bits d’information (qui correspondent à 8 alternatives). En clair, l’information ne mesure pas ce qu’on sait, mais le nombre d’alternatives possibles. L’information qui dit que c’est le numéro 3 qui est sorti à la roulette est N = 37, car il y a 37 numéros. Mais l’information qui dit que, parmi les numéros rouges, c’est le numéro 3 qui est sorti est N = 18, car il y a  18 numéros rouges. Maintenant suivons les explications de C. Rovelli qui nous introduit au phénomène de corrélation« un point clé est que l’information peut-être située quelque part ». En résumé, Imaginons que vous avez en main une bille, qui peut être blanche ou noire et que j’ai moi aussi une bille, blanche ou noire. Cela fait en tout 4 (= 2×2) possibilités, deux de chaque côté: blanche-blanche, blanche-noire, noire blanche, noire-noire. Mais si nous sommes certains que les deux billes (qui sont en fait une seule et même bille, apparaissant à deux personnes différentes), sont de la même couleur, parce que nous les avons par exemple tirées d’un sac où toutes les billes sont de la même couleur, ou parce que nous pensons que le réel est tel que nous attribuons cette même couleur aux deux billes (c’est ce que Hervé Zwirn appelle le solipsisme convivial pour la connaissance du réel), alors le nombre total d’alternatives est seulement de deux: blanche-blanche ou noire-noire, même si le nombre d’alternatives est de deux de chaque côté. Dans ce cas, le nombre d’alternatives (2) est plus petit que que le produit (4) du nombre d’alternatives de chaque côté (2×2). Dans ce cas, chacun sait de quelle couleur est la bille de l’autre. On dit que les couleurs des deux billes sont corrélées. L’information de la couleur de « ma bille » vaut aussi pour « ta bille ». « Ma bille » a de l’information sur « ta bille ». C’est ce qui se passe quand nous communiquons avec notre téléphone. Ce dernier est un objet qui fait en sorte que les sons ne sont pas indépendants pour chaque interlocuteur. Ils sont corrélés, comme la couleur des billes. Shannon, qui travaillait dans une compagnie de téléphone, cherchait un moyen de mesurer ce que pouvait « transporter » une ligne téléphonique. Et la réponse est: elle transporte de l’information, c’est à dire la capacité de distinguer entre des alternatives, la possibilité pour les systèmes physiques de communiquer entre eux. C’est pourquoi la notion d’information est utile et même fondamentale pour comprendre le monde. 


     2-2) Que sont les réseaux d’information?

Refaisons un détour par le matérialisme de Démocrite pour lequel La réalité est fondamentalement composée d’atomes. Le matérialisme de Démocrite s’inscrit dans la continuité des théories des philosophes d’Élée (notamment Parménide et Zénon) en distinguant l’être et le non-être ; mais il ne souscrit pas à la thèse de l’unité et de l’immobilité de l’être. Il propose donc la première physique explicitement corpusculaire, selon laquelle la matière est faite d’une infinité de petits corpuscules. Mais dit C. Rovelli, ne manque t-il pas quelque chose? Platon et Aristote ont pensé qu’en effet il manque quelque chose et l’on mis dans la forme des chosesC’est la doctrine de Platon selon laquelle les conceptsnotions, ou idées abstraites, existent réellement, sont immuables et universels et forment les modèles (archétypes) des choses et formes que nous percevons avec nos organes sensoriels. Ces formes existent donc en soi, dans un monde absolu, ce monde des idées: « Les idées platoniciennes sont indépendantes du monde sensible. En effet, celui-ci ne constitue en vérité qu’un flux incessant qui empêche de fixer la connaissance et les définitions. Platon illustre cette thèse avec l’exemple de la beauté : beaucoup de choses sont belles, mais il ne semble pas possible de remonter à une propriété commune qui les relie […] La beauté existe donc en elle-même : elle est une essence, une réalité permanente indépendante des choses et des mots, qui ne peut pas être vue, mais seulement pensée par le philosophe. […] Les idées platoniciennes constituent la vérité authentique. Elles sont la réalité profonde, ou ontologique, de chaque chose, par opposition aux manifestations imparfaites qu’en donnent les sens. Elles sont plus précisément les archétypes dont sont issus les éléments du monde sensible et dans lesquels la multiplicité retrouve l’unité. Ainsi, Platon les caractérise par l’éternelle identité à soi, l’universalité et l’indivisibilité, et il les localise dans un lieu supracéleste que seule l’âme peut apercevoir. De ces propriétés découle un dualisme ontologique : il existe un monde des idées platoniciennes, séparé du monde sensible ». Aristote est un peu plus réaliste, mais pour lui non plus, la forme ne se réduit pas à la substance. Dans uns statue, la substance est la pierre dont elle est faite, mais il y a un « en plus ». Dans la « définiton » aristotélicienne de l’âme de l’âme, il parle de L’âme-forme qui pourrait être cet « en plus ». Cette critique adressée au matérialisme « démocritéen » est encore aujourd’hui une critique majeure du matérialisme. 

Mais la proposition de Démocrite était-elle bien que tout se ramène à des atomes?

En consultant le site philosophie-marseille.com on peut constater que c’est plus complexe et subtil: « Chacun des atomes conserve les attributs fondamentaux de l’Etre de Parménide. Pour Démocrite, l’âme humaine est aussi formée d’atomes, extrêmement subtils, arrondis et lisses, les plus mobiles de tous. Ils flottent dans l’espace et se sentent attirés vers le corps par la pression de sa présence. Démocrite soutient que les sens seuls ne permettent pas de concevoir la vérité. Les sens captent les qualités secondaires et ne nous servent qu’à nous faire une opinion. Les objets, les corps émettent des spectres, des images subtiles composées d’atomes très fins, qui pénètrent à travers les organes des sens et arrivent finalement à l’esprit comme une copie ou une réplique de la chose. Le vide : en fait Démocrite appelle espace le non-êtreL’espace est plus subtil que les atomes qui y circulent. Il est vivant. L’espace permet aux atomes de circuler à travers lui et ils se meuvent par une loi que Démocrite appelle : nécessaire, indispensable, mécanique éternelle, mais qu’il n’explique pas. Les atomes bougent, s’attirent, s’accrochent ou se rejettent par leurs caractéristiques propres, mais aussi pour rechercher l’équilibre final ».

C. Rovelli cite aussi Démocrite qui explique que les lettres de l’alphabet, qui ne sont qu’une vingtaine, peuvent se combiner de diverses façon pour produire des comédies, des tragédies ou des poèmes épiques, mais aussi des histoires ridicules. Il y a bien plus que des atomes dans cette idée; il y a quelque chose de signifiant dans la façon dont ils se disposent les une par rapport aux autres. 

Alors, si les atomes sont aussi un alphabet, la façon dont ils se disposent dans un monde où il n’y a que des atomes a t-elle un sens et une signification? Et qui peut lire les phrases écrites dans cet alphabet? Carlo Rovelli donne une réponse qu’il qualifie de subtile: la façon dont les atomes se disposent peut être corrélée à la façon dont d’autres atomes se disposent. Donc, un ensemble d’atomes peut être porteur d’une information (dans le sens d’information telle qu’on vient de la décrire) sur un autre système. Ainsi, en chaque instant et en chaque lieu, la lumière qui parvient à nos yeux transporte de l’information sur les objets dont elle provient tout comme la couleur de la mer donne une information sur la couleur du ciel qui s’y reflète ou comme la cellule possède une information sur le virus qui l’a attaquée. Cette inter-corrélation est généralisée car tout est interconnecté. Le monde ne réduit pas à un réseau d’atomes (Comme on vient de le voir, Démocrite lui-même le pensait-il réellement?) qui se rencontrent, il est un réseau de corrélation entre des ensembles d’atomes, un réseau d’information réciproque entre des systèmes physiques. Pour compléter cette vision, je voudrais évoquer et rajouter ce que j’ai lu dans le site indecise.hypotheses.org, dans l’article Physique quantique et Vedanta : une mise en perspective avec le « réel voilé » de B.d’Espagnat. Ce dernier affirme que « la réalité dans son ensemble est au moins composée de deux «niveaux de réalité» distinctes:
1) la réalité empirique , qui se réfère à l’ensemble des phénomènes accessibles à travers la totalité de l’expérience humaine et

2) la réalité ontologique, ou la réalité en elle-même, «ce qui existe indépendamment de notre existence« .

Alors que la physique classique se réfère aux choses en elles-mêmes, sans référence à l’activité humaine elle est implicitement vraie pour tout observateur. Parce qu’elle implique essentiellement l’interaction humaine, la physique quantique n’est pas concernée par la réalité – en-soi – , mais seulement par la réalité empirique . En d’autres mots, la physique quantique ne traite pas des «objets -en- soi » mais des représentations conceptuelles, symboliques ou mathématiques de ces objets.
Cela ne veut pas dire, cependant, que la réalité est purement une construction mentale, mais qu’il y a quelque chose dont l’existence ne dépend pas de la pensée. Donc les lois lois de la physique ne dépendent pas totalement de nous, mais de quelque chose d’autre. Bernard 
D’ Espagnat « situe la réalité ontologique au-delà de la portée de l’enquête scientifique . La science ne peut faire aucune déclaration cognitive de la réalité en en soi parce que son domaine d’enquête est strictement limité à la réalité empirique« , ce à quoi je souscris. Et vertu de la non-séparabilité, la réalité -en-soi ne peut pas être séparée en parties distinctes par la pensée, sinon elle serait la réalité empirique. Mais elle n’est selon d’Espagnat pas inconnaissable, mais « voilée », en ce sens qu’elle n’est pas cachée, mais que dont la science peut obtenir un aperçu de la « structure» à travers les grandes lois physiques et mathématiques. C’est ce «quelque chose» vers lequel l’esprit tend constamment avec émerveillement grâce à la science, la spiritualité, et peut-être les arts comme la poésie et la musique , mais qu’il n’atteint jamais complètement. Dans l’article Physique quantique et Védanta  (qui sert de référence à ce commentaire sur D’Espagnat et le réel voilé)SABINE RABOURDIN écrit que la « notion de « coemergence » indique clairement que la conscience et la matière (la réalité empirique) sont des aspects non séparés, ou les manifestations, d’une seule et même réalité. Les vues de d’Espagnat offrent un moyen intéressant d’intégrer la conscience dans un cadre philosophique qui prenne en compte les problèmes fondamentaux liés à la «réalité» en physique quantique.

 Shannon se doutait-il que son idée de compter les alternatives et sa théorie de l’information  pouvaient conduire à cette vision de l’information comme interconnexion du monde puis comme connaissance du réel?



podcastscience.fm: tombe de Boltzmann à Vienne


2-3) Ludwig Boltzmann et la 
chaleur

Continuons avec Carlo Rovelli …  Maintenant on sait que le réseau d’information existe… comment l’utiliser pour décrire le monde?

Rovelli propose de partir d’un aspect du monde bien compris depuis la fin du XIXè siècle la chaleur. C’est le physicien autrichien Ludwig Boltzmann qui l’a compris le premier. « Il est considéré comme le père de la physique statistique et un fervent défenseur de l’existence des atomes. Validant l’hypothèse de Démocrite selon laquelle « la matière peut être considérée comme un ensemble d’entités indivisibles », Boltzmann, à l’aide de son équation cinétique dite « de Boltzmann », a théorisé de nombreuses équations de mécanique des fluides et de théorie cinétique des gaz. Bien que n’ayant pas utilisé le concept d’information, son travail peut être lu dans ce sens.  Il est aussi considéré comme le père de la mécanique quantique (historique- quelques dates) :Futura-sciences.com explique « Les travaux de Boltzmann, décriés par beaucoup de ses contemporains qui ne croyaient pas à l’existence des atomes, ont permis à Planck et Einstein de découvrir la quantification de l’énergie et du rayonnement avec le problème du corps noir. Bien que reposant sur des bases mathématiques problématiques (par exemple avec l’hypothèse d’ergodicité), la mécanique statistique de Boltzmann et de Gibbs s’est finalement largement imposée au début du XXe siècle. Une version quantique en a été donnée dans les années 1930 par von Neumann et Landau » Ils ont introduit l’opérateur densité, ce qui a conduit à la physique statistique quantique

Donc, la question de départ à laquelle a répondu Boltzmann est: qu’est-ce que la chaleur? Que signifie le fait qu’une chose est chaude? Et pourquoi une tasse d’un liquide bouillant se refroidit-il au lieu de se réchauffer? On sait la chaleur est le mouvement microscopique et fortuit des molécules. Quand le liquide est plus chaud, les molécules s’agitent plus vite. Wikipedia nous dit que L’énergie thermique « est l’énergie cinétique d’agitation microscopique d’un objet, qui est due à une agitation désordonnée de ses molécules et de ses atomes« . Oui, mais pourquoi le liquide se refroidit-il au contact de l’air? Boltzmann hasardé une réponse qui était très osée à son époque où l’atomisme n’était pas admis par des penseurs comme Mach. C’est parce que le nombre d’états possibles des molécules qui correspondent au liquide chaud et à l’air froid est supérieur au nombre de ceux qui correspondent au liquide froid et à de l’air un peu plus réchauffé. Si on traduit en termes d’information de Shannon, c’est parce que l’information contenue dans le liquide froid et dans l’air plus chaud est inférieure à celle contenue dans le liquide chaud et dans l’air plus froid (nombre de molécules équivaut à information). Et comme l’information n’augmente jamais seule, le liquide chaud ne peut pas se réchauffer, mais seulement refroidir. 

En fait, les molécules dans une masse donnée de liquide sont innombrables. La mole est la quantité de matière d’un système contenant autant d’entités élémentaires qu’il y a d’atomes dans 12 grammes de carbone 12Une mole d’atomes contient environ 6,022 140 40 ×1023 atomes. Ce nombre est immensément grand et nous ne connaissons jamais leur mouvement précis. Il nous manque de l’information. Mais celle-ci peut se calculer, et c’est ce qu’a fait Boltzmann, il a calculé combien d’états différents les molécules de liquide chaud peuvent prendre. C’est la statistique de Maxwell-BoltzmannOn se donne un système de N particules pouvant prendre les différents états d’énergie discrets Ei 

Si le liquide se refroidit, un peu de son énergie est transmise à l’air. Les molécules s’agitent plus lentement, et celles de l’air plus rapidement. Et si on calcule l’information manquante, on trouve qu’elle a augmenté. Si c’était le contraire qui s’était produit (le liquide se réchauffant en absorbant de l’air plus froid), alors l’information, c’est à dire le nombre d’alternatives possibles, ici le nombre de façon dont les molécules de liquide et d’air s’agitent à des températures données, aurait augmenté. Et ce que nous ne savons pas nous ne le savons pas, l’information ne peut pas augmenter toute seule et le liquide ne peut pas se réchauffer de lui-même au contact de l’air plus froid. En consultant wikipedia.org, on trouve pour le mot entropie: « En physique, l’entropie (thermodynamique) est une grandeur thermodynamique associée à un système de particules; En théorie de l’information, l’entropie quantifie le manque d’information : l’entropie de Shannon, est exprimée sous une autre forme par Ludwig Boltzmann en thermodynamique ; et en écologie, l’entropie de Shannon est utilisée comme mesure de la biodiversité à travers l’indice de Shannon« . C’est ce manque d’information que Boltzmann avait pressenti en comprenant ce qu’est la chaleur et pourquoi une tasse d’un liquide chaud laissé seul ne peut que se refroidir au lieu de s’échauffer. Mais il n’a pas été pris au sérieux et il s’est suicidé (Après une tentative de suicide à Leipzig en 1901, il se pend lors de vacances familiales à Duino près de Trieste le 5 septembre 1906, à l’âge de 62 ans. Outre ses troubles de santé, il souffrait fréquemment de dépression en raison des oppositions les plus vives qu’il rencontra (dont celle de Wilhelm Ostwald)surtout dans le monde germanique, en tant que partisan déclaré de l’atomisme, pour lequel il a lutté jusqu’à la fin et qu’il considéra comme la meilleure description qui puisse être donnée, à ce moment, des phénomènes). Aujourd’hui, il est considéré comme un des plus grands génies de la physique auquel on a donné le nom d’une médaille. Sur sa tombe est écrite la formule S= k log W, qui est la même que la formule de Boltzmann, c’est à dire l‘entropie statistique, en fonction du nombre W d’états microscopiques, ou nombre de configurations, définissant l’état d’équilibre d’un système donné au niveau macroscopique. L’entropie exprime l’information manquante S comme le logarithme du nombre d’alternatives W, qui est l’idée clé de Shannon et dont Boltzmann s’est aperçu que cette quantité S coincide exactement avec l’entropie introduite en 1865 par Rudolf Clausius en thermodynamique (dans le cadre du deuxième principe de la thermodynamique, d’après les travaux de Sadi Carnot. Clausius a montré que le rapport Q/T (où Q est la quantité de chaleur reçue par un système thermodynamique et T sa température thermodynamique) est inférieur ou égal à la variation d’une fonction d’état qu’il a appelée entropie, notée S, et dont l’unité est le joule par kelvin (J/K).


     2-4) Information et quantique. 

 


Il faut retenir du paragraphe précédent que l’entropie est l’information manquante c’est à dire l’information avec le signe -. Si on se réfère à une analyse de Jean Zin dans L’entropie, l’énergie et l’information au chapitre « L’entropie est une probabilité statistique (égalisation des températures)« , on peut lire: « […] pour expliquer l’entropie il faut donc faire intervenir une perte d’information à chaque collision ou interaction, un oubli des conditions initiales (ou pour suivre le Prigogine de 1962, le fait qu’il y a des composantes négligeables, au regard des composantes principales, dont l’in fluence est donc perdue. C’est un effet de seuil semble-t-il). Le retour à l’équilibre thermodynamique, est une loi probabiliste et non pas mécanique, passage du déséquilibre à l’équilibre résultant de l’interaction d’un grand nombre de particules ou du relâchement d’une contrainte (causalité négative) ». Et plus loin; il dit: « L’information c’est le contraire de l’entropie ». L’entropie totale ne peut qu’augmenter, à cause du fait que l’information ne peut que diminuer. On a vu précédemment que l’entropie vaut Klog W où W  est le nombre de configurationsdéfinissant l’état d’équilibre d’un système donné au niveau macroscopique. C’est le volume de l’espace des phases. Concrètement, dans l’exemple d’un gaz constitué de N particules, l’espace des phases sera à 6N = 2M dimensions. On aura 3N coordonnées de position et 3N coordonnées de quantité de mouvement kest la constante de Boltzmann, qui transforme l’unité de mesure de l’information; le bit, en unité de mesure de l’entropie, le joule/kelvin. 

Boltzmann en serait certainement surpris, mais on constate que les physiciens acceptent tout à fait aujourd’hui que l’information puisse être utilisée comme instrument conceptuel pour faire le lumière sur le monde sur la base des « sciences de la chaleur » comme la thermodynamique et de plus en plus  de théoriciens pensent que le concept d’information peut aider à comprendre les aspects de la mécanique quantique qui demeurent mystérieux. Une des idées clés est que l’information est finie et se produit par quanta, les qubits. On représente le qubit par une sphère de Bloch. Selon la mécanique classique, le nombre de résultats alternatifs que l’on peut obtenir en mesurant un système physique est infini dans une région finie de l’espace des phases (espace infiniment divisible). Mais en réalité, ce nombre est fini car quantifié. La mécanique quantique peut donc être vue comme la découverte que l’information, par nature, est toujours finie.

La structure de la mécanique quantique peut être vue en termes d’information. Qu’est-ce que cela signifie selon Carlo Rovelli? Un système physique se manifeste toujours en interagissant avec un autre et sa description se fait donc par rapport à l’autre système avec lequel il interagit. Toute description de l’état d’un système physique est donc toujours une description de l’information qu’un système physique a d’un autre, c’est à dire de la corrélation entre les systèmes comme on l’a vu au chapitre 2-3). la description d’un système devient alors une façon résumer toutes les interactions passées avec ce système et d’essayer de les organiser de façon à pouvoir (peut-être) prédire l’effet d’interactions futures. On peut alors voir la mécanique quantique, sa structure formelle et ses axiomes sous une nouvelle forme qui peut être déduite de deux postulats simples:

     1) L’information importante dans tout système physique est finie. 

     2) On peut toujours obtenir une nouvelle information sur un système physique. 

« Information importante » signifie celle que nous avons sur un système donné comme conséquence de nos interactions passées avec lui, information qui nous permet de prévoir quel sera l’effet, sur nous de future interactions avec le système. 

[C. Rovelli nous indique qu’on peut trouver une discussion détaillée de ces deux postulats dans « Relational quantum mechanics » soit en .pdf: https://arxiv.org/pdf/quant-ph/9609002.pdf. Et dans wikipedia, on trouve « La mécanique quantique relationnelle ( MQR ) est une interprétation de la mécanique quantique qui considère que l’état d’un système quantique dépend de l’observateur, c’est-à-dire que l’état est la relation entre l’observateur et le système. Cette interprétation a été définie pour la première fois par Carlo Rovelli dans une pré – impression de 1994 et a depuis été développée par un certain nombre de théoriciens. Il s’inspire de l’idée clé de la relativité restreinte , selon laquelle les détails d’une observation dépendent du référentielde l’observateur, et utilise certaines idées de Wheeler sur les informations quantiques . Le contenu physique de la théorie ne concerne pas les objets eux-mêmes, mais les relations entre eux. Comme le dit Rovelli:  » La mécanique quantique est une théorie sur la description physique des systèmes physiques par rapport à d’autres systèmes, et c’est une description complète du monde  » L’idée essentielle derrière RQM est que différents observateurs peuvent donner différents comptes rendus de la même série d’événements: par exemple, pour un observateur à un moment donné, un système peut être dans un seul état propre « effondré » , tandis que pour un autre observateur en même temps, il peut sembler être dans une superposition de deux ou plusieurs états. Par conséquent, si la mécanique quantique doit être une théorie complète, RQM soutient que la notion d ‘ »état » ne décrit pas le système observé, mais la relation ou corrélation entre le système et son ou ses observateurs. Le vecteur d’état de la mécanique quantique conventionnelle devient une description de la corrélation de certains degrés de libertédans l’observateur, par rapport au système observé. Cependant, RQM soutient que cela s’applique à tous les objets physiques, qu’ils soient conscients ou macroscopiques (tous les systèmes sont des systèmes quantiques).]

Le premier postulat caractérise la granularité de la mécanique quantique qui touche aussi l‘espace ou les dans les représentations spatio-temporelles. C’est le fait qu’il existe un nombre limité donc non infini, de possibilités, le quantum étant la plus petite mesure indivisible, que ce soit celle de l’énergie, de la quantité de mouvement… 

Le deuxième postulat caractérise l’indétermination, le fait qu’il y ait toujours quelque chose d’imprévisible, ce qui permet une nouvelle information. Cette imprévisibilité qui gênait Einstein explique sans doute le pourquoi des théories à variables cachées. La réduction du paquet d’onde«  d’onde peut être vue et lue à partir de postulat 2). Quand on acquiert une nouvelle information sur un système, comme l’information totale ne peut croître indéfiniment en vertu du 1er postulat, il s’ensuit qu’une partie de l’information précédente doit devenir négligeable et donc elle ne doit plus avoir d’effet sur les prédictions futures. C’est pourquoi, quand on on interagit avec un système, non seulement on acquiert quelque chose (de l’information), mais en même temps on « efface » une partie de l’information du système. Dans blogs.mediapart.fr on lit: « La réduction du paquet d’onde […] est un concept selon lequel, après une mesure, un système physique, par exemple une particule, voit son état entièrement réduit à celui qui a été mesuré. Auparavant, cet état était défini par l’équation dite de Schrödinger qui ne permet de le représenter que de façon probabiliste. Ainsi la particule ne peut se voir assigner avant mesure une position précise dans l’espace et le temps […] Existe-t-il une réalité objective, autrement dit définie en dehors de toute observation? […] la théorie suggère que ce que nous considérons comme la « réalité » possède une infinité théorique d’états quand elle n’est pas « observée », plus exactement perturbée par une mesure. Par contre la mesure provoque une réduction de l’équation de Schrödinger, qualifiée de décohérence quantique. Elle permet alors de la situer dans le temps et dans l’espace ». Ce concept de réduction du paquet d’onde implique de nombreuses difficultés sur le plan logique et épistémologique. La lecture en termes d’information que propose C. Rovelli donnera t-elle des percées pour comprendre et lire de façon nouvelle les mystères de la mécanique quantique et son conflit avec la relativité?  Allons donc plus loin avec lui.

plus.maths.org/content/it-bit

Il attire notre attention sur le fait que le premier, ou un des premiers « à saisir que la notion d’information est fondamentale pour comprendre la réalité quantique a été « Jonh Wheeler« .

Il est considéré comme le père de la gravitation quantique. Voir le site:   chaours.rv.pagesperso-orange.fr « La première tentative de quantification de la géométrie a été faite sur la base des travaux […] de Charles Misner […] en1962. […] il cherchait à trouver une formulation hamiltonienne de la gravitation : la physique quantique offre en effet un formalisme très efficace pour quantifier toute relation exprimée sous une forme hamiltonienne. Les physiciens Jonh Wheeler et Bryce DeWitt cherchèrent à quantifier cette formule mais ils échouèrent. L’équation dite de Wheeler-De Witt a cependant ouvert la voie. De nombreux chercheurs ont tenté par la suite de la formuler sous une forme permettant de l’exploiter« . Cela a ouvert la porte à  la gravitation quantique à boucles et à la cosmologie quantiqueWheeler a forgé le concept « it from bit » mis en exergue ci-dessous et que nous allons examiner maintenant.

Pour le site plus.maths.org,« Le concept « it from bit » de Wheeler implique que la physique, en particulier la physique quantique, ne concerne pas vraiment la réalité, mais simplement notre meilleure description de ce que nous observons. Il n’y a pas de « monde quantique », juste la meilleure description que nous puissions avoir de la façon dont les choses nous apparaîtront. Comme le disait Niels Bohr , l’un des fondateurs de la théorie quantique, « il est faux de penser que la tâche de la physique est de déterminer la nature de la nature. La physique concerne ce que nous pouvons dire de la nature ».

Traduit à la lettre, cela veut dire: « tout vient du bit », c’est à dire de l’unité d’information, le choix (alternative minimale) entre un oui et un non. Le sens est donc: TOUT EST INFORMATION. Avant de revenir à ce qu’en dit Rovelli  continuons, toujours avec le site plus.maths.org où Anton Zeilinger explique: « Mon interprétation [de » tout ça « ] est que, pour définir la réalité, il faut prendre en compte le rôle de l’information: principalement le fait que quoi que nous fassions en science repose sur des informations que nous recevons par quelque moyen que ce soit  » Mais pouvons-nous aller plus loin? Peut-on dire que la réalité est une information, qu’elles sont une seule et même chose? Zeilinger ne pense pas: « Non, nous avons besoin des deux concepts. Mais la distinction entre les deux est très difficile sur une base rigoureuse, et peut-être que cela nous dit quelque chose. » Au lieu de cela, nous devons penser ensemble à la réalité et à l’information, l’une influençant l’autre, les deux restant cohérents l’un avec l’autre. La réponse sera peut-être dans la lignée de la perspicacité d’Einstein qui a montré qu’il était impossible de distinguer l’espace entre le temps et l’espace, mais plutôt d’un concept plus vaste: l’espace-temps.  Peut-être dit Zeilinger, « nous avons peut-être besoin d’un nouveau concept qui englobe à la fois la réalité et l’information, plutôt que de nous concentrer sur leur distinction »Une conséquence évidente de « tout cela » est l’importance de l’observateur: la réalité en exige un. Toujours selon zeilinger, Wheeler était très radical, « Il parle de l’ univers participatif , où l’observateur n’est pas seulement passif, mais dans certaines situations, l’observateur rend la réalité réelle. » En effet, avant d’observer une particule, elle est dans un état de superposition quantiquese trouvant simultanément à différents endroits. Mais lorsque nous effectuons une mesure, nous ne la retrouvons plus qu’à un seul endroit. La physique quantique ne décrit pas la réalité telle qu’elle est, mais telle qu’elle est perçue par un observateur. Il ne peut tout simplement pas répondre à des questions telles que « que faisait la particule alors qu’aucune observation n’était faite? » (voir que signifie l’équation de Shrödinger?). Mais Wheeler est allé plus loin et ne s’est pas contenté de dire « nous ne pouvons décrire la réalité que par nos observations« . « Il aurait dit qu’il n’y a pas de réalité au-delà de ce que l’on peut au moins observer. Je ne sais pas si c’est vrai ou pas, mais j’aime la radicalité de cette approche. »  Cette idée rejoint celle du philosophe Georges Berkeley dont la philosophie peut se résumer dans la formule de la doctrine immatérialiste  esse est percipi aut percipere (« être c’est être perçu ou percevoir » (Principes de laconnaissance humaine). Zeilinger pense plutôt que Wheeler croyait qu’une analyse minutieuse de ce qu’est une information et de sa signification peut nous apprendre à connaître la réalité. Tout comme Rovelli  qui pense que cette notion est fondamentale.

Continuons avec C. Rovelli en examinant comment l’information apparaît dans la gravité quantique. Dans mon article 1) Espace quantique et temps relationnel (« ma lecture » du livre de Carlo Rovelli par-delà le visible), on a vu au chapitre 3-3) que Carlo Rovelli nous dit qu’en gravité quantique à boucles, « l’aire d’une surface quelconque » .. « est déterminée par les spins des boucles qui coupent cette surface ». Ce sont des quantités discrètes, quantifiées, et chacun d’eux contribue à l’aire. Et il continue: « Et donc, si je connais l’aire de de la surface, mais que je ne sais pas comment sont distribués ses quanta d’aire, j’ai de l’information manquante sur la surface ». C’est une des façons de calculer la chaleur des trous noirs

Rappel (source wikipedia): « La thermodynamique des trous noirs est la branche de l’étude des trous noirs qui s’est développée à la suite de la découverte d’une analogie profonde entre certaines propriétés des trous noirs et les lois de la thermodynamique au début des années 1970. Cette analogie est ensuite devenue pertinente grâce à la découverte par Stephen Hawking du phénomène d’évaporation des trous noirs